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~ Le Roland furieux de l’Arioste : littérature, illustration, peinture ~ Les gravures performatives ~ Bradamante dans la caverne de Merlin : de la performance à la scène (chant III) Comparons les différentes illustrations auxquelles le chant III du Roland furieux a donné lieu. Nous pouvons commencer par la gravure sur bois de l’édition Valgrisi, exceptionnelle pour sa taille et le luxe des détails qui y sont représentés (Voir la gravure). Cette gravure propose un parcours dans le sens des aiguilles d’une montre, depuis la trahison de Pinabel à droite, en passant par l’évocation des esprits en bas, jusqu’à la rencontre avec Brunel en haut à gauche (Voir la notice). Il ne s’agit déjà plus d’une gravure purement performative, sélectionnant le ou les hauts faits chevaleresques, ou les rituels célébrant les valeurs et la communauté de la chevalerie dans un espace symbolique, comme c’est le cas par exemple dans l’édition Rampazetto, qui représente l’évocation des esprits à la manière d’un banquet médiéval, ou d’une réunion des chevaliers de la table ronde, ou dans l’édition Giolito de Ferrari, qui coupe le cheval de Bradamante en deux sans se soucier de sa seconde moitié : ce qui importe, c’est d’opposer à droite la lignée chevaleresque qui donnera naissance aux ducs d’Este, et à gauche la lignée anti-chevaleresque des ducs de Mayence, dont Pinabel est l’ancêtre et l’emblème. Dans l’édition Franceschi, la gravure sur cuivre de Girolamo Porro, qui s’inspire nettement de celle de l’édition Valgrisi, accentue l’intégration spatiale de la narration : dans l’espace de la gravure, G. Porro conduit le regard du spectateur du bas vers le haut, accentue les effets de perspective. Surtout, il transforme la chapelle souterraine en estrade de théâtre et, par l’effet de coupe que produit la jetée de roche au centre, il suggère la présence d’un « quatrième mur » entre le spectateur, figuré sur la gravure par Bradamante en prières, et la scène proprement dite : nous ne devrions pas voir ce que nous voyons, qui se trouve sous terre et est recouvert par les rochers ( Voir la notice). Les éditions du dix-huitième siècle, édition Zatta de Venise, édition Brunet de Paris, dont les gravures sont reprises dans l’édition Plassan, un seul épisode est sélectionné dans le chant, et ordonné pour constituer un dispositif scénique, c’est-à-dire une mise en scène théâtrale du regard des personnages. Cette mise en scène du regard articule les deux espaces fondamentaux constitutifs du dispositif scénique classique, l’espace restreint de la scène proprement dite, et l’espace vague où se déploient le lointain, le réel, les effets de perspective, les éléments extra-scéniques de la représentation. Voir toutes les notices correspondant au chant III |