L’axe « Civilisations »

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Programme de travail 2014-2019

1- Polémiques et controverses : frontières religieuses, idéologiques et culturelles (Europe des Suds, Amérique et Afrique hispanophones et lusophones).

Le programme débutera en 2015 par « Les mots de l’intolérance ».
    Dans le prolongement des travaux sur l’Inquisition espagnole développés au cours des dernières années, on élargira le regard à d’autres situations analogues dans les divers pays des Suds. Si l’on se tourne vers l’espace occitan, on sait que c’est là, à l’issue de la croisade contre les Albigeois, que l’Inquisition est apparue pour la première fois, contre les cathares et les Vaudois. On sait aussi que c’est dans le sud du Royaume que le protestantisme a trouvé ses plus forts bastions à partir du XVIe siècle. Sans oublier la question de la sorcellerie, ou celle des Juifs du Comtat. L’étude de la façon dont ces dissidences religieuses ont été traitées peut s’appuyer non seulement sur les sources judiciaires mais aussi sur toute une littérature polémique dénonçant l’hérésie en occitan, depuis Las novas de l’heretge des années 1240 jusqu’à la littérature anti-protestante des XVIe et XVIIe siècles. Un travail comparatif sur les procédures et les écrits dans les différents pays concernés par la répression de la dissidence religieuse permettra de dégager à la fois ce qui est commun à l’appareil répressif et à sa propagande et ce qui est spécifique à chacune des sociétés concernées.
    Dans le domaine de l’histoire moderne hispanique, est envisagée l’analyse d’une série de traités :
    -traités contre les maures et les Juifs (antialcoranes, disputas, catecismos para moriscos, etc)
    -traités sur la limpieza de sangre
Nous aborderons aussi la question de l’hérésie (hérésies médiévales/hérésie inquisitoriale, analyse des manuels de procédure et des « allégations fiscales » inquisitoriales) dans une perspective comparatiste
    Ce programme, en relation avec le programme du CIER (Centre Interdisciplinaire d’Étude du Religieux) hébergé par la MSH-M « Le fait religieux interrogé par les chercheurs. Constructions disciplinaires », ne constitue que le premier volet d’une enquête devant se prolonger jusqu’aux controverses de l’époque contemporaine,

2-  Thème transversal civilisation contemporaine

    Dans le prolongement de la journée d’études du mois de juin 2012, qui constituait une prise de contact générale entre chercheurs s’intéressant aux fonctions emblématiques de la chanson dans les divers suds, on cherchera à préciser davantage le champ de la recherche. Une piste prometteuse semble être celle de la chanson « engagée », comme vecteur de diffusion large en société d’un message de nature politique. D’une certaine manière les hymnes nationaux s’inscrivent dans ce champ (qu’on songe à l’embarras des autorités, au cours des dernières années, autour des paroles de l’hymne espagnol par exemple, ou aux polémiques autour de l’hymne italien). Plus largement, il y a l’exemple de la Nova Cançó catalane, comme manifestation, en apparence culturelle, de résistance au franquisme, ou la nòva cançon occitane. Des exemples semblables pourraient sans problème être trouvés dans le corpus de la chanson italienne, ou grecque (Mikis Theodorakis et d’autres)ou portugaise, comme le suggérait le cas de Grandola vila morena, abordé au cours de la précédente journée d’études. L’orientation politique de ces chansons peut évidemment être très variable, et il conviendra de prendre en compte la façon dont les diverses familles politiques des divers pays concernés, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite peuvent s’en emparer, y compris en « retournant » en quelque sorte une chanson venue de « l’autre camp ». Il conviendra également de voir comment, dans certains cas, choix politique et affirmation d’une revendication « nationalitaire » peuvent se combiner. On n’oubliera pas que la forme même de la chanson, et le fait qu’il s’agit de textes courts, impliquent des choix rhétoriques, et une façon particulière de relayer les thèses et les mots d’ordre des groupes politiques qui les produisent ou les inspirent : la chanson politique est-elle simplement un  tract mis en musique, ou y a-t-il d’autres dimensions, aux confins du politique, du littéraire et de l’artistique?
    L’ampleur du sujet, et aussi sa difficulté, justifient qu’il fasse l’objet d’un colloque international.

 

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Rappel : Les travaux 2011-2014

L’axe « civilisations » se décline selon deux versants, le premier impliquant plutôt les contemporanéistes alors que le second intéresse au premier chef les modernistes.

- États, citoyennetés, identités

Les concepts d’État, de citoyenneté et d’identité se trouvent associés dans un axe de recherche portant sur l’émergence de l’État et son articulation à une société qui, dans la période moderne, commence à revendiquer son autonomie face au pouvoir, où progresse peu à peu la notion de consentement volontaire à l’autorité et qui finit par se définir elle-même comme la seule dépositaire de la souveraineté. On cherche ici, par le biais d’approches combinées de cas de figure en apparence différents ou lointains, de comprendre comment fonctionne cette tension, dans les divers pays des Suds que nous avons vocation à observer. Ce travail se mène dans un certain nombre de directions :

  • - La dimension politique : il s’agit de voir selon quelles modalités chacun des Etats concernés aborde le problème de la réduction à l’unité de l’espace que ses frontières dessinent au terme de son expansion initiale.
  • - La dimension idéologique. L’État n’est pas seulement un appareil institutionnel bardé de lois et d’échelons de décision. C’est aussi, ou cela veut être, une « Nation », une communauté en marche, qui fait reposer son existence sur le consensus dynamique d’une identification commune.

Trois programmes ont été retenus : l’articulation entre identités locales et identités supra-locales, la Citoyenneté et la culture politique, la difficile construction d’un État démocratique (ruptures, transitions, régressions).

- Frontières religieuses et conflits d’identité confessionnelle dans l’Espagne moderne.

Notre projet prend pour point de départ la prise en compte de l’importance majeure que revêtent dans nos sociétés actuelles les phénomènes multi ou pluriculturels ainsi que la conviction que les historiens sont à même d’apporter des lumières à la connaissance historique des problèmes de coexistence interculturelle. L’Espagne de la première modernité (vers 1480-vers 1700) offre un champ d’observation très fécond en tant que laboratoire où ont été envisagées des politiques ambiguës d’intégration, de marginalisation et de destruction concernant les différentes identités religieuses et culturelles qui forment le puzzle hispanique hérité du Moyen Âge. Pour ce faire, nous avons délibérément privilégié une source, l’Inquisition moderne espagnole, en raison de la qualité de ses archives et de son rôle dans la problématique de l’uniformisation culturelle de l’Espagne, rôle bien plus complexe et déterminant que ne le laissent entendre nombre de spécialistes qui veulent cantonner les tribunaux de la foi dans une fonction de simples exécutants des décisions royales.

Les objectifs poursuivis sont de trois ordres : en premier lieu, la délimitation des lignes de démarcation à l’intérieur de la véritable identité religieuse des individus poursuivis par l’Inquisition en fonction de la nomenclature catégorielle des inquisiteurs ; dans un deuxième temps, il s’agit de questionner la validité, la crédibilité des sources inquisitoriales comparées à d’autres – juridiques surtout, mais aussi littéraires et « chronistiques » – ; enfin, nous comptons parvenir à analyser en profondeur la logique ayant présidé à l’établissement des critères conceptuels et répressifs du Saint-Office en matière d’hérésie et interroger la rationalité du processus faisant de ce qui est différent une chose intolérable.

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