HISTOIRE DE LA SOCIOLOGIE ET DES
IDÉES SOCIALES
Responsable : Pr. Patrick TACUSSEL
Si l’histoire de la sociologie est un
champ de recherche ancien et classique dans notre discipline,
il n’en demeure pas moins encore ouvert à de
nombreuses perspectives d’études comme en témoigne
l’importante littérature contemporaine sur le
sujet. Comme toutes les sciences, la sociologie est traversée
par une histoire qui lui est propre et par laquelle elle se
produit. Notre discipline empirique s’est ainsi progressivement
dotée d’une mémoire, d’un ensemble
de boîtes à outils théoriques, qui constitue
un acquis tant pour les enseignants-chercheurs que pour nos
étudiants. Notre équipe, qui n’oublie
pas que Montpellier est la ville natale d’Auguste Comte,
s’investit dans cette orientation thématique
selon trois pistes singulières et complémentaires
:
– celle des auteurs, notamment étrangers, à
traduire et découvrir (Thierry BLIN) ;
– celle des institutions : notamment locales et montpelliéraines
(Jean-Paul LAURENS) ;
– celle des idées, notamment celles du XIXe siècle
(Patrick TACUSSEL).
Chacune de ces entrées renforce la légitimité
de la sociologie en enrichissant et surtout en protégeant
son patrimoine. Il va de soi que cette démarche historique
n’a de sens que si elle nous aide à comprendre
l’actualité du champ sociologique. Comme le disait
Émile Durkheim : “ Si nous sortons du présent,
c’est pour y revenir. Si nous le fuyons, c’est
pour mieux le voir et mieux le comprendre. En réalité,
nous ne le perdons jamais de vue. ”
L’histoire de la sociologie s’est surtout développée
sur un palier national. Ceci fait, il est désormais
possible de gagner en profondeur et de fixer notre attention
sur un autre niveau : celui de l’échelon local
via l’étude monographique du processus localisé
d’institutionnalisation d’une discipline scientifique.
Montpellier offre à cet égard un terrain d’étude
particulièrement intéressant, étant donné
la constance historique avec laquelle la sociologie y est
enseignée.
Outre l’aspect historiographique de l’entreprise,
cette approche de l’histoire de la sociologie à
Montpellier est l’occasion d’aborder plusieurs
thèmes classiques de la sociologie de la science et
de la connaissance. Par exemple : la question des contextes
institutionnels et culturels locaux : repérer les opportunités,
alternatives et orientations manquées, refusées
ou suivies ; s’interroger sur le processus de construction
d’écoles ou de traditions en sociologie ; la
question des enjeux et conquêtes de territoire entre
les disciplines universitaires : mettre à jour les
alliances et luttes entre la sociologie, l’ethnologie
et la psychologie, où la sociologie trouvera sa place
à côté puis contre la philosophie.
Chacun de nos domaines d’investigation donne lieu à
un enseignement en Master pour une interaction optimale de
la recherche et de la formation. Dans ce cadre, nous sommes
tout particulièrement attachés à l’étude
de l’histoire des idées sociologiques contemporaines
à partir d’études et de traductions d’auteurs
comme Alfred Schütz, George H. Mead, Herbert G. Blumer
ou encore Thomas Luckmann. Ces sociologues américains
permettent de s’insérer dans les débats
contemporains autour de l’ethnométhodologie,
de l’interactionnisme symbolique, du constructivisme
social ou de la sociologie phénoménologique.
Ce faisant, notre objet est de participer à la vie
de la culture sociologique à travers ses paradigmes,
ses traditions interprétatives et ses concepts.
Ce sont les grands axes du sujet, du soi, de l’intersubjectivité,
de la cognition, de la compréhension, du rôle,
de l’ordre social… qui peuvent alors être
convoqués. L’enjeu de cette convocation tient
dans une analyse du social comme produit de la rencontre entre
des acteurs forgeant des identités, s’engageant
dans des négociations, échangeant des communications,
privilégiant des intérêts… Bref,
des acteurs en interaction dans des espaces sociaux “
en train de se faire ”. Il ne s’agit ainsi plus,
comme pour une part de l’histoire de notre discipline,
d’insister de manière exclusive sur les déterminisme
extérieurs agissant sur les acteurs par l’intermédiaire
de normes, de règles, et de structures, mais de montrer
que ces variables, créées, sont également
l’objet d’un travail de “ recréation
”. Ces axes et ces paradigmes présentent par
ailleurs l’avantage de pouvoir être utilisés
dans différents champs sociologiques : sociologie de
la déviance, sociologie des mouvements sociaux, sociologie
de l’éducation, sociologie de l’exclusion…
Notre objet est ainsi de participer à la vie de la
culture sociologique à travers ses paradigmes, ses
traditions interprétatives et ses concepts.
Enfin, nous ne négligeons pas ce qui a contribué
à faire naître l’idée sociologique
au XIXe siècle. Revisiter la pensée sociale
nous semble opportun. Des romanciers comme Honoré de
Balzac, des utopistes comme Charles Fourier ont chacun à
leur manière apporté leur contribution à
l’idée sociologique que l’équipe
de L’Année sociologique institutionnalisa non
sans laisser sur la route quelques auteurs tels que Georges
Palante ou Marcel Bernès. Comme il existe des sociologues
oubliés, il est des idées méconnues qui
ont pu jouer leur rôle dans la construction théorique
de la sociologie… Dans la continuité de cette
composante, une partie de notre équipe de recherche
s’inscrit dans le champ de la sociologie littéraire.
Outre les travaux déjà effectués sur
H. de Balzac, une étude en cours porte sur l’œuvre
d’Émile Zola. Ce dernier, se déclarant
“ un peu sociologue ” dans son Roman expérimental,
ne manque pas d’intérêt pour notre discipline.
Au-delà de son cycle romanesque où l’on
trouve quelques prémices de la sociologie ou du moins
de l’ethnographie, l’auteur nous intéresse
particulièrement pour son engagement lors de l’affaire
Dreyfus et l’une de ses conséquences directes
– suite à la publication de Manifeste des Intellectuels
– qui a été l’apparition de la notion
d’Intellectuel (4).
Aujourd’hui, dans le pays que l’on a longtemps
nommé la “ patrie des intellectuels ”,
que reste-t-il du rôle et des responsabilités
qui leur ont été assignés au XIXe siècle
? Pourquoi crie-t-on à leur désengagement ?
Dans le paysage intellectuel que l’on dit actuellement
“ en ruines ” assiste-t-on à une évolution
ou à une disparition ? (Séverine LIARD, allocataire-monitrice,
thèse en cours).
(4) Document publié dans
L’Aurore du 14 janvier 1898 qui impose, avec le grand
génie publicitaire de Georges Clemenceau, le terme
“ intellectuel ”. Cette liste mettait en avant
les noms célèbres pour masquer la maigreur des
rangs dreyfusards.
Chacun des axes de la composante Histoire de la sociologie
de l’équipe IRSA est en étroite synergie
avec les autres. Qui plus est, ils sont susceptibles de nouer
des liens étroits tant avec la composante Interculturalité
qu’avec la composante Imaginaire. L’histoire
de la sociologie n’échappe pas davantage aux
mythes fondateurs qu’aux rumeurs… Elle repose
sur une communauté qui, dans le temps et l’espace,
intègre et exclut…
Les enseignants de la composante Histoire de la sociologie
sont également investis dans l’enseignement spécifique
des perspectives énoncées précédemment.
Au niveau de la seconde et troisième année du
cursus de sociologie :
- La naissance de la sociologie au XIXe siècle (P.
TACUSSEL)
(A. Comte, Ch. Fourier, É. Durkheim, Saint-Simon)
- Introduction aux approches intersubjectives (Sociologie
phénoménologique, Interactionnisme symbolique
et ethnométhodologie) (T. BLIN)
Master 1 Recherche en sociologie :
- Les problématiques de la sociologie critique au XXe
siècle (P. TACUSSEL)
- L’Ecole de Francfort, la critique de la vie quotidienne
(H. Lefebvre)
- Le Collège de Sociologie : G. Bataille, R. Caillois,
M. Leiris
- La phénoménologie sociale (Ph. JORON)
- Sociologie des institutions scolaires et universitaires
(J.-P. LAURENS)
Master 2 Recherche en sociologie :
- La théorie des formes sociales : G. Simmel et l’épistémologie
compréhensive (P. TACUSSEL)
PROJETS
Publication d’un volume des Cahiers de l’IRSA
consacré à l’histoire de la sociologie
à l’Université de Montpellier (Jean-Paul
LAURENS)
Séminaire : “ Pionniers et fondateurs de
la sociologie : une histoire au présent ”.
Membres de la composante
- TACUSSEL Patrick, Professeur de Sociologie
- BLIN Thierry, Maître de conférences de Sociologie
- JORON Philippe, Maître de conférences de Sociologie
- LAURENS Jean-Paul, Maître de conférences de
Sociologie
- DOMEC Laurent, Docteur en Sociologie, chargé de cours
à l’Université Paul-Valéry
- LIARD Séverine, Doctorante en Sociologie, Allocataire-Monitrice
à l’Université Paul-Valéry
- LACOMA Florence, Doctorante en Sociologie, Professeur agrégée
de Philosophie
- SOLER Diego, Doctorant en Sociologie
Thèses en cours
LACOMA Florence, inscription en 1998, soutenance prévue
en 2004, “ La conscience dissimultanée. Étude
de sociologie phénoménologique ”, sous
la direction de P. TACUSSEL.
LIARD Séverine, inscription en 2003, “ Mutation
dans les rôles et responsabilités des intellectuels
: de l’apparition du terme à nos jours ”,
sous la direction de P. TACUSSEL.
SOLER Diego, inscription en 2003, “ Au nom de Faust
: le secret ”, sous la direction de P. TACUSSEL.