Démasculiniser les sciences humaines et sociales

Le Mercredi, 24. février 2021 -
17:00 - 19:30
Site Saint-Charles
Séminaire - Séance 6/6
"Démasculiniser les sciences humaines et sociales"
Mercredi 24 février 2021


De 17h00 à 19h30

Ce séminaire donnera lieu à la parution d’un volume y donnant une forme écrite (par exemple aux Presses universitaires de la Méditerrannée). 

Les études féministes et de genre ont pris pour objet, depuis une vingtaine d’années, la critique des sciences humaines et sociales. Elles ont mis en lumière le fait que ces savoirs se sont constitués autour de personnalités et de corpus massivement masculins, en marginalisant les femmes, en les prenant comme objets de discours et en légitimant parfois leur exclusion de l’éducation et de l’espace public[1]. Ainsi, le fait historique de la domination masculine rejaillit directement sur les contenus, les impensés, la langue et les institutions scolaires et universitaires du temps présent. Au-delà de leurs spécificités, de leurs différences en termes d’ancienneté et de prestige, la philosophie, l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, les études littéraires, artistiques, culturelles et linguistiques partagent ces principes de constitution faisant primer des hommes, des normes et des valeurs masculines (telles que culturellement et socialement construites) sur des femmes souvent invisibilisées, des normes et des valeurs féminines perçues comme inférieures.

En 2020, au cours de l’atelier du master d’études culturelles (co-organisé avec Isabelle Felici), nous nous sommes employées à explorer les modalités et les conséquences de la masculinisation de nos disciplines respectives d’une manière à la fois critique et constructive. En trois séances, nous avons dressé un état des lieux des différentes formes de sexisme dans les institutions et les productions scientifiques. Nous avons montré, par exemple, comment il était possible de relire Bourdieu, Foucault, Gramsci ou encore Hoggart au prisme du genre. Puis, nous avons réfléchi à des pistes pratiques pour lire et écrire en étant conscient·es de la manière dont le genre traverse nos savoirs disciplinaires, nos références et notre expression.

Fortes du succès de cet atelier, et désireuses de suivre les pistes de recherches et les interrogations tant méthodologiques qu’épistémologiques qui s’y sont ouvertes, nous avons décidé de le poursuivre sous la forme d’un séminaire régulier au cours de l’année 2020-2021 (et sans doute en 2021-2022). Notre approche sera interdisciplinaire : nous accueillerons des chercheur·ses confirmé·es auxquel·les nous demanderons de revisiter à cette aune leurs enquêtes passées ou en cours, l’évolution de leur écriture et de leurs lectures, en tentant de démasculiniser une ou deux références majeures propres aux disciplines dans lesquelles elles ou ils inscrivent leurs travaux. Chaque séance sera constituée d’une ou deux intervention·s d’une quarantaine de minutes, suivie·s d’une discussion avec le public, que nous espérons composé de chercheur·ses confirmé·es, mais également d’étudiant·es. Une séance sera aussi consacrée à la discussion des travaux en cours de doctorant·es, voire d’étudiant·es avancé·es inscrit·es en Master 2.

Nous envisageons la parution d’un volume donnant une forme écrite à ce séminaire, par exemple aux Presses universitaires de la Méditerrannée.

[1] Notamment Claire Michard et Claudine Ribery, Sexisme et sciences humaines : pratique linguistique du rapport de sexage, Lille, Presses universitaires de Lille, 1982 ; Michèle Le Dœuff, Le Sexe du savoir, Paris, Aubier, 1998, Flammarion, 2000 ; Danielle Chabaud-Rychter, Virginie Descoutures, Anne-Marie Devreux et Eleni Varikas (dirs.), Sous les sciences sociales, le genre : relectures critiques, de Max Weber à Bruno Latour, Paris, La Découverte, 2010 ; Christine Détrez, Les Femmes peuvent-elles être de Grands Hommes ? Sur l’effacement des femmes de l’histoire, des arts et des sciences, Paris, Belin, 2016.

Organisé par : Claire Ducournau (MCF, lettres modernes, Rirra21) et Aurélie Knüfer (MCF, philosophie, Crises)

Lieu à confirmer.