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Entretien avec un graphiste, Laurent Chevrollier de 2DHD.

dimanche 18 novembre 2018

 

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Légende :
1: Le bac F12 se rapproche énormément du bac technologique en arts appliqués d’aujourd’hui.
2: Le DNAP ou Diplôme National d’Arts Appliqués correspond a une License niveau II.
3: Joann Sfar est l’auteur de “Le Chat du rabbin”, adapté au cinéma grâce à l’aide de 2DHD.
4: Morris est le créateur original de Lucky Luke.

 

          Pour réaliser un projet demandé par la faculté de Paul Valéry à Béziers, nous avons dû par groupe de 3 personnes, interviewer une personne avec un emploi sur lequel nous étions très curieux et avions beaucoup de questions.

Nous sommes Franck Torres, Nicolas Truc et Nattan Lesenechal, notre choix s’est dirigé vers Laurent Chevrollier, une connaissance d’un des membres de notre groupe, qui exerce le métier de graphiste chez 2DHD.

L’interview s’est déroulée le mardi 6 novembre a 14 heures dans le studio même de 2DHD, à la demande de l’interviewé, notre interview aura duré 20 min.

Ou Franck a exécuté le rôle d’interviewer à l’aide de ses fiches, Nicolas celui de photographe avec son téléphone portable et Nattan celui d’ingénieur du son avec son ordinateur avec lequel il aura aussi fait de la prise de notes.

 

Franck: Donc nous vous remercions encore d’avoir bien voulu nous accorder cette interview.

Pour commencer je vais vous demander plusieurs autorisations concernant la publication de cette interview sur un site dont seuls les élèves et professeurs de la fac ont le lien.

Pouvons-nous publiez la prise de notes et l’enregistrement vocal de cette interview ?

 

Laurent: Oui.

 

F: Pouvons-nous donnez votre nom et celui de votre entreprise ?

 

L: Oui.

 

F: Pouvons nous prendre des photos durant cette interview et nous en servir d’en-tête et autres pour notre publication ?

 

L: Oui, sauf des photos représentant les décors sur lesquels nous travaillons.

 

F: D’accords, bon la y en a pas. (en parlant du décor de l’interview)

Très bien, pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?

 

 

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L: *rires* On va faire très court, donc moi je m’appelle Laurent Chevrollier, je suis graphiste de 2DHD depuis quelques années, mon parcours … scolaire tu veux dire ?

 

F: Oui les diplômes, etc.

 

L: Moi, je suis passé par un bac F12 (1), ensuite je suis rentré aux Beaux Arts, dans une école communale des Beaux Arts, j’ai fait deux années probatoires et après je suis parti sur une école régionale à Nantes des Beaux Arts ou j’ai fait un DNAP (2) en communication et après je suis parti dans le monde du travail.

 

F: D’accord, selon vous en quoi consiste votre métier ?

 

L: Aujourd’hui ?

 

F: Aujourd’hui.

 

L: Faire je sais pas, donner du plaisir aux enfants … ça peut être très mal interprété ça.  

 

F: Quand avez-vous décidez de faire ce métier et depuis combien de temps exercez-vous ?

 

L: Ah, depuis tout le temps, j’ai toujours fait ça.

 

F: Pourquoi avoir choisi cette voie en particulier ?

 

L: Je crois que c’était pas vraiment un choix, plutôt une obligation.

 

F: Comment se sont passés vos débuts dans ce domaine ?

 

L: Ça a été en fait globalement, moi dès que j’ai commencé à travailler, j’ai tout de suite intégré mon premier boulot, c’était dans un studio de recherche et développement en tant que graphiste donc bon j’ai toujours été dans le domaine entre guillemets, dans le domaine graphique mais après c’est très très vaste.

 

F: D’accord, durant votre carrière avez-vous travaillé dans plusieurs entreprises ?

 

L: Oui, beaucoup d’entreprises.

 

F: Quelles sont les différences les plus notables que vous avez pu constater d’une société à l’autre ?

 

L: La structure plus ou moins importante, le nombre d’employés, le dispatching, en fonction d’une grosse structure. En fait on sera plus isolé sur un poste par rapport à une petite structure où il faudrait faire beaucoup plus de choses.   

 

F: D’accord, jusqu’à aujourd’hui quels sont différents secteurs sur lesquels vous avez pu participer ? Peut être les dessins animés, la musique, les jeux vidéos, les journaux ou d’autres ?

 

L: Non, j’ai travaillé dans la publication, dans la publicité et dans le décor, mais moi j’ai jamais travaillé dans l’animation, c’est absolument pas mon domaine. Je suis à peu près dans tout ce qui touche les arts graphiques sinon je pense à peu près.

 

F: D’accord, y a-t-il certains secteurs dans lesquels vous voudriez participer dans le futur ?

 

L: Pas particulièrement.

 

F: Pas particulièrement ?

 

L: Honnêtement non, ça me convient plutôt pas mal de faire des décors actuellement … donc à voir pourquoi pas mais non, je crois pas.

 

F: Ok, travaillez-vous en groupe pour une même création ? Si oui, quels sont les différents rôles et comment sont-ils distribués ?

 

L: Oui, au sein de mon travail, parce que dans la société, il y a déjà deux orientations, il y a ceux que l’on appelle le layout et la couleur, moi je suis déco couleurs.

Ne serait-ce déjà, rien qu’au niveau de la couleur, nous sommes plusieurs à intervenir sur un même épisode, avec un chef déco.

Tout d’abord, un chef artistique qui donne la direction générale et la direction artistique donc du projet, ensuite il va y avoir le chef déco qui va s’occuper de dispatcher les différents décors aux différents décorateurs et puis après, ça peut être une équipe de deux ou trois, quatre, tout dépend de la production et du volume demandé en fait.

Donc actuellement par exemple, nous sommes en couleur, trois décorateurs couleurs plus un chef déco et un directeur artistique sur le projet sur lequel nous travaillons.

 

F: D’accord, pouvez-vous nous détailler précisément l’objectif de votre rôle dans le groupe ?

 

L: Je suis décorateur couleur.

 

F: D’accord, quelle est la qualité ou le talent particulier qu’il faut pour exercer le métier de graphiste ?

 

L: De la curiosité.

 

F: Quels sont les premières compétences que l’on obtient lorsque l’on apprend à devenir graphiste ?

 

 

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L: Je ne sais pas … affûter son regard peut être ?

*pose la même question à ses collègues*

 

Collègue n°1: L’adaptabilité.

Collègue n°2: L’adaptabilité, parce que après tu peux tout faire normalement.  

 

L: L’adaptabilité, la malléabilité alors dans ces cas là, et bien surtout sur ce qu’on fait actuellement, il faut pouvoir être extrêmement malléable et s’adapter très rapidement à un style graphique différent à chaque fois.

 

F: Ok, selon vous qu’a apporté le numérique au monde du graphisme ?

 

L: De la rapidité.

 

F: Pensez-vous qu’aujourd’hui avec les tablettes graphiques et les tutoriels en ligne, il est possible de devenir graphiste professionnel avec un enseignement uniquement en autodidacte ?

 

L: Oui pourquoi pas mais il faudrait peut être juste rajouté du talent, beaucoup de talent je dirais même.

 

F: Quelle est la partie de votre métier que vous trouvez la plus enrichissante ?

 

L: *marque un temps de réflexion* La plus enrichissante ?

 

F: Il y en a beaucoup ?

 

L: Oui il y en a beaucoup, peut être de travailler dans des univers différents à chaque fois, il y a un côté très enrichissant effectivement, qui est plutôt agréable, oui c’est plutôt ça, peut- être de changer d’univers et de s’adapter à un auteur différent à chaque fois, on va passer par exemple d’un univers à un autre comme de celui Joann Sfar (3) à Morris (4).

 

F: D’accord, pour finir cette interview, quels conseils pourriez-vous donnez à des futurs étudiants en graphisme ?    

 

L: Changer de métier ? *rires*

Non, de la persévérance, principalement de la persévérance, beaucoup de travail personnel pour arriver à ce qu’on veut faire.

 

F: Eh bien, on vous remercie beaucoup d’avoir participé à notre interview.

 

L: De rien, c’était un plaisir.

 

 

 

TORRES Franck – TRUC Nicolas – LESENECHAL Nattan

Etudiants en L1 Infocom Groupe 2 à Beziers.

 

Interview de Robin EMBRY jeune freelance en graphisme à Montpellier, réalisée par Coline BEAUREGARD et Luna DEMESTRE.

samedi 17 novembre 2018

Nous avons décidé d’interviewer dans le cadre du projet professionnel personnalisé Robin EMBRY, jeune freelance de 21 ans en graphisme à Montpellier.

                Après le refus de nombreuses agences, R.EMBRY nous a favorablement répondu et nous étions enchantées de pouvoir échanger avec lui. Le domaine du graphisme est une branche de la communication, et nous étions curieuses ma binôme et moi de savoir quel est la mission du graphiste dans son rôle de communicant.

L’entretien s’est déroulé le soir du jeudi 15 novembre, dans un bar de Montpellier pendant un peu plus d’1h. Nous étions toutes les deux dans un rôle d’intervieweur.

Voici à présent le discours introductif que nous avons tenu à notre interlocuteur avant que l’entretien ne commence :

            “ Merci encore d’avoir accepté ! Je le répète mais étant en 1er année de licence information et communication nous devons faire une interview d’un professionnel afin de nous renseigner de manière plus approfondie sur ce qu’est vraiment le métier de communicant. C’est dans le cadre d’un projet professionnel personnalisé. Il sera publié sur un blog et présenté à notre classe par la suite lors d’un exposé. D’ailleurs nous vous enverrons la retranscription afin que vous puissiez valider vos propos. Si cela ne vous gêne pas nous allons vous enregistrer mais cet enregistrement restera dans un contexte personnel. ”

*Il valide nos dires et souhaite qu’on le tutoie pour le reste de l’interview*

Légende

→ L.D : Luna Demestre

→ C.B : Coline Beauregard

→ R.E : Robin Embry

→ CMM : Communication Média Médiation

Ainsi l’interview commence…

L.D : Très bien, alors on va commencer par une première question introductive, quel a été ton parcours scolaire?

R.E : Alors, j’ai fais un bac professionnel en communication visuelle plurimédia à Lattes au lycée Champollion qui a duré trois ans, ça s’est plutôt bien passé, j’ai ensuite commencé la fac en première année d’histoire de l’art, et n’ai pas vraiment réussi. Donc je me suis réorienté en communication média médiation, à Paul Valéry. Et là je suis actuellement en deuxième année de CMM.

L.D : Qu’entends-tu par “je n’ai pas vraiment réussi” ? La filière ne te plaisait pas ?

R.E : Non, les cours enseignés en histoire de l’art sont vraiment intéressants mais c’est une filière où il faut être vraiment passionné par la théorie. C’est beaucoup d’informations et ce n’était malheureusement pas fait pour moi, je n’ai pas réussi à suivre.

L.D : (Hochement de tête) Et tu sens que ta réorientation en CMM te permet d’être sur une meilleure voie pour ton futur ?

R.E : C’est mieux, je me rapproche plus de ce que je veux faire et j’ai en plus un emploi du temps plus léger ce qui me permet de développer ma boite en freelance, ça se passe donc plutôt bien.

L.D : “Développer ma boite”, c’est à dire : quand est-ce que tu as commencé ce projet?

R.E : Alors en 2011 j’ai ouvert mon premier logiciel de design, à partir de là j’ai commencé à faire quelques petites choses pour le plaisir, petit à petit ça s’est un peu plus développé. Des personnes venaient me contacter, ils me payaient un peu, cinquante euros par-ci par-là, et au fur et à mesure beaucoup plus de personnes venaient me contacter. Puis j’ai décidé de me déclarer pour vraiment faire ça sérieusement. C’est-à-dire de démarcher des clients mais cela s’est fait sur du très long terme.

L.D : Tu dis que c’est les clients qui venaient à toi, mais quand on est jeune entrepreneur c’est assez difficile de se faire connaître non? Comment s’est donc faite la communication entre ta boite et le client?

R.E : C’est beaucoup de bouche-à-oreille et beaucoup de réseaux sociaux aussi. En 2015 j’ai commencé à publier mon travail sur Instagram, et à partir de là, ça va très vite, je repense à mon premier client, un jeune rappeur, « AfterJune » qui voulait faire sa pochette d’album il y a trois ans. Ça m’a permis de me faire connaître grâce au bouche-à-oreille, et là tu te rends compte que t’es connu par plein de monde qui au final vient vers toi pour des projets, c’est super intéressant puisque tu travailles avec des personnes différentes, mais qui sont quand même principalement des artistes.

L.D : Tu parles d’artistes ce qui me permet de rebondir sur le fait qu’on a vu sur ton Instagram que tu avais mis “artiste” comme activité, mais tu étudies la communication, alors est ce que tu te sens comme un communicant avec ton métier de graphiste ou comme un artiste ?

R.E : C’est une question piège (rires). Quand tu fais du graphisme tu fais de la communication visuelle, ça dépend si tu fais du graphisme pour communiquer ou si c’est simplement esthétique. Si c’est un graphisme pour communiquer c’est pour faire passer un message, comme de la publicité ou il faut vendre quelque chose, ce n’est pas simplement esthétique. La publicité c’est rarement esthétique à part Apple par exemple, où là on montre juste ce qu’on a. Tout ce qui s’approche de la création c’est plus mon truc, plus l’esthétique, même si la communication m’intéresse énormément. Pour ce qui est de mon book Instagram je ne le considère pas comme “art”, c’est difficile de considérer de l’art en soi, je considère ça plus comme de la création que je développe par imagination. Mais quand c’est pour un client je dois respecter ce qu’il veut, ce n’est donc pas vraiment de l’art.

C.B : Justement le graphisme va allier la stratégie et le marketing pour mettre en avant tes créations, et est-ce que le fait de ne pas avoir fait d’études de commerce te bloque ?

R.E : Je travaille pas pour ce genre de client, par exemple TF1 ont mis 3 mois à refaire leur nouveau logo avec un gros budget parce que leur but c’est de toucher le maximum de personnes, là il y a vraiment une étude marketing. C’est différent puisque au final je suis juste technicien, on me donne les ordres et j’exécute, je suis exécutant voilà. Et après quand tu commences à devenir un directeur artistique ou à être plus élevé dans les échelons, tu vas commencer à faire des recherches sur la clientèle, donc pas besoin forcément d’études commerce. Cependant il faut bien connaître le milieu et savoir cibler les personnes que tu veux toucher.

C.B : Tu parles de directeur artistique, t’aimerais bien évoluer vers ça plus tard ?

R.E : Carrément ! Mais d’abord j’ai envie de travailler en tant que technicien pour découvrir et apprendre de nouvelles choses et ainsi me développer. Mais bon je suis pas quelqu’un qui aime donner des ordres donc dans ce genre de métier il faut réussir à être super pédagogue. Cette qualification demande énormément de recul et d’être toujours à jour, niveau design tout change, ça évolue rapidement, donc oui tout ça me plairait énormément mais pas tout de suite, peut-être à quarante ans.

L.D : Cette idée d’être grapheur t’est venue comment? Peut-être il y a eu des gens qui t’ont inspiré?

R.E : Oui en 2011 un ami youtubeur m’a demandé de lui faire sa bannière Youtube pour son profil, ça m’a intéressé j’ai donc regarder des vidéos pour apprendre. Petit à petit il en a parlé à d’autres youtubeurs et petit à petit j’ai commencé à en faire d’autres pour le plaisir, pour d’autres personnes. Avant de faire mon bac professionnel en communication visuelle je faisais ça par plaisir et une fois dans cette filière je me suis rendu compte d’une passion pour le graphisme.

L.D : Et tu peux relever des points négatifs et positifs dans ton métier?

R.E : Il y a pas de points négatifs, c’est trop bien ! (rires). Comme je suis mon propre patron et que je suis en freelance il y a énormément d’avantages, c’est moi qui choisis mes horaires. Je me gère moi-même et c’est aussi le point négatif puisque je fais ce que je veux et je n’ai pas forcément un rythme régulier, mais aussi il peut y avoir des mois où tu manges pas, j’ai des clients que j’essaie de relancer une fois par mois mais voilà ça dépend pas de moi, c’est aléatoire.

C.B : Et sur internet on a vu que tu as créé ta société, comment t’as fait pour arriver à cela ? Les démarches, c’est pas compliqué ?

R.E : C’est vraiment pas compliqué, un appel et un formulaire renvoyé à l’URSSAF, et c’est tout. (rires)

L.D : (rires) Et alors quand tu fais tes graphismes quel est le support qui te plaît le plus ? Sur lequel tu préfères travailler? Par exemple les pubs, la télé, les affiches ?

R.E : J’adorerais faire des pubs télé ! Mais c’est plus pour les publicitaires moins pour les graphistes ça relève plus du format vidéo. Je pense que moi je préfère le textile, de voir les gens porter le truc, même si c’est dur à travailler. Il y a plein de trucs à gérer mais le final est toujours super.

C.B : Et tu as déjà eu l’occasion de le travailler ?

R.E : Je travaille actuellement sur du textile, sur une marque qui va sortir dans quelques mois. Et généralement la clientèle pour le textile c’est plutôt des jeunes, des petits artistes, créateurs, ce qui te permet d’apprendre de tout le monde, c’est cool.

L.D : Tu parlais tout à l’heure de Youtube, est-ce que c’est encore un support de travail qui t’intéresse ?

R.E : Non, plus du tout, c’est du tape à l’œil maintenant, alors que le graphisme c’est beaucoup plus sobre, ça tape à l’œil mais de manière plus raffinée et simple. C’est ce raffinement que je cherche, ça m’intéresse beaucoup plus que Youtube.

C.B : Pour arriver à ce raffinement, cette simplicité tu penses qu’un graphiste doit avoir quelles qualités ?

R.E : Déjà il faut être bricoleur pas dans le sens manuel, mais dans le sens informatique, sur les logiciels il y a souvent des problèmes il faut savoir régler tes soucis par toi-même. Il faut aussi être super intéressé parce que quand un client te demande ce que tu sais pas faire tu vas regarder des tutoriels en russe toute la journée (rires) et donc être passionné, c’est la passion qui te pousse à avoir cette envie de faire tes recherches, de développer. Il faut toujours être à jour, faire des expos, moi je passe beaucoup de temps sur Instagram pour voir les nouveautés. Je dirais donc d’être vraiment passionné et patient. Patient avec les clients “chiants”, il faut savoir rester calme, mais aussi dans le sens où c’est aléatoire, où tu peux ne pas avoir de client pendant un mois. A partir du moment où t’es passionné il n’y a pas de prérequis pour faire ce travail.

C.B : Parce que là tu vas finir tes études et après est ce que tu souhaites rester à temps plein en freelance ?

R.E : Je prépare mon diplôme d’enseignant professionnel, j’essaie aussi de développer ma boite. Soit je finis mes études et je fais mon master en enseignant pro, je serai en capacité d’enseigner et j’irai travailler. Soit la deuxième option, je travaille directement dans une entreprise et je finis mes études plus tard. Dans ces formations tu peux reprendre tes études plus tard, tout est possible.

C.B : Est ce que tu veux rester freelance toute ta vie ou ça ne te dérangerait pas d’être employé dans une entreprise ?

R.E : C’est vrai que j’aimerais rester à mon compte. On va dire qu’il y a 1 graphiste sur 3, voire 1 graphiste sur 4 qui arrive à survivre en étant freelance. Quand je regarde ceux qui arrivent seuls ils sont vraiment dans la création, l’art en lui-même, plus seulement du graphisme. Après ils se font contacter par des grosses marques. C’est l’objectif de tout indépendant de se démarquer pour être vu. Si je fais de la création oui, pas de problème, je pourrais entrer dans une boite et bosser pour eux.

C.B : On sait que les graphistes travaillent le plus souvent sur du numérique, est-ce que tu travailles sur d’autres supports ?

R.E : Il m’arrive de travailler quand je fais des réalisations de logos ou si c’est des projets typographies un peu manuscrit je fais d’abord sur papier, et après je le retravaille en post-production, je le redessine sur l’ordinateur. Après il y a énormément de travail manuscrit, travail à la main mais que je finis toujours par le mettre sur numérique.

C.B : On a cherché les formations dites classiques pour être graphiste, il y a par exemple un BTS design numérique, tu penses que c’est nécessaire ?

R.E : Non pas du tout, il y a de très grands artistes, des graphistes, des designers qui ont fait vraiment aucune étude, ils avaient un style et des jolies créations et qui ont réussi à percer. Par exemple je peux citer « Nychos » qui a bossé avec Vans, ou aussi « Macbess » qui est un illustrateur français, « MightyShort » avec ces dessins qui sont devenus emblématiques. En Amérique aussi il y a beaucoup de gens dans la création qui viennent retaper des voitures, des travaux de design et qui sans la moindre heure de cours arrivent à faire un travail reconnu.

C.B : Je remarque que tu parles aussi beaucoup de métier dans la création, tu aimes créer ?

R.E : Oui, je préfère créer plutôt qu’être seulement un exécutant. J’avais un projet de retaper une voiture avec un ami, après ça reste délicat de travailler sur des modèles aussi coûteux, c’est un investissement en terme de temps et d’argent, donc ça reste à voir mais oui c’est vrai que j’aimerais beaucoup, ce serait aussi de l’ordre créatif effectivement. Faut commencer obligatoirement par être exécutant mais je veux avancer vers de la création.

C.B : Les graphistes peuvent être reconnus aussi pour leur design propre à eux alors?

R.E : Oui, c’est plus seulement, voilà, tu sors d’une bonne école comme « Les Gobelins » et direct tu es pris. Ça se démocratise, la créativité se démocratise, on a plus de recul, une meilleure appréhension de l’art. Quand j’étais en communication visuelle je faisais pas seulement du design, je travaillais aussi sur des planches, des études existentielles, des choses que j’aurais pas forcément vu sans avoir fait d’études mais c’est pas indispensable. Après c’est toujours bon à prendre.

C.B : Tu peux nous parler de tes projets, ou un des projets que tu as particulièrement apprécié ?

R.E : Je pense que le plus gros projet c’est celui sur lequel je suis maintenant, c’est une marque qui va sortir l’année prochaine et ça fait 6 mois qu’on est dessus avec deux amis. Ça nous prend énormément de temps. C’est un projet personnel donc sans date butoir, et où on peut faire un truc qui nous ressemble, être minutieux et faire des choses qui nous plaisent vraiment. Mon client, qui est aussi mon pote, à énormément de budget donc on a la chance de pouvoir recevoir pleins de prototypes et de vraiment peaufiner le travail, on peut mettre des mois pour une pièce et ça fait plaisir à la fin de recevoir un prototype qui est bien fait, qui met en valeur le travail fourni. Je vois que mon travail rend bien sur du textile et c’est top.

J’ai aussi bossé pour une marque de fringues, avec le directeur artistique de la marque. On était dans une maison de campagne à Pau pendant 1 semaine pour travailler dans une super bonne ambiance. C’était une marque jeune, de rider, donc on voulait se rapprocher de la nature et finalement on a été plus productif que si on avait été dans un bureau avec la pression, et j’ai passé un très bon moment. C’est ça que j’aime dans ce métier, un travail en équipe avec des gens qui s’intéressent à ton travail et qui partagent cette même passion du design et du graphisme.

C.B : Justement pour parler avec ses clients, comment ça se passe ?

R.E : Là par exemple ce même client à la base c’était par Instagram. Le premier gros client que j’ai eu c’était par mail. Il avait demandé d’envoyer un email avec un book pour être recruté. Puis j’ai été contacté par téléphone pour la confirmation.

Avec mon client actuel, donc oui je disais, par Instagram puis par Facebook pour parler. Comme on a des projets chacun de notre côté on se fait des visioconférences toutes les semaines pour mettre en commun nos idées, pour montrer les prototypes qu’on a reçus. C’est ça qui est bien, cette liberté.

C.B : La ville de Montpellier pour avoir cette liberté ça te convient? Tu voudrais bouger dans une plus grande ville ?

R.E : Quand tu travailles en freelance c’est pas vraiment important d’avoir de la distance avec son client, tu fais des trucs qui sont immatériels, tu peux envoyer par mail etc.. Ça fait 5/6 ans que je suis à Montpellier et je trouve que c’est une ville dynamique et jeune, ça bouge, même dans le domaine artistique, il y a beaucoup de créateurs, c’est un bon délire. On verra plus tard pour Paris quand j’aurais pris la grosse tête (rires).

C.B : (rires) Quand tu crées des graphismes pour quelqu’un, tu es crédité ? Comment tu es reconnu ?

R.E : C’est compliqué, par exemple il y a des clients qui sont prêts à te payer aussi pour ne pas avoir à te créditer. Par bonne conscience tu crédites quand même. T’as aussi ceux qui demandent de payer en crédit et là il faut pas accepter.

C.B : Oui, il y a une polémique sur des youtubeurs qui « paient» de jeunes graphistes en visibilité.

R.E : Oui voilà, moi justement mes deux gros clients c’est des youtubeurs en ce moment là, ils payent très bien, pas juste en visibilité, donc c’est cool. Si je te parle de Nike, là tu travailles avec eux t’as plus besoin de bosser de l’année (rires). De gros graphistes qui se font repérer par des grosses boites, ils ont énormément de vécus, c’est devenu des artistes, ils ont un bon réseau.

C.B : C’est long à mettre un place un bon réseau ?

R.E : L’objectif c’est de se démarquer et c’est long à mettre en place. C’est très difficile de se démarquer, quand tu bosses avec des clients. C’est difficile de faire des choses perso, de faire preuve de créativité et d’expérimenter quand on te demande juste d’exécuter. Ils sont pas forcément ouverts. Ça arrivera, sinon je bosserai pour des sociétés en faisant des pubs pour Décathlon (rires). De toute façon ces corps de métier, de création, ça va devenir banal dans les prochaines années, ça va se démocratiser.

C.B : Oui, tu penses d’ailleurs que c’est un secteur qui va être vite bouché comme ça se démocratise ?

R.E : Je rebondis sur ça encore, faut se démarquer. C’est pour ça en fait si tu te démarques pas tu restes avec les graphistes débutants. Après aujourd’hui, tout le monde est graphiste avec Photoshop, Instagram et tout ça! Tout le monde peut le faire mais faut faire des efforts pour se démarquer.

L.D ; C.B: Très bien, super, je pense qu’on a fait le tour (rires), tu nous as bien aidé, et on a appris pleins de choses. Merci infiniment.

*Nous avons tenté de créer une fin d’interview. Mais le contact étant bien passé nous avons continué à échanger, hors interview.*

Cet entretien professionnel nous a permis de cerner les qualités et les compétences nécessaire à ce métier. En effet de bons conseils nous ont été donnés. En résumé il faut être passionné, minutieux et patients.

On remercie encore une fois Robin EMBRY qui nous a gentiment accordé de son temps pour répondre à nos questions.

BEAUREGARD Coline

DEMESTRE Luna

Licence Info – Com, Mtp,G2.

Entretien avec un professionnel de la communication: Thibaud Rodriguez – Graphiste chez plusieurs sociétés.

lundi 14 novembre 2016

L’interview s’est déroulée le vendredi 11 Novembre à 18h30 à Montpellier, au Novelty. Nous avons rencontré Thibaud Rodriguez, jeune graphiste travaillant pour plusieurs entreprises : Cevrai Laboratoire, Cels Laboratoire, Boreal et Pur Vitae. Il est employé par la holding. L’entretien a duré 1 heure et une poignée de minutes et a été entièrement filmée. Nous avons décidé de nous partager le travail : ici, l’interviewer était Sarah Khélifati et la prise de notes a été effectuée par Melissa Renner.
Dans un premier temps, nous nous sommes présentées et nous avons re précisé le déroulement ainsi que le but de l’interview à notre invité ; celui-ci étant de se renseigner sur un métier de la communication, d’en apprendre plus sur un métier spécifique, et éventuellement avoir des conseils de la part d’un professionnel de ce domaine.


Interviewer : Alors, en premier lieu, en quoi consiste votre métier de graphiste ?

Interviewé : Et bien, moi je fais toute la communication visuelle de l’entreprise. C’est-à-dire, que ce soit en interne ou en externe. Donc je fais tout ce qui est packaging, publicités pour le web, publicités pour le print, donc ce qui va être imprimé. Je fais aussi tout ce qui est … les, hm, les tours que tu as dans les pharmacies, où tu as tout les produits présentés dessus, ou alors que tu vas avoir un personnage découpé. Enfin tu vois, tout ce qui est présentation de produits en magasins, je le fais aussi en fait. Donc voilà, c’est plus… euh…
(suite…)

Interview professionnel de la communication : le graphiste

samedi 12 novembre 2016
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Deux étudiantes en 1ère année de Licence Information et Communication, ont effectuées le mercredi 2 novembre à 14 heure, un entretien avec un graphiste qui a duré 39 minutes et 30 secondes.
 
Interviewée : Marie-Pierre BAUDUIN (Graphiste indépendante)
Interviewer : Mélissande FELS (étudiante)

M. Fels : « Bonjour à tous, bienvenue à l’entretien d’un professionnel de la communication réalisé par Veselina TONKOVA et moi-même, Mélissande FELS. Nous allons nous intéresser au métier de graphiste avec madame Marie-Pierre BAUDUIN, graphiste indépendante à Montpellier, c’est bien cela ?

M.P. Bauduin : Oui c’est une entreprise indépendante.

M. Fels : D’accord. Nous vous remercions d’avoir accepté notre invitation et d’être présente à cet entretien. Notre objectif est d’approfondir nos connaissances sur le métier de graphiste. Je rappelle que cet entretien sera enregistré, retranscrit et publié sur notre blog d’Information-communication, et que, par conséquent, vous auriez le droit de modifier cette retranscription avant sa publication. Normalement, cet entretien ne devrait pas excéder 40 minutes.

M.P. Bauduin : Alors, je ne sais pas si j’ai 40 minutes de choses à dire. Il risque d’y avoir des blancs. Il risque d’y avoir des questions auxquelles je vais demander de réfléchir un peu plus parce que je n’ai pas de réponse, là, tout de suite, éventuellement.

M. Fels : Oui..

M.P. Bauduin : Peut-être cela aurait été intéressant d’avoir les questions avant.

M. Fels : Nous allons aborder 3 thèmes aujourd’hui. Le premier sur votre point de vue sur le domaine du graphisme, ensuite, on va parler de votre métier, et, sur les formations et les compétences à acquérir pour devenir graphiste. Je vais commencer à aborder les questions. Ma première question elle est – enfin, ce sont toutes des questions personnelles – mais celle-là est, on va dire, une question large d’ouverture où c’est votre avis qui nous intéresse : qu’est-ce-que vous pensez du graphisme ?

M.P. Bauduin : (réflexion)… large question. Cela aurait été bien de l’avoir avant. J’aurais pu réfléchir à ma réponse. La raison d’être du graphisme, c’est d’être au service du message. Donc, déjà, c’est une position assez professionnelle et humble, qui peut-être à contre-courant d’un mouvement de « graphistes semi-artistes» – qui va plus vers l’art – et qui « communique pour des graphistes ». Je répète : la raison d’être initiale c’est servir le message, servir les objectifs de communication.

M. Fels : Donc ce serait les objectifs du graphiste ?

M.P. Bauduin : Oui, il n’a pas d’autres raisons d’être là.

M. Fels : D’accord. Concernant le premier thème : ici, nous allons parler de votre point de vue. La question large d’ouverture fait partie du premier thème aussi. Donc, comment êtes-vous devenu graphiste ?

M.P. Bauduin : Alors, c’est d’abord une fascination depuis l’enfance. Pour ce qui est imprimé, pour les images, les illustrations, la typographie, je pouvais rester bloquée devant un autocollant.

M. Fels : Donc, c’est quelque chose qui vous vient depuis l’enfance ? Quelque chose que vous aviez envie de faire ?

M.P. Bauduin : Oui. Ensuite, ma formation est le design industriel. En premier, je suis entrée dans un atelier préparatoire aux concours des écoles d’arts. Ensuite, je suis entrée dans une école de design industriel. Le graphisme étant compris dans le design industriel puisqu’on édite en série et tout ce qui est fabriqué et édité en série est du domaine du design industriel. Et c’est une espèce de « méthodologie commune » qui peut s’appliquer au design d’objet, au design d’espace, au design graphique, etc.

M. Fels : D’accord. Et qu’appelez-vous « design industriel » exactement ?

M.P Bauduin : Ce que je veux dire c’est : tout ce qui doit être produit en série. Vous voyez ? Des objets – de la petite cuillère au mobilier – Dans les boutiques franchisées, il y a quelqu’un : un designer d’espace qui est intervenu pour que ce soit « charté » en quelque sorte sur l’ensemble des boutiques, et dans le design graphique, on édite. L’artiste édite 1, 7 ou 30 exemplaires. Le graphiste va éditer sur le web ou en print, en beaucoup d’exemplaires. C’est destiné à la diffusion donc, cela passe par un processus industriel.

M. Fels : Où il y a des sous-traitants et… ?

M.P Bauduin : A un moment donné, cela passe par des fabricants. Il y a un processus pour que cela puisse être diffusé, et que ce soit du mobilier, du produit ou du graphisme, que ce soit diffusé en série.

M. Fels : Oui. La deuxième question : comment cherchez-vous vos inspirations ?

M.P Bauduin : Principal outil : la curiosité. Il n’y a pas de limites. Cela peut venir en écoutant de la musique ; la musique, les couleurs et les formes, il y a quelque chose qui parle là-dedans. Je regarde beaucoup de choses : des expos, pas mal de photos, de l’illustration, beaucoup de typo ; je dois passer facilement, 10 % de mon temps dans la semaine à observer, à regarder. Je regarde les affiches dans la rue, je regarde les magazines et la mise en page, etc.

M. Fels : Oui. C’est de la curiosité surtout !?

M.P Bauduin : Voilà. Ce n’est pas une « corvée ».

M. Fels : Oui, c’est un plaisir.

M.P Bauduin : Absolument.

M. Fels : D’accord. La troisième question ce serait quelle est votre procédure (ou méthode) de création ?

M.P Bauduin : La procédure idéale ? D’abord, des bonnes relations avec le commanditaire qui seront plutôt que sur le mode « je suis le commanditaire, voici mon cahier des charges, voici mon brief, je vous laisse exécuter » – c’est plutôt sur le mode de la conversation. C’est-à-dire qu’on va discuter du cahier des charges et ensuite, dans le cahier des charges, du « brief créatif » proprement dit. Cela permet d’être tout de suite d’accord sur les objectifs qu’on veut atteindre, sur la façon dont on veut les atteindre et sur quel ton on va communiquer. En fait, la qualité de la collaboration impacte énormément sur la qualité du résultat. Donc, de bonnes relations avec le commanditaire où on travaille, en parallèle, ensemble, avec les mêmes objectifs, c’est très important. Il y a des commanditaires qui ne connaissent pas les tenants et aboutissants de la communication et qui sont capables d’être contre-productifs par rapport à leurs objectifs de communication. Ils peuvent saboter, eux-mêmes, un travail parce qu’ils manquent de cette culture-là, parce qu’ils ne font pas confiance, parce que c’est leurs « bébés », ils ne veulent pas les lâcher…

M. Fels : Et dans ce cas-là, vous devez, tout le temps, développer votre travail, argumenter… ?

M.P Bauduin : Je dois faire énormément de pédagogie. Sauf quand j’ai des Chargés de Communication en face de moi – dans ce cas, ce sont déjà des personnes averties – sinon, quand ce sont des petits clients (trop petits pour se permettre d’avoir un chargé de com’), je dois faire énormément de pédagogie, et c’est un peu peine perdue parce qu’il faut plus qu’une heure de pédagogie évidemment pour préparer quelqu’un à travailler sur un projet de communication. Donc, cela vous verrez sur les forums de graphistes, il y a des kilomètres de plaintes. Dans une procédure idéale donc, c’est que j’ai un Chargé de Communication en face de moi. Alors, là, déjà, ça va mieux. On parle le même langage, on a les mêmes objectifs.

M. Fels : C’est le mieux. D’accord. Et donc…

M.P Bauduin : Après, le processus de création, c’est faire une immersion dans le sujet. C’est cela aussi qui est intéressant dans ce métier, c’est que j’aborde des tas de sujets que je ne connais pas, donc, je dois d’abord me documenter là-dessus, me documenter sur la façon dont communique la concurrence, identifier si le client n’a pas de problématiques de communication et voir comment on va les résoudre. Et j’ai quelques techniques de recherches créatives pour trouver des idées si elles ne viennent pas. Mais à partir du moment où on suit ce processus, en général – qui peut prendre du temps par contre – si on identifie le problème, on trouve la solution.

M. Fels : Vous avez des logiciels en particulier lorsque vous créez des visuels ?

M.P Bauduin : A part dans la phase créative (papier et crayon), oui. J’ai la suite Adobe classique (Illustrator, Photoshop, In design, Acrobat…).

M. Fels : Ce sont ces logiciels qui englobent le travail de graphiste ?

M.P Bauduin : Oui. Dans la suite Adobe, il y a tout. Il y a au moins 15 logiciels. Moi, je fais plus du print que du web. Donc, ce sont les logiciels minimums pour le print ; j’utilise pas mal d’agrégateurs d’images sur le Net aussi. Et pour revenir sur la suite Adobe, c’est imposé parce que ce sont des logiciels très très bien faits (et chers). Alors, comme les agences fonctionnent avec la suite Adobe, les indépendants, du coup, fonctionnent aussi avec, et les imprimeurs aussi. Donc, toute la chaîne graphique fonctionne avec la suite Adobe. A savoir, quand même, qu’il y a l’équivalent de cette suite en logiciel libre. Après, l’éventuelle difficulté c’est d’arriver à produire des fichiers exploitables par votre imprimeur.

M. Fels : D’accord. Donc, la dernière question de ce premier thème est comment définirais-vous votre style ?

M.P Bauduin : Si j’ai un style c’est que je me positionne comme une artiste. Oui, la frontière entre graphisme et art est poreuse mais, je répète, la raison d’être du graphiste, c’est de se mettre au service du message donc, si à un moment donné, j’ai un message qui nécessite un style particulier, je vais l’adopter. Je ne dois pas imposer de style particulier sinon je suis peintre. Alors, une fois que j’ai dit cela, mon style de prédilection c’est le style moderniste, le style « suisse », dit style typographique international parce que j’estime qu’il sert bien le message de manière générale.

M. Fels : D’accord. Et qu’entendez-vous par le « style typographique international » ?

M.P Bauduin : Le style typographique international, c’est un style qui est revenu totalement à la mode. On va partir des constructivistes russes, donc, à peu près au moment de la révolution russe. On arrive ensuite au Bauhaus qui est une école allemande dont la devise est « la fonction crée la forme ». On arrête toute les fioritures, on arrête les choses inutiles. On ne crée que ce qui va servir fonctionnellement. Donc, c’est une belle idée, assez démocratique, de produire de belles choses très fonctionnelles, en série, peu chères, abordables pour tout le monde. Dans cette école, il y avait du produit, de l’architecture, du graphisme, de la peinture, des coloristes, etc. De là, on aboutit au style typographique international, à peu près dans les années 50’-70’ qui est caractérisé par, d’abord, la hiérarchie de l’information, pas de fioritures, pas d’effets de style, un graphisme assez rigide et très minimaliste. On met ce dont on a besoin. Et pourquoi en faire plus ? Il y a toujours cette notion d’humilité au service du message. Et c’est un style très rigoureux qui a une esthétique- quand on est sensible à la rigueur et à la sobriété, moi, je me pâme ! (rires).

M. Fels : (rires) D’accord. Et du coup, vous dites qu’on peut créer quelque chose de simple mais qui soit vraiment – comment dire…

M.P Bauduin : Le maître mot c’est « Less is More ». C’est quelqu’un du Bauhaus (Mies van der Rohe) qui a dit cela et ça a été repris par pas mal de gens. On va partir de l’exemple des logos. Un logo doit être mémorisable rapidement. Plus il est simple et unique, mieux il est mémorisable, plus il est mémorisable. Au début du web dans les années 90’, on a essayé de faire des logos réalistes – alors, vous êtes jeune pour vous rappeler de cela – mais on avait des effets de chrome avec tous les reflets ; c’était l’anti-simplicité, ça ressemblait à nos objets de la vie réelle, ce n’était pas reproductible en petit format, et c’est « l’anti-lessismore ». Donc, plus il y avait de détails, plus cela finissait par être une illustration. Et cela a raté son objectif complètement. De plus, c’était tout à fait démodable alors que quand un logo est simple, il n’est pas démodable. Voilà l’intérêt de la chose.

M. Fels : D’accord. Donc, on a vu votre point de vue dans le domaine du graphisme – enfin, c’était les quatre questions de cette première partie – concernant votre métier maintenant. Qu’aimez-vous dans votre travail ?

M.P Bauduin : Alors, dans l’ordre chronologique, m’immerger dans des domaines que je ne connais pas. Cela dépend lesquels évidemment. C’est toujours intéressant d’aller voir ailleurs. Et la phase de recherche de solutions est vraiment intéressante.

M. Fels : « Solution » cela veut dire ?

M.P Bauduin : De solution graphique. Par exemple, un commanditaire peut arriver et dire « Voilà, j’ai besoin d’un flyer qui va être déposé partout parce que j’ai besoin de visibilité et j’ai besoin de toucher beaucoup de gens pour avoir beaucoup de coups de téléphone, de rendez-vous et de retours. J’ai déjà fait cela par le passé et cela n’a pas très bien marché. Qu’est-ce-qui ne va pas ? ».

Donc, déjà, on analyse pour lever les freins : qu’est-ce-qui a freiné dans ce flyer, visuellement ? Pourquoi les gens n’ont pas appelé, n’ont pas pris contact. Ils n’ont même pas attrapé le flyer pour le lire. Donc, déjà, on identifie la problématique, ensuite, on cherche des solutions pour y répondre. Mais vraiment, on commence par identifier la problématique et les attentes, évidemment, du commanditaire. Donc, cette phase-là est intellectuellement intéressante, et puis après, on passe à la phase « comment je vais représenter cela graphiquement ? ». Là, quels sont les codes graphiques de ce secteur ? quels sont les codes graphiques du public auquel cela est destiné ? Là, c’est du papier et crayon, on cherche.

M. Fels : Et quand vous parlez de « codes graphiques », cela veut dire la police ? Les couleurs ? Ou c’est par rapport au commanditaire ?…

M.P Bauduin : Oui, si je communique pour une banque ou si je communique pour une boîte de nuit, ce n’est pas les mêmes codes graphiques. Le secteur bancaire a des codes graphiques assez définis – qu’est-ce-que j’ai dit ? Boîte de nuit ?

M. Fels : Oui.

M.P Bauduin : C’est très codé aussi. Leurs publics respectifs ont leurs propres codes graphiques.

M. Fels : Il y en aura un qui sera un peu plus sérieux et l’autre un peu moins !?

M.P Bauduin : Oui. Et quelles couleurs j’utilise ? Quels types de formes ? Et les polices de caractères sont des formes puisqu’elles sont dessinées. On a, comme outils, la couleur, les formes – y compris la police de caractères – et l’organisation de l’espace, autrement dit, la mise en page. Ce sont les trois principaux outils avec lesquels on travaille.

M. Fels : D’accord. Donc, vous m’aviez dit, tout à l’heure, que vous êtes dans un marché concurrentiel. Alors, comment vous distinguez-vous par rapport à la concurrence ?

M.P Bauduin : Comment je me vois ou comment je me distingue commercialement ?

M. Fels : Oui. Les deux en fait.

M.P Bauduin : Commercialement, j’essaie de mettre en avant mon expérience parce que je ne suis pas toute jeune – autant que cela serve – et comment je me vois ? Comme une bonne professionnelle. Mais par ailleurs il y a une beaucoup de gens qui ont « décidé » d’être graphistes. C’est un métier de l’image ; cela attire énormément de gens ; c’est assez fun et sexy comme boulot ; « aller, je vais faire cela, Je crack un logiciel et j’achète un ordinateur, je suis graphiste ». Ce sont les gens responsables de toute la laideur qui nous environne, d’une casse des prix dans la profession, qui se ressent à Montpellier.

M. Fels : Oui, parce que on dit que c’est une ville « jeune » et tout !?

M.P Bauduin : Voilà, attirante. Il n’y en a pas mal qui arrivent et qui restent 6 mois, 1 an et qui repartent par ce qu’ils ont vu qu’ici les tarifs sont misérables et qu’il y a vraiment beaucoup de graphistes. Donc, moi, je ne peux pas me battre contre les gens qui ont « décidé » d’être graphistes. Et même, à la limite j’ai rien contre s’ils se documenté. C’est pas grave de ne pas avoir fait d’école mais, au moins, il faut travailler 1 an dans une agence, apprendre le métier. Il faut se documenter sur la théorie de la communication, un minimum ; se faire une culture visuelle, un minimum. Voilà. Dans ces conditions, moi, ça m’est égal qu’on soit graphiste diplômé ou pas. Mais quand on est rien de tout cela et qu’on se met sur le marché, cela donne ces logos, ces enseignes, ces magazines, qui sont mal faits, pas lisibles, qui ne remplissent pas leurs objectifs et qui nous enlaidissent la vie, pour le commanditaire et le public, parce que les images sont vues par tout le monde. Donc, c’est mon cheval de bataille en tant qu’enseignante. C’est former des Chargés de Communication pour qu’ils aient le minimum de culture visuelle et de connaissances de la théorie de la communication visuelle, pour qu’ils nous évitent toutes ces catastrophes visuelles autour de nous.

M. Fels : D’accord. Vous m’aviez parlé des inconvénients dans cette réponse. Et maintenant, quels sont les avantages dans le métier que vous exercez ?

M.P Bauduin : Toucher à pleins de domaines différents. Je ne pense pas que ce soit un métier que l’on puisse faire sans passion et pour moi, la passion, forcément, est quelque chose qui vient de la petite enfance. L’avantage c’est que moi j’adore cela. Je suis toujours aussi passionnée. Je n’ai pas de problème à venir travailler. Et s’il faut travailler, à un moment donné, un week-end, cela m’embête si je dois – comment dire – au lieu de faire mes hobbies, je travaille. C’est embêtant mais, ce n’est pas la même chose que d’être sur un métier non créatif ou pénible.

M. Fels : Vous aimez votre métier ? Il vous touche ?

M.P Bauduin : Et bien là, je n’ai pas l’impression de travailler. Je me régale.

M. Fels : D’accord. Et tout à l’heure, vous m’aviez parlé « d’enseignante ». Dans quel domaine vous donnez vos formations en fait ?

M.P Bauduin : Alors, soit dans des postes de formation ou des services de communication, dans diverses structures. Donc, c’est l’initiation au b.a-ba de la théorie de la communication visuelle et l’application en petite PAO – on va dire petite communication, pour qu’ils aient un minimum d’autonomie. C’est la même chose qu’une formation normale, sur les trois logiciels (In design, Illustrator, Photoshop). Voilà. Un petit kit pour qu’un service de communication puisse se débrouiller sans avoir besoin de faire appel à un graphiste pour une petite lettre d’information par exemple.

M. Fels : Donc, la PAO, c’est ce que l’on appelle la Production Assistée par Ordinateur ?

M.P Bauduin : La Publication Assistée par Ordinateur.

M. Fels : Ah, d’accord.

M.P Bauduin : Et sinon, c’est à la FAC avec des Licences 3 et depuis l’année dernière, avec des Masters 2. Il y a un cours qui s’appelle « Design graphique et mise en page » avec des applications sur In design, et, un autre cours qui s’appelle « Création graphique » avec des applications sur Illustrator. En Master 2, c’est sur l’identité visuelle.

M. Fels : Oui. On va passer, maintenant, au dernier thème parce que vous avez, complètement, répondu à toutes les autres questions précédentes. Alors, concernant les formations et les compétences. Quelles sont, pour vous, les compétences et les qualités nécessaires pour entrer dans ce métier ? Vous aviez dit la curiosité, …

M.P Bauduin : Oui, curiosité – bon, c’est un mot bateau mais je ne sais pas – passion, … On n’est pas tout le temps en production. Vous buvez un verre en terrasse et vous voyez un truc passer, puis, vous réfléchissez « Tiens ! cela me donne une idée pour… ? », et chercher de nouvelles solutions graphiques, aussi, parce que pour lutter contre l’uniformisation, il ne faut pas être paresseux dans ce métier. Il faut être rigoureux et exigeant. Il y a une autre qualité essentielle : c’est avoir un minimum – sauf si on est salarié dans une agence – si on veut être indépendant, il faut avoir un minimum de petits talents commerciaux et du bagout, de tchatche. C’est ce qui fait défaut à beaucoup – y compris moi – du coup, c’est plus compliqué.

M. Fels : Vous voulez dire, au niveau relationnel, c’est important ?

M.P Bauduin : Oui. Je ne me ferais pas de souci pour ceux qui ont un talent, de la rigueur, de la curiosité et l’envie de bosser, s’ils ont ce talent commercial. Là, je ne me fais aucun souci pour eux. S’ils sont, tous, sans talent commercial ; les débuts vont être durs s’ils veulent s’installer en tant qu’indépendants.

M. Fels : D’accord. C’est une question qui nous concerne, particulièrement, mon amie et moi. Quel diplôme (ou formation), pour vous, est exigé pour pratiquer ce métier ?

M.P Bauduin : Je vous ai un peu répondu avant !?

M. Fels : Oui. Sur le fait que ce n’est pas une obligation d’avoir un diplôme et que ce serait plus de la passion ou…

M.P Bauduin : Oui, ce n’est pas un métier réglementé. Il n’y a pas d’obligations. Vous pouvez dire que vous êtes graphiste demain et personne ne viendra vous dire le contraire. Peu importe la formation. Du moment qu’elle comprend du dessin, de la culture graphique et de la théorie de la communication (générale et visuelle). Cela change tout si on a ce bagage de connaissances ou pas.

M. Fels : Donc, il faut savoir dessiner ? Aimer dessiner et tout ? …

M.P Bauduin : Oui et dessiner, cela s’apprend en faisant un dessin par jour. j’ai vu en atelier Prépa des gens qui sont arrivés et qui ne savaient même pas faire un cercle et, à la fin de l’année, ils étaient excellents dessinateurs.

M. Fels : Il y a des formations « exprès » pour le dessin ?

M.P Bauduin : Alors, la filière classique c’est un atelier préparatoire au concours des écoles d’art. Donc, c’est une petite Prépa au bout de laquelle vous passez les concours des grandes écoles d’art. Après, vous faites votre école qui, normalement, doit fournir des savoirs sur les logiciels, la culture visuelle et la théorie.

M. Fels : Et est-ce-que vous pensez qu’une personne qui, par exemple, utilise un logiciel et qui sait créer des visuels mais qui ne sait pas forcément dessiner, peut-être un blocage dans ce métier futur ?

M.P Bauduin : On acquiert une finesse d’observation et d’acuité visuelle. Vous avez besoin d’avoir un œil – mais cela se fait aussi avec de l’expérience – qui détecte les qualités et les défauts d’un visuel, ne serait-ce que quand vous, vous êtes en train de le faire. Et cela s’acquiert, au départ, par le dessin. C’est vraiment un gros gros plus de savoir dessiner. Il y en a des gens qui ont « décidé d’être graphistes » et qui ne savent pas dessiner (rires). Du coup, on voit des défauts de conception. Leur œil n’est pas assez aigu. Donc, ce n’est pas « il faut » mais ma position serait de dire que c’est nécessaire. Cependant, dans la pratique, il y en a qui s’en passent.

M. Fels : Pour la fibre artistique, c’est important ?

M.P Bauduin : Pour l’acuité de l’œil. Oui.

M. Fels : D’accord. Eh bien, vous avez répondu à toutes les questions. C’est la fin de l’interview et pour finir, la toute dernière question est avez-vous des conseils à donner pour les futurs graphistes ? Enfin, si on décide de devenir graphiste.

M.P Bauduin : A votre avis ? Tout ce que j’ai dit (rires)…

M. Fels : Oui (rires).

M.P Bauduin : Curiosité, curiosité, curiosité. C’est tout. Voir, voir, voir. Se faire un bagage visuel solide.

M. Fels : Donc, il y aurait la curiosité, le côté commercial, la fibre artistique – enfin, c’est ce qui est nécessaire en fait ?

M.P Bauduin : Voilà. Après si vous n’avez pas la fibre commerciale, vous pouvez intégrer une agence et ce n’est pas vous qui ferez la partie commerciale. Par contre, le bagage visuel. Vous devez savoir toutes les connotations de chaque forme, de chaque couleur. En fait, c’est de l’histoire de l’art et le graphisme a toujours été parallèle à l’histoire de l’art, il y a toujours une influence – donc, qui est mineur par rapport à l’histoire de l’art, évidemment – mais, cela a toujours déteint. Donc, déjà, vous pouvez évoquer une époque avec juste un détail, un style de forme. Il faut savoir le dire, savoir le décoder. Et puis, l’histoire de l’art continue de se faire encore maintenant, il faut suivre les influences.

M. Fels : D’accord. Eh bien, nous avons fini cet entretien. En tout cas, je vous remercie, madame Bauduin, de nous avoir accordé cet interview. Merci et je vous souhaite un bon après-midi.

M.P Bauduin : Merci. »

Veselina TONKOVA

Mélissande FELS