Les manuscrits du Poème (1930-1960) – Journée d’études RedOc – 23 octobre 2014 -publication électronique des Actes

1410-13-manuscrits du poème- Introduction : P. Gardy, C. Torreilles, M.J. Verny : manuscrits-du-poeme_introduction

- Philippe GARDY, Max Rouquette et la fabrique des songes, 1936-1950 : PGardy_MRouquette

- Joan Thomas, Des manuscrits de Fernand Barrué et de quelques autres : Joan-Thomas_Fernand-Barrué

- Claire TORREILLES, Telaranha d’Enric Espieux (1923 – 1971). L’espèra de l’alba : CTorreilles_Enric-Espieux-3

- M.-J. VERNY, Les manuscrits de Robert Allan. Description et problèmes d’édition : MJVerny_Robert-Allan-4

- Nadège SAINT-MARTIN : Aux sources du poème : les manuscrits de Marcelle Delpastre : nadege_saintmartin_delpastre

- Jean-François COUROUAU : Des avant-textes au texte : le destin éditorial des poèmes occitans de Denis Saurat (1954-1960) JFCourouau_Saurat

Les manuscrits du poème (1930-1960) – présentation de la journée

 Si la poésie en occitan de cette période a fait l’objet d’assez nombreuses études qui permettent à la fois d’en connaître l’essentiel des auteurs et des œuvres, de nombreuses zones d’ombre subsistent. L’une d’entre elles concerne les fonds manuscrits pouvant contenir

— des poèmes inédits ;

— une ou des versions antérieures à la première publication du poème ;

— des versions postérieures à la première publication du poème ;

Ces fonds peuvent avoir déjà été répertoriés ; mais c’est rarement le cas (édition d’Henri Espieux par Jean Larzac ; édition de Robert Allan par Marie-Jeanne Verny ; de Denis Saurat par Jean-François Courouau). La plupart du temps, ils existent à l’état potentiel : manuscrits conservés par les poètes ; manuscrits conservés par des correspondants divers ; manuscrits insérés dans des fonds tout aussi divers (recueils de correspondance ; papiers du poète légués à une institution publique ou privée ; poèmes insérés dans des ouvrages, par exemple à l’occasion de l’envoi ou de la remise d’un exemplaires dédicacé d’un recueil ou d’une autre sorte d’ouvrage, etc.).

 

Une première approche de cette situation assez complexe pourrait consister à :

— repérer les fonds existants, qu’il s’agisse de fonds « cohérents », à la fois par leur contenu et/ou leur lieu de conservation, ou de fonds fortuits, dispersés, à constituer ou reconstituer ;

— s’interroger, à propos de tel ou tel poète, sur l’opportunité de repérer des versions manuscrites de son œuvre et sur la possibilité d’accession à celles-ci ;

— envisager la constitution d’archives poétiques (exemple : travaux en cours de Philippe Gardy sur les manuscrits de Max Rouquette, aussi bien ceux conservés au CIRDOC, Béziers, que ceux encore entre les mains de la famille, déjà déposés à la Médiathèque Zola de Montpellier, ou actuellement possédés par d’autres personnes privées ou établissements).

 

Parallèlement, on pourrait commencer à partir des matériaux existants, déjà étudiés ou pouvant l’être, à s’interroger sur la construction de l’œuvre de quelques poètes, que ces matériaux pourraient aider à mieux l’appréhender ou à remettre en cause. On pourrait aussi, à travers quelques exemples, poser, pour la poésie en occitan de cette période, les questions de l’élaboration du poème ou du recueil, et, dans une autre direction, plus technique, tenter d’évaluer le poids des instances éditoriales dans cette élaboration (graphie, lexique, choix des textes à publier, composition finale des recueils, etc.).

Un autre aspect de cette recherche concerne bien sûr les éditions, critiques ou non, des œuvres poétiques, en fonction des éléments nouveaux que de telles enquêtes seraient susceptibles d’apporter.

Programme de la journée

  • 9 h 30 acuelh e presentacion de la jornada : Philippe Gardy et Marie Jeanne Verny
  • 9 h 50 -10 h 10 : Jean-François Courouau, Les manuscrits de Denis Saurat ou les  errements d’un texte.
  • 10 h 10 – 10 h 30 : Philippe Gardy, Max Rouquette et la fabrique des songes, 1936-1950
  • 10 h 30 11 h : Nadège Saint-Martin, Eths manescrits de M. Delpastre: vaduda e elaboracion deth poèma
  • 14 h 10 – 14 h 30 : Joan Thomas, Autour des manuscrits de Fernand Barrué et de quelques autres
  • 14 h 30 – 14 h 50 : Claire Torreilles, Henri Espieux, Telaranha ou l’attente de l’aube.
  • 14 h 50 – 15 h 10 Marie-Jeanne Verny, Les manuscrits de Robert Allan. Description et problèmes d’édition

Résumé des communications

  •  Jean-François COUROUAU, Les manuscrits de Denis Saurat ou les errements d’un texte

L’œuvre occitane de Denis Saurat (1890-1958) a été principalement publiée par l’IEO, une première fois en 1955, une seconde fois à titre posthume (1960) à partir de textes d’épreuves laissées pendantes par la mort de l’auteur. À partir du moment où il redécouvre, de façon subite selon son témoignage, la langue de ses ancêtres, Saurat note tout ce qu’il écrit dans des petits carnets qu’il recopie ensuite entièrement de temps en temps en apportant parfois certains changements. Dans la perspective d’une édition, chaudement recommandée par ses nouveaux amis de l’IEO, il confie la transcription de ses textes à sa secrétaire qui les tape à la machine, non sans erreurs. Saurat écrit dans sa propre graphie, soucieux des particularités de son dialecte ariégeois qu’il croit être le dernier à connaître. Les éditeurs de l’IEO se chargent de la transposition de ces textes en graphie alibertine, non sans erreurs également. Enfin, parallèlement à ces efforts de l’IEO, Saurat, apparemment pour lui-même, consigne, un an avant sa mort, l’ensemble de son œuvre occitane dans un cahier qui a servi de base à l’édition critique procurée en 2010 (Toulouse, PUM).L’ensemble des documents, conservés de nos jours dans le fonds Denis Saurat de l’Institut français de Londres, permet de suivre quasiment pas à pas l’itinéraire d’une création, à travers des versions successives et des vêtures graphiques profondément divergentes. L’approche philologique, rarement adoptée pour les textes occitans du XXe siècle, s’impose d’elle-même. Elle fait apparaître le rôle des éditeurs ou plutôt des transcripteurs, intermédiaire crucial entre les manuscrits, ici constitués d’un ensemble volumineux de documents qu’il s’agit de hiérarchiser, et le public, lectur d’une œuvre qui s’éloigne parfois du texte voulu par l’auteur dans la solitude de son écriture.

  •  Philippe GARDY : Max Rouquette et la fabrique des songes, 1936-1950

En 1937 et 1942, Max Rouquette publiait ses deux premiers recueils poétiques, placés sous le signe des songes (Los somnis dau matin ; Somnis de la nuoch). Quatre manuscrits (ou pour partie tapuscrits) conservés datant de cette époque, plus un « cahier noir » contenant des poèmes d’époques diverses, nous font pénétrer dans la fabrique des songes, ou dans le mécanisme de leur capture, pour employer un terme sans doute plus rouquettien. Et d’abord dans celle du mot lui-même, qui mit un certain temps à s’imposer, comme emblème et forme-sens du poème d’abord, puis sous sa forme occitane « définitive » (soit sòmi). Précieux pour pénétrer dans l’atelier du poète, ses choix graphiques, ses hésitations, ses choix proprement linguistiques aussi, cet ensemble de manuscrits nous montre que les diverses étapes de ce cheminement sont intimement liées à la découverte du poème, à son écriture, et, plus largement, à la façon dont celui-ci s’est élaboré (à la façon d’un rêve) en ces années-là pour Max Rouquette, entre écriture maîtrisée et quête « automatique » d’un monde qui se dérobe.

  •  Nadège SAINT-MARTIN : Eths manescrits de M. Delpastre: vaduda e elaboracion deth poèma.

Era bibliotèca de Lemòtges que dispausa d’un fons d’ua riquesa grana, mes tròp pauc espleitat peth moment, eth fons Delpastre. Depausat e classat per Jan dau Melhau, aqueth fons que conten eths manescrits deras òbras poeticas, deths escrits en pròsa, deths racontes autobiografics, deths trabalhs etnografics, enter autes quadernets de jounesa, letras e revistas.

A maugrat eths nòstes sejorns tròp cortets a Lemòtges, que’ns permeten solament d’esbauçar ua debuta de soscadissa, era consultacion deth fons que’ns sembla d’un interès màger tad ensajar de n’aprénguer un pauc mes sus eth processús de creacion de Delpastre. Delà eth caminament cronologic dera òbra, que hica en relèu era evolucion dera forma dempuish era ballada dera fin deras annadas cinquanta, dinc ath saume e ath poèma long praticats dinc ara debuta deras annadas nonanta, eths manescrits que’ns permeten de ns’assabentar sus era vaduda deth poèma e’ra maturacion deth arrecuelh. Se eths manescrits pauc rajats plaidejan en favor d’ua poesia que gessís deth poèta d’un biaish espontanèu (çò que reïvindica dab fòrça eth autor), que deishan pasmens sentir era organizacion rigorosa que presidís ara elaboracion deth tèxte e deth arrecuelh.

Que’ns perpausam donc de hèr un torn rapide deth estat deth hons, abans de ns’arrestar mes longament sus era elaboracion deth poèma e deth arrecuelh, ath lum deths manescrits.

  •  Jean THOMAS : Autour des manuscrits de Fernand Barrué et de quelques autres

Les poèmes de Fernand Barrué n’ont connu qu’une édition confidentielle bien que l’œuvre fut signalée dans la revue Òc et dans une anthologie de la poésie occitane. Cette écriture, peu connue, renvoie le lecteur de la poésie d’oc à des îlots en perdition dont il serait en quelque sorte le secouriste ou le témoin d’un naufrage. Que reste-t-il des nefs englouties ? Que sait-on de la cargaison d’oranges ? Parfois, la découverte de manuscrits, d’archives orales et/ou écrites, permet de renflouer le navire. Tel sera peut-être le cas des textes de Fernand Barrué dont la découverte des manuscrits et de quelques souvenirs rend à nouveau possible la navigation d’un îlot qui reviendrait dans le giron de l’archipel. Le lecteur est ainsi confronté aux éléments — parfois déchaînés, parfois apaisés et sécurisants, aux flots qui portent l’écriture. Qu’il s’agisse de norme linguistique et de langue, de conservation, d’interpellation de l’œuvre, d’édition ou de variantes (et donc de traduction), les manuscrits de Fernand Barrué nous permettent d’ouvrir un atelier et de poser un questionnement fondamental sur l’écriture occitane navigant entre lumière, ombre, pénombre et obscurité.

  •  Claire TORREILLES : Henri Espieux, Telaranha ou l’attente de l’aube.

De 1947 à 1949, Henri Espieux attend avec une certaine fébrilité la publication de son premier recueil aux éditions de l’IEO (Coll. Messatges) : Telaranha. Espieux fréquente depuis plusieurs années les poètes occitans Bernard Lesfargues, Jean Mouzat, Bernard Manciet, il connaît René Nelli et Max Rouquette. Une correspondance s’engage, très riche, avec Robert Lafont au début de 1947. Plusieurs des treize poèmes constitutifs de Telaranha, en particulier les deux premiers et le poème central qui donne son nom au recueil : « Is estelas / radarelas… » lui sont envoyés. Ils sont commentés, repris, oubliés et perdus et relus à nouveau par l’un et par l’autre des deux jeunes poètes. Ces échanges donnent lieu à des publications intermédiaires (dans l’Ase Negre, Occitania). Ils sont surtout la marque d’une intense activité créatrice et critique où l’on voit s’ouvrir les perspectives des œuvres à venir. Nous nous bornerons à explorer les commentaires, interrogations, corrections et variantes des poèmes d’Espieux dans cette brève période d’attente de publication.

  •  Marie-Jeanne VERNY, Les manuscrits de Robert Allan. Description et problèmes d’édition

De 1947 aux années 1980, Robert Allan a laissé de nombreux manuscrits de son œuvre, essentiellement poétique, écrite pour l’essentiel aussi en occitan. Ces manuscrits sont parfois accompagnés d’une version française de l’auteur.

On s’attachera d’abord à la description matérielle de ces manuscrits, dont une bonne part étaient composés en vue d’une publication immédiate (soigneusement calligraphiés, avec des indications de pagination et parfois d’illustrations), d’autres étaient des documents de travail, annotés ou corrigés.

Ce corpus donne de nombreux renseignements :

- sur l’écart entre l’œuvre écrite et l’œuvre publiée, dû notamment – mais pas exclusivement – à des raisons matérielles

- sur le processus d’élaboration de l’œuvre, l’écrivain ne cessant de réécrire de nombreuses pièces, notant soigneusement les dates des différentes versions,

- sur les interventions extérieures : corrections graphiques et remaniements des volumes.

Pour l’éditeur de l’œuvre, la richesse de ce corpus est source de questionnements méthodologiques et littéraires :

-          quelle version choisir en cas de versions multiples ?

-          peut-on « jouer », dans l’édition, sur les choix de l’auteur entre plusieurs versions du même texte ?

-          quel sort réserver à des traductions françaises qui ont parfois plus vieilli que le texte occitan dont elles ont rarement la qualité ?

 

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