Appel à communications – 9 et 10 novembre 2017 : Dis (qualifier) l’ennemi.

Ce colloque prend sa place dans le cadre d’un des axes de l’équipe de recherche LLACS (Langues, Littératures, Arts et Civilisations des Suds), Polémiques et controverses : frontières religieuses, idéologiques et culturelles. Il se situe dans le prolongement des recherches menées sur  les mots de la dissidence et de la polémique religieuse essentiellement dans la péninsule ibérique et l’espace occitanophone et se propose d’élargir l’enquête dans l’espace, le temps, et les registres. Rhétorique, stratégies discursives, échafaudages lexicaux ne sont sans doute pas les seules clés permettant d’élucider les enjeux de la qualification de l’ennemi. Cependant, toute écriture polémique mettant en oeuvre des caractères sémantiques, rhétoriques, énonciatifs et argumentatifs qui visent la disqualification de la cible, il nous a semblé important de commencer par un travail sur la désignation de l’ennemi politique, religieux, social, culturel. En quoi ces procédés de disqualification – vitupérations, polysémies assassines, dénominations corrosives, glissements venimeux – sont-ils de véritables armes de guerre ? Et de quelle guerre ? Que s’agit-il de défendre ? En somme avons nous besoin d’un ennemi pour construire notre identité ?

 En d’autres termes, il ne s’agit plus de se limiter aux seules controverses religieuses, mais bien de s’interroger sur la façon dont la qualification de l’expérience historique par les différents acteurs de l’Histoire (institutions, groupes sociaux et individus impliqués) pèse sur  la nomination. Il sera question de luttes de mots et de rapports de domination.  

Pour ce faire nous proposons non seulement d’interroger les formes à travers des objets textuels (chroniques, traités, littérature, caricatures, témoignages, presse etc.) ou iconologiques et cinématographiques mais aussi la façon dont ces formes sont enjeux de conflits et enjeux de savoirs. De ce point de vue ont vocation à être pris en compte des productions aussi variées que les sirventés (poèmes politiques occitans du Moyen Age), les textes polémiques liés à la Réforme protestante à partir du XVIe siècle ou toutes les formes que prend le copieux corpus, dans tous les pays du Sud, des textes de polémique ou de propagande politique.

Ce travail sur l’historicité des catégories discursives pourra conduire à une réflexion sur la polysémie ou sur l’oblitération de certains mots devenus problématiques ou inaudibles (par exemple des mots comme « démocratie », «République », « révolution », pour ce qui est du XXe et du XXIe siècle). À l’inverse, il invite à analyser la construction de récits consensuels qui imposent des lexiques, des figures et des stratégies d’énonciation (ainsi les langues du dommage et de la réconciliation dans les discours liés à la violence politique).

Il est bien entendu impossible de dresser un tableau embrassant l’ensemble des problèmes posés. On privilégiera donc un certain nombre de thèmes :

-la dénonciation de l’étranger du dedans, sur le modèle fourni entre autres par la polémique antijuive récurrente dans plusieurs des territoires concernés.

-la fabrication du stéréotype de l’Ennemi (en France, le politicien méridional de gauche comme incarnation de l’Anti-France métissée dans le discours de l’extrême-droite de la fin du XIXe siècle).

-le vocabulaire de l’invective (surnoms, épithètes, slogans, pour chacune des langues concernées.)

-le réemploi des étiquettes (par exemple l’assimilation de la réforme protestante à telle ou telle hérésie médiévale).

 Ces questions seront débattues au cours d’un colloque qui se tiendra à Montpellier les 9 et 10 novembre 2017 

 

 
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