Rencontre occitane Sauramps 29 janvier : hommage à Yves Rouquette et à Marceau Esquieu

5-2008-FLAREP6FELCO-Roqueta-OLYMPUS DIGITAL CAMERAMarceau Esquieu et Yves Rouquette nous ont quittés en ce mois de janvier, alors que l’année commençait à peine.

Marceau Esquieu fut un écrivain, traducteur en occitan des grands classiques grecs et latins, mais aussi de Molière. On se souvient encore de ses Aristofanadas et de son Monsieur de Pourceaugny créés par le théâtre de la Rampe. Il fut l’un des fondateurs de l’Ecole Occitane d’Été, infatigable passeur de langue et de culture.

Yves Rouquette, homme engagé, poète, romancier, auteur de théâtre, chroniqueur, est né à Sète dans une famille de cheminots, mais il est resté tourné vers le sud-Aveyron, pays de ses origines, découvert pendant les deux années d’enfance qu’il y passa durant la guerre et passionnément aimé depuis. Jusqu’à la fin de sa vie, son œuvre aura été la célébration d’un peuple, qui ne peut-être que le menu peuple, et la quête d’un Dieu qui a déserté le ciel pour se loger dans le corps des plus humbles d’entre nous. Dans une langue qui coule comme l’eau et souffle comme le vent, superbe de simplicité, il célèbre la gloire des gens de peu, la beauté muette et tragique de leurs vies oubliées et la noblesse de « l’ordinaire du monde », hommes, bêtes et objets.

 

La rencontre de Sauramps de janvier rendra hommage à ces deux grandes figures :lectures, présentation de leurs œuvres, projection de films, témoignages de ceux qui les ont connus et aimés.

La rencontre aura lieu à 19 heures, auditorium du Musée Fabre, Montpellier

Escriveire public

 

Ce poème figure à la fin du premier recueil que publie Yves ROUQUETTE en 1958, « L’escriveire public ». Il a 22 ans. Ses maîtres en poésie sont Max Rouquette, Eluard, Apollinaire, René-Guy Cadou, comme l’indiquent la dédicace et les poèmes cités en exergue. Plus tard, il dira ce que la poésie occitane de sa génération doit au poète catalan Josèp Sebastia Pons, à qui il consacre une étude dans la collection Poètes d’aujourd’hui chez Seghers. Mais, derrière les influences, ce qu’annonce ce poème de jeunesse en forme d’art poétique c’est un engagement, le choix d’une langue et de tout un monde. Ecrire la langue qu’il a entendu parler en Aveyron dans son enfance, c’est faire le lien entre la langue du poème et la parole populaire et ce n’est pas simple. Mais Yves Rouquette trouve dans cette parole un rythme, une vérité puissante qu’il fait siens et dont toute son œuvre porte la marque. Et si la nostalgie de l’univers d’enfance affleure, elle voisine toujours avec le déchirement ou la dérision.

 

Quand aurai tot perdut

mon lassitge ma lenga e lo gost de luchar

me virarai encara un còp cap a vosautres

òmes mieus

carretièrs jornalièrs pastres varlets de bòria

caratges doblidats esperduts renegats

òmes dels vilatges esconduts

dins un temps que vòl pas

que pòt pas espelir

e traparai dins vòstre agach

dins lo quichar de vòstras mans

dins vòstres crits mandats de lònga

de fons a cima de la tèrra

e que degun pòt far calar

una rason de creire encara

Tornarai èsser per vosautres

abitants grèus e maladrechs

d’un país de la votz d’enfança e de tèrra

lo mainatge qu’ai pas quitat d’èsser

un enfant de la vila en cèrca de l’amor

del pibol plegadís coma un cant de pelhaire

trevant los nauts pelencs de la vòstra mementa

d’òmes que sabon tot sens aver ren legit

que lo libre del temps que fai

 

Quilharai una taula

còntra lo vam dels sèrres

e me farai per vosautres

escriveire public.

 

Écrivain public

 

 

Quand j’aurai tout perdu

mes souvenirs ma langue et le goût de la lutte

j’irai à nouveau vers vous tous

hommes miens

charretiers journaliers bergers valets de ferme

visages oubliés éperdus reniés

homme des villages cachés

dans un temps qui ne veut

ni ne peut éclore

et je trouverai dans vos yeux

dans vos mains que je presserai

dans vos cris jetés sans fin

d’un bout à l’autre de la terre

et que rien ne peut faire cesser

une raison de croire encore

Je serai à nouveau pour vous

habitants lourds et maladroits

d’un pays à la fois d’enfance et de terre

le petit enfant que je n’ai jamais cessé d’être

un enfant de la ville en quête de l’amour

du peuplier flexible comme une chanson de chiffonnier

hantant les haut-plateaux de votre souvenir

d’hommes qui savent tout sans avoir rien lu d’autre

que le livre du temps qu’il fait

 

Je dresserai une table

contre la ruée des collines

et je me ferai pour vous

écrivain public

 

Traduction de l’auteur

 

 Sélection bibliographique

Lo mal de la tèrra, 1959.

Lo poèta es una vaca, 1967.

Òda a sant Afrodisi, 1970.

Lo fuòc es al cementèri, 1973.

Lo castèl dels cans, 1976.

Misericòrdias, 1986.

Dels dos principis, 1987.

L’escritura, publica o pas, poèmas 1972-1987, IEO, 1988.

La faim, seule, choix de poèmes, 1958-2004, Letras d’òc, 2005.

 

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