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~ Le Roland furieux de l’Arioste : littérature, illustration, peinture (XVIe-XIXe siècles) ~
Stéphane Lojkine
~ Éditions illustrées ~
Éditions du vivant de l’Arioste, sans gravures
La première édition du Roland furieux (en quarante chants) est un volume in-quarto,
publié à Ferrare, chez Giovanni Mazocco dal Bondeno, en avril 1516 (cote
Bnf Res-yd-242). La seconde édition, dont la langue est corrigée,
« épurée », comporte toujours quarante chants. Elle est imprimée en 1521, toujours
à Ferrare, chez Giovanni Battista da la Pigna. La troisième édition, en quarante-six chants,
est imprimée aux presses de Francesco Rosso da Valenza à Ferrare en 1532 (Impresso in Ferrara : per maestro Francesco Rosso
da Valenza, a di primo d'ottobre 1532, cote Marciana R015760).
D’autres éditions paraissent entre ces dates, ou simultanément :
Milan, J. J. e fratelli de Legnano, 1524, in-quarto, cote Bnf Res-yd-243
Venise, mars 1526 (Stampato nella inclyta citta di Vinegia, del mese di
marzo 1526, cote Marciana R015757)
Venise, 1527 (Stampato in Vineggia : per Giouanantonio et fratelli da Sabbio : ad instantia di
Nicolo Garanta et Francesco compagni librari al Dolfino, 1527)
Venise, 1531 (Stampato in Vinegia : a santo Moyse nelle case nuoue
Iustiniane, per Francesco di Alessandro Bindoni, & Mapheo Pasini, compagni, 1531 del mese di genaro,
cote Marciana R015758)
Ces rééditions témoignent du succès du livre. Si aucune édition
illustrée du Roland furieux n’est parue du vivant de l’Arioste, c’est donc plus à la
cherté, à la rareté, à la nouveauté du procédé qu’à l’absence
de public pour une telle entreprise qu’il faut l’imputer.
Éditions illustrées du seizième siècle
1549 Les premières illustrations sont
gravées sur bois. La plus ancienne édition que nous ayions rencontrée est
l’édition de 1549 par Giolito de Ferrari, dont les
petites gravures sur bois n’occupent que la moitié d’une page d’in-quarto (ces gravures sont reproduites dans
l’édition Nucio d’Anvers, 1558).
L’édition Valvassori de 1566
et l’édition Rampazetto de 1570
possèdent des gravures différentes, mais du même type, le plus ancien parmi les illustrations de l’Arioste.
1556 L’édition Valgrisi représente un second type et marque une
révolution par rapport aux gravures du type précédent. La première édition Valgrisi date de 1556 (2 exemplaires à la Marciana ; les
gravures reproduites dans Utpictura18 proviennent d’
une réédition de 1562 conservée à la Bnf).
Il s’agit toujours de gravures sur bois, mais de grande taille cette fois, occupant la pleine page d’un volume in-quarto. La foule des personnages
dessinés permet de représenter dans la même gravure plusieurs épisodes, voire tous les épisodes du chant qu’il s’agit
d’illustrer. Les gravures de cette édition, qui ne sont pas signées, auraient été exécutées à partir
de dessins de Dosso Dossi, un peintre que l’Arioste avait connu et fréquenté. 1584
Enfin
l’édition Franceschi
introduit une innovation technique très importante : les gravures y sont imprimées non plus sur bois, mais à partir de plaques de cuivre,
plus résistantes et permettant un travail de détail plus fin. La page de titre de cette édition annonce le nom du graveur, Girolamo Porro,
qui s’était fait connaître dans la gravure des cartes du livre de Tommaso Porcacchi consacré aux îles du monde entier
(L’isole piu famose del mondo descritte da Thomaso Porcacchi da Castiglione arretino e intagliate da Girolamo Porro padovano con l’aggiunta di molte isole .. -
In Venetia : appresso Simon Galignani & Girolamo Porro, 1576). Les gravures de Girolamo Porro, très inspirées de celles de l’édition Valgrisi dont
elles reprennent le format, introduisent notamment un traitement nouveau de la perspective et cherchent à rationaliser la disposition des personnages et des
épisodes dans un espace de représentation qui tend à s’unifier.
Éditions illustrées du dix-huitième siècle
Après les illustrations chiches et les formats minuscules des éditions du dix-septième
siècle, le dix-huitième siècle renoue avec les éditions somptueuses. Mais le style des gravures a complètement
changé : il s’agit désormais de représenter une scène, et non la totalité d’un chant. La gravure est
désormais presque systématiquement signée, parfois datée, parfois dotée d’un titre. Un groupe de trois
éditions retient l’attention pour cette période : c’est d’abord
l’édition Baskerville, publiée
à Birmingham en 1773 et rééditée en 1775. Conformément à la tradition des éditions illustrées de l’Arioste, elle comporte une gravure
par chant. Les principaux dessinateurs qui participèrent à l’élaboration de cette série sont Giovanni Battista Cipriani (14
dessins), Jean Michel Moreau le jeune (13 dessins) et Charles Eisen (6 dessins).
L’édition Brunet, publiée à Paris en 1776
et l’édition Plassan, qui date de 1795, contiennent également cette série, à laquelle a été ajoutée une
seconde série, entièrement dessinée par Cochin fils, de sorte que chaque chant contient deux illustrations : dans la plupart des cas, les
dessinateurs ont choisi des scènes différentes ; parfois il s’agit de deux interprétations différentes d’une
même scène. L’histoire de ces deux séries de gravures est compliquée, car elles n’ont pas été
publiées en même temps que les textes dans lesquels nous les trouvons aujourd’hui reliées, comme l’attestent les dates parfois
tardives mentionnées sur certaines d’entre elles (même si ces dates donnent une indication sur la gravure, et non sur le dessin
préparatoire, parfois nettement antérieur). Il semble en tout état de cause qu’en 1776, lorsque le texte de l’édition
Brunet paraît, la confection de la première série n’était pas terminée, et que celle de la seconde était
commencée. Or c’est précisément en 1776 que paraît à Venise la luxueuse
édition Zatta,
illustrée d’après les dessins de Pietro Antonio Novelli. Birmingham, Paris, Venise : le rayonnement culturel de l’Arioste en
Europe est alors à son apogée
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