Images et usages de la wilderness au Canada et aux Etats-Unis

Le 12 octobre 2018
Salle St Charles 2 Kouros

Images et usages de la wilderness au Canada et aux États-Unis

Vendredi 12 octobre 2018

Salle Kouros, site Saint Charles 2 (place Albert 1er)

programme_je_wilderness_12.10.2018.docx

9h00 – Accueil café

9h30 – Panel 1: Images de la wilderness étatsunienne
Chair: Hervé Mayer, Université Paul-Valéry Montpellier 3

« Wind Across the Everglades (La Forêt interdite, 1958) de Nicholas Ray : la wilderness, sanctuaire en perdition »
Guilain Chaussard, Université Paris-Est Créteil

« Représentations de la wilderness dans les road movies féminins de l’Ouest américain : de la figure de la femme sauvage à la quête de la Terre Promise »
Héloïse Van Appelghem, Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle

« Nature et conscience de soi: l'étendue sauvage comme lieu de résolution des conflits intérieurs dans le cinéma et la littérature américaine »
Martin Berny, Université Paris-Est

               11h00 – Pause café                                                                                                   

11h30 – Panel 2: (Re)penser les mythologies canadiennes
Chair: Anne-Sophie Letessier, Université Jean Monnet (Saint Etienne)

« Making it Wild: Kent Monkman and the Celebration of Canada 150 »

Claire Omhovère, Université Paul-Valéry Montpellier 3

« The Canadian Arctic as part of Brand Canada »
Claire Heuillard, Paris 2 Panthéon Assas

« Revoir le concept d’écoumène à l’aune des particularités des espaces nordiques »
Martin Simard, Université du Québec à Chicoutimi

              13h00 – Déjeuner en salle Médicis.

14h20 – Panel 3: Écrire la wilderness
Chair: Vincent Dussol, Université Paul-Valéry Montpellier 3?

« The Wilderness as the Spoils of War:  A.B. Meek’s 'The Red Eagle' and the Pre-Echo of Civil War Strategies, Politics & Imagery »
William Gleeson, Le Mans Université

« Gary Snyder’s Poetry as a Practice of the Wild »
Thomas Pughe, Université d'Orléans

« Écritures et réécritures de la wilderness dans le 'Frontier Gothic' de Cormac McCarthy : Entre l’écologique et le symbolique, le politique et l’environnemental, l’éthique et l’esthétique »
Vasiliki Sotiropoulou , Université de la Sorbonne, Paris 4

                  16h00 – Pause café

16h30 – Panel 4: Enjeux politiques
Chair: Nicolas Gachon, Université Paul-Valéry Montpellier 3

« A l’assaut de la wilderness ? L’essor de l’automobilisme et de la nation canadienne, XIX-XXe siècles »
Etienne Faugier, Université de Laval et Université Lumière Lyon 2

 « From the 'wilderness idea' to governmental oversight and protection of wilderness: The genesis of the 1964 Wilderness Act »

Nathalie Massip, Université Nice Sophia Antipolis

                17h45 – fin de la journée

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Inscrite dans les travaux au sein du laboratoire EMMA portant sur l'exploration de l’articulation entre relations de pouvoir et rapports à l’espace, cette journée d'étude propose de développer une approche comparative et multimédiale des constructions culturelles de la wilderness au Canada et aux États-Unis.

            Le succès populaire du film Into the Wild (2007), la réédition d’un essai de Henry David Thoreau dans la collection « Penguin Great Ideas », ou bien les expositions consacrées à Thomas Cole à la National Gallery de Londres et à Emily Carr à la Dulwich Picture Gallery tendent à donner raison au constat que dresse  Peter White dans son introduction à Beyond Wilderness. À « l’ère du soupçon écologique » (Nathalie Blanc, Denis Chartier, Thomas Pughe), les mythes de la wilderness continuent à exercer leur pouvoir de séduction, avec tous les enjeux politiques qui y sont associés. Mobilisée au Canada et aux États-Unis en opposition à la pastorale européenne, la wilderness participe au « codage national et politique du regard paysager » (Jean-Marc Besse). Les identités nationales, tel qu’elles sont mises en mots et images dans les anciennes colonies britanniques après leur indépendance, sont à bien des égards « wilder-centriques », pour reprendre le néologisme de John O’Brian. Les paysages du Nord canadien et de l’Ouest américain fonctionnent comme des signifiants politiques relevant d’une nationalisation de la nature. Si la formation et les expressions de ces imaginaires répondent à des logiques nationales spécifiques, il reste à s'interroger sur les points de convergence naissant d'une histoire commune de colonisation du continent nord-américain dont ces imaginaires ont émergé.

Dans le champ des études sur l’écocritique postcoloniale, « étudier les tenants coloniaux/impériaux des pratiques environnementales des pays ‘colonisateurs’ et des pays ‘colonisés’ » (Graham Huggan et Helen Tiffin) amène à s’interroger sur le dualisme, les oxymores et les contradictions qui sous-tendent les mythes de la wilderness. À commencer par l’altérité ontologique de la nature, cette frontière entre écoumène et érème que la wilderness, comme construction culturelle et historique, tend à naturaliser. Héritant des ambivalences du désert biblique, à la fois espace de perdition et de révélation, les mythes de la wilderness ont longtemps été bornés par les pôles du territoire des bêtes sauvages et de la terre vierge à conquérir, deux modalités de rapport à l'environnement qui ont servi la colonisation. Les tentatives de briser ce cadre colonial se multiplient depuis les années soixante dans une production artistique qui s'efforce de sonder, de déplacer et de détourner l’esthétique de la nature sauvage. Il reste donc à s’interroger sur la manière dont ces contre-images et ces contre-récits participent à un « travail écologique » de la représentation articulant éthique et esthétique (Nathalie Blanc, Denis Chartier, Thomas Pughe).

            Partant de l'idée que les mythes de la wilderness trouvent leur origine dans une matrice intermédiale où arts visuels, littérature et essais se répondent, cette journée d'étude invite à adopter une approche comparative et multimédiale des constructions culturelles de la wilderness au Canada et aux États-Unis. Il s’agira de s’interroger sur les relations entre histoire sociale et politique et l’espace physique naturel dans les contextes étatsunien et canadien. Seront particulièrement appréciées les contributions :

  • qui explorent le rôle politique des mythes de la wilderness dans les phénomènes de colonisation et de construction nationale,
  • qui adoptent une approche diachronique sur les transformations ou réécritures de ces mythes depuis les années 1960,
  • qui cherchent à confronter ou rapprocher les imaginaires étatsunien et canadien de la wilderness,
  • qui s’intéressent à la notion de « post-wilderness », soit la fin de la nature tel qu’elle est pensée dans les mythes de la wilderness, dans les dystopies écologiques comme la trilogie MaddAddam de Margaret Atwood par exemple.

Les propositions de communication en français ou en anglais (300 mots) sont à envoyer à Anne-Sophie Letessier (asletessier@gmail.com) et Hervé Mayer (hervmayer@gmail.com) avant le 15 juin 2018.

Bibliographie indicative
Bennett Jane, Thoreau’s Nature: Ethics, Politics, and the Wild, Lanham, États-Unis, Rowman & Littlefield, 2002 [1994]
Blanc, Nathalie, et al. « Littérature et Écologie: vers une écopoétique », Ecologie & Politique, no. 38, 2008, pp. 15–28
Brereton Pat, Hollywood Utopia: Ecology in Contemporary American Cinema, Bristol, Royaume-Uni, Intellect Books, 2005
Buell, Lawrence, The Environmental Imagination: Thoreau, Nature Writing, and the Formation of American Culture, Cambridge, Belknap Press of Harvard UP, 1996
Carmichael Deborah A. (dir.), The Landscape of Hollywood Westerns: Ecocriticism in an American Film Genre, Salt Lake City, États-Unis, University of Utah Press, 2006
Clark J.F.M., « From the Other Side of the Ocean: Environment and Empire », Canadian Historical Review, vol. 95, no 4, 1 décembre 2014, pp. 574‑84
Huggan, Graham, and Helen Tiffin, Postcolonial Ecocriticism: Literature, Animals, Environment, Londres, Routledge, 2010
Kamboureli Smaro, and Christl Verduyn (eds), Critical Collaborations: Indigeneity, Diaspora, and Ecology in Canadian Literary Studies, Waterloo, Canada : Wilfrid Laurier University Press, 2014.
Nadasdy Paul, « Transcending the Debate over the Ecologically Noble Indian: Indigenous Peoples and Environmentalism », Ethnohistory, vol. 52, no 2, 20 mars 2005, pp. 291-331
O’Brian, John, and Peter White (dir.), Beyond Wilderness: The Group of Seven, Canadian Identity and Contemporary Art, Montreal, McGill-Queen’s UP, 2007
Porter Joy, Native American Environmentalism: Land, Spirit, and the Idea of Wilderness, Lincoln, États-Unis, University of Nebraska Press, 2014
Soper, Ella, and Nicholas Bradley (eds), Greening the Maple : Canadian Ecocriticism in Context, Calgary, Canada, University of Calgary Press, 2013.
Verma Manish K. (dir.), Globalization and Environment: Discourse, Policies and Practices, Jaipur, India, Rawat Publications, 2015

cfp_je_wilderness.doc