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IRSA-CRI
Institut de Recherches Sociologiques et Anthropologiques
Centre de Recherche sur l'Imaginaire

17 rue Abbé de l'Epée
34 090  Montpellier,
irsa@univ-montp3.fr


Dernière mise à jour le :
1er septembre 2010.

 

 

 


HISTOIRE DE LA SOCIOLOGIE ET DES IDÉES SOCIALES
Responsable : Pr. Patrick TACUSSEL

Si l’histoire de la sociologie est un champ de recherche ancien et classique dans notre discipline, il n’en demeure pas moins encore ouvert à de nombreuses perspectives d’études comme en témoigne l’importante littérature contemporaine sur le sujet. Comme toutes les sciences, la sociologie est traversée par une histoire qui lui est propre et par laquelle elle se produit. Notre discipline empirique s’est ainsi progressivement dotée d’une mémoire, d’un ensemble de boîtes à outils théoriques, qui constitue un acquis tant pour les enseignants-chercheurs que pour nos étudiants. Notre équipe, qui n’oublie pas que Montpellier est la ville natale d’Auguste Comte, s’investit dans cette orientation thématique selon trois pistes singulières et complémentaires :

– celle des auteurs, notamment étrangers, à traduire et découvrir (Thierry BLIN) ;

– celle des institutions : notamment locales et montpelliéraines (Jean-Paul LAURENS) ;

– celle des idées, notamment celles du XIXe siècle (Patrick TACUSSEL).

Chacune de ces entrées renforce la légitimité de la sociologie en enrichissant et surtout en protégeant son patrimoine. Il va de soi que cette démarche historique n’a de sens que si elle nous aide à comprendre l’actualité du champ sociologique. Comme le disait Émile Durkheim : “ Si nous sortons du présent, c’est pour y revenir. Si nous le fuyons, c’est pour mieux le voir et mieux le comprendre. En réalité, nous ne le perdons jamais de vue. ”

L’histoire de la sociologie s’est surtout développée sur un palier national. Ceci fait, il est désormais possible de gagner en profondeur et de fixer notre attention sur un autre niveau : celui de l’échelon local via l’étude monographique du processus localisé d’institutionnalisation d’une discipline scientifique. Montpellier offre à cet égard un terrain d’étude particulièrement intéressant, étant donné la constance historique avec laquelle la sociologie y est enseignée.

Outre l’aspect historiographique de l’entreprise, cette approche de l’histoire de la sociologie à Montpellier est l’occasion d’aborder plusieurs thèmes classiques de la sociologie de la science et de la connaissance. Par exemple : la question des contextes institutionnels et culturels locaux : repérer les opportunités, alternatives et orientations manquées, refusées ou suivies ; s’interroger sur le processus de construction d’écoles ou de traditions en sociologie ; la question des enjeux et conquêtes de territoire entre les disciplines universitaires : mettre à jour les alliances et luttes entre la sociologie, l’ethnologie et la psychologie, où la sociologie trouvera sa place à côté puis contre la philosophie.

Chacun de nos domaines d’investigation donne lieu à un enseignement en Master pour une interaction optimale de la recherche et de la formation. Dans ce cadre, nous sommes tout particulièrement attachés à l’étude de l’histoire des idées sociologiques contemporaines à partir d’études et de traductions d’auteurs comme Alfred Schütz, George H. Mead, Herbert G. Blumer ou encore Thomas Luckmann. Ces sociologues américains permettent de s’insérer dans les débats contemporains autour de l’ethnométhodologie, de l’interactionnisme symbolique, du constructivisme social ou de la sociologie phénoménologique. Ce faisant, notre objet est de participer à la vie de la culture sociologique à travers ses paradigmes, ses traditions interprétatives et ses concepts.

Ce sont les grands axes du sujet, du soi, de l’intersubjectivité, de la cognition, de la compréhension, du rôle, de l’ordre social… qui peuvent alors être convoqués. L’enjeu de cette convocation tient dans une analyse du social comme produit de la rencontre entre des acteurs forgeant des identités, s’engageant dans des négociations, échangeant des communications, privilégiant des intérêts… Bref, des acteurs en interaction dans des espaces sociaux “ en train de se faire ”. Il ne s’agit ainsi plus, comme pour une part de l’histoire de notre discipline, d’insister de manière exclusive sur les déterminisme extérieurs agissant sur les acteurs par l’intermédiaire de normes, de règles, et de structures, mais de montrer que ces variables, créées, sont également l’objet d’un travail de “ recréation ”. Ces axes et ces paradigmes présentent par ailleurs l’avantage de pouvoir être utilisés dans différents champs sociologiques : sociologie de la déviance, sociologie des mouvements sociaux, sociologie de l’éducation, sociologie de l’exclusion…

Notre objet est ainsi de participer à la vie de la culture sociologique à travers ses paradigmes, ses traditions interprétatives et ses concepts.

Enfin, nous ne négligeons pas ce qui a contribué à faire naître l’idée sociologique au XIXe siècle. Revisiter la pensée sociale nous semble opportun. Des romanciers comme Honoré de Balzac, des utopistes comme Charles Fourier ont chacun à leur manière apporté leur contribution à l’idée sociologique que l’équipe de L’Année sociologique institutionnalisa non sans laisser sur la route quelques auteurs tels que Georges Palante ou Marcel Bernès. Comme il existe des sociologues oubliés, il est des idées méconnues qui ont pu jouer leur rôle dans la construction théorique de la sociologie… Dans la continuité de cette composante, une partie de notre équipe de recherche s’inscrit dans le champ de la sociologie littéraire. Outre les travaux déjà effectués sur H. de Balzac, une étude en cours porte sur l’œuvre d’Émile Zola. Ce dernier, se déclarant “ un peu sociologue ” dans son Roman expérimental, ne manque pas d’intérêt pour notre discipline. Au-delà de son cycle romanesque où l’on trouve quelques prémices de la sociologie ou du moins de l’ethnographie, l’auteur nous intéresse particulièrement pour son engagement lors de l’affaire Dreyfus et l’une de ses conséquences directes – suite à la publication de Manifeste des Intellectuels – qui a été l’apparition de la notion d’Intellectuel (4). Aujourd’hui, dans le pays que l’on a longtemps nommé la “ patrie des intellectuels ”, que reste-t-il du rôle et des responsabilités qui leur ont été assignés au XIXe siècle ? Pourquoi crie-t-on à leur désengagement ? Dans le paysage intellectuel que l’on dit actuellement “ en ruines ” assiste-t-on à une évolution ou à une disparition ? (Séverine LIARD, allocataire-monitrice, thèse en cours).

(4) Document publié dans L’Aurore du 14 janvier 1898 qui impose, avec le grand génie publicitaire de Georges Clemenceau, le terme “ intellectuel ”. Cette liste mettait en avant les noms célèbres pour masquer la maigreur des rangs dreyfusards.

Chacun des axes de la composante Histoire de la sociologie de l’équipe IRSA est en étroite synergie avec les autres. Qui plus est, ils sont susceptibles de nouer des liens étroits tant avec la composante Interculturalité qu’avec la composante Imaginaire. L’histoire de la sociologie n’échappe pas davantage aux mythes fondateurs qu’aux rumeurs… Elle repose sur une communauté qui, dans le temps et l’espace, intègre et exclut…

Les enseignants de la composante Histoire de la sociologie sont également investis dans l’enseignement spécifique des perspectives énoncées précédemment.

Au niveau de la seconde et troisième année du cursus de sociologie :

- La naissance de la sociologie au XIXe siècle (P. TACUSSEL)
(A. Comte, Ch. Fourier, É. Durkheim, Saint-Simon)
- Introduction aux approches intersubjectives (Sociologie phénoménologique, Interactionnisme symbolique et ethnométhodologie) (T. BLIN)

Master 1 Recherche en sociologie :
- Les problématiques de la sociologie critique au XXe siècle (P. TACUSSEL)
- L’Ecole de Francfort, la critique de la vie quotidienne (H. Lefebvre)
- Le Collège de Sociologie : G. Bataille, R. Caillois, M. Leiris
- La phénoménologie sociale (Ph. JORON)
- Sociologie des institutions scolaires et universitaires (J.-P. LAURENS)

Master 2 Recherche en sociologie :
- La théorie des formes sociales : G. Simmel et l’épistémologie compréhensive (P. TACUSSEL)

PROJETS

  • Publication d’un volume des Cahiers de l’IRSA consacré à l’histoire de la sociologie à l’Université de Montpellier (Jean-Paul LAURENS)
  • Séminaire : “ Pionniers et fondateurs de la sociologie : une histoire au présent ”.


MOTS-CLEFS :
INSTITUTIONS SCIENTIFIQUES, IDÉES SOCIALES, POSITIVISME, SOCIALISME UTOPIQUE, SOCIOLOGIE PHÉNOMÉNOLOGIQUE


Membres de la composante
- TACUSSEL Patrick, Professeur de Sociologie
- BLIN Thierry, Maître de conférences de Sociologie
- JORON Philippe, Maître de conférences de Sociologie
- LAURENS Jean-Paul, Maître de conférences de Sociologie
- DOMEC Laurent, Docteur en Sociologie, chargé de cours à l’Université Paul-Valéry
- LIARD Séverine, Doctorante en Sociologie, Allocataire-Monitrice à l’Université Paul-Valéry
- LACOMA Florence, Doctorante en Sociologie, Professeur agrégée de Philosophie
- SOLER Diego, Doctorant en Sociologie

Thèses en cours
LACOMA Florence, inscription en 1998, soutenance prévue en 2004, “ La conscience dissimultanée. Étude de sociologie phénoménologique ”, sous la direction de P. TACUSSEL.
LIARD Séverine, inscription en 2003, “ Mutation dans les rôles et responsabilités des intellectuels : de l’apparition du terme à nos jours ”, sous la direction de P. TACUSSEL.
SOLER Diego, inscription en 2003, “ Au nom de Faust : le secret ”, sous la direction de P. TACUSSEL.