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La mise en série d’images constitue l’objectif central d’une base de données iconographiques.
Le phénomène d’intertextualité, que l’on peut définir comme la « transposition d’un
ou plusieurs systèmes de signes en un autre », se manifeste dans la mise en série à plusieurs niveaux. La reprise
d’objets, de personnages, voire, plus largement, d’une iconographie traditionnelle, est mise en lumière par la constitution de
séries.
Dans Le Paysan perverti de Rétif de la Bretonne, illustré quatre ans après sa première publication par
quatre-vingt-deux figures gravées sur cuivre par Berthet d’après des dessins de Binet
(Paris,
Esprit, 1782), la vingt-deuxième gravure, représentant
la jeune Manon au désespoir après une tromperie d’Edmond, reprend dans les détails l’iconographie de
Marie-Madeleine : miroir brisé, bijoux au sol, personnage échevelé (voir par exemple, la
Sainte Marie-Madeleine renonçant aux vanités du monde
de Charles Le Brun).
Certains éléments iconiques qui peuvent paraître anodins pris isolément révèlent leur importance
fonctionnelle quand ils sont mis en série : dans la gravure illustrant la scène où
Valville et le chirurgien examinent le pied blessé de Marianne,
dans La Vie de Marianne
(Néaulme, 1736), le chapeau et la canne posés au sol devant Marianne ne sont pas empruntés par le dessinateur au texte
de Marivaux. Mis en série avec d’autres éléments similaires (casque et glaive, chapeau et épée, chapeau
et bâton) que l’on rencontre dans des scènes, ou parodies de scènes, d’hommage à la Dame, ils font
apparaître une série de détournements d’un même objet iconographique dans des dispositifs différents
(scène de guerre, scène érotique, scène de genre). Le chapeau ne fonctionne pas seulement comme objet, mais comme
élément d’un dispositif : le médecin attentivement penché sur la blessure de la jeune femme pour
l’ausculter, comme Valville amoureusement courbé vers le pied pour l’admirer, donnent le sujet de la scène mais
n’offrent pas les lignes directrices de la composition du dessin : c’est au chapeau du premier plan et à la pendule du mur du fond
que revient le rôle de formaliser le champ de ces regards.
Dans Le Paysan perverti, le dispositif des gravures démarque sans cesse la peinture d’histoire et le grand genre.
Parallèlement, dans le texte, Edmond suit un apprentissage de peintre qui, accompagnant son initiation libertine, le fait passer de la peinture
galante à la peinture d’histoire. La vingt-troisième figure, intitulée
Le souper des moines, superpose le banquet auquel des moines libertins ont convié Edmond,
représenté au centre, et un tableau d’ermite en prière placé sur la cheminée. Ce dispositif qui oppose le banquet
immoral à la prière vertueuse prend sens lorsqu’il est mis en série avec des représentations bibliques et/ou morales comme celle
du Festin du Mauvais Riche, où sont traditionnellement mises en parallèle la scène du repas frappée d’immoralité et la supplique de Lazare.
La Nouvelle Héloïse, illustrée notamment par Gravelot (Amsterdam, Rey, 1761)
et par Moreau le Jeune (Londres,
Paris, Cazin, 1774), fournit un cas intéressant de traitement en série d’un même sujet. On a affaire ici à deux séries
d’illustrations différentes à partir d’un texte programme identique puisque Rousseau s’était lui même occupé de
rédiger les sujets des estampes à l’occasion de la première édition (les figures furent publiées accompagnées de
leurs sujets à Paris, chez la Veuve Duchesne, la même année que le roman). Comme Moreau avait probablement les gravures de Gravelot en tête
lorsqu’il composait sa série, l’analyse intertextuelle met ici en œuvre des relations entre trois éléments qui, d’un
point de vue médiologique, sont hétérogènes.
Dans la base Utpictura18, ces rapprochements entre les dispositifs sont mis en œuvre par divers moyens :
recherche par objets indexés (objet est pris ici dans un
sens extrêmement large, qui va de l’objet matériel, comme un rideau, à un certain type de disposition
des personnages), recherche par sujet représenté, liens de notice à notice. Le chercheur qui travaille sur les éditions illustrées
du dix-huitième siècle dispose de la bibliographie fondamentale d’Henri Cohen, révisée et corrigée par Seymour de Ricci dans
sa sixième édition. Cet ouvrage ne décrit cependant que des éditions et non des exemplaires : il n'indique pas leur localisation. Or,
d’un exemplaire à l’autre, le programme iconographique peut être légèrement différent : images manquantes ou
insérées à des endroits différents, images différentes.
Dans La Vie de Marianne, les gravures en position de frontispice dans la première édition illustrée sont placées face au texte
correspondant à la scène illustrée quand elles furent reprises dans une édition postérieure. Pour Le Paysan perverti et
pour La Nouvelle Héloïse, le recours aux bibliographies spécialisées comme celles de James Rives Childs et de Mc Eachern
complète de façon décisive l’inventaire d’Henri Cohen. La réflexion sur la lecture de l’image et la fonction
dévolue à l’illustration passe par l’étude matérielle de ces mises en page, et donc par la description des exemplaires
consultés. Cette description peut contribuer,
en outre, à une meilleure connaissance des fonds anciens régionaux qui restent parfois encore à inventorier. Le musée Atger de Montpellier
possède un fonds important de dessins mais aussi d’estampes du dix-huitième siècle. Si les dessins sont d’ores et
déjà classés et photographiés, le travail reste à faire sur les estampes. Le musée Fabre, à l’occasion du
déménagement de la bibliothèque municipale, étend son espace d’exposition, notamment pour le fonds consacré au
dix-huitième siècle. C’est là l’occasion de susciter des études sur des peintures qui jusque là ne pouvaient
être exposées.
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