19 novembre – 19 h – Librairie Sauramps – Occitan, lettres et Histoire au XXe siècle

lettres à l'Henri couvoccguerreIl est rare, au XXe siècle, que l’occitan soit la langue de la correspondance : ceux dont c’était la langue d’usage au quotidien ayant été scolarisés en français, écrivaient en français. Et on pense par ailleurs que l’occitan était absent des affaires sérieuses, réservé à la galéjade, ou encore qu’il était le fait de la réaction.

Cette rencontre présentera deux exceptions, l’une du félibre montpelliérain Félibre Louis Bonfils, auteur d’une des rares correspondances du front de 14-18 en occitan éditée par Guy Barral, l’autre de Pierre Roumegous, dit « Peyrot », instituteur landais, membre de la SFIO qui, de 1936 à 1948, écrivit une chronique politique sous forme de « lettres » dans Le Travailleur landais, éditée par Micheline Roumegous et Guy Latry.

 L’occitan en guerre. Louis Bonfils – Lettres à Pierre Azema (août 1914-décembre 1916), éditées par Guy Barral, PULM Montpellier, Collection « Estudis occitans »

Quand le sergent Louis Bonfils part à la guerre le 14 août 1914, c’est un félibre qui apporte la contribution du Midi au combat de la Grande France.

Les lettres qu’il envoie à son complice Pierre Azéma sont un échange entre deux écrivains. Ce sont aussi des lettres militantes. D’abord, et c’est un fait unique parmi toutes les correspondances de poilus connues à ce jour, parce qu’elles sont écrites en occitan. Ensuite parce qu’elles témoignent d’un combat acharné pour défendre la réputation des Méridionaux rudement attaquée par les civils et les militaires du Nord de la France. Cette lutte pour l’honneur du Midi conduira Louis Bonfils jusqu’à son jugement par un conseil de guerre tenu sr le front, où il sera acquitté, et même félicité.

Quand le capitaine Louis Bonfils est tué à la guerre, le 11 juin 1918, il a certes remporté quelques belles victoires, militaires contre les Allemands, morales contre les Français du Nord, mais la guerre qui semble opposer de façon récurrente le Nord et le Sud est loin d’être terminée.

L’édition de cette correspondance exceptionnelle, entreprise dès 1918, a dû attendre un siècle pour voir le jour.

2015, 16 x 24 cm, 184 p., ISSN : 1962-1116, ISBN : 978-2-36781-141-3.

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Le Front Populaire en gascon : « Leutres à l’Henri, lettres à Henri – Chroniques politiques du Travailleur landais, 1936-1948 »éditées par Micheline Roumégous et Guy Latry.

« Peurcé militi ? […] qu’eus de famille. Touts ataou de machan puou, aqueure race dous Hillots […] Et pus Henri, n’oublidi pas l’aoute famille : leu dou trabailh, leu qui ne pot pas tout jamais dide ço que se peunse. » [Pourquoi je milite ? C’est de famille. Tous comme ça de mauvaise humeur, cette engeance des Landais […] Et puis Henri, je n’oublie pas l’autre famille : celle du travail, celle qui ne peut jamais dire ce qu’elle pense].

Alliant verve gasconne et conviction politique, les Lettres à Henri signées Peyrot ont été publiées pendant la période du Front Populaire (1936-39), puis l’immédiat après-guerre (1945-48) dans le Travailleur landais, hebdomadaire de la SFIO. Quelle position prend leur auteur, instituteur laïque, face aux luttes locales (celles des métayers) et nationales, aux menaces de guerre et retour d’Oflag, après 45, face à la Collaboration, aux problèmes du ravitaillement, aux débuts de la guerre froide ? Ces textes amènent à mettre en question la vulgate sur le pacifisme aveugle des enseignants, la « démission nationale » de la gauche, la France immunisée contre le fascisme, et l’usage exclusivement réactionnaire du « patois ». Ils  apportent le témoignage d’un acteur intermédiaire, ni tout à fait anonyme ni personnage politique reconnu, de ce temps d’où nous venons. Présentés en version originale et dans une traduction de Guy Latry, ces textes sont présentés et annotés par Micheline Roumégous, la fille de Peyrot.

Micheline Roumégous est agrégée d’histoire et de géographie et docteur en géographie. Guy Latry est professeur émérite d’occitan à l’université Bordeaux Montaigne.

Prix : 27 euros -  ISBN  978-2-86781-946-9

Présenté par Jean-Claude Forêt et Marie-Jeanne Verny, En partenariat avec l’équipe de recherche RedOc-LLACS – Université Paul-Valéry – http://www.univ-montp3.fr/llacs/, dans le cadre des rencontres occitanes Sauramps.

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