Articles avec le tag ‘journaliste’

Interview de Madame Coline Arbouet, journaliste à La Gazette de Montpellier

lundi 13 novembre 2017

Nous avons interviewé Coline Arbouet qui est journaliste à La Gazette, un journal Montpellierain situé à la place de la Comédie. Nous nous nous sommes retrouvées le 10 novembre 2017, à 11h.

Nous avons enregistré l’entretien avec deux téléphones, dont un était équipé d’un micro ; deux membres de l’équipe se sont réparti les questions et ont mené l’interview et la troisième membre prenait des notes sur les réponses de l’interviewée et sur son langage non-verbal et paraverbal.

Introduction : Bonjour, nous sommes trois étudiantes en Information et Communication à Paul Valéry. Dans le cadre de l’entretien on veut réussir à avoir une vision plus proche et réelle de ce que comporte le métier de journaliste, qui nous intéresse tant, du point de vue d’un professionnel et avec les témoignages de vos expériences. Merci de nous recevoir et de nous consacrer une partie de votre temps. Si cela ne vous dérange pas, on va faire un enregistrement audio, puis une retranscription qui sera publiée sur le blog de notre licence après vous l’avoir envoyé. Cela durera 40 minutes si c’est bon pour tous on commence.

Entretien :

Question : Pouvez-vous nous parlez de votre métier en tant que journaliste ?

Réponse : Alors, mon métier c’est de recueillir des informations sur un sujet donnée et d’aller chercher des informations et des réponses à des questions. Après on choisit nos sujet le jeudi matin, on a une réunion tous ensemble, tous les journalistes, et chacun propose des sujets sur ce qui se passe à Montpellier. Cette semaine par exemple comme sujet il y a eu Gault-et-Millau, le guide des gastronomique qui à décerner les prix des restaurateurs Montpellierain, donc voilà par exemple un type de sujet qu’on peut traiter.

Q : Comment vous avez eu l’idée de devenir journaliste ?

R : Alors, ça m’est venu que je m’intéressais à tous. C’est à dire que quand j’étais au lycée j’aimais à la fois les sciences, j’aimais les lettres, j’aimais l’histoire, j’aimais pleins de chose et j’étais moyenne un peu dans tout, je n’avais pas de domaine privilégié et donc je me suis dit : »Tiens qu’est-ce que je pourrais faire comme métier dans lequel je pourrais toujours m’intéressais à tout ? ». Puis en cherchant un peu je me suis dit que c’était ça et j’ai bien fait parce que ça me plaît. Et puis ça me permet de rencontrer beaucoup de gens, il n’y a pas du tout de routine parce que toutes les semaines on change de sujet, donc on rencontre des gens tous les jours ou presque. On traite des sujets où sa peut aller de la santé à l’économie en passant par le sport. Enfin moi je ne fais pas trop de sport mais voilà je peux faire des sujets sur le zoo, sur la fac, sur l’hôpital. C’est très varié c’est ça qui me plais.

Q : Quel est votre parcours professionnel ?

R : Alors moi j’ai fait une double licence sociologie et langues étrangères appliqués parce que j’aimais beaucoup les langues. Ça c’était un peu en sortant du lycée, je ne savais pas encore exactement ce que je voulais faire, donc j’ai fait une double licence sur autre chose qui m’intéressais. Et ensuite j’ai passé les concours, j’ai passé une dizaine de concours en France d’école de journalisme, parce qu’on y rentre par concours, et j’ai étais prise à l’école de journalisme de Toulouse donc j’ai fait quatre ans à Toulouse et puis après j’ai été embauché directement à Toulouse en 2007.

Q : Qu’est-ce que vous pensez des écoles de journalisme ?

R : J’en pense que c’est une très bonne école de formations. Je crois qu’il y a des journalistes qui deviennent journaliste sans passé par une école et ils peuvent être très bon. Il y en a un ici qui est très bon. Moi ça m’a quand même permis d’apprendre des techniques pour faire des interviews, des techniques pour écrire. Et puis dans l’école on voit aussi la presse écrite, la télé et la radio. Et ça nous permet aussi de choisir, d’avoir vraiment un échantillon de tout ce qui se fait et de pouvoir ensuite se spécialisé. Moi j’ai choisi la presse écrite mais on avait des cours de photo de radio de télé et en télé on avait des cours de caméra ou de présentation. C’est assez varié comme métier.

Q : Pourquoi vous avez choisi la presse écrite et pas la radio ?

R : Parce que je suis à l’aise à l’écrit et pas tellement à l’oral. (Rire) Donc voilà, moi ce que j’aime c’est écrire. Je le savais un peu avant de commencer l’école mais ça s’est confirmé avec l’école. J’ai adoré faire de la radio, la télé c’est pas du tout pour moi, ce n’est déjà pas un média que je regarde beaucoup. Donc la question se posais entre la radio et la presse écrite. J’ai beaucoup, beaucoup aimé faire la radio mais je reste plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral quand même.

Q : Durant votre licence est ce que vous avez fait des alternances ou des stages ?

R : Pendant l’école de journalismes, oui ! J’ai fait des stages. J’ai travaillé à Milan presse c’est une société qui est à Toulouse, une entreprise Toulousaine, et je travaillais dans la presse jeunesse. Donc j’écrivais des articles sur tous ce qui se passe dans le monde mais pour les enfants et les adolescents. C’était un travail assez intéressant parce qu’il faut vraiment avoir un langage particulier, il faut vulgariser beaucoup les informations. Donc ça m’a appris beaucoup de chose et puis après je faisais des stages chaque année, j’ai fait des stages en Bretagne à Ouest-France, presse quotidienne régional. J’ai fait des stages beaucoup à Toulouse, j’ai fait des stages en radio aussi on faisait des revus de presses sur une radio local. Et puis, j’ai fait des stages en photo j’ai suivi un photojournaliste de l’AMP j’ai travaillé à Pyrénées Magazine, on faisait des grands reportages dans les Pyrénées. Et puis voilà après je suis arrivée à Paris.

Q : Ça vous a fait beaucoup voyager ?

R : Pas suffisamment, c’est vrai qu’au début quand j’ai commencé le journalisme c’était aussi pour voyager. Je me voyais comme grand reporter à travers le monde, malheureusement ça ne sait pas fait. C’est difficile mais c’est faisable, tout est faisable. Il faut être prêt à bouger, il faut être prêt à être précaire parce que souvent les journalistes qui voyages c’est des journalistes qui sont pigistes qui sont pas salariés, sa existe aussi des salariés qui sont envoyé spéciaux mais le plus souvent c’est quand même des pigistes qui partent à l’étranger et qui proposent des sujets à des magazines ou à des journaux. Ils ne sont pas sûrs de pouvoir les vendre et puis s’ils en vendent ce n’est pas toujours suffisant pour vivre correctement. Mais c’est sûr que c’était un de mes rêves, mais ce n’est pas trop tard (rire).

Q : En revenant au sujet de ce qui représente votre quotidien, quel est votre rôle dans le journal ? Avez-vous beaucoup de responsabilités ?

R : Alors je vais vous montrez les journaux. (Elle part et reviens avec deux journaux La Gazette).

Donc voici la Gazette de la semaine dernière et de cette semaine. Alors moi j’ai des responsabilités mais je ne suis pas chef, donc tous mes articles sont relus par un chef qui corrige et qui m’appelle si jamais il trouve qu’il y a des choses qui ne vont pas. (Tournant les pages du journal). Par exemple je m’occupe souvent des pages qui s’appelle la ville en parle et c’est vraiment de l’actualité local sa s’appelle de l’actu choc, c’est ce qui s’est passé vraiment dans les semaines ou les jours qui précède l’apparition. Mon rôle c’est de proposer des sujets et une fois qu’ils sont acceptés de les traiter. Quand on propose un sujet il faut toujours proposer l’idée et un angle de traitement. Par exemple il y a eu un sujet sur des étudiants Syriens qui sont arrivées à Montpellier pour y étudier. J’ai donc proposé l’idée et il fallait que je propose un mode de traitement. Ça aurait pu être une interview d’un des étudiants, sa aurais pu être aussi un reportage où je les suis. On a décidé de les suivre et de voir un peu ce qu’ils pouvaient apporter après à leurs pays.

Je suis rédactrice c’est ça mon poste, je ne suis pas rédactrice en chef. Quand j’ai fini d’écrire un article je l’envoie à mon rédacteur en chef qui le relis, qui me dit si ça va ou si ça ne va pas on en discute et puis voilà. Après il est relu encore en face par des secrétaires de rédactions qui corrige les fautes et qui mette en page.

Q : Comment faite vous pour avoir aussi rapidement les informations de ce qui se passe ?

R : Ça c’est le réseau c’est à dire que quand on est journaliste c’est un des points les plus important c’est d’avoir un réseau important, un bon carnet d’adresse. C’est d’avoir des contacts qui vont pouvoir nous donner des informations. Et ça sa se fait petit à petit, quand je suis arrivée à la Gazette mon carnet était quasiment vide et au fur et à mesure que je fais des reportages je rencontre des gens. Par exemple je m’occupe beaucoup de la santé, des sujets santé à la Gazette, et à force de faire des reportages d’aller à l’hôpital de rencontrer des médecins je sais qui fait quoi. J’ai des contacts et donc j’appelle et je dis :  »tiens est ce que vous connaissez quelqu’un qui peut me renseigner sur ce sujet ? ». A la fac de lettres, c’est pareil, je commence à connaître du monde. Et après dans chaque institution dans chaque organisme il y a souvent un chargé de communication, donc on les appelle et c’est eux qui vont nous diriger vers tel ou tel personne.

Intervieweuse : On voit que dans le métier de journaliste c’est très important d’avoir un réseau de contacts.

Interviewée : Oui c’est le plus important.

Q : Qu’est-ce qui vous plais dans le métier ?

R : C’est vraiment de rencontrer des gens. Montpellier c’est petit, c’est vrai qu’au début mon rêve c’était d’être grand reporter et d’aller à l’autre bout du monde et je me rends compte que même à Montpellier je peux faire des sujets supers intéressants. Même si c’est du local il se passe beaucoup de chose et puis on rencontre des gens toujours passionnants. Et c’est vraiment ça qui me plais. Et ce qui me plais aussi c’est la variété des sujets. C’est ce que je vous disais aussi, voilà la semaine dernière j’ai travaillé sur l’un des étudiants Syriens cette semaine j’ai travaillé sur le harcèlement des femmes et cette semaine je travaille sur une entreprise pharmaceutique. C’est ça qui est assez passionnant.

Q : Est ce qu’il y a quelque chose que vous aimeriez changer ou que vous ne changeriez pas ?

R : Ce que j’aimerais changer c’est que dès fois on est pas toujours libre de ce qu’on peut écrire. Quelquefois il y a des sujets sur lesquels il est difficile d’avoir des informations. Par exemples là je fais un article sur l’entreprise Sanofi et ce n’est pas toujours facile d’avoir les informations parce que si Sanofi ne veut pas me donner d’informations il me bloque et ils disent :  »non on ne vous donne rien ». Et donc il faut aller chercher les informations, c’est intéressant d’aller les chercher en dehors de ce qu’on veut bien me donner. Aller chercher des informations qu’on ne veut pas nous donner c’est dès fois un peu compliqué avec les institutions.

Q : Est ce qu’il y a beaucoup de censure ?

R : Non on est quand même assez libre d’écrire ce que l’on veut. On est libre d’écrire ce que l’on veut cependant on dépend parfois de ce qu’on veut bien nous donner. Et quelquefois les services de communication ne veulent pas nous donner d’informations donc il faut se débrouiller autrement. Mais c’est aussi un challenge, c’est aussi intéressant.

Q : Comment se répartie votre temps de travail ? Quelles sont vos conditions ?

R : Donc nous on sort toutes les semaines, on sort le jeudi, on est un hebdomadaire. On ne sort pas tous les jours. On sort tous les jeudis. Le journal de cette semaine qui est sortie hier, on l’a terminé mardi soir. Ensuite il part en fabrication. Et le jeudi matin on se réunie tous et là on parle des sujets du prochain numéro. Donc le mercredi on cherche des sujets, on lit ce qui se passe, on lit les autres médias, on se renseigne sur ce qui se passe à Montpellier. Le jeudi matin on se réunit et là on est tous ensemble dans cette salle et chacun propose des sujets. Ensuite on discute pour savoir quels sujets on conserve et à quelle place on le met dans le journal parce qu’il y a des sujets par exemple sur la propreté des villes qu’on aurait pu décider d’en faire un petit article comme ça (montrant un petit article dans le journal) ou d’en faire ce qu’on appelle le grand buzz sur deux pages. Donc on choisit à la fois quel sujet on retient et quel sera leur place dans le journal. Et ensuite ça se termine vers 11 heures le jeudi matin et on commence à contacter justement notre réseau et on contacte les gens pour avoir les informations. Ça se passe jeudi et vendredi, en général c’est ça. On part en reportage, on rencontre les gens. Et à partir du lundi et mardi on écrit vraiment les articles, surtout le mardi.

Q : Est-ce que ce métier correspond à vos attentes ?

R : Oui, vraiment.

Q : D’accord, quelles sont les corps de métiers que l’on trouve autour de votre profession ? Avec qui êtes-vous en contact ?

R : Avec les attachés de presse essentiellement, les chargés de communication des entreprises. C’est eux qu’on contacte pour avoir par exemples, là sur le sujet que je suis en train de faire, je contacte l’attaché de presse de Sanofi. Je leur dis j’ai besoin d’une information sur ça et c’est eux qui me disent : »Envoyer nous un mail avec vos questions ». Donc c’est eux avec qui on est souvent en contact. Et après sinon avec n’importe qui. Après une information on peut l’avoir avec quelqu’un qu’on rencontre comme ça, avec un commerçant, tout le monde peut être une ressource.

Par exemple là on a fait quelque chose cette semaine sur l’affaire de Joaquim. Vous avez dû en entendre parler, c’est un étudiant de Paul Valéry qui a été tué, et dans ce genre d’article tout le monde peut être une ressource, ça peut être le commerçant qui tient la boutique devant laquelle il a été tué, ça peut être avec la famille, ça peut être des étudiants de Paul Valery qu’on a contactés pour voir s’ils le connaissaient, s’ils avaient des informations.

Q : Selon vous quels sont les qualités à avoir pour exercer ce métier ?

R : Juste je vais finir sur la question d’avant où vous me disiez aussi quels sont les métiers avec lesquels on est en contact. Il y a aussi les photographes parce qu’on travaille avec des photographes qui nous suivent en reportage et ça c’est un travail qu’on fait aussi en binôme, on travaille toujours à deux parce que la photo a une place un importante aussi dans le journal.

Et les qualités alors il faut être curieux, ça c’est la première chose qu’on apprend en école de journaliste, c’est qu’il faut s’intéressait et se poser des questions c’est à dire que si jamais on dit quelque chose par exemple : »Joaquim est mort », il faut être curieux se poser des questions sans arrêt et puis il faut oser. Il faut oser aller poser des questions au gens, il ne faut pas avoir peur de poser des questions qui gênent, il faut savoir aller vers les gens. Moi j’étais un peu timide ça m’a appris à sortir de ma timidité.

Q : Est-ce que c’est un métier éprouvant qui demande beaucoup d’investissement ?

R : Oui, mais chacun peut faire comme il veut. En termes de temps, ça demande beaucoup d’investissement ; nous on a un hebdomadaire donc on a quand même du temps pour travailler mais on n’a pas des horaires de bureau, on ne commence pas à neuf heures et on ne finit pas à dix-sept heures ; c’est dépendant de ce qui se passe.

Q : Comment vous êtes-vous senti lors de votre premier interview/article ?

R : Gênée, (rires), les premières fois j’étais vraiment gênée et mal à l’aise, j’avais toujours peur de déranger les gens, j’avais peur que mes questions les gênent et aujourd’hui, en fait, je me rends compte que si on y va avec honnêteté, gentillesse, en souriant, les gens sont souvent contents de parler de ce qu’ils font. Après quand ce sont des sujets un peu sensibles comme par exemple, ce n’est pas moi qui fait l’article sur Joachim mais ça c’est un sujet qui est très sensible parce que pour avoir des témoignages, contacter la famille ou les proches qui sont en souffrance, ce n’est pas toujours évident et moi c’est quelque chose qui me bloque un peu et je n’ose pas parce que je me dis que je vais gêner et déranger mais en fait, souvent on se rend compte que si on y va avec délicatesse, ça se passe très bien et que les gens ont aussi parfois envie d’en parler. Mais il faut aussi respecter la parole des autres, ça c’est un des points essentiels, je pense, du métier, c’est qu’il ne faut pas trahir la parole, il faut vraiment respecter ce qu’on nous dit, ne pas manipuler, il faut être honnête avec ce qu’on fait et avec les gens qu’on interview.

Q : Qu’est-ce qui vous a aidé à vous améliorer ? Et qu’est-ce qui vous aide encore maintenant ?

Comment faites-vous pour avoir aussi rapidement les informations de ce qui se passe ?

R : De pratiquer ; plus j’en fais et plus je suis à l’aise et puis maintenant que je travaille à Montpellier, ça fait quatre ans que je travaille ici à La Gazette, donc maintenant je connais le fonctionnement, je commence à connaître du monde donc ça va de mieux en mieux, c’est de plus en plus facile et ils me connaissent aussi donc j’ai plus de facilité à avoir une information parce que quelquefois, on m’appelle même pour me dire il s’est passé telle ou telle chose.

Q : Le métier de journaliste peut être dangereux, est ce que vous vous sentez concerné ?

R : Ça peut l’être mais pas tellement à mon niveau. Ça peut l’être pour des confrères qui sont dans des pays en guerre ou qui s’attaquent à des sujets très sensibles avec des gens puissants qui, justement ne veulent pas qu’on manipule leur parole ou en tout cas qui ne veut pas qu’on parle d’eux.

Q : Croyez-vous que pour réussir dans votre secteur est-ce une question d’opportunités, de chance, de travail ou de connaissance ?

R : Alors, il y a un peu une question de culot, il faut oser en fait, vraiment y aller, il ne faut pas avoir peur. Mais bien sûr, il faut bien travailler, être intègre, c’est-à-dire respecter la parole des gens et les informations qu’on a, savoir les utiliser aussi ; être honnête avec soi-même et avec les autres, je pense que ce sont les points essentiels.

Q : Sur un plan plus personnel, est ce que votre métier empiète sur votre vie privée ?

R : Alors, moi je dirais que non, mon mari dirait que oui, (rires). Moi j’ai trois enfants et j’arrive à bien gérer mon temps de travail, et quand je rentre à la maison, je ne travaille pas. Mais ça arrive régulièrement que je finisse très tard mais je m’arrange comme ça et je pense que c’est ce qui me permet d’être bien en famille aussi parce que je m’épanouie au travail ; et je ne travaille pas les week-ends, ce qui est un avantage en comparaison à d’autres journalistes.

Q : Est ce qu’elle vous laisse du temps pour faire d’autre activité à côté ?

R : Pas dans la semaine, mais ça me laisse déjà des week-ends libres

Q : Quelles sont vos ambitions pour les prochaines années ?

R : Là pour l’instant, je suis assez bien ici, je n’ai pas forcément envie de changer de poste parce que justement j’ai ce temps qui me permet d’avoir aussi une vie de famille, je fais des sujets qui m’intéressent j’ai le temps de les traiter comme je l’entends, je suis assez libre dans mon travail et ça me plaît beaucoup. Après, si je devais avoir un rêve, ce serait de voyager plus et de partir soit à l’étranger, soit dans les DOM-TOM mais ce n’est pas pour tout de suite.

Q : Quel est selon vous la réussite ultime de la carrière de journaliste ?

R : La réussite ultime ce serait …. (Temps de réflexion) …hm bonne question ; ah ça je ne sais pas, faut que je réfléchisse (rires). Non mais sincèrement j’ai l’impression que je suis heureuse de ce que je fais ; après pour un journaliste qui fait des enquêtes, c’est d’aboutir à une enquête mais moi pas vraiment, ou avoir des prix parce qu’on peut en avoir aussi des prix de journaliste. La réussite peut être aussi de sortir une info que personne n’a jamais sorti, un scandale par exemple ; voilà c’est un peu ça la réussite ultime, c’est de sortir l’info que personne n’a eue. Ça nous arrive quelquefois sur des sujets et c’est vrai que c’est quelque chose d’intéressant.

Q : Bon, on voulait rentrer aussi dans un sujet un peu polémique… Pensez-vous que le journalisme est un métier plus féminin que masculin ou l’inverse ?

R : Ça reste un peu plus masculin, ici ce n’est pas le cas, à La Gazette, on est plus de filles que de garçons en journalistes. Mais c’est vrai que dans les différentes rédactions où je suis passée, ça reste un peu plus masculin, et surtout, – j’ai envie de dire – comme un peu partout, les chefs sont souvent des hommes. Mais je suis déjà passée dans des rédactions où il y avait des femmes qui étaient chefs mais ça change. Il y a beaucoup de femmes rédactrices en chef, beaucoup de femme dans ce métier et même quel que soit le média.

Q : À votre avis, le secteur journalistique est-il machiste dans un sens ?

R : Moi, je ne trouve pas trop, non je n’ai pas ressenti ça. Après peut-être, si, pour obtenir des informations, peut-être que lorsqu’on est une femme, dans certains sujets, on nous prend un peu moins au sérieux. Par exemple en politique, pour avoir des informations, j’ai l’impression que si c’est moi qui fait l’interview, j’aurai peut-être moins d’infos que si mon chef la fait.

Q : Pourquoi c’est plus difficile pour une femme ?

R : Je ne sais pas, j’ai l’impression qu’on nous prend un peu moins au sérieux que les hommes, mais c’est peut-être juste un sentiment ; les hommes politiques iront plus facilement parler à un homme qu’à une femme. Mais c’est peut-être aussi une question de tempérament ; il y a des femmes qui ont un tempérament assez fort

Q : Pour finir, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui veut être journaliste ?

R : De s’intéresser vraiment et d’oser, il ne faut pas avoir peur de poser des questions et d’aller vers les gens. Mais aussi, il faut sortir parce qu’il y a de plus en plus de journalistes qui restent dans leur bureau et qui vont sur Google et qui cherchent des informations en téléphonant ; je pense que le contact humain est très, très important et qu’il ne faut pas du tout le laisser de côté. Quand on se déplace pour voir les gens, on obtient toujours plus d’infos que par téléphone ; moi je sais que lorsque je rencontre les gens, après ils se souviennent de moi et moi d’eux et une relation de confiance se crée, ce qui est essentielle.

Nous vous remercions d’avoir pris du temps sur votre journée pour nous recevoir. C’était un plaisir. Nous vous enverrons la transcription par mail si ça ne vous dérange pas avant de la publier le lundi 13 novembre.

Synthèse finale

Lors de cet entretien, madame Arbouet a évoqué plusieurs points qui, selon elle, sont essentiels pour être un bon journaliste et qu’elle a acquis ou continue à acquérir pendant son propre parcours professionnel.

Nous retiendrons surtout qu’il faut oser, ne pas avoir peur d’aller vers les gens mais surtout être intègre et respecter la parole de ceux qu’on interview.

Cet interview a vraiment été riche en conseils et nous a bien sûr permis d’avoir une vision plus claire et réelle du métier de journaliste

Cet entretien a été réalisé par Nikita TOMEGAH, Mireia SANCHEZ et Astrid KABWE.

Interview de M.Laurent GARCIA, rédacteur en chef et journaliste à « L’Echo du Mardi » à Avignon, Région PACA

vendredi 11 novembre 2016

     L’entretien s’est déroulé le vendredi 28 octobre 2016, dans les locaux de L’Echo du Mardi à Avignon (Vaucluse). L’entretien de M. Laurent Garcia (L.G), rédacteur en chef et journaliste,  a duré environ une heure et vingt minutes. En vue d’un problème technique éventuel, on a choisi comme support, la prise de note, ainsi que l’enregistrement audio et vidéo.

L’entretien avec ce professionnel de la communication a pu se faire parce que l’une des intervieweuses, Alexia Point (A.P), avait déjà été en contact avec celui-ci lors d’un stage effectué auparavant. Comme sous-entendu précédemment, un autre membre du groupe s’est porté volontaire en tant qu’interviewer: Lisa Martinez (L.M). Souhaitant elle aussi devenir journaliste, cet exercice ne pouvait être que formateur. Quant à Pauline Chaptal, elle s’est chargée de tout ce qui était technique, c’est-à-dire, la prise de vidéo et l’enregistrement audio. Elle a dû éviter les problèmes techniques et observer la scène de l’extérieur pour pouvoir en donner une impression « neutre ». Cela s’est révélé formateur pour elle car elle a pu observer ce qu’il fallait ou ne pas faire lors de l’interview et le transmettre aux autres membres, par la suite. Voilà quel fut le contexte de l’entretien.  

 

Bonjour M. Garcia, nous sommes étudiantes en sciences d’informations et de communications à l’université Paul Valéry à Montpellier. Dans le cadre de notre Iière année de Licence, nous devons interviewer un professionnel de la communication. Le journalisme fait partie intégrante de ce domaine.  C’est pour cela que nous vous avons contacté. Vous avez accepté de nous recevoir pour cette interview, et nous vous en remercions. Pour ce faire, dans le respect du cadre déontologique, nous filmerons l’intégralité de l’entretien, et une retranscription sera publiée sur le blog de notre cours, avec votre accord. Bien entendu, la vidéo ne sera pas diffusée sur l’Internet ni pendant le cours et une copie de la retranscription vous sera envoyée avant la publication. Après ces quelques rappels, nous pouvons commencer.

 

 

Lisa Martinez : Comment définiriez- vous le journalisme ?

 

Laurent Gracia : Le journalisme pourrait être défini par les termes de perméabilité et d’adaptabilité.

Un journaliste se doit d’être ouvert à ce qu’il voit et entend, pour capter ce qui est intéressant et le restituer soit à un public particulier parce que vous travaillez dans un support qui cible le lectorat spécifique soit au « grand public », c’est-à-dire tout type de lecteur. Il faut donc rester ouvert au monde et à l’information, y compris lorsqu’on est un journaliste spécialisé.

J’entends  ensuite par l’adaptabilité, la capacité du journaliste à s’adapter à son public. Pour lui, cela revient à s’adresser soit à ses spectateurs, soit à ses lecteurs soit à ses auditeurs s’il travaille à la radio. De plus, le journaliste ne maîtrise pas toujours l’information qu’il traite. Il doit alors s’en rendre maître. C’est aussi en cela qu’on parle d’adaptabilité, même si l’on n’est pas des spécialistes ! Ce matin, j’ai visité une entreprise « NATUREX », leader mondial dans l’extraction de végétaux. Je suis loin d’être spécialiste de ce domaine et je ne comprenais qu’un mot sur deux de la réponse donnée ! J’ai pourtant dû être en capacité de retranscrire correctement le message qui m’était donné. Par ailleurs des journalistes locaux étaient conviés : il y avait  donc de la presse très spécialisée qui posaient des questions pointues sur le sujet. Ils ont un lectorat de professionnel de l’industrie de l’extraction de végétaux. Il est donc indispensable pour eux de poser ces questions qui seront importantes pour son lectorat. Or, je vais écrire pour des décideurs économiques locaux : je dois donc leur expliquer ce qu’est « NATUREX », ce qu’il fait mais dans les grandes lignes. Je n’ai pas besoin de détails exhaustifs sur les expériences qui sont menées.

 

« Le journaliste doit être perméable »

 

 

L.M : Entendez-vous par là, qu’il y a un travail de recherche continue de l’information en journalisme?

 

L.G : Effectivement. C’est bien pour cela que le journaliste doit être perméable. Ce n’est pas parce que le discours est inaccessible qu’il ne faut plus y faire attention. Il est facile au bout d’un moment de décrocher. Il faut suffisamment être perméable pour  creuser l’information.

Pour reprendre l’exemple précédent, j’aurais pu me dire que la visite de 10h30 de l’entreprise n’était pas importante sachant que mon papier était bouclé. Or je suis resté suffisamment ouvert pour saisir une nouvelle information pouvant être intéressante.

Lors de la présentation d’un laboratoire de recherche, une étudiante de l’université d’Avignon d’agro-science  est insérée au projet dans le cadre d’un partenariat. Je vais pouvoir alors  valoriser en même temps l’université d’Avignon et ce laboratoire. Je vais mettre en lumière la dynamisation du territoire parce qu’il fait travailler des jeunes dans le cadre de leur doctorat en plus de la présentation de ce laboratoire dans mon papier. Si je ne suis pas suffisamment perméable, je peux passer à côté d’une information qui pourrait devenir un sujet à part entière.

Le journaliste ne doit donc pas venir avec des aprioris sur le sujet. Son esprit doit être continuellement ouvert pour toute nouvelles informations  et savoir à qui transmettre celles-ci lors de la retranscription.

 

 

« On ne parle que des faits, on ne les commente pas, mais c’est déjà une prise de position. »

 

 

L.M : Lorsque vous possédez une nouvelle information qui se révèle être au cœur de l’actualité et qui peut prêter à la discussion comment faites-vous pour rester  impartial ? 

 

LG : Alors il faut faire très attention avec le principe de neutralité. La neutralité est selon moi,  un principe très relatif.

Il se trouve que dans notre journal, on ne parle que des faits, on ne les commente pas. Mais c’est déjà une prise de position. Grâce à la factualité, on donne l’impression de neutralité mais je peux toujours emmener mon lecteur là où je veux qu’il aille. J’ai un lectorat de décideur, ce sont  donc des personnes instruites et qui ont un certain vécu professionnel en tant que chef d’entreprise. Pour arriver à mes fins, je dois donc faire preuve de subtilité. Elle passe notamment par une connotation positive. Par exemple avec la valorisation de « NATUREX » par la création de richesse, de l’emploi et d’une certaine autorité en conséquence de la zone d’Agroparc, je dirige mes décideurs sur cette entreprise qui n’était peut-être pas connu par eux. Ce qu’on fait est un petit peu atypique.

Maintenant les journaux ont davantage tendance à faire dans le sensationnel. Les faits divers en font principalement partis. Quand quelqu’un commet un crime, les journaux le racontent en le connotant  très négativement. C’est en cela qu’il faut être prudent avec la notion d’impartialité et de neutralité.

 

 

L.M : Vous faites référence à plusieurs types de journalisme, est-ce bien cela ? Pourriez-vous préciser ? 

 

L.G : C’est bien cela. Quand j’avais votre âge, j’ai travaillé dans un magasin de presse pendant  deux mois pour un travail d’été. Le soir on faisait ce qu’on appelait «  la feuille balais », c’est-à-dire qu’on reprenait tous les exemplaires des invendus.  On pouvait alors trouver de très nombreux journaux, magazines différents les uns des autres. Je me souviens qu’il y en avait sur la couture, sur les maquettes de train. Non pas sur les maquettes en général, mais sur les maquettes de train précisément.

Il y avait également des magazines différents sur le naturisme. Cela montre bien que vous n’allez pas écrire pareil si vous travaillez pour de la couture, du naturisme, ou pour des maquettes de train. De même que vous n’allez pas écrire la même information de la même façon si trois magazines portent sur un sujet similaire. L’angle d’attaque et la manière de traiter l’information ne seront sans doute pas les mêmes.  C’est cela qu’il faut  comprendre- on en revient encore – par l’adaptabilité. L’écriture dépend des journaux. J’en discutais avec un confrère de la radio NRJ qui fait le journal en local ici, même le vocabulaire diffère.

 

 

L.M : Pourriez-vous illustrer vos propos ?

 

L.G : Par exemple,  certaines radios  s’adressent à un public de 15-30ans maximum, tandis que d’autres possèdent une audience un peu plus âgée. Il doit donc s’adapter, que ce soit au niveau du ton adopté, ou au niveau du vocabulaire.

Quant à nous, on s’adresse à des clients… Attention vous n’entendrez que peu de journaux parler d’une clientèle !  Pour en revenir au propos, l’adaptation ne se fait donc pas qu’au niveau langagier. Il faut pouvoir l’emmener sur des terrains dont il n’en avait pas l’idée. Je fais à chaque fois le parallèle avec la musique. Vous écoutez que ce dont vous avez envie, que ce dont vous connaissez. Mais il est bien par moment de tomber sur une radio quelconque. Cela nous plait mais nous n’aurions pas forcément eu l’idée volontaire de l’écouter. Par analogie, dans nos papiers, on trouve des personnes ayant un vécu à raconter et on le présente à nos décideurs. Notre manière de traiter l’information ne sera pas le même que dans un autre journal car dans celui-ci, l’information sera accompagnée du point de vue de l’auteur. Nous ne nous approprions pas ce qui va être dit, bien au contraire. J’ai tendance à considérer que plus un journaliste est bon, plus il passe en retrait de son papier. Il doit, tout d’abord, mettre en avant le sujet ou le papier. La manière dont on fait passer et dont on traite l’information devient en quelque sorte notre scoop. Par exemple, une « hoax » s’était diffusée sur l’entreprise de prêt à porter, «Primark ». Cette fausse information nous a donné l’opportunité de présenter l’entreprise.

Cela me permet de revenir sur le principe de neutralité. Il n’est pas forcément présent dans nos papiers, parce qu’on trouve des personnes qui veulent parler de leur expérience et on le met ensuite en valeur. Le positionnement du journaliste sur le sujet n’est alors pas requis.

 

 

Alexia Point : D’accord. Le principe de neutralité serait donc au final peu présent en journalisme si je comprends bien. J’aimerais maintenant revenir les points abordés du fonctionnement de votre entreprise. Pouvez-vous nous l’expliquez un peu plus en détails quels en sont les rouages?

 

L.G : On est une petite entreprise. On est plus proche de la structure d’une PME, que celle d’un journal. C’est un journal d’annonces légales composé de deux rédacteurs principalement dont je fais partie. On fait plus du « desk », c’est-à-dire un travail de bureau qui comprends les recherches d’informations nécessaires à la rédaction du papier qu’on peut majoritairement trouver grâce à l’Internet. On ne va donc que très peu sur le terrain.

 

 

A.P : Qu’est-ce qu’un « journal d’annonces légales » ?

 

L.G : Alors, tout d’abord, un  journal d’annonces légales est un journal officiel, au niveau départemental. On est habilité à publier des annonces légales et des appels d’offre qui sont des services payants et se trouvent à la fin du journal. C’est obligatoire pour la création, la dissolution ou le changement de nom d’une société. C’est un service rémunéré par la société en question. Après parution, celle-ci est officiellement créée, dissous ou modifiée. Les journaux d’annonces légales ont l’obligation de fournir un rédactionnel gratuit qui accompagnent les annonces légales

. C’est une sorte d’aide à la presse car en France elle est devenue, un secteur quelque peu sinistré. Les Français ont pris l’habitude de ne pas payer la presse au prix qu’ils devraient. Je parle pour l’achat des journaux. C’est donc une manière de rentabiliser les journaux en les rémunérant.

De plus, il y a une réelle transparence économique en annonçant les ouvertures et les clôtures car cela permet de connaitre en quelque sorte l’évolution de l’entreprise en question et d’éviter les problèmes d’argent et de gestion. Cela s’applique également pour les annonces légales mais également pour les appels d’offres.

 

 

A.P : Y’a-t-il par conséquent une collaboration en journalisme ?

 

L.G : On peut en effet dire qu’une collaboration est présente en Journalisme.  Dans des groupes de presse plus important d’une part, parce qu’il y a une utilisation de différent médias, la vidéo, le son et l’écriture.

D’autre part, c’est plus compliqué pour nous car on est une petite structure. En revanche, on a conscience aujourd’hui que la collaboration est nécessaire. C’est-à-dire que, quel que soit le domaine d’activité on est toujours plus fort à plusieurs. On est membre fondateur d’un groupement de journaux économiques, tous indépendants, et on se regroupe tous les mois et demi pour échanger sur nos stratégies de développement, sur ce qu’on peut faire ensemble. Une de nos journaux crée en Savoie puis réalisé ici, est l’exemple type d’une collaboration qui a fonctionnée. On a employé leurs statisticiens et, eux, nous ont fait gagner énormément de temps dans la réalisation du magazine.

 

A.P: Si je récapitule bien ce que vous dites, il y a à la fois un intérêt économique et un développement efficace de votre structure dans le fait de collaborer avec d’autres structures.

 

L.G : Tout à fait, sans eux on n’aurait pas pu le faire et inversement. Cela nous a fait gagner à la fois du temps, environ deux-trois ans mais aussi de l’argent. Cependant,  tout cela est possible car on est dans un échange d’expérience sans arrière-pensée. Le groupement de journaux existe depuis trois ans. On a appris à se connaitre – cela ne s’est pas fait du jour au lendemain évidemment ! – une relation de confiance s’est donc établie entre nous. On travaille avec de gros journaux, sur de gros secteurs. Leur avantage est qu’ils sont très structurés mais nous, nous sommes plus réactifs. On peut donc leur servir de prototype et leur faire gagner du temps. De plus, il y a même un intérêt stratégique à collaborer. Cela nous permet de prendre du recul. Par exemple, on traite du secteur associatif alors que d’autres sont plus sur des secteurs industriels. S’ils souhaitent élargir leur public, on peut les aider alors à venir sur notre domaine. Cela nécessite donc de nombreux échanges avec les différents journaux de notre type dans les différentes régions de France.

 

 

A.P : Vous avez mentionné votre type de clientèle auparavant, une clientèle professionnelle si je ne m’abuse. Avez-vous des projets futurs pour  agrandir votre lectorat chez le « grand public » ?

 

L.G : Non on ne prévoit pas de tel projet parce que la presse est de nos jours plutôt en difficulté chez « le grand public ». Nous sommes plutôt sur une niche préservée de cette difficulté. C’est sur un secteur difficile d’accès. Nous au contraire on y est très bien implanté. Il y a certes moins de concurrents au vue de la difficulté mais la concurrence est d’autant plus de qualité. Cela ne serait pas rentable pour celui qui voudrait s’y implanter à leur tour.

D’autre part nous ne sommes même plus vendus en kiosque. C’est une lecture professionnelle et les personnes s’abonnent.

Par ailleurs, notre secteur n’intéresse pas vraiment le grand public. Si l’on sortait un papier important, nous n’en vendrions pas beaucoup d’exemplaire.

 

 

L.M : Vous faites allusion à la presse qui est en difficulté de nos jours. Qu’entendez-vous par là ?

 

L.G : L’information circule continuellement en grande quantité, d’autant plus avec l’apparition de l’internet. Si les journalistes fournissent des informations vues sur celui-ci, je ne vois pas l’intérêt. On ne propose pas de la qualité aux gens. Un de mes rédacteurs en chef d’un quotidien dans lequel je travaillais avant m’a dit : «  les lecteurs ce sont des cons ». Je ne suis pas d’accord avec ça, je pense qu’on a des lecteurs, un public intelligent. Au plus on lui propose un contenu intelligent au plus il répond à l’appel. Il y a une dizaine d’année, France 3 a produit un documentaire sur les origines de l’Homme. Beaucoup de personnes se sont dit que ce n’était pas stratégique de proposer un documentaire à 20h30 en plein audience. Ils ont alors fait leur meilleure audience de l’année. Quand vous proposez de la qualité aux personnes, celles-ci sont au rendez-vous.

Certes elles ne sont pas tout le temps en train de lire « l’Echo du mardi ». Mais je n’ai eu que des retours positifs après lecture car je fais des choses accessibles et de qualité. On a notamment beaucoup de recul historique sur les papiers que l’on rend. Autrement dit,  lorsque j’écris un papier, je remets en perspective pour montrer l’évolution de l’entreprise. Si l’on prend un projet d’aménagement relancé n’ayant pas abouti il y a six ans par exemple, le financement aujourd’hui est moins élevé que celui de 2010. Dans cette perspective historique, je montre que le coût aurait été moins important s’il avait été fait dans les temps.

 

 

A.P : La mise à mal de la presse serait donc dû à une information qui ne serait pas de qualité pour récapituler. Vous nous avez  également parlé d’un  « travail d’été effectué dans une presse ». Mis à part cela avez-vous travaillé dans d’autres journaux ?

 

L.G : J’ai travaillé dans de la quotidienne et j’ai été pigiste pour d’autres journaux mais à distance. Je travaillais sur les sujets que je souhaitais.

Mis à part cela, je n’ai jamais travaillé dans une grosse rédaction à proprement parler. J’ai vu comment cela se passait et je n’ai jamais été forcément enthousiaste à l’idée de les rejoindre. On te dit ce que tu dois écrire et cela peut s’éloigner de la parole de la personne interviewé. C’est pour ça qu’il y a une méfiance de nos jours envers les journalistes. Quand quelqu’un que j’ai interviewé me recontacte pour me remercier pour l’article, simplement parce qu’ils retrouvent leur parole dans le papier, cela me choque. Je ne fais après tout que mon travail.

Quand je parlais de perméabilité, c’est qu’il faut être en capacité, non pas de retranscrire fidèlement leur parole sinon cela peut ridiculiser la personne interviewée, mais bien de comprendre ce que la personne a voulu dire tout en le reformulant de la manière à ce que cette compréhension transparaisse. Si, par exemple, vous souhaitez jouer sur l’image renvoyée, mettez en avant dans les articles des élus de gauches un peu plus crispés ou des élus de droites un  peu rougeaud.

A contrario, dans nos articles, le même traitement  est appliqué pour tous. Par exemple,  la région est à tendance plus Front National. Si notre papier porte sur les élus locaux, le programme politique national  nous importe peu. On souhaite d’abord mettre en avant le programme dans la proximité. Que vont-ils faire pour la gestion de la région ? C’est pour cela que les personnes aiment se lire chez nous. On reformule de manière plus littéraire ce qu’ils ont dit et on ne se contente pas de faire une simple copie mot pour mot. Le message doit être perçu positivement par tous. Voilà notre but. Parfois, on peut même être capable d’écrire quelque chose que la personne ne nous a pas dite explicitement. Mais lorsqu’elle se lira, elle sera convaincue d’avoir prononcé ces paroles. Il faut donc se mettre à la place de la personne pour comprendre sa problématique. Et il faut mettre à l’écart ses opinions et ses conceptions pour être capable de comprendre comment elle en arrive à ces conclusions.

 

 

A.P : Qu’elles études avez-vous entrepris pour devenir journaliste ?

 

L.G : .J’ai entrepris un doc-communication à Avignon, l’ancêtre de la licence l’information et de la communication. J’ai effectué une licence de cinéma à Montpellier et j’ai eu la chance de faire mon service militaire étant obligatoire à l’époque. Cela s’est passé au « SIRPA » de la gendarmerie de Paris, « le service d’information et de relation de presse des armées ». J’ai fait un stage en entreprise pendant un  mois environ dans l’Etat-major de la gendarmerie.

En 1994, il y a eu détournement d’un airbus d’Air-France en Algérie, aux alentours de Noël et avec un assaut du GIGN qui avait été arrêté à Marignan. Ce dernier prévoyait de s’écraser sur la Tour Eiffel mais nous l’avons su que beaucoup plus tard. L’Etat Français a donné l’accord pour qu’il atterrisse mais il a d’abords dit aux Algériens de mettre suffisamment de kérosène pour qu’il arrive à Marseille. Cette histoire a été réellement formatrice pour nous parce qu’on nous a demandé de faire des choses qu’on n’aurait peut-être pas fait en temps normal. L’assaut du GIGN a été un succès parce qu’il y a eu 4 preneurs d’otages, et aucun otage, ni aucun membre du GIGN n’ont été tués. Il y a eu uniquement 4 blessés. Un caméraman a filmé la scène en direct, d’une durée de 12 minutes environ. Tout le monde était persuadé qu’il y avait plein de mort. On a donc du gérer l’information, avec des communiqués presse. On a suivi en direct, une actualité particulière. Et dans un même temps, on a reçu des dons de reportage de plus d’une centaine de pays qui voulait faire un reportage sur le GIGN !

 

 

A.P: Cela vous a –t-il servi pour votre carrière professionnelle ?

 

L.G : Oui cela s’est révélé très formateur. Sur un Curriculum Vitae, l’engagement et le vécu militaire donne un côté sérieux au parcours professionnel. Je le conseille grandement comme formation particulière pour étayer un parcours.

 

 

A.P : Quant aux études en doc-communication, cela vous a-t-il également servi ?

 

L.G: Oui, l’ancêtre des études en informations et communications est ce qui m’a le mieux préparé à mon métier de journaliste, elles se sont révélées très polyvalentes.

J’interviens d’ailleurs à l’université d’Avignon pour l’unité d’enseignement « Media », visant à pousser les étudiants à écrire. Ces derniers écrivent, sur l’université, des pages destinées à être publiées dans notre journal. L’idée étant de leur apprendre à écrire -non pas pour des étudiants- mais pour des chefs d’entreprises, ainsi pour les former à trouver des sujets qui pourraient intéresser des professionnels.

Il s’agit de pages en plus sur notre journal mais, que les choses soient claires, le but n’est pas nous approprié leur travail pour remplir notre journal ! Nous avons signé une convention avec l’université, qui nous engage à publier des pages supplémentaires deux-trois fois dans l’année en fonction du volume produit. Le principe est de participer avec l’université, à chaque numéro est associé un texte explicatif, afin de dire par qui sont écrites ces pages (ici des étudiants de toutes licences). Cela permet aux étudiants de voir son travail récompensé en étant publié dans un journal officiel.

 

 

L.M: Considérez –vous ce dispositif étudiant comme bénéfique à votre journal ?

 

L.G: Ce dispositif fonctionne très bien. J’en étais moi-même surpris mais j’en suis convaincu. Cela fait maintenant 2 ans que nous y participons.

Un exemple d’article fait par les étudiants qui avait bien fonctionné: un laboratoire d’histoire médiévale de l’université d’Avignon ayant collaboré avec le CNRS pour la restitution 3D du pont d’Avignon.

L’intérêt était de mettre en avant le travail du laboratoire de l’université ayant permis une modélisation 3D ainsi que de présenter les applications qui pourront en découler, en terme d’activité touristique. Nous informons alors le monde économique que l’université d’Avignon a été capable de fournir un produit de développement touristique. Cela veut dire que ce produit pourrait générer de nouvelles techniques, des recettes, des bénéfices, de l’emploi.

Même si nous présentons l’information, que nous corrigeons et orientons quelque peu les étudiants, ce sont des papiers dont ils sont seuls rédacteurs. J’essaie de mettre en place bénévolement, avec des difficultés de prise de décision, des passerelles en informations et communications à Avignon pour faire intervenir les étudiants à la recherche de stages dans le monde professionnel, pour leur faire acquérir de l’expérience. Les étudiants sont d’ailleurs en train de créer un pôle de médias étudiants (association), dans le cadre de leur formation universitaire, avec la participation de radio campus, la télé et un magazine qui vient de sortir. Je me suis engagé auprès d’eux à leur apporter mon soutien et mon expérience afin de les aider à progresser.

 

 

L.M: Pensez-vous que les professionnels devraient s’intéressés aux opportunités que présentent le monde étudiant?

 

L.G: Oui, il me semble en effet très important que les professionnels soutiennent le travail et l’effort de recherche des étudiants. On ne soutient pas que les étudiants, nous prenons également les collégiens pour leur stage d’observation obligatoire et nous tenons à les faire rédiger au moins un petit papier à chacun.

On ne sait pas de quoi sera fait demain. N’importe qui, n’importe quel jeune esprit pourrait venir racheter mon entreprise demain. Il m’arrive aujourd’hui de faire travailler et rendre service à des personnes qui ont fait de même pour moi lorsque je n’étais « pas grand-chose ».

C’est en cela aussi que nous devons être perméables, en allant vers les gens sans a priori. Et cette ouverture aux autres ne s’apprend pas, soit on l’a soit on ne l’a pas. Ce n’est pas vraiment une qualité exigée par le monde du journalisme mais en mon sens, c’est une qualité essentielle pour un journaliste. Il ne doit pas perdre la spontanéité qui rend agréable ce métier assez prenant. Il faut rester ouvert, car cela peut nous amener à faire et découvrir des choses vers lesquelles on ne serait jamais allées, et à rencontrer des personnes qu’on retrouvera plus tard, des contacts qui faciliteront peut-être notre travail.

 

 

A.P: Vous semblez passionné par votre métier. Vouliez-vous devenir journaliste au départ?

 

L.G : Absolument pas. Je ne savais pas ce que je voulais faire. Dans mes rêves les plus fous, je voulais être scénariste. Mais les circonstances en ont décidé autrement.

 

 

L.M: Avez-vous rencontré des difficultés dans votre carrière de journaliste?

 

L.G: Effectivement, j’ai rencontré des difficultés lorsque j’étais correspondant de presse mais cela était lié au statut, à peu près équivalent au travail au noir et plus ou moins légal. Ce sont plus des difficultés matérielles, sinon dans mon travail relationnel je n’en ai pas rencontré de particulière, même si en tant que professionnel on doit s’adapter au travail en groupe, malgré les différences.

 

L.M: Votre métier vous a-t-il apporté quelque chose dans votre vie personnelle?

 

L.G: Evidemment. D’abord, j’écris mieux, parce qu’il faut savoir que j’ai dû repasser 4 fois mon bac de français, je suis une des dernières personnes en France à en avoir eu la possibilité. Je pense que mes profs de français seraient effarés de voir que j’ai pu devenir rédacteur en chef d’un journal. C’est clairement une satisfaction. Ensuite, nous bénéficions d’une sorte de statut social, en relation avec la profession de journaliste. Il est encore connoté positivement, a encore une certaine autorité de nos jours, même si l’opinion publique est de plus en plus méfiante à notre égard. Puis, moi-même ayant vécu ici toute ma vie je dispose d’un réseau social et relationnel induite de ma fonction.

 

 

A.P: Avez-vous connu des tensions dans votre entreprise? Entre collègues ou entre journalistes?

 

L.G: Cela arrive qu’il puisse y avoir de la concurrence, effectivement. Mais entre collègues les tensions se font plus rares.

Dans tous les cas, je pars toujours du principe que plus il y a de journaux, mieux c’est.  Ils font en sorte que les gens s’habituent à lecture et à la réception d’information. Ici, l’ensemble du monde de la presse a quelques problèmes avec la responsable de communication qui ne remplit pas correctement sa fonction. Cependant, il faut savoir s’adapter dans ces cas-là. Le journal n’a pas besoin d’elle pour tourner, comme elle n’a pas besoin de lui. Même si un journal sans responsable de communication est un cas  tout de même un peu particulier.

 

A.P: Est-ce que ces tensions participent au dynamisme de l’entreprise? Ou a contrario cela freine-t-il son évolution?

 

L.G: Un journal ne doit pas être l’endroit où l’on règle les problèmes, même si on peut être amené, parfois, à glisser quelques messages très factuels pour montrer qu’on ne se laisse pas faire.                                             Cela peut être un frein aussi mais personne n’a jamais été un obstacle à mon travail, jusqu’à présent. Si quelqu’un ne veut pas travailler avec vous, le monde est assez vaste pour travailler avec une autre personne avec laquelle on s’entend mieux.

 

 

A.P: Souhaiteriez-vous travailler dans un autre domaine de la communication? Ou le journalisme vous convient-il pour l’instant?

 

L.G: Je rêverai que dans l’instant un scénariste pousse ma porte et me demande de lui écrire un scénario mais ça n’arrivera pas malheureusement.

Mis à part ça, mon métier, me plait. Je ne vois pas pourquoi en changer surtout que c’est ce que je sais faire. Si je n’avais pas le choix,  je le changerais bien évidemment mais j’en suis pleinement satisfait pour l’instant.

En revanche ce qui me pourrait me plaire serait de davantage me tourner vers les ressources humaines, être plus sur l’accompagnement car je trouve intéressant de partager son expérience avec autrui. C’est par ailleurs, ce qui me plait et ce que je fais avec les étudiants qui participe aux numéros du journal. Je trouve ce travail très enrichissant et j’ai l’impression qu’ils sont plus performants lorsque les décisions émanent d’eux. Je me rends disponible pour cadrer et enrichir leur travail. Ce dernier est meilleur quand les personnes se sentent impliquées et soutenues : l’idée découle avant tout d’eux.

 

« Si on veut écrire, il ne faut pas avoir peur d’essayer de le faire »

 

 

A.P: Quels sont les conseils que pourriez donner aux étudiants souhaitant devenir  journalistes?

 

L.G: J’aimerais leur dire de ne surtout pas hésiter à se lancer. C’est pour cela que j’insiste sur l’aspect pratique et c’est cela que je trouve intéressant dans la collaboration avec l’université. De plus, désormais avec le développement d’internet et des médias numériques vous pouvez traiter l’information par le son ou bien la vidéo. C’est-à-dire que vous avez un large éventail de possibilités s’offrant à vous.

Attention tout de même au risque de se mettre en scène. Il s’agit avant tout de mettre en scène l’information.

Si on veut écrire, il ne faut pas avoir peur d’essayer de le faire.

Un étudiant d’Avignon par exemple a créé le journal « l’Actudiant ». Il compte aujourd’hui, une vingtaine de personne dans sa rédaction. Tout cela pour dire, que toute action, tous travaux est perfectible mais l’essentiel est d’essayer. Si on ne débute pas quelque part, il n’y a rien à améliorer. Il ne faut pas avoir peu du rendu : ce sera toujours une base sur laquelle travailler. Il faut aussi entendre ce que les gens en disent même si c’est une critique blessante, il y a toujours un fond de vérité sur lequel travailler pour améliorer les travaux : c’est le fameux concept de perméabilité.

Quoiqu’il en soit vous ne pourrez jamais sortir un produit totalement fini au premier essai. Je pense que c’est un peu le problème et le défaut de votre génération qui pense qu’il est possible de faire les choses parfaitement bien du premier coup. La route vers l’excellence est un travail laborieux  et compliqué. Il ne faut pas l’appréhender avec peur et il ne faut pas hésiter à tâtonner pour arriver à ses fins. Quand on relit, quand on refait et qu’on s’est cassé plusieurs fois la figure, ce n’est qu’à ce moment-là qu’on y arrive. Votre génération fonctionne ainsi : soit elle fait les choses et ça fonctionne sur le coup, soit vous ne faites pas. Pourtant il y a plein de réussites qui proviennent de l’erreur, suite à une volonté de recherche, d’approfondissement pour atteindre la réussite. Il faut en prime abord se confronter à l’échec. Les meilleurs journalistes que je connais sont des personnes avec un passé plus ou moins lourds, qui ont des blessures, et qui ont dû travailler très dur pour en arriver là. Même si le concept de bon journaliste n’est défini que par les lecteurs, cela correspond à ma définition d’un bon journaliste. Moi-même, je n’ai pas eu un parcours facile afin d’avoir une carte de presse. L’échec vous amène à avoir une certaine distance et une certaine retenue par rapport aux choses. Il faut essayer.

 

 

A.P : Le journalisme d’après les points abordés tout au long de l’entretien peut être décrit de la sorte :

 

C’est tout d’abord un métier de perméabilité et d’adaptabilité selon vous. Il faut donc être ouvert au monde et à l’information pour pouvoir restituer au mieux toutes les connaissances acquises que ce soit sur un domaine maitrisé ou peu connu. Il faut s’avoir s’adapter à différent type de public, que ce soit «  le grand public »,un public spécialisé, ou bien une tranche d’âge particulière. Vous avez également reconnu l’étendu de ce domaine de la communication, en faisant référence à différents types de journalisme.

Ce secteur est selon vos dires mais aussi pour beaucoup, un secteur mis à mal par le manque de qualité de l’information, et par des journalistes déformant les propos de la personne interviewé. Le message final qui est retranscrit n’est plus le même que celui transmis. Au contraire, le domaine de journalisme auquel vous appartenez, vous satisfait grandement et vous a apporté différents avantages liés au statut social ou bien au niveau relationnel.

Au vu de votre vécut, vous pensez que l’apprentissage du journalisme se fait en grande partie par la pratique professionnelle qui passe notamment par des stages dans le milieu journalistique. Par cette manière de penser, vous offrez l’opportunité aux étudiants de réaliser par la pratique des stages dans vos locaux et dans le cadre d’un partenariat avec l’Université d’Avignon, vous fournissez à ces derniers à la fois de votre temps et de votre expérience.

Il me semble que ce sont les points principaux. Peut-être ai-je oublié des éléments ?

LG : Cela correspond bien aux idées principales évoquées lors de cet entretien.

 

 

 

Nous avons chaleureusement remercié l’interviewé. Nous lui avons demandé confirmation pour exploiter toutes les informations transmises durant l’interview, ce qu’il nous a autorisé. Il nous a ensuite demandé à nouveau pour quel usage servirait ces informations, ce à quoi nous avons répondu qu’il serait retranscrit dans notre groupe de classe sur le blog de l’université Paul Valéry. Nous avons ensuite mis fin à l’entretien et l’avons laissé finir son article afin de pouvoir boucler son journal.

 

 

Ecrit et corrigé par : Lisa MARTINEZ, Alexia POINT et Pauline CHAPTAL

Publié le : 11 /11/2016

Entretien avec Marine Desseigne – Journaliste à la Marseillaise.

dimanche 15 novembre 2015

La_Marseillaise_(logo).svg

photo

 

Nous avons décidé d’interviewer un professionnel dans le domaine du journalisme. Marine Desseigne, journaliste à la Marseillaise depuis 7 ans, a accepté de nous recevoir afin de nous faire connaître un peu plus son métier. L’interview a eu lieu le mardi 3 novembre dans les locaux de la Marseillaise à Montpellier et a duré environ 40 minutes. Après son accord pour l’enregistrement et la présentation du contrat déontologique, nous avons commencé l’entretien.

 


Bonjour, nous sommes étudiants en première année de licence information communication à l’Université Paul Valéry à Montpellier et nous devons, dans le cadre scolaire, réaliser l’interview d’un professionnel de la communication afin de connaitre en profondeur son métier. Comme nous vous l’avons précisé à notre première rencontre et avant de commencer, l’interview sera enregistrée afin qu’elle soit, par la suite, retranscrite sur le blog de notre licence.

Très bien.

 
On va commencer par une question très générale : en quoi consiste le métier de journaliste ?

Alors oui, en effet, vaste question. Alors, le métier de journaliste c’est de couvrir l’actualité et de la retranscrire sur un média (papier, radio ou télé) pour la donner au public pour qu’il soit au courant de cette information-là. Après, moi, mon métier de journaliste, particulièrement dans la presse écrite, consiste à aller faire des reportages sur le terrain, à appeler des gens sur un sujet particulier, de prendre, de récupérer toutes ces informations, de les vérifier parce que l’on ne peut pas prendre pour argent comptant tout ce que l’on nous raconte et de trouver un angle. Alors un angle c’est une façon de traiter cette information là et ensuite d’écrire un article, parfois de prendre une photo parce qu’aujourd’hui à La Marseillaise nous n’avons plus de photographe, c’est quelque chose qui se généralise dans la presse écrite. Donc de prendre une photo, de rentrer au journal, d’écrire mon article avec cet angle particulier, ne pas donner l’information brute mais de lui donner une valeur ajoutée justement en choisissant cette angle, de l’écrire, de vérifier qu’il n’y a pas de faute d’orthographe à l’intérieur, d’y ajouter une photo, une titraille (dans la titraille il y a le titre, la légende…) et puis, une fois que c’est terminé, de l’envoyer pour qu’il soit imprimé puis on recommence.

 
Est-ce que vous pouvez nous présenter une journée type de travail ?

Alors une journée type de travail, en général on commence la journée assez tard par rapport à d’autres métiers donc ici on fait une réunion de rédaction à 9h30. L’idée c’est qu’on est censé arriver un peu avant pour lire les journaux, la presse locale, régionale, nationale, savoir ce qui se passe, écouter la radio… Donc à 9h30 réunion de rédaction avec toute l’équipe (de rédaction) où on regarde les rendez-vous que l’on a dans la journée ou les sujets qui font l’actualité au niveau national et que l’on voudrait décliner au niveau local donc on cherche des angles locaux. Ensuite on fabrique le chemin de fer *(voir photo ci-dessous), c’est-à-dire que l’on a toutes les pages du journal et on se dit qu’en page quatre on va mettre tel ou tel sujet et ça ne va prendre qu’une colonne, quatre colonnes, cinq colonnes, choisir la taille du papier, répartir les sujets entre chaque rédacteur et après partir en reportage. Alors le reportage peut être dans la foulée le matin ou l’après-midi donc s’il y a besoin on va sur internet pour chercher des informations pour savoir où on met les pieds et puis voilà. Donc reportage dans la journée, retour au journal où on écrit le papier, on met les photos dans les logiciels qui nous servent à mettre en page. Après moi, je m’occupe aussi de la mise en page générale donc du coup, le matin après la réunion de rédaction, une fois que l’on a choisi les maquettes que l’on va mettre dans chaque page, j’ouvre avec d’autres collègues ces pages-là donc ces maquettes et j’attribue un papier tête de page à cette personne, papier bas de page à une autre et le soir, une fois que l’on a terminé nos propres papiers, on relit le papier des autres, on met les photos à l’intérieur, on vérifie que la mise en page est bonne et on valide les pages. Et donc du coup en général, la journée se termine au mieux à 19h30, au pire… on ne peut pas partir avant que le journal ne soit terminé, on a une heure de bouclage par rapport à notre imprimeur qui est fixée à 11h du soir mais c’est surtout pour couvrir les matchs, les meetings enfin tout ce qui peut se passer le soir mais en général sur une semaine normale on va faire ça et puis voilà, on recommence le lendemain.

* photo du « chemin de fer » du vendredi 30 octobre:
chemin de fer

 

 

 

 

 

 

 

 

D’accord, et cette mise en page du journal c’est quelque chose que vous faites en plus ?

Oui. Alors on est quelques-uns à le faire dans l’équipe de rédaction, pas tout le monde. À la base c’était juste la chef d’édition et son adjoint et puis on l’a ouvert à plus de personnes pour qu’on soit plus nombreux à le faire et que ça ne devienne pas une charge de travail trop importante parce que, à la base, c’est le métier des SR (secrétaire de rédaction) mais aujourd’hui on a plus de SR parce que l’on est dans une situation pas géniale. Donc c’était au siège à Marseille qu’il y avait des SR et qui s’occupaient de ça et puis aujourd’hui c’est les rédacteurs qui s’en occupent enfin une partie de l’équipe de rédaction.

 

Et comment choisissez-vous les sujets que vous traitez ?

Alors les sujets c’est soit en fonction des rendez-vous que l’on a dans la journée, on reçoit près de 200 mails par jour qu’il faut trier, ou bien ça peut être un événement national ou international qu’on essaie de localiser. C’est donc comme ça et le matin on en discute. Ou alors ça peut être un sujet lorsque l’on a vu quelque chose dans la rue et ça nous a donné une idée donc on essaie d’en faire un sujet mais sinon on décide tous ensemble.

 

D’accord. Et est-ce que vous avez un sujet de prédilection ?

Oui, je travaille beaucoup sur la politique, à la fois nationale et locale. Je m’occupe d’aller aux conseils municipaux, de métropole, de département et social, avec les manifestations, les conflits sociaux et les questions sur le travail.

 

Quelle(s) activité(s) caractérise(nt) le mieux votre métier ?

L’écoute, la prise de notes… On apprend tous les jours des choses nouvelles et puis après la retranscription, enfin dans la presse écrite c’est l’écriture, mais ça peut être monter un sujet aussi.

 

Et quelles sont les qualités requises dans le métier de journalisme ?

De la curiosité, de la rigueur et puis l’envie de beaucoup travailler, avoir envie d’y passer du temps.

 
D’accord. Quelle a été votre meilleure expérience ou article depuis que vous exercez ?

Ma meilleure expérience ? Qu’est-ce que j’ai adoré faire ? J’adore les soirées électorales , en général lorsqu’il y a des élections on travaille beaucoup sur ces sujets-là pendant 2 mois, 3 mois et en fait le jour de l’élection, que ce soit au premier tour ou au second tour, tout va très très très vite parce qu’entre le moment où on a les résultats et le moment où il faut boucler, il faut travailler dans l’urgence et moi c’est ce que j’aime bien faire. Si j’ai trop de temps pour écrire un article, je n’y arrive pas. Alors j’ai adoré faire ça après, j’ai fait des reportages avec des pêcheurs, ça c’était chouette parce que c’est découvrir un monde que je ne connaissais pas du tout, être sur un bateau à 5h du matin, c’était des pêcheurs d’escargots à Palavas, mais c’était très chouette, voilà.

 
Et qu’est-ce qui a été le plus marquant dans votre métier ?

C’est dur, j’ai beaucoup aimé travailler sur la question du retour en régie publique à Montpellier qui faisait un gros débat pour le retour de l’eau courante et ça c’est un dossier que j’ai suivi pendant 4 mois et que j’ai surtout suivi jusqu’à son aboutissement. J’étais vraiment spécialisée sur ce sujet-là. Et le jour où il y a eu le grand évènement sur la question du retour ou non de la régie de l’eau, évidemment c’est moi qui m’en suis occupée et ça j’avais bien aimé, être sur la durée.

 
Qu’est-ce qu’il vous plaît le plus ?

Ce qui me plaît c’est d’apprendre ! Même lorsque l’on a l’impression que c’est un sujet que l’on a déjà fait, que l’on a déjà traité, que l’on connaît par cœur, on est toujours surpris par un intervenant, un interlocuteur, par une situation. Du coup on est en permanence dans l’apprentissage et le fait aussi de transmettre ce que l’on apprend, parce que ce que l’on apprend pour soi c’est chouette mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant non plus. Mais être dans la transmission, oui.

 
Dans la suite des choses, qu’est-ce qui vous déplaît le plus ?

Qu’est-ce qui me déplaît le plus ? Les horaires peut-être. C’est un métier qui est très prenant, c’est un métier que j’adore faire, ça ce n’est pas un problème, je ne compte pas mes heures, mais c’est un métier qui empiète beaucoup sur la vie privée parce que même lorsque nous somme en vacances on regarde les infos, savoir ce qui se passe, ce n’est pas forcement quelque chose que l’on nous impose mais voilà lorsque l’on doit sortir le soir, aller au resto avec des copains, on ne peut pas… Enfin c’est toujours compliqué de prévoir à l’avance ce que l’on va pouvoir faire.

 
Et quelle est la pire chose dans le métier de journaliste ?

La pire c’est quand… c’est assez général, c’est lorsque l’on a un papier à faire, on a le temps, on a deux ou trois jours, ce qui arrive rarement, et on appelle plein de personnes et ils ne nous répondent pas à temps. On reçoit l’info le lendemain de la parution…, et ça c’est très frustrant. Et ça arrive souvent.

 
Et à quel(s) obstacle(s) ou difficulté(s) avez-vous dû faire face ou faites-vous face dans votre travail ?

Alors les difficultés aujourd’hui, particulièrement à la Marseillaise, elles sont principalement économiques car nous avons été en redressement judiciaire et du coup il y a eu un licenciement d’une bonne partie de l’équipe à la fois sur Montpellier mais aussi sur toute la zone de diffusion. Donc aujourd’hui on est en équipe réduite, nous n’avons plus de photographes, on doit faire les photos nous-mêmes et c’est une masse de travail qui est alors plus importante. C’est l’obstacle majeur aujourd’hui.

 
D’accord. Est-ce que vous allez souvent sur le terrain ?

Oui, tous les jours, enfin quasiment tous les jours.

 
Et vous faites des interviews ?

Sur le terrain ça peut-être soit un rendez-vous institutionnel, une conférence de presse, donc se déplacer où se fait cette conférence, ça peut être un reportage particulier en fonction d’un sujet, donc on décide de se rendre à un endroit pour rencontrer des gens. Ça peut être une manifestation, ça peut être… Le terrain c’est très vaste, il n’y a pas un seul terrain et donc comme on travaille en local puisque l’on est un journal régional, on a énormément l’occasion d’aller sur le terrain.

 
Vous travaillez en équipe ?

Oui enfin c’est les deux, c’est un travail qui à la fois est très solitaire car quand tu écris ton article tu es tout seul face à ton ordinateur, tu ne peux pas le faire à plusieurs mais c’est un travail d’équipe parce qu’on décide ensemble en réunion de rédaction et il y a un échange aussi, c’est-à-dire qu’un papier il faut qu’il soit relu par quelqu’un d’autre, nous-mêmes on relit les papiers des autres donc c’est un travail d’équipe.

 
Et donc comment est l’ambiance sur votre lieu de travail ?

Elle est très joyeuse, studieuse, c’est une bonne ambiance.
Dans le journal, on s’entend tous très bien dans l’équipe, il y a des moments où l’on est tous très concentrés sur ce qu’il y a à faire et puis d’autres moments où l’on relâche la pression, je pense que c’est un peu partout pareil.

 
D’accord. Est-ce que vous avez votre carte de presse ? Et en quoi elle consiste ?

Alors oui j’ai ma carte de presse. C’est une carte qui valide le fait que vous travaillez dans un organisme de presse. Donc ce n’est pas parce que l’on sort d’une école de journalisme que l’on a tout de suite droit à une carte de presse, c’est le fait d’avoir travaillé pendant un an au minimum dans une entreprise de presse. Ça concerne aussi bien les rédacteurs, les secrétaires de rédaction, les journalistes qui travaillent à l’AFP (Agence France-Presse)… Ce n’est pas forcément travailler dans un journal. Et elle valide le fait que c’est votre activité la plus importante, pour l’avoir il y a une commission qui la délivre. On pose un dossier dans lequel on montre que ça fait un an que l’on travaille et que ça représente plus de la moitié de nos revenus mensuels. C’est une carte qui valide le fait que vous êtes bien « travailleur dans la presse » en tant que rédacteur ou autre. Et qui, après, permet d’accéder plus facilement à certains événements qui sont ouverts uniquement à la presse et qui garantit une certaine indépendance. Par exemple, on peut présenter nos cartes de presse à des policiers qui nous disent que l’on a rien à faire là et en fait si, on vient pour faire notre métier. C’est un exemple parmi tant d’autres.

 

C’est un avantage de l’avoir ?

Oui, c’est un avantage de l’avoir cette carte de presse, mais c’est un avantage que l’on a gagné.
Elle valide le fait que l’on fait parti d’un organisme et nous met fasse à nos responsabilités, c’est à dire qu’en tant que journaliste on est tenu d’avoir une éthique, de vérifier l’information que l’on nous transmet. On n’est pas des communicants. Par exemple, les attachés de presse, ceux qui s’occupent de la communication dans les entreprises ou les collectivités, ils sont là pour faire passer le message de cette collectivité, de cette entreprise, ils sont au service de quelqu’un. Nous on est au service de l’information, au service du lecteur. Mais après il y a des angles, des lignes éditoriales, on se conforme à ça mais ça garantit que l’on va traiter l’information avec l’éthique d’un journaliste.

 

D’accord. Et pourquoi avez-vous choisi le métier de journaliste ?

Alors, (rire) pourquoi ce métier là ? Parce que j’ai toujours été curieuse de tout, j’adorais apprendre. Je ne m’en rendais pas compte à quel point apprendre faisait partie du métier, je n’en étais pas forcément consciente en me lançant dans mes études. Et puis, je me suis rendue compte que ça correspondait vraiment à ma personnalité, à l’idée de rencontrer des gens, des histoires et de les partager avec d’autres personnes.

 

Et pourquoi exercer ce métier à Montpellier ?

Pourquoi ? Parce que je suis née à Montpellier, j’ai fait une partie de mes études ici et j’ai fait une partie à Nice. À la base, ce n’est pas un choix, je voulais bien partir ailleurs et il se trouve que l’on devait faire un stage de plusieurs mois dans une entreprise, je l’ai donc fait ici par facilité financière, je ne pouvais pas louer un appartement ailleurs. Puis je leur ai plu et ils m’ont proposé un emploi donc je suis restée.

 

D’accord. Pourquoi « l’Hérault du jour » ou « la Marseillaise», quelle est la différence ?

Alors, à la base, la Marseillaise c’est un journal fondé à la libération à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale. À Montpellier ça ne s’appelait pas encore la Marseillaise mais en fait le journal s’est étendu sur tout le bassin méditerranéen jusqu’à l’Hérault. La Marseillaise fait référence à l’hymne national et pas à la ville. Donc pendant très longtemps ça a été la Marseillaise de l’Hérault et puis il y a 15 ans, il y a eu une volonté de l’équipe héraultaise de mettre en avant le titre, le localiser et l’appeler l’Hérault du Jour. Donc pendant 10 ans c’est devenu l’Hérault du Jour mais toujours dans le groupe de la Marseillaise. Et dernièrement, suite au redressement judiciaire que l’on a eu, on a une nouvelle direction qui a été mise en place et qui est revenue au titre de la Marseillaise pour des raisons techniques d’imprimerie et aussi de cohérence afin que l’on ait tous le même nom. La Marseillaise est en bleu et l’Hérault du jour était en rouge et parce qu’il y a eu rapprochement, on est donc devenu une édition du Languedoc.. C’est donc le même journal, la même équipe ce n’est juste pas le même nom.

 

D’accord.
On va parler maintenant de votre parcours professionnel. Est-ce que c’était le métier que vous vouliez faire étant jeune ?

Je ne me suis pas dit à cinq ans que j’allais devenir journaliste. C’est venu avec le temps, je voulais faire de la science politique, je ne savais pas trop où aller et en fait je pense que c’est vers mes dix-sept, dix-huit ans que je me suis dit que ça pourrait être un beau métier. J’ai donc fait des études de journalisme.

 

Quel a été « ce déclic » ?

Je voulais faire science po, donc j’ai fait la prépa pour passer le concours de science politique. Il y avait une option de journalisme dans cette prépa et j’ai adoré faire ça, je faisais pas mal de radio à ce moment là et je me suis rendue compte que ce que j’adorais c’était d’apprendre des choses. D’autre part, en science politique, vu l’ambiance qu’il y avait en prépa, c’était une concurrence acharnée, une compétition pas possible et ça ne me plaisait pas, ce n’est pas ça que je voulais faire. Et donc du coup en plus de passer des concours pour science politique j’ai passé des concours pour des écoles de journalisme et j’ai été prise dans une donc j’y suis allée. Voilà.

 

Après tout cela, comment s’est passée l’entrée dans la vie professionnelle ?

En douceur parce que la formation que je suivais mettait en avant la pratique. En deuxième année il y avait ce stage dont je vous ai parlé tout à l’heure en entreprise pendant 2 mois mais pendant toute l’année on faisait toujours des conférences de rédactions pour le journal de notre école, on faisait des émissions de radio et des émissions de télé. J’ai donc pris l’habitude et une fois que j’ai fini mon stage ici j’ai été embauchée, ça a été la suite logique puisque j’étais déjà dans le bain et déjà formée.

 

Quelle a été votre premier poste ?

J’avais été en stage dans l’agence de Montpellier et mon tout premier a été un remplacement de congé d’été à l’agence de Sète. J’ai travaillé pendant deux mois dans cette agence.

 

Donc, est-ce que vous avez fait d’autres journaux avant celui-ci ?

J’avais fait d’autres stages dans mon parcours, un journal à Nice, et puis j’avais travaillé pendant ma prépa dans une radio de Montpellier.

 

Et depuis, avez-vous évolué dans votre travail ?

Oui, je suis arrivée en tant que stagiaire puis en tant que remplaçante à Sète. Ensuite j’ai été remplaçante pour un congé maternité à Montpellier donc déjà ça été une évolution. Je suis passée dans une agence où il y avait plus de personnes et petit à petit j’ai eu de plus en plus de responsabilités. J’ai été en charge du développement du site internet avec une équipe à Marseille et après il y a eu la question du montage des maquettes et donc oui, j’ai bien évolué.

 

Maintenant on va passer à votre parcours scolaire.
Donc quel a été votre parcours scolaire depuis le bac ?

J’ai fait un BAC S, qui fait souvent rire les gens. J’adorais ce que je faisais en S mais il me manquait la dimension littéraire. À la sortie du Bac je ne savais pas du tout ce que je voulais faire, je m’étais inscrite en fac de droit et puis c’est à ce moment là que j’ai pensé que science politique ça pourrait être intéressant. Ce sont des connaissances de ma famille qui m’ont parlé de la prépa qui se trouvait à Montpellier. Je suis rentrée donc au dernier moment dans cette prépa là et c’est une fois dans la prépa qu’on regardait tous les concours possibles que l’on pouvait passer en France et c’est comme ça que j’ai découvert l’école de journalisme de Nice où j’ai été acceptée, j’ai donc fait 2 ans et j’ai été, par la suite, diplômée et puis embauchée.

 

On en a déjà un peu parlé mais quels sont les stages que vous avez suivis ?

Alors à proprement parlé, ce n’était pas vraiment un stage, mais pendant la prépa on faisait tous les mercredis une animation de radio à Divergence FM à Montpellier. Ensuite, à la fin de ma première année, j’ai fait un stage au Patriote de Nice qui est un hebdomadaire et comme on en a parlé j’ai fait un stage à l’Hérault du jour à Montpellier.

 

Et comment les avez-vous trouvés ?

Formateurs ! C’était bien car c’était du concret, la radio c’était quelque chose d’assez fou. D’abord se retrouver dans un studio de radio et apprendre les codes pour s’exprimer, écrire un papier… C’est totalement différent que d’écrire une dissertation, alors qu’à l’époque je ne savais faire que ça à la sortie du lycée. Puis lorsque l’on est stagiaire on est confronté à la réalité des choses qui était jusqu’ici seulement théorique. Et donc ça permet de confronter ce que l’on pensait faire, ce que l’on pensait savoir faire et qui au final est plus compliqué ou non. Mais lorsque l’on est dans le concret, que le journal doit sortir le lendemain, le travail doit être fait. Voilà.

 

Et comment s’est passée la recherche de vos stages ?

Bien. Ce qu’il y avait de bien dans ma formation à Nice, c’est qu’il y avait un carnet d’adresse très impressionnant d’anciens élèves qui étaient dans les rédactions ou à la télévision et du coup c’était eux qui se chargeaient de nous trouver les stages, dans l’optique de la formation que l’on faisait et pendant un an après l’obtention du diplôme. Donc pour moi ça a été très facile de trouver un stage après ce n’est pas quelque chose de si compliquée que ça car, par exemple, à La Marseillaise on estime que tout le monde doit avoir sa chance. Donc on prend des stagiaires, on est prêt à partager notre expérience et lorsque l’on prend un stagiaire, ce n’est pas pour nous faire du café, on peut l’envoyer sur le terrain il n’y a pas de soucis. Après il y a d’autres médias qui ne font pas comme ça, à Midi Libre, avant de prendre quelqu’un en stage, ils lui font faire une semaine d’essai. Mais après, chaque média a sa façon de faire. Trouver un stage en soi ce n’est pas le plus compliqué, le plus compliqué c’est de trouver un emploi.

 

On va donc passer aux « Conseils » que vous pourriez nous donner en tant que professionnelle.
Selon vous quelle serait la meilleure formation ?

La meilleure formation c’est une école de journalisme, alors après il y en a qui sont reconnues et d’autres pas. Mais ça je ne pense pas que ce soit le problème. Il faut faire une école qui vous met sur le terrain, qui ne soit pas que théorique mais très pratique, que ce soit pour la radio, la télé ou l’écrit. Pour moi c’est ça qui a fait la différence : lorsque je suis arrivée en stage ici j’étais quasiment autonome. On m’a dit « fais tel sujet », le premier jour de mon arrivée, on m’a dit « tu vas au zoo, tu vas faire les naissances ». J’ai posé les questions qu’il fallait et lorsque je suis revenue j’ai écrit mon article et ils étaient satisfaits. Pendant deux mois, j’ai montré que j’étais capable parce que j’avais appris les bases, je savais les appliquer et donc des remplacements m’ont été proposés. Il faut donc trouver une école qui soit pratique.

 

Un conseil que vous donneriez à quelqu’un qui veut faire ce métier ?

Il y a pleins de conseils à donner mais le plus important c’est de ne pas être timide tout en étant pas trop imbu de soi-même. C’est-à-dire être force de propositions, ne pas se poser de question sur sa capacité, il faut essayer et toujours oser.

 

Très bien, nous avons terminé alors. Merci beaucoup de nous avoir accordé une partie de votre temps.

Ce fut un plaisir !

 

 

CHAUVET Andréa – ALLION Aurore – GIOVANETTI Isaac

Interview de Nadia Gagliardi, journaliste libérale et vice-directrice de l’agence de presse World Press International à Bologne en Italie

dimanche 16 novembre 2014

Contextualisation :

Nous avons réalisé notre interview en vidéo-conférence sur Skype, sur l’un de nos ordinateurs le vingt trois octobre aux alentours de dix-huit heures. Notre interview a duré 1h21. Nous avons utilisé  des supports numériques (deux téléphones portables : l’un pour un enregistrement audio et l’autre pour filmer).

Anna-Mauriscka Epee s’est chargée de filmer et d’introduire l’interview, tandis que Juliette Limouzin s’est occupée de l’enregistrement audio. Toutes deux ont questionné l’interviewé et ont ajouté des relances aux moments propices. Marie Mussot, quant à elle, avait pour tâche de prendre des notes et d’observer le langage non-verbal.

 

Légende :

WPI : Word Press International

FIAS : Fondation Internationale d’Assistance Sociale

RAI : Radio télévision italienne

NOGM : Contraction de « no » et de « ogm » (ou organisme génétiquement modifié)

En vert : Questions préparées (à l’avance)

En italique : Questions de relance et de reformulation (au moment de l’entretien)

 

Entretien :

« Interviewer – Bonjour nous sommes trois étudiantes en première année d’Information et Communication à l’université Paul Valéry Montpellier 3. Nous sommes ici dans le cadre d’un travail d’interview à réaliser auprès d’un professionnel dans le domaine du journalisme afin de mieux connaître votre métier. Nous vous rappelons que cette interview sera entièrement filmée puis retranscrite sur le blog de la licence, selon le contrat déontologique, après votre accord positif.

Interviewé  Oui, évidement ça ne me pose aucun problème. Je vais suivre vos questions, mais je vous ai envoyé par mail un résumé de certains documents en lien avec ce dont je vais vous parler. Vous pourrez les utiliser pour approfondir votre travail, je vous ai envoyé des liens internet, avec les différents services et articles. Quelques liens de sites qui montrent mes collaborations, cela peut vous aider pour votre travail. (voir Annexe Multimédia en pied de page)

1. Racontez-nous votre cursus scolaire à partir du moment où le journalisme vous a intéressée.

J’ai une formation pratiquement humaniste, c’est à dire en langue et littérature puisque j’étais dans un lycée international de langues. Les langues faisaient partie de mes intérêts et c’est dans ce lycée que j’ai pu en apprendre différentes. J’ai du ensuite choisir de me spécialiser dans un domaine et pour répondre à mes attentes, j’ai effectué une formation juridique, mais générale, parce que le diplôme de jurisprudence donnait à l’époque une préparation plutôt complète. J’ai choisi de faire la faculté de jurisprudence, qui m’a permis d’avoir un diplôme en droit, plus précisément en droit international. Ensuite, j’ai obtenu un autre diplôme de sciences politiques, en faisant plusieurs examens pour poursuivre mes études universitaires. J’étais attirée par le domaine des sciences politiques et sociales, donc l’obtention de ce diplôme m’a donnée au niveau personnel, la possibilité d’approfondir un parcours qui complétait mes intérêts et mon parcours professionnel. Avec cette préparation, et l’intérêt que je portais à la culture, la littérature et le tourisme, j’ai choisi de compléter mon parcours par une formation dans le domaine du journalisme. J’ai fréquenté une école spécialisée en communication, dans la branche du journalisme culturel. Ce choix m’a donnée la possibilité de développer mes intérêts dans des domaines différents, au niveau personnel autant que professionnel.

Donc vous avez fait de la politique sociale ?

Non, j’ai un diplôme en sciences politiques, avec une spécialisation en sociologie. Tous ces éléments m’ont permis de construire un profil à adapter à une carrière de journalisme où la culture est conçue de façon transversale et interdisciplinaire.

Vous voulez dire que vous avez choisi un domaine large pour ensuite vous spécialiser dans le journalisme ?

Le choix d’un cursus d’étude amène à une spécialisation qui dans mon cas, a concerné la sociologie, grâce à mes intérêts pour les politiques sociales. D’ailleurs, dans mon cours de droit j’ai choisi la spécialisation en droit international bien que le concept d’Europe était encore loin de ce qu’il est devenu aujourd’hui. Donc les sujets développés au niveau de mes spécialisations m’ont permis d’enrichir mon activité dans le domaine du journalisme.

2. Parlez-nous de votre parcours professionnel.

Le parcours professionnel continue dans la direction que je viens d’énoncer, cela veut dire que j’ai commencé à collaborer avec des journaux en écrivant des articles dans le domaine du tourisme, qui était mon intérêt de base. J’ai commencé également dans la culture et dans le cinéma, à écrire et collaborer avec des journaux et des revues spécialisées. J’ai participé à un projet très important, c’était un projet de reprise d’une ancienne revue de cinéma, née à Bologne. Cette revue, a été fondée par un professeur universitaire qui enseignait le cinéma et les arts. C’était une revue très importante qui s’appelait « Fuorivista » «  Hors de vue » en français. Cette revue était quelque chose de particulier dans le sens où, ce n’était pas une simple revue de critique cinématographique, mais elle cherchait à analyser, comparer, et se référait beaucoup à la théorie française des Cahiers du cinéma d’Alain Bergala, qui posait le cinéma au centre de la didactique et de la pédagogie. Les étudiants, même les plus jeunes, pouvaient s’accrocher au cinéma comme à un art. En Italie, il n’était pas tout à fait naturel de penser au cinéma comme un art. Donc il fallait l’enseigner et le proposer aux enfants. Le cinéma c’est l’histoire, la culture, la société qui passe à travers l’art, c’est donc une expression artistique importante. C’était éducatif pour les étudiants, bien que jeunes, de faire un parcours qui amenait à acquérir les valeurs de l’art du cinéma. D’autant qu’en Italie le cinéma était reconnu internationalement : cette nouvelle façon de concevoir la critique cinématographique avait beaucoup stimulé et intéressé les italiens, et tout particulièrement ce professeur de faculté, qui a décidé de fonder la revue. Celle-ci a très bien démarré, jusqu’à la mort du professeur qui l’avait fondée. Elle est donc restée abandonnée, car il n’y avait plus la force, les moyens, et les ressources pour continuer cette expérience au niveau universitaire. Après des années, un rédacteur de l’époque, a décidé de proposer de nouveau ce projet et mon association culturelle « Caracult », a proposé de faire renaître cette revue, et la relancer. Nous avons donc repris ce projet et republié la revue. La publication a été un grand succès, j’ai collaboré pendant des années en tant que rédactrice, membre du comité scientifique, responsable dans les relations internationales et de coordination de traduction. Cette revue a des extraits qui sont traduits dans différentes langues (français, anglais, etc) donc il y a une équipe qui, dans la rédaction, s’occupe de traduire. Cette expérience a été très intéressante et cette revue nous a permis de suivre le domaine du cinéma d’une façon très spéciale au niveau des critiques cinématographiques. Mais pour suivre les lignes que je vous ai dites, à propos de l’inspiration française, notre travail était de comparer des extraits de différents films en les faisant observer et analyser par les étudiants.

Demandiez-vous aux étudiants de faire des critiques de cinéma?

Non, c’était de l’analyse qui était demandé aux étudiants, pour bien comprendre et focaliser la motivation et la raison qui ont fait naître cette œuvre comme un art. On leur demandait de faire abstraction du sujet, les élèves devaient développer la capacité critique d’observation et d’analyse à l’égard d’un chef d’œuvre. J’ai donc consacré presque quinze ans de ma vie à ces projets professionnels (Voir Annexe Multimédia, liens 1 à 7)En ce qui concerne les politiques sociales, je me suis dédiée à une fondation qui s’appelle FIAS: elle a fait des projets très intéressants et se propose comme une œuvre sociale importante. C’est une organisation italienne qui a fait un projet pour aider les personnes, des classes plus faibles ou des sociétés qui ont besoin d’aide par exemple. C’est un projet national et international, qui cherche à être une réponse aux besoins des classes sociales faibles surtout, mais pas seulement. En fait, les fonds qu’ils recueillent sont distribués aux classes faibles, mais aussi pour la créativité des jeunes, qui auraient des projets à réaliser. L’organisation s’engage à ça et à faire en sorte que les jeunes puissent réaliser leurs rêves. Le comité juge l’importance et la finalité sociale du projet et peut lui aussi donner des fonds économiques pour le réaliser. Il y a un troisième fond qui vient en aide (c’est un cas particulier) aux familles en difficulté ou aux entreprises. C’était donc un projet qui méritait pour moi d’avoir tout l’appui possible et surtout une communication très forte sur le marché italien mais aussi international. Mon bureau de presse WPI a décidé d’apporter son aide à cette cause, et d’aider le projet, l’organisation, à communiquer cette information au niveau national et international. Notre rôle de journalistes dans ce cadre social est sans doute innovateur. Le social c’est important car aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de soutenir les personnes en difficulté. (Voir Annexe Multimédia, liens 8-9) 

Votre rôle a été de diffuser l’information, avec votre agence de presse, sous forme d’articles de presse ?

Oui exactement, WPI est une agence, un site en ligne, une page facebook aussi et il représente différentes situations. Dans ces situations, nous représentons la FIAS en cherchant à donner de la visibilité aux informations de la fondation. (en lien conférence nationale en Italie à la chambre des députés italienne, où l’on explique ce qu’on a fait, qu’est-ce que ce projet à permis de faire, avec la presse et les personnalités institutionnelles présentes.) Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il était important d’organiser un événement autour de ce projet, de présenter une conférence de presse près de la chambre des députés pour donner une forte visibilité au projet. C’est grâce à ça que nous avons organisé cet événement important, en la présence de personnalités, exposants de la RAI présents pour assister à la présentation du projet. En ce qui concerne le tourisme, je traite en général les sujets culturels. J’évoque aussi les projets culturels liés au marketing des territoires. La connaissance du territoire, la tradition alimentaire, de produits, de la culture, de la santé, de l’environnement, tout ça je le traite avec mon agence et mon bureau de presse. WPI est le bureau de presse officiel de l’association NOGM qui soutient et défend les questions de l’environnent et la santé. (Voir Annexe Multimédia, liens 10 à 19)

3. Quelles difficultés avez-vous rencontré durant votre parcours professionnel ?

Les difficultés font partie de n’importe quel parcours, c’est rare que nous n’en rencontrions pas. C’est normal, nous devons comprendre notre parcours. Moi, j’étais assez déterminée dans mon but c’est vrai, ce que je peux dire à des jeunes qui vont faire ce travail c’est d’être très déterminé et d’avoir conscience de ce qu’ils veulent faire, en être sûr.

4. Nous imaginons que ce sont souvent des gens passionnés qui exercent ce métier : qu’en pensez-vous ?

La passion est la première chose qui te permet de comprendre ton chemin. Ta détermination est aussi un élément important, comprendre ce que l’on veut être, en pensant au futur, et en sachant que ce n’est pas toujours simple à accomplir. Il faut prendre en compte les difficultés mais aussi le sacrifice d’un travail, il n’y a rien que l’on peut atteindre facilement dans la vie. Dans le cadre d’une profession, pour avoir des résultats bien solides, il faut faire un trajet. Et ce trajet sera forcément difficile, mais ces difficultés amèneront sûrement a des résultats. Donc, oui, les difficultés sont présentes. Je pense que cela a été plus facile pour moi parce que j’étais très déterminée. Ça m’a beaucoup aidée, parce que les difficultés permettent de comprendre la destination que l’on veut donner à notre parcours. Ma situation est complexe donc forcément je l’ai construite au fur et à mesure et à travers différentes expériences.

Avez-vous rencontré des difficultés à la fin de votre parcours professionnel, pour vous vendre et vous faire connaître ? Pour trouver votre place dans le milieu du journalisme ?

Bien sûr, il est difficile de s’imposer. Mais peut-être qu’hier c’était plus facile qu’aujourd’hui, je ne sais pas. Gagner tout de suite, ce n’est pas simple, il faut d’abord avoir de l’expérience, on demande des personnes expertes, mais on permet seulement aux experts d’essayer, alors ce n’est pas facile. La vérité c’est qu’il faut se sacrifier un peu et faire du chemin, se contenter de certaines choses et expériences sans arriver directement au but car ce n’est pas possible. Et avec la modestie, la conscience de devoir apprendre, on peut toucher la sensibilité de certains professionnels qui ont décidé, dans mon cas par exemple, de me donner la possibilité d’essayer. Et ça fait partie d’une des règles pour ceux qui veulent s’adresser à la carrière de journalisme. Faire des expériences. L’expérience, c’est écrire, écrire sans arrêt, pour se faire connaître, même pour un journal local afin de grandir, se développer, et rencontrer les bonnes personnes. Il faut faire des expériences. On se prépare et aujourd’hui on dit qu’il ne faut pas que de la préparation mais beaucoup de chance. Je ne le crois pas, il faut surtout se préparer, l’expérience et la détermination sont les choses les plus importantes.

5. Selon vous, est-il important d’avoir un bon carnet d’adresses ?

Disons qu’un des instruments de notre métier, c’est d’avoir un bon relationnel, un bon « data base ». A vrai dire, c’est ce qu’on peut appeler un patrimoine de contacts, de connaissances, de relations. Mais c’est un répertoire qui se constitue jour après jour. Ce qui est important, c’est d’arriver à maintenir ces relations sur le long terme, parce que ces relations peuvent à l’avenir devenir précieuses. On va profiter de ces relations pour que les connaissances que nous avons, nous aident à développer notre travail. Le travail d’un journaliste se base beaucoup sur les relations et nous avons souvent besoin de coopérer, de collaborer, et d’avoir un soutient, un support. Pouvoir échanger des avis, particulièrement dans une période comme celle d’aujourd’hui, où la presse aussi est en crise, de part ses moyens traditionnels. On va donc tenter de s’unir, d’être plus fort ensemble et de construire quelque chose à partager pour que ces périodes puissent passer sans trop de problèmes. La force, la collaboration et la coopération rendent plus fort, surtout quand il y a des liens constructifs, et c’est d’ailleurs d’autant plus intéressant sur le profil professionnel.

6. Êtes-vous entièrement indépendante ou vous arrive-t-il de travailler en équipe ? L’équipe est-elle toujours la même ? Varie t-elle en fonction des projets ?

Moi je suis une « Freelance » : une journaliste indépendante qui a la possibilité de collaborer avec plusieurs journaux et de s’occuper de différents sujets dans différents domaines. J’ai une position personnelle disons, puisque je suis une journaliste indépendante dans le sens où je ne suis pas employée dans un journal. C’est un choix que j’ai fait et que je continue à faire parce que j’aime énormément l’indépendance, pouvoir suivre différents sujets dans différents domaines. Que fait ce bureau de presse ? Et bien c’est une agence qui se met à disposition des entreprises qui entreprennent des projets, des situations, de différents genres et cette agence cherche à donner son service, une visibilité : la communication, la divulgation, la diffusion des informations des projets et des réalités qu’elles veulent communiquer. WordPress International, l’agence de communication sociale intégrée, que je représente a son intérieur même, une division de bureaux de presse. N’ayant pas d’engagement avec un journal, ça me rends, moi, libre de pouvoir me dédier à certains projets qui me sont personnels. Mais je respecte parfaitement les personnes qui font des choix différents parce que ça veut dire que cela va parfaitement intégrer leurs exigences. Je voulais avoir la possibilité de choisir et mon choix est allé dans cette direction. Je travaille avec des équipes différentes de temps en temps parce que chaque journal avec lequel je collabore a sa rédaction, et je dois m’y adapter. La rédaction d’un journal de tourisme est différente de celle d’un journal de gastronomie, de culture ou d’autres sujets. Mais je compare, j’échange des avis. Je suis en collaboration avec d’autres équipes et en même temps j’ai mon équipe de la rédaction de Word Press International, dont je suis vice-directrice.

Donc c’est pour cela que vous avez choisi le double parcours professionnel, pour avoir une indépendance et un travail en équipe dans votre agence de presse ? Pour être libre de choisir ce qu’il vous plaît ?

Oui, c’est vrai que ce double parcours me donne la possibilité d’avoir des activités diversifiées. En tant que Freelance j’ai un espace d’actions à 360° de façon totalement autonome, tandis qu’avec mon bureau de presse j’ai la possibilité de me confronter avec mon équipe et d’enrichir l’aspect des relations interpersonnelles en travaillant sur des projets de fortes valeurs sociales (Voir Annexe Multimédia, liens 20 à 26).

7. Quelle est votre journée type ?

Alors, ma journée n’est pas monotone, c’est la raison pour laquelle je vous dis que mon travail est organisé, en traitant plusieurs sujets et celui-ci, il compte différents engagements. Ma journée type peut être très engagée (ce qui est souvent le cas), comme elle peut être moins engagée. Cela dépend des moments. Par exemple, il y a des périodes dans la publication où l’on travaille beaucoup, et il y a d’autres moments où je peux être engagée dans des conférences internationales. [ EXEMPLE : L’organisation NOGM, par exemple, a organisé il y a une semaine un appel au parlement européen, (je vous raconte un épisode pour vous faire comprendre qu’il peut y avoir des journées types mais que ce n’est pas vraiment tous les jours pareil) et ça c’était une journée très engagée. Pour vous expliquer, l’organisation NOGM est très engagée dans la défense de l’environnement, de l’alimentation et de l’agriculture. Cela veut dire qu’ils sont les auteurs de batailles très dures contre certaines situations qui existent malheureusement aujourd’hui, en Europe mais pas seulement. Cette organisation a vraiment dédié sa vie à défendre ses droits. Mon agence, avait pour but de soutenir la préparation d’un appel que l’on a adressé au parlement européen pour attirer l’attention. Cet appel a d’ailleurs rappelé l’intérêt et l’attention de tout parlementaire européen pour que la loi ne passe pas, loi qui est d’ailleurs épouvantable sous l’aspect de la défense de la santé surtout et de l’alimentation humaine. Nous avons donc fait beaucoup d’efforts pour arriver à temps à faire notre travail et essayer de finir avant que le parlement ne se réunisse. Nous avons travaillé jour et nuit, continuellement pour envoyer cet appel au parlement parce que les nouvelles sont arrivées au dernier moment et nous n’avons eu que très peu de temps pour faire cela. Mais c’est une exception, c’est vrai. On peut être aussi plus tranquille et avoir un travail qui ne se développe pas de cette façon. Il faut s’adapter aux situations d’urgences qui peuvent arriver. Dans ce cas, c’était un travail très important. On a fait tout une liste du parlementaire, on a envoyé ça au ministre européen de la culture, de la santé et de l’environnement, et ce sont ces circonstances qui ont fait que nous avons énormément travaillé.] Mais d’habitude on lit tous les jours. Ma journée type, c’est de lire les journaux. En général, je les compare, surtout ceux en rapport avec des sujets que je prépare. Les journaux qui traitent des sujets pour lesquels je travaille. J’ai un panorama de toutes les nouvelles du matin, nous contrôlons tous les e-mails qui arrivent, nous préparons des communiqués de presse. Là où il y a des exigences de publier des choses, nous écrivons des articles, nous faisons des conférences en ligne régulièrement et plusieurs heures, en Italie comme en Europe ou aux États-Unis, avec mes collègues. Nous faisons aussi des interviews, selon les sujets que l’on traite dans les articles du moment. C’est donc très différencié, diversifié : les journées peuvent être particulièrement engagées comme elles peuvent être calmes.

Nous avons une idée du journalisme qui est aussi un travail sur le terrain, est-ce que du coup, vous êtes plus régulièrement au bureau ?

Les collègues qui constituent ma rédaction sont chargés d’aller à des événements culturels. Moi aussi d’ailleurs, plusieurs fois, je me rends à des festivals de culture, de musique ou de littérature, à des événements de présentation de livres par exemple. J’ai donc aussi la possibilité et les occasions de participer directement à ces événements. Personnellement, je me déplace quand il y a quelque chose de particulièrement important sinon j’ai des collègues qui se chargent de le faire à ma place et de me ramener les informations. Ils me renseignent à propos de ce qu’il s’est passé dans la journée, publient ensuite les nouvelles et développent un article à propos de certains sujets. Nous voyons ensemble au sein de l’équipe ce qu’il faut faire et ce qui est le mieux pour une stratégie de communication, parce que tout dépend de la philosophie et de la stratégie de communication que l’on se pose, à l’intérieur de l’organisation.

8. Quel(s) type(s) de support(s) utilisez-vous ? Que préférez-vous ?

Comme je vous disais j’utilise beaucoup internet pour la simple raison que la plupart du travail se fait comme ça. Cela veut dire que notre site, notre page Facebook, le contrôle et la comparaison des articles se font sur internet. Nous recueillons les informations, les pages d’intérêts des journaux quotidiens de la semaine, du mois selon la publication et ça c’est un travail. Cela fait partie du travail d’un journaliste, de s’informer et de se renseigner sur les situations pour comprendre ce qui arrive. C’est la première chose que fait un journaliste : s’informer et se renseigner. Nous utilisons également la conférence-call, lorsque je suis en France ou à l’étranger. C’est le moyen que nous utilisons le plus, entre collègues, pour faire des réunions de rédaction. Nous faisons des réunions de rédaction en ligne, sur Skype, plutôt que d’une autre façon. Le but étant de se retrouver en ligne périodiquement parce que je ne suis pas là tout le temps. Lorsque je suis présente c’est différent, mais je travaille beaucoup de cette façon, en ligne. J’ai d’ailleurs pris des cours et je dois aussi finir des examens parce que l’autre côté important de notre travail est de participer à des stages de formation continue. Il est important de s’informer, mais aussi de se former. Nous ne nous arrêtons jamais de nous former parce que le domaine de journaliste, de la presse, c’est une évolution continue. Ces dernières années les journaux ont connu une révolution, vous le savez. Il faut remarquer que le monde du journalisme est en perpétuelle transformation. J’entends par là que les journaux, le papier, que ma génération avait l’habitude d’utiliser est malheureusement une valeur qui risque d’être perdue. Donc nous devons absolument nous développer dans une certaine direction tout en préservant la tradition. Ce ne serait pas juste et même une faute, selon moi et d’autres collègues, de laisser le journal papier pour les journaux on-line. Il ne faut pas mélanger les choses et bien comprendre qu’il doit y avoir un équilibre parce que le papier est une valeur à garder. Malgré cela le moyen opératif est surtout en ligne. Et donc oui, j’utilise beaucoup internet. Je viens de faire une formation de web-journalisme parce qu’aujourd’hui quand on parle de journalisme on parle de web-journalisme. Mais il ne faut pas oublier qu’avant d’être web-journaliste on doit être journaliste. En fait on est aujourd’hui journaliste et web journaliste. Je me suis préparée dans cette direction parce que j’avais besoin d’avoir une vision complète de la situation et de bien connaître les moyens qui sont à disposition des journalistes modernes : je peux dire qu’il était nécessaire de le faire et je suis contente de l’avoir fait. (Voir Annexe Multimédia, liens 27 à 33)

Pour revenir à ce que vous avez dit auparavant, vous dites qu’il faut toujours s’informer, trouver l’information, mais quelles méthodes utilisez-vous pour chercher et trouver les bonnes informations ? Est-ce que ces informations sont utilisées auprès d’autres journalistes qui vont diffuser cette information ou auprès des intéressés directement ?

Notre catégorie disons, professionnellement, a des références très fortes. Moi je me réfère à des personnages du journalisme, pour qui j’apporte toute ma considération. Ce sont un peu comme des maîtres ou des exemples à suivre, historiquement parlant. Ce sont des personnes qui ont beaucoup contribué à ma formation. Personnellement, je suis beaucoup les conseils et me laisse suggérer des parcours. Mais je fais aussi de la recherche directe, surtout au niveau international : ce que je viens de faire, ce cours de web-journalisme c’est une école américaine qui le proposait. J’ai pu assister aux leçons directement en Italie puis j’ai passé le premier examen à Milan (deux examens en tout). Ensuite j’ai suivi des leçons en ligne. Le reste du temps je dois rencontrer les gens et être présente. Je trouve que c’est important parce que on a besoin à certains moments de rencontrer les personnes et d’avoir des comparaisons directes avec elles, mais pour arriver à ces informations il faut être très attentif et surtout se laisser conseiller, avoir des références.

Comment faites-vous la différence entre la bonne et la mauvaise information ?

Aujourd’hui, on trouve tout et son contraire parce qu’avec les instruments que nous avons (tel qu’internet) tout le monde pense pouvoir écrire, tout le monde pense pouvoir documenter. Avec Youtube par exemple, nous avons des reportages entiers sur des situations, et souvent malheureusement ces situations ne sont pas parfaitement cohérentes avec la réalité. Faire du journalisme aujourd’hui, ça veut dire avoir un sens énorme de la responsabilité et avant d’écrire et de diffuser des informations, il faut vraiment bien les préparer et les vérifier. C’est la première règle lorsque l’on va diffuser des informations. La vérification c’est vraiment très important parce que l’on risque beaucoup à ce niveau. Il existe un nombre très important de mauvaises informations en général. La différence se fait par la sériosité d’un journal, ses références, son histoire, la rédaction et les personnes qui composent la rédaction. Aujourd’hui les journalistes sont protégés, on porte une certaine attention à ce que les journalistes écrivent dans un certain registre, on vérifie son parcours, qui il est et donc ses ressources et ses sources d’information. Et puis, il y a une question de base, très importante, qui fait la différence : aujourd’hui on parle très peu de déontologie et d’éthique. La déontologie, c’est-à-dire l’attitude correcte au sein de la profession et l’aptitude à vérifier ce que l’on écrit, avoir un respect envers ses collègues qui écrivent avec une opinion différente. Avoir un sens éthique de la réalité, de sa profession, c’est ne pas vouloir forcément faire les choses pour être connu ou pour faire parler de soi : il est mieux de faire un travail professionnellement correct, éthiquement correct, déontologiquement correct. C’est cela qui fait la différence.

9. Que pouvez-vous nous dire sur la concurrence entre les journaux et entre les journalistes ?

Mon domaine, ma situation, ma façon d’être journaliste font que je suis moins exposée à la concurrence. Elle touche énormément les journalistes d’actualité (qui cherchent le scoop, la nouvelle du jour qui va surprendre) ainsi que les journaux politiques, qui doivent également donner une information rapidement, avant les autres et d’une manière particulière. Dans le journalisme d’actualité c’est une vraie bataille, tant sur le plan de la vitesse que du professionnalisme et de la préparation : il faut être malin car la concurrence se fait bien souvent sur le thème de l’article. Mon domaine est un peu différent, la culture et le journalisme de situation n’ont pas un rapport direct avec l’actualité, la première place ne se remporte pas grâce à notre rapidité. Mes sujets sont tellement particuliers que je suis souvent seule sur les cas. La concurrence est bénéfique puisqu’elle donne une crédibilité à l’information : il faut donc la respecter. Mais encore une fois, pour ma part, la concurrence se vit tranquillement.

10. En tant qu’étudiantes nous entendons sans cesse que le journalisme est « bouché », qu’il est assez difficile d’accès : qu’en pensez-vous en tant que professionnelle ?

Bouché dans le sens où beaucoup de personnes veulent faire ce métier vous voulez dire ? C’est vrai. Ça a toujours été une profession qui attire beaucoup de jeunes mais je peux vous dire qu’il ne faut jamais renoncer car on peut se distinguer, faire un parcours intéressant même si c’est difficile. Il faut accepter cette situation car il y a beaucoup de concurrence entre toutes les personnes qui veulent faire ce métier. Malgré tout vous ne pouvez pas renoncer si c’est vraiment ce que vous voulez faire, c’est hors de question. Il faut avoir une conscience, une vocation et prendre connaissance du parcours et du métier. Il est nécessaire de beaucoup lire, étudier, comparer, écrire car ce n’est pas un parcours simple. Commencez par écrire sur des blogs, des forums afin de voir si le journalisme est votre voie ou non. Attention il y a des règles : lire les journaux constamment, pour vous familiariser avec le journalisme, s’entraîner à comparer les informations, avoir la constance et l’originalité au niveau des sujets pour ne pas écrire ce que tout le monde écrit. Avoir une culture générale est indispensable. Toutes les expériences sont bonnes à prendre, même à petite échelle car c’est cela qui forme les bons journalistes. Restez simples et modestes dans votre style d’écriture, pour dégager une information claire et compréhensible. On entend souvent qu’il faut avoir un style compliqué et recherché mais c’est faux. Il est impératif de ne pas, ni sous-évaluer ni sur-évaluer, la connaissance du lecteur. Cet équilibre est dur à atteindre mais c’est cela qui fait un bon journaliste. Il n’y a qu’une seule question à se poser : est-ce que c’est vraiment ce que je veux faire ? Si la réponse est oui alors il faut tout mettre en œuvre pour réussir.

11. Parlez nous de votre carrière à l’avenir.

Je vais continuer dans ma voie, je vais continuer à soutenir les projets qui me tiennent à cœur notamment dans le social et à propos de l’environnement car cela va dans l’intérêt de tous, ce sont des biens communs que l’on partage. Ces domaines touchent mon futur professionnel mais également mon futur personnel et c’est justement pour protéger ce futur que je m’engage dans tout ce que je suis entrain de faire.

12. Quels conseils pourriez-vous donner à des étudiants comme nous qui voulons nous lancer dans cette profession ?

Je suppose qu’il y a beaucoup de choses que vous ne savez pas par rapport à ce travail mais si je devais vous donner un tout dernier conseil : imaginez toujours le pire ! Beaucoup de travail, beaucoup de voyages dans des endroits pénibles, beaucoup de sacrifices. Car oui c’est un métier particulier : avec pleins d’avantages, d’expériences, riche en émotions et en relations mais il faut s’imaginer les choses les plus difficiles. Il faut apprendre à équilibrer les engagements personnels et professionnels et ce n’est pas donné à tout le monde. Soyez déterminés et exigeants avec vous-mêmes pour avoir un profil complet, pour être différents. Il faut cultiver sa créativité et toujours rechercher des sujets originaux et innovants.

 

Synthèse :

En guise de synthèse finale : vous avez une double casquette (journaliste libérale afin de garder votre indépendance, d’être sujet à plus d’opportunités et vice directrice d’un bureau de presse). Vous avez non seulement fait des études de langue, mais aussi de droit et de sciences politiques pour enfin vous tourner vers une école de journalisme. Vous avez commencé par reprendre une revue culturelle pour la remettre à flot car le concept vous a touché puis vous en êtes devenue la responsable. Ensuite vous avez engagé votre bureau de presse (Word Press International) dans la FIAS en tant que journaliste afin de la faire se développer. Au niveau des difficultés de votre parcours, elles ont essentiellement été d’apprendre la patience et de faire quelques sacrifices. Le carnet d’adresse se construit au fil du temps et doit être entretenu car il permet d’être plus fort et de se soutenir mutuellement face à la crise de la presse selon vous. Le journalisme est un métier qui fait coïncider travail en équipe et travail individuel, travail au bureau et travail sur le terrain, les journées ainsi que les tâches à effectuer sont très hétérogènes et c’est pour cela que c’est une profession attractive. Bien que le support papier soit nécessaire car traditionnel, on ne peut être journaliste sans être habile avec les nouvelles technologies de communication (blogs, vidéoconférences…), que ce soit un support d’écriture, un moyen de s’informer ou un moyen de communiquer avec ses collègues. Vous avez insisté sur le besoin de vérifier ses sources et ses informations. Au sujet de la concurrence, vous nous avez répondu qu’elle était forte dans des domaines comme l’actualité ou la politique mais que, dans votre domaine qui est la culture, elle était peu préoccupante. Enfin vous avez confirmé que le journalisme était un secteur très demandé mais cependant, qu’avec de la motivation, de l’entraînement, une bonne culture générale et de la simplicité il était obligatoire de ne pas baisser les bras.

 

Nous vous enverrons une retranscription de l’entretien sur votre adresse e-mail le mercredi 5 novembre afin que vous puissiez vérifier que toutes les informations que vous nous avez données sont cohérentes avec vos propos. Nous vous remercions de nouveau pour l’intérêt que vous avez apporté à notre travail, les réponses que vous nous avez fournies et le temps que vous nous avez accordées, au revoir. »

 

Annexe Multimédia (33 Liens) :

 

Fuorivista – La revue

lien 1 http://www.fuorivista.eu/

lien 2 https://www.facebook.com/fuorivista

lien 3 https://www.facebook.com/pages/Fuorivista-Cinema-del-caldo-cinema-del-freddo/259084640769823

Fuorivista – La leçon

lien 4 http://www.fuorivista.eu/?page_id=109

lien 5 http://www.fuorivista.eu/?p=450

lien 6 https://www.facebook.com/FuorivistaEducazioneCinemaMedia

lien 7 http://www.fuorivista.eu/?cat=13

F.i.a.s. Fondation Internationale Assistance Sociale

lien 8 http://www.fiasinternational.it/

lien 9 http://www.fiasinternational.it/index.php/chi-siamo/statuto

lien 10 https://www.youtube.com/watch?v=YDKvY4aej9I

WPI- Word Press International – Bureau de Presse Officiel F.i.a.s.

lien 11 http://www.wordpressinternational.it/

lien 12 https://www.facebook.com/wordpressinternational.redazione

lien 13 http://www.wordpressinternational.it/ult-not/continua-limpegno-della-f-i-a-s-nella-realizzazione-del-suo-innovativo-progetto-sociale/

lien 14 http://www.wordpressinternational.it/ult-not/un-centesimo-per-il-sociale-fias-poste-italiane-2/

lien 15 http://www.opinione.it/politica/2014/11/07/redazione_politica-07-11.aspx

lien 16 http://www.progettoitalianews.net/news/fondazione-fias-e-fare-sociale/

WPI- Word Press International – Bureau de Presse Officiel Association NOGM

lien 17 http://www.wordpressinternational.it/ult-not/wpi-ufficio-stampa-nazionale-dellassociazione-nogm-2/

lien 18 http://www.wordpressinternational.it/ult-not/analisi-critica-proposta-modifica-direttiva-2001-18-avanzata-dallassociazione-nogm/

lien 19 http://www.wordpressinternational.it/ult-not/finalmente-ripristinata-in-friuli-venezia-giulia-la-legalita-del-divieto-di-coltivazione-di-mais-ogm-decisive-anche-le-denunce-dellassociazione-nogm-che-ora-lancia-un-appello-a-tutti-gli-a/

Autres Collaborations: Culture/Tourisme/Cinetourisme/Marketing du Territoire/Gourmet/ Vins

lien 20 http://bologna.italiadellacultura.it/eventi/mostre/la-ceramica-che-cambia-la-scultura-ceramica-in-italia-dal-secondo-dopoguerra-da-fontana-a-leoncillo-da-melotti-a-ontani/

lien 21 http://www.cairoeditore.it/index.php?option=com_flippingbook&book_id=2685&Itemid=83

lien 22 http://www.fuorivista.eu/?p=304

lien 23 https://www.facebook.com/FuorivistaCinestesie

lien 24 http://www.cucinagourmet.it/abbonamento.html

lien 25 http://www.eurosommelier.it/

lien 26 http://www.eurosommelier.it/wp-content/uploads/2014/06/Scuola_Europea_Sommelier_Rivista_Maggio_Luglio.pdf

Exemples de Revues de Presse Internationales

lien 27 http://www.rassegnastampaquotidiani.com/

lien 28 http://www.quotidiani.net/menu_continenti.htm

Exemples de Agences de Presse Internationales

lien 29 http://www.quotidiani.net/agenzie_stampa.htm

lien 30 http://www.ansa.it/

lien 31 http://fr.reuters.com/

lien 32 http://www.pressassociation.com/

lien 33 http://www.bloomberg.com/

 

 

Anna-Mauriscka EPEE
Juliette LIMOUZIN
Marie MUSSOT

Entretien avec Marc-Henri Rossignol, cofondateur de La Gazette de Montpellier

samedi 15 novembre 2014

lagazette

 

Nous avons choisi d’interviewer le co-fondateur de La Gazette de Montpellier, Marc-Henri Rossignol. L’entretien s’est déroulé le 7 Novembre dans son bureau et a duré un peu plus d’un heure. Avant que ne débutent les premières questions, nous nous sommes présentés, et nous lui avons expliqué le cadre de cet entretien, nos études… Nous lui avons, bien entendu, demandé son accord pour pouvoir l’enregistrer à l’aide de nos smartphones. 

Quelles ont été vos motivations:

Il n’y a pas vraiment de motivation. Ce genre de métier, tu sens que tu vas le faire. Petit, je savais que je voulais faire ça même si je ne savais pas vraiment le nom. Très vite, tu sais que tu aimes bien raconter. Moi je ne lisais pas de livre, car j’associais trop les livres à l’école. Par contre, je lisais beaucoup les journaux. Je me plongeais dans des lectures de journaux de mes parents, grands parents etc. Je me souviens que quand j’étais petit, j’avais un grenier où il y avait des piles de journaux illustrés, et ça m’a de suite parlé. Après, on a besoin de témoigner, d’être là, et de dire. C’est une motivation essentielle très profonde. Après, Il y a d’autres motivations, mais surtout pas aimer écrire. Il faut que vous sachiez que les journalistes ne sont pas des écrivains, ce sont quand même deux métiers différents, bien que l’on puisse être les deux.

Quel est votre support préféré?

J’ai essayé beaucoup de chose. Bien évidement la presse écrite, un peu la radio et la télévision, et aussi le web car nous avons un site. Moi mon truc, c’est surtout la presse écrite, même si l’expérience web que nous avons eu fût très intéressante. J’ai très peu travaillé en quotidien, beaucoup en hebdomadaire et en mensuel, voir en magazines, et publications qui ne paraissent qu’une fois par an. Vous savez, l’immédiateté est très importante dans le journalisme, pouvoir témoigner assez rapidement sans dire de bêtises est fondamental. Quand nous avons glissé des images géré sur notre site pendant un an, nous avions de petites caméras, et nous devions intervenir très très vite! Je connaissais mal le montage mais je pouvais m’en sortir avec les photos et le texte. J’ai aimé cette expérience, même si la presse écrite reste mon terrain favori.

Ça reste quand même deux terrains bien différents.

Oui, c’est surtout deux approches et écritures différentes, mais le métier reste le même en soi. Ce qui peut se révéler frustrant lorsqu’on travaille en hebdomadaire, c’est justement que l’un des sels de notre métier, c’est de ne pas pouvoir témoigner rapidement. Ça me manquait sans doute un peu, même si  car cette expérience d’immédiateté fut très enrichissante. Malheureusement il est difficile de financer un site et de le promouvoir, donc nous avons été obligé de l’arrêter. Il existe toujours, mais il n’y a plus les caméras, les films, les photos, moins d’images filmées etc.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer le processus d’élaboration d’un article?

On va parler pour un hebdomadaire, car La Gazette est un journal publié chaque semaine. L’idéal serait de vous donner un cas précis: la mort de Manitas De Plata. D’abord, nous avons eu l’information, puis nous avons du la donner. Soit on fait quelque chose de court avec le plan  en répondant uniquement aux questions « Qui? Quoi? Où? Quand? etc », et donc rien de plus qu’un quotidien, ou alors soit on essaie de proposer quelque chose d’autre. L’hebdomadaire essaie d’aller plus loin, en approfondissant le sujet, et en se posant comme questions « Pourquoi et comment? ». Très vite arrive la notion d’angle, qui est en gros le point de vue. On commence à trouver l’angle avant même d’avoir commencé à enquêter, avant même d’avoir des nouvelles informations. Cet angle s’attrape facilement et est concrétisé par un titre. En quatre mots, nous avons la synthèse de l’article. A partir de là, nous avons une réunion de rédaction, on discute des sujets, et on choisit lesquels traiter. On essaie de faire quelque chose de différent du quotidien, en parlant par exemple de ses fortes dépenses d’argent par excès de générosité. A partir de là, un journaliste va commencer à enquêter et il s’aperçoit que finalement, il n’a pas été si généreux que ça car il a oublié sa famille, donc ça se complique. L’angle de départ n’est pas forcement celui d’arrivée. Une fois le titre définitif, et donc l’angle définitif trouvé, le journaliste trouve un plan pour structurer son article. On se pose aussi la question de l’iconographie, quelles photos on va mettre, ou bien si on met plutôt une infographie. En général, l’écriture de l’article est assez rapide, ce qui permet au journaliste d’en discuter avec d’autre membres de la rédaction. Après un processus de lecture et de relecture, l’article sera imprimé et inséré dans le journal.

Finalement, on peut dire que lorsque nous travaillons dans un hebdomadaire, on abandonne l’excitation de l’immédiateté que l’on peut avoir lorsque nous travaillons dans un quotidien au détriment de proposer quelque chose de différent.

Tout à fait, et tu as raison. On peut dire l’excitation car c’est le piment de notre métier, d’aller dans l’immédiateté. Il y a un coté un peu frustrant de travailler dans un hebdomadaire, car on perd cette excitation. Mais nous avons une autre excitation qu’est celle de « Qu’est-ce que nous allons rajouter par rapport aux autres? », et c’est là l’essentiel de notre métier. Le quotidien apporte l’information relativement brute, nous on se doit d’informer, mais aussi de faire comprendre, et parfois de faire réfléchir, et c’est encore mieux! Donc c’est pas la même forme d’excitation, mais cela nous permet d’aller au delà de ce qui a déjà été traité par les quotidiens. Mais je reconnais que lorsque j’ai « taté » à l’immédiateté, c’était très agréable. Vous savez, il y a beaucoup de manière de faire du journalisme. Nous ici on est localiée, et relativement généraliste, notamment car tout nos journalistes ont une sorte de spécialisation. Par exemple, certains sont spécialisés dans le cinéma, d’autres dans la politique etc., ce qui nous permet de traiter de sujets larges et variés.

Pourquoi la presse écrite et ne pas avoir fait plus de radio ou de télé?

C’est quelque chose qu’on ressent assez vite. Quand j’étais petit, j’aurais aimé faire de la radio, mais on se dit rapidement qu’on est peut-être pas fait pour ça. Donc on se redirige rapidement vers ce où se sent le plus compétant, et puis ce coté hebdomadaire m’a toujours plus aussi, le fait de pouvoir longuement réfléchir avant de publier quoi que ce soit. Lorsque je faisais de la radio, je n’avais pas appris le coté technique avec les magnétophones etc, et il m’arrivait des problèmes techniques qui mettaient en péril le bon déroulement de l’interview. Il m’est arrivé un jour de devoir allé acheter des piles en plein interview (rires)! Quant à la télévision, je n’ai pas été dans l’immédiateté, mais le coté technique m’ennuyait un peu, c’était lourd! Donc tu le sens, moi je me sentais et je me sens toujours bien avec la presse écrite.

Pourquoi avoir choisit l’actualité comme domaine?

Car l’actualité en général est ce qui motive le plus les journalistes, d’emmener quelque chose de nouveau et de faire comprendre quelque chose de nouveau à ses lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. Après, on fait quand même des magazines qui sortent peut être deux fois par an, et qui ne traitent pas forcement de l’actualité. Bien sur on suit l’actualité des saisons, mais ça n’a rien à voir. On peut se permettre d’écrire des articles sur des faits qui datent. Le lecteur n’attend pas d’un magazine qu’il achète une fois par an ce qu’il attend d’un quotidien ou d’un hebdomadaire. C’est autre chose, mais tout aussi intéressant.

Vous êtes donc le cofondateur de La Gazette de Montpellier, de Nîmes et de Sètes. Pourquoi ce nom?

Au départ, quand on crée un journal, il faut savoir à qui il va s’adresser. Nous c’était aux montpelliérains. Mais à partir de là c’est plus compliqué, car auxquels montpelliérains? On savait auparavant que les hommes lisaient plus le journal que les femmes selon de vieilles études dépassées aujourd’hui. On a donc voulu faire un journal qui puisse tout aussi bien être lu par les femmes que par les hommes. Déjà ça te donne une idée sur la manière dont tu vas concevoir ton journal, et ça va influencer ton titre. Ensuite, on avait deux titres possibles : «La Gazette », car ça montrait bien qu’on était assez simples, c’est plutôt féminin comme consonance, et historiquement cela a un rapport avec Montpellier. En effet, le premier journal de France s’appelait La Gazette, et il a été crée par Théophraste Renaudot, qui a fait ses études de médecine à Montpellier. La deuxième possibilité était un journal qui s’appelle le « Mercredi ». Pourquoi? Parce qu’on paraissait avant le Mercredi, et c’était important pour nous car c’était le jour des enfants. Et souvent, les femmes prenaient leur mercredi pour s’occuper de leurs enfants. Le mercredi est aussi le jour de la sortie des films aux cinémas! Donc pour vous dire qu’on était aussi un journal pratique, qui s’occupait de la vie quotidienne, de la vie des femmes et des sorties c’était pertinent. On a fait un rapide sondage sur la place de la Comédie, et le titre La Gazette a remporté le duel! Mais heureusement que nous nous sommes pas appelé « Mercredi » car nous aurions eu quelques ennuis. Très vite, on s’est rendu compte que le rythme était très difficile, et on a changé la date de parution pour le vendredi. Imaginez alors un journal qui s’intitule le Mercredi et qui sort le vendredi (rires)!

Êtes vous satisfait de l’évolution de La Gazette?

Oui, parce qu’elle vit encore! Plus sérieusement, oui car elle a un peu plus de cinquante salariés. même si c’est en même temps lié au rythme. Mais on va vite, avant même que le journal sorte, son successeur est déjà sur les rails. On n’a pas le temps de se retourner et de se dire « Tiens on va écrire un livre », ni même de prendre un peu de recul par rapport à ce qui se fait. C’est une entreprise qui marche bien, mais on a tenu à ce qu’elle soit une entreprise différente. C’est assez rare que des entreprises de presse soit encore détenues par des journalistes. Nous sommes deux journalistes à s’être investis dans le capital de cette entreprise, à avoir des actions, sans compter une autre partie du capital étant détenue par la Dépêche du Midi, qui possède 33% des actions. On est assez satisfaits de cela, car quand ce sont simplement des financiers qui détiennent un journal, ça peut être différent, ils n’ont pas forcement la fibre journalistique. De plus, à La Gazette, l’écart de salaire est de 2,5. C’est à dire que le plus haut salaire est 2,5 fois plus élevé que le plus bas salaire, et c’est assez rare. C’est une volonté de départ, et nous en sommes fiers.

Est-ce que vous avez un autre rôle, mis à part rédacteur en chef?

Oui, d’autant plus que je participe à toutes les réunions de stratégies, de bilan, y compris si je n’ai pas un rôle moteur car il ne vaut mieux pas que je m’occupe des finances ou de l’administration. Mais j’ai toujours mon mot à dire, ne serait-ce qu’en tant que cofondateur. Comme j’ai un peu de recul par rapport à tout ça, je me permets doucement d’amener ma pierre, mon écho à la partie administrative, à la partie stratégique même si ça ne concerne pas forcément la rédaction. Oui, j’ai un rôle, on pourrait dire que 90% de mon temps est lié à la rédaction et que les 10% autres sont liés à la stratégie, au domaine publicitaire, commerciale et puis au domaine administratif. Ça fait pas beaucoup.

Après, nous avons vu qu’il y avait aussi La Gazette du Campus et La Gazette des Pitchounes, est ce que c’est justement une stratégie pour élargir le public ?

Oui, oui, oui, ce sont des magazines dont je m’occupe et qui sont édités une à deux fois par an. C’est pour élargir le public, et pour être franc, c’est pour élargir la proposition commerciale. Qu’est-ce que ça veut dire? Il s’agit à la fois de toucher des lecteurs différents, on donne des choses différentes aux lecteurs et on touche aussi des annonceurs différents. Donc c’est des annuels, et non des mensuels. Il y en a un qui parait une fois chaque mois, mais en général c’est plutôt des magazines qui paraissent une fois à deux fois par an, c’est un peu particulier.

Nous avons vus que cela faisait 25 ans que La Gazette a été créée..

26 27 ans en automne.

26  27 ans, pardon! J’ai lu un article qui disait que pour les 26 ans du journal, il y avait eu des changements par rapport au prix, à la forme et nous voulons en savoir plus.

Oui, on dit qu’un journal doit changer tous les 3 ans, ça serait l’idéal. Si vous vous intéressez à la presse, vous regardez Le Nouvel Observateur qu’on appelle maintenant L’Obs. D’un seul coup il a changé de nom, il a fait comme on dit en terme journalistique un Lifting. Mais en ce qui nous concerne, là c’est plus qu’un lifting, c’est quasiment une révolution de formule. Il y a beaucoup de chose qui sur le fond et sur la forme ont changé. Et nous c’est pareil, quand on dit 3 ans, c’est à peu près ça. Bon en général, une formule dure 4- 5 ans parce que ça coûte de l’énergie, de l’argent. Nos premiers numéros étaient très différents, c’était moins cher qu’actuellement. Le premier numéro devait avoir trente-deux pages à peine, il était en noir et blanc, et il y avait relativement peu de photo parce que ça coûtait quelque chose. Au départ on est fier de faire un journal, mais on est aussi fier de faire un journal qui fonctionne, qui dure un certain temps. On peut très bien faire un bon journal qui marche pendant un mois, c’est arrivé. Il y a eu des formules magnifiques notamment à Marseille, une formule, je ne sais plus comment ça s’appelait, qui a duré trois mois. Ils ont dépensé des centaines de millions de francs à l’époque. Et puis, ça s’est arrêté. C’est un feu d’artifice mais ce n’était pas notre idée. Donc on a commencé par les premiers pas, tout petit, tout petit et puis tout a commencé et puis voilà. Concernant la formule tout a changé en fait, sauf le fond, le fond qui est : on veut faire un hebdomadaire généraliste, un hebdomadaire où il y aura de l’information pratique, un hebdomadaire où il y aura un résumé de l’information. Et puis des infos pratiques, quelque chose qui s’adressera aussi au lectorat féminin pour ne pas le mettre de côté. Et ça, ça n’a pas bougé. La couleur est arrivée, le nombre de page, le jour de parution et le prix ont changé. On a commencé on était 2, puis 2 et demi, puis 4 à la rédaction. Et maintenant à la rédaction ils sont quasiment 14, donc beaucoup de choses ont changées. Et sur les formules, on dit « on prend un temps T, on décide de faire une nouvelle formule, on espère que le lecteur accepte cette nouvelle formule, qu’il s’y identifie ». On dit qu’il faut deux ans à peu près pour qu’un lecteur se sente bien dans la nouvelle formule. A partir de là, il faut commencer à réfléchir, voir qu’est ce qui marche, qu’est ce qui ne marche pas etc. Pour nous aider, on a fait des réunions de lecteurs, moins en ce moment. On favorise les sondages: est-ce qu’on est en adéquation avec les désirs du lecteur? Alors c’est entre les deux, c’est à la fois donner au lecteur ce qu’il veut et qu’il comprend, et puis toujours lui donner des choses différentes, sinon on avance pas.

Vous allez à la source.

Oui, et puis proposer sans cesse quelque chose de nouveau, voir si ça fonctionne ou pas.

Est-ce que selon vous avec l’avènement d’internet, des blogs, est ce que vous pensez que tout le monde peut s’auto-proclamer journaliste ?

Non, mais c’est une bonne question. Il y a un intérêt pour l’actualité, et c’est ce qui est extraordinaire dans notre époque. On disait il y a 6-7 ans « Ah les jeunes, les jeunes, les jeunes », « Les jeunes s’intéressent pas à la politique, les jeunes ne s’intéressent pas à la culture, les jeunes ne s’intéressent pas au sport, les jeunes s’intéressent pas à l’actualité. Ce qu’ils veulent c’est danser, fumer du shit et boire du coca cola, voilà, et manger des hamburgers. » Non pas du tout, c’est pas vrai, c’était une connerie de plus. Et quand on vieillit, on dit qu’« on devient vieux con ». Non la preuve aujourd’hui! Les jeunes, et plus tôt qu’avant, s’intéressent à l’actualité, et aussi à l’immédiateté. Des fois pour des bêtises, mais ça a toujours été. Donc il y a un intérêt énorme pour ce qui bouge, d’être présent, de témoigner. Ce que je vois, c’est qu’il y a un intérêt énorme lié aux réseaux sociaux. On peut quand on a vraiment la fibre journalistique, on a déjà un peu les techniques, se sentir journaliste. On le devient vraiment en se formant, on les affine peu à peu sur le terrain, par la formation permanente, ou comme la plupart à la fac ou dans les grandes écoles. Mais l’important, c’est la déontologie. Il y a des manières de faire, il y a des règles à respecter qui font qu’on est journaliste ou non. En règle générale, c’est très rare et ça pose problème quand un reportage, une enquête, un papier est fait et que la personne qui l’a écrit ne dise pas « Je suis journaliste ». On ne montre pas sans cesse notre carte de presse, mais le mot de passe c’est quand même « je suis journaliste. » . Ca veut tout dire, ça veut dire que tout ce que vous écoutez, tout ce que vous entendez peut être reproduit. Ça veut dire que la personne en face ou les personnes en face savent que ça peut être reproduit. On le dit pas toujours et il y a des fois où on ne peut pas le dire. Mais en règle général, c’est important et c’est l’une des règles, mais ce n’est pas la seule règle éthique. Je ne dis pas que les bloggeurs n’ont pas d’éthique, ou que les gens qui travaillent sur internet n’ont pas d’éthique mais il y a un certain nombre de chose qui font qu’ils ne sont pas journalistes. Ça ne veut pas dire que leurs informations ne sont pas intéressantes, ça ne veut pas dire que leurs analyses ne sont pas intéressantes, mais ça veut dire qu’ils ne peuvent pas se revendiquer journalistes. Donc c’est un peu difficile mais je pense que c’est au niveau de l’éthique tout simplement que ça se passe notamment.

Et est-ce qu’avec Internet, on assiste justement pas à une surinformation selon vous?

Oh oui !

Vous pensez que c’est néfaste ?

Néfaste non, pas du tout, mais c’est là où le journaliste a un rôle essentiel. On revient sur le côté information et pédagogie, cette notion est essentielle aujourd’hui. Et dans la profusion d’informations, c’est vrai qu’on n’y arrive pas, je peux vous le dire. Je fais chaque matin une revue de presse. Au départ, je le faisais pour la rédaction. Je lis et je feuillette, c’est deux notions différentes. Je lis à fond les journaux locaux Midi Libre, L’Hérault du jour, et puis on va dire Libération, et je feuillette Le Monde et d’autres journaux nationaux. J’écoute 3- 4 radios en même temps, presque parce que je zappe : France info, France bleue Hérault ou RTL, France culture et parfois un peu RMC et Europe 1. Parce que je sais à peu près quand il y a des choses, et ça j’essaie à la fois de tirer l’essentiel pour les journalistes et de leur donner l’essentiel hiérarchisé. En disant bien « voilà des informations locales », « voilà des informations nationales », « voilà des informations internationales » et en premier je mets les informations essentielles. En règle générale je n’ai pas du tout la même hiérarchie que Midi Libre, les Echos etc, pourquoi ? Parce que souvent je privilégie quelques informations politiques et économiques. Il me semble qu’aujourd’hui, tout ce qui se passe à Bruxelles est plus essentiel que ce qui se passe, souvent malheureusement, à Paris. Donc le journaliste il sert aussi à ça, c’est-à-dire à hiérarchiser, à synthétiser, à essayer d’expliquer, à mieux aiguiller le lecteur. Les journaux télévisés sont vraiment très bien faits maintenant et de plus en plus. Mais pas que les journaux télévisés, les journaux presses n’ont rien à voir avec ce qu’il se faisait avant. Avant en France, on avait tendance à mélanger fait et commentaire. C’est la grande différence avec la presse anglo-saxonne, pour qui le fait est absolument sacré.

Pour en revenir à la hiérarchisation, j’ai l’impression que dans les journaux télévisés, par exemple sur TF1, ils vont parler pendant un quart d’heure d’information et d’actualités géo-politiques, et que le reste est consacré aux éleveurs dans le Lot, par exemple. J’ai l’impression qu’ils ne disent pas l’essentiel, qu’ils dévient toujours par des sujets qui sont pas peu important, mais secondaires.

Chaque média a ses priorités, et notamment en fonction de la première question dont je vous ai parlé « à qui voulez-vous vous adresser ? » On ne peut pas faire un journal sans s’être posé la question, parce que de là, tout découle. TF1 arrose très large, on va dire que c’est la chaîne la plus large. Pour la regarder un peu quand même, je partage ton avis. Mais les chaines et les radios peuvent se permettre de hiérarchiser comme bon il leur semble. On peut commencer par la Palestine, comme on peut commencer sur les éleveurs de veaux dans le Lot, ça arrive des fois. J’imagine que lorsque les médias le font c’est pour aussi capter et dire, voilà on desserre un peu l’étau, et puis on est capable de dire autre chose. Je sais que c’est quasiment un passage obligé, que tous le font, à la radio aussi je dois t’avouer. Si on prend la Gazette, car je peux vous en parler, c’est une histoire de bon sens. Il ne faut pas non plus s’éloigner complètement du bon sens. Il ne faut pas être trop loin des préoccupations des gens. N’oubliez pas que derrière il y a un mec qu’a vu l’information, qui veut savoir quand est ce que ça va se dérouler, quand est ce que la route va être fermée ? C’est bien de parler du budget, des routes au niveau nationale, de dire « bon telle route ne va pas se faire » , oui mais à quelle heure ? Donc il faut sans cesse naviguer dessus. Après, tout dépend, parce que l’information pratique, c’est quelque chose d’essentiel et qu’on a pas mal à traiter au niveau local à La Gazette. On a même apporté, on va dire, ses lettres de noblesse à l’information pratique locale.

Est-ce que vous, en tant que journaliste, vous pensez qu’on a le droit de tout dénoncer ? Est-ce qu’il n’y a rien qui va justement venir vous dire qu’il y a des limites, qu’il y a des sujets sensibles, politiques ?

Oui aussi, c’est une question intéressante et délicate. On a reçu et on reçoit encore des lettres anonymes. On a reçu une lettre anonyme il y a une vingtaine d’année, qui mettait en cause précisément une personnalité politique, qui est encore dans la politique dans le grand Montpellier, disant que cet homme est un pédophile… On a même pas voulu enquêter. Le problème, c’est que la même information est sortie par quelqu’un qui a dit « mais oui vous pouvez le dire, moi je le sais. » On l’a pas traité, je ne sais pas si c’était une erreur. On a été très ennuyé sachant que, localement, vous allez rencontrer la personne dont vous avez parlé. Dans ta question, il y avait la notion de vie privée et vie public. On a été sans cesse confronté à ça. En France on trace une ligne, une frontière entre la vie publique et vie privée, et on a tort. Vous savez que les anglo-saxons ne le font pas et ils ont raison. Pourquoi ? Prenons un exemple national, ce qui est arrivé entre Valéry Trierweiler et François Hollande, quoi qu’on en pense, a dû avoir des répercussions dans le comportement de François Hollande au niveau national. Si on va plus loin, quelque chose que vous connaissez moins, le président Mitterrand avait une fille cachée, et il faisait notamment garder et surveiller sa fille par des gens qui étaient payés avec les données deniers de l’État. Nous on a tracé une ligne, mais je pense qu’au niveau de l’information, on a parfois tort, mais pas toujours. Vous voyez je ne suis pas très à l’aise là-dedans. Tout n’est pas bon à dire mais en même temps on devrait pouvoir tout dire, en essayant de mesurer si on parle, par exemple, de ce qu’il s’est passé entre François Hollande et Valéry Trierweiler. Ca n’a aucun intérêt du point de vue humain, le fait qu’il connaisse cette femme, ça n’a pas tellement d’intérêt. Si ça a des répercussions pour la vie publique ça devient important. Personne n’a démontré que ce qu’il s’est passé entre lui et Valéry Trierweiler avait eu des répercussions. Mais si on lisait son livre, si quelqu’un se mettait à enquêter, il verrait bien que tel jour ou à tel moment, Hollande a eu des problèmes et peut être que c’était un moment où il aurait fallu qu’il n’en ait pas. Donc c’est difficile. En gros, les anglo-saxons sont plus nets que nous, plus pragmatiques que nous. A partir du moment où vous êtes un personnage public, vous n’avez plus de vie privée. C’est simple. Terminé.

C’est la triste répercussion de la célébrité. Mais en France, le contexte est différent que celui en Angleterre non?

Non pas du tout, il est le même. Mais il faut se méfier, il y a le côté croustillant qui fait qu’on s’intéresse à Valéry Trierweiler. Et ça il faut s’en méfier, c’est quelque chose de complexe. Mais ce qui est arrivé à Bill Clinton avec sa stagiaire (Monica Lewinsky, ndlr), cela a eu de lourdes conséquences. C’est un peu caricatural mais je ne sais pas si c’est déjà arrivé en France : un personnage public qui prend des positions contre l’homosexualité, et on s’aperçoit deux ans après qu’il a un amant, et qu’il est père de famille. C’est de l’ordre du privé, et, localement, on est confronté à ça et on est mal à l’aise.

Bon, nous sommes arrivés au bout de l’heure. Nous vous remercions en tout cas de nous avoir accordé un peu de votre temps!

Hugo Malibrera
Lou Ledrut
G6

Interview d’un journaliste radio.

lundi 25 novembre 2013

Groupe : Bonjour, tout d’abord nous tenons à rappeler pourquoi nous sommes ici,  nous avons un projet scolaire qui nous a été attribué à notre faculté, qui est d’avoir un entretien avec un professionnel qui exerce le métier que l’on aimerait faire !
Pour commencer, quelles ont été vos études afin de devenir journaliste à la radio ?
JPB : J’ai passé un bac littéraire, un bac « A » à l’époque, avant de faire l’IUT de journalisme de Bordeaux, ce qui remonte à quelques années car je suis sorti diplômé en 1983. Il se trouve que j’ai redoublé et donc j’ai fait trois années au lieu de deux. Déjà à l’époque le concours était compliqué, je me rappelle de mon sujet qui était : « les successeurs de Tito à la tête de la Yougoslavie », mais maintenant le concours est encore plus compliqué à obtenir car il y a énormément de candidat et il y a de moins en moins de gens qui arrivent directement du bac, la plupart des personnes passent par des prépas. J’en suis donc sorti à 21 ans et j’ai commencé à travailler car l’IUT permet de faire des stages. J’ai fait un peu de stages en presse écrite à Midi Libre, même si c’était déjà la radio qui m’intéressait, donc j’ai fait un stage à Radio France Toulouse, ça c’est bien passé, l’équipe et le rédacteur en chef m’ont trouvé sympa et efficace. Donc j’ai commencé à bosser tout de suite à la sortie de l’IUT : premier contrat à durée déterminée, première période de chômage, deuxième contrat, deuxième période de chômage… et j’ai tourné comme ça pendant à peu près 8 ans.
Groupe : D’accord, et pendant tes stages tu faisais quoi la plupart du temps ?
JPB : Durant les premiers stages, j’étais en observation, j’avais déjà une petite idée avec l’IUT mais j’ai appris à me servir du magnéto, faire du montage car à l’époque on faisait ça avec des bandes magnétiques et une paire de ciseaux, c’était plus manuel que maintenant où tout se fait par ordinateur. Plus précis également, car le coup de ciseau au mauvais endroit, il était donné… Par la suite premier reportage, avec le dernier stage de l’IUT, tu es comme un journaliste débutant : on t’envoie sur les reportages, tu vas interviewé les gens, tu fais le montage, le texte qui va avec… J’ai fait mes premières présentations de journaux pour la radio dépêche du Midi de Toulouse, c’était terrifiant, je donne le tiercé en donnant l’impression que le glas était en train de sonner… (rires). Puis je me suis rapidement à gagner ma vie, 8 ans de CDD, j’ai bossé à Bordeaux, Toulouse, Marseille, Montpellier, Périgueux, Laval, Paris, Nice…
Groupe : Ah tu as bien bougé pendant les premières années ! Et durant ces 8 années, tu réalisais le même type de travail à chaque fois ?
JPB : Non, car soit j’étais en contrat à durée déterminée, soit en piges, ou pour un contrat à durée déterminée où j’ai du remplacer une fille qui a eu une grossesse difficile par exemple.
Groupe : Si je ne me trompe être pigiste signifie que l’on est appelés quand la rédaction a besoin d’un journaliste en plus ?
JPB : exactement, c’est à la journée, quand la rédaction à besoin. Un pigiste est payé à la pige, et il est soit payé à la tâche, soit à la journée de travail. Si j’étais pigiste et que la rédaction me dit « demain tu ne travailles pas » mais que le lendemain ils se rendent compte à 8h du matin qu’ils ont besoin de moi ils m’appellent et il faut que je sois la. Un pigiste est vraiment un journaliste indépendant. Lors de mes premières années j’ai été pigiste permanent à Montpellier pendant 1 an. Mais désormais ce n’est plus possible car les budgets sont beaucoup plus restreints, donc il n’y a plus de pigistes permanents, ce qui fait qu’ils sont obligés de jongler entre plusieurs rédactions.
Groupe : Oui je vois. Aujourd’hui tu n’es donc plus pigiste mais au fil des années as tu gardé plus ou moins le même poste ou il y a eu une évolution possible ?
JPB : Oui car en gros il y a deux filières chez nous : la filière reportage et la filière présentation. À un moment de ta carrière tu choisis soit d’être reporter soit d’être présentateur. Mais dans les radios locales on fait un peu de tout, et le pigiste sera appelé pour faire ce que les journalistes ne veulent pas faire, c’est à dire présenter les matinales, les week-ends, faire des reportages tard… Donc pour revenir à une évolution possible, globalement le métier reste le même du début à la fin de ta carrière car tu as une réunion le matin,  tu pars en reportage, tu interview les gens, tu reviens pour faire le montage, le texte et tu donnes tout ça à la personne qui fait la présentation. Ou alors tu es de présentation et tu recueilles ce que te donnes les reporters, tu le réécris à ta sauce et tu vas le présenter.
Groupe : D’accord, donc l’évolution ne se jauge pas réellement sur une échelle sociale avec des grades, mais plus dans l’autonomie que tu vas acquérir au fil des années ?
JPB : Effectivement, l’évolution se fait dans le changement des sujets que l’on va te donner, on va te faire de plus en plus confiance si tu fournis du bon travail. Après il y a aussi des évolutions possibles au niveau des grades comme tu le dis, avec des augmentations de salaires au fur et à mesure de ta carrière, lorsque tu passes en CDI et donc que tu deviens titulaire du poste. Mais après c’est plus au niveau de la responsabilité qu’il y a une réelle évolution, on ne va pas tout de suite te faire faire les matinales de semaine qui sont le plus écoutées ou t’envoyer sur une interview politique compliquée. Il  faut que tu connaisses assez bien le sujet, que tu aies assez d’expérience pour être à l’aise, puis surtout qu’on te fasse assez confiance pour savoir que tu vas bien le faire. Donc l’évolution se voit plus dans la maîtrise de l’outil effectivement.
Groupe : Si l’on résume, tout se jauge sur la confiance, donc selon toi quelles sont les qualités requises pour être un « bon journaliste », en qui une rédaction aurait pleinement confiance ?
JPB : Tout d’abord il faut être éveillé, curieux, toujours être prêt à « sauter dans tes bottes ». Il y a une qualité très importante mais que tout le monde n’a pas c’est l’humilité, car on ne fait pas l’actualité, on est des témoins.
Groupe : Oui vous donnez à voir aux gens…
JPB : Oui, nous allons voir ce qui se passe et nous en rendons compte car tout le monde ne peut pas y aller. Donc nous ne faisons pas l’actualité contrairement à ce que certains pensent.
Pour revenir aux qualités requises, il faut de la rigueur, répondre aux cinq questions de bases : qui, quoi, ou, comment et pourquoi ? Et cette rigueur t’oblige aussi à vérifier tes infos.
Groupe : Exact, ce qui est de moins en moins fait de nos jours… Tu dis qu’il faut être humble car vous ne faites pas l’information, mais est-ce qu’il n’y en a pas qui justement, eux, font l’information ?
JPB : Comme je l’ai dit on ne fait pas l’actualité, elle se fait toute seule. Nous, nous allons chercher dans l’actualité ce qui nous intéresse et ce que nous choisissons de traiter. Donc à partir de ce choix, nous faisons l’information en quelques sortes.
Groupe : Effectivement ! Mais ceux que je voulais viser c’est plus précisément les présentateurs des journaux télévisés…
JPB : Oui, c’est évident que des personnes qui se trouvent tout en haut de la pyramide, comme Pujadas par exemple, font l’information. Quelque part Pujadas fait l’actualité tellement qu’il est influent  sur la façon de pensée des gens, dans le choix des sujets, par le nombre de personnes qui l’écoutent… C’est pour cela qu’il est manipulateur mais également manipulé, et nous les journalistes nous sommes tous un peu manipulés. Mais pour Pujadas par exemple, c’est à une plus grande échelle. Si un présentateur de journal télévisé est de droite, il va choisir une information de droite, en piochant une information arrangeante parmi d’autres ou en créant un écran de fumée pour cacher une information qui pourrait gêner les opinions défendues et les gens pour qui ils travaillent. Pujadas par exemple va manger avec des gens très puissants, et ensemble ils vont décider de l’actualité qu’il va faire.
Groupe : Alors peut-on qualifier les présentateurs de journaux télévisés de « vrais journalistes » si l’on connaît toute la manipulation qui se cache derrière ?
JPB : Je ne sais pas, mis à part le fait qu’il a sa carte de presse. Mais sinon, même moi parfois je suis mené à donner des informations avec les quelles je ne suis pas forcément d’accord. Si l’on fait une interview du patron d’Areva qui dit que les centrales nucléaires sont sans aucun danger, le boulot c’est d’aller chercher l’association qui dit le contraire, même si nous avons pas tout le temps l’opportunité de le faire car par exemple nous n’avons pas le « droit de suite » sur une affaire, il n’y a pas assez de reporters disponibles, etc.
Groupe : Votre avis passe en quelques sortes par les différentes interviews que vous allez réaliser ?
JPB : Voilà, on va essayer de contrebalancer une information avec certaines choses mais comme je l’ai dit ce n’est pas toujours possible.
Groupe : Et donc peut-on être un « bon journaliste » en restant soi même, en faisant plus ou moins les sujets qui nous intéressent ou faut il se cantonner à des sujets plus banal qui conviennent à tout le monde ?
JPB : Tout d’abord, je ne travaille pas seul mais en équipe, sous la direction d’un rédacteur en chef, qui lui même est placé sous une direction de l’information. Donc le matin on décide en équipe, il y a un débat, on est pas forcément d’accord, on donne nos opinions et en fin de compte nous prenons une décision. Je ne suis pas toujours d’accord avec la décision mais à partir du moment qu’elle a été prise en commun ou que le chef à dit que c’était comme ça et non autrement, tu le fais ou tu t’en vas. Dans la mesure ou tu l’acceptes, tu essaies de traiter le sujet en essayant de mettre le contrepoint qui va permettre d’avoir un avis différent de l’avis qu’on donne. Après, par exemple, la dernière fois j’ai couvert l’expulsion d’une sorte groupe d’alter-mondialiste qui squatter dans une maison qui appartient à l’état pour protester contre un projet régional. Ils étaient 5 à l’intérieur et le préfet à envoyer 100 policiers pour les déloger…. Donc dans le traitement de mon article, j’ai essayé d’ironiser sur certaines choses dans le ton, le choix des mots… de faire comprendre au gens que 100 policiers pour 5 personnes, c’était peut-être un peu disproportionné. Donc j’arrive à donner mon opinion de cette manière. Dans ma façon de traiter le boulot, je m’oblige à rester honnête vis-à-vis de moi même.
Groupe : Mais au niveau du choix des sujets il y a une pression exercée par la direction ?
JPB : Oui, de plus en plus. Tu vas proposer un sujet, le chef n’en veut pas et va m’envoyer sur un sujet plus important à son goût. On va débattre un peu mais il y a de fortes chances que sa proposition soit retenue et la mienne mise de côté.
Groupe : Mais du coup, est ce que les journaux radios l’occurrence, ne sont pas amenés à couvrir exactement les mêmes titres ?
JPB : Alors ça c’est la difficulté. Nous, les radios locales, nous sommes censées faire de l’information locale. À une certaine époque, on faisait que de l’information locale, puis à 13h et 19h on reprenait les deux gros journaux de notre radio nationale que l’on diffusait. De ce fait, on avait la possibilité de faire une information qui correspond à notre auditoire local, car nous savions que la grosse information serait lâchée après. Donc  par exemple lorsque j’étais dans un milieu rural, je parlais beaucoup d’agriculture, je ne choisissais donc pas l’information nationale qui dans tous les cas serait parue dans l’édition nationale. Ors, maintenant, avec l’internet et l’intranet, on est obligés de choisir des informations qui sont présélectionnées par le média dominant, à Paris. On ne peut plus s’en écarter. Lorsque j’étais en Roumanie lorsque il y a eu la révolution roumaine en 1989, j’ai fait mon boulot de reporter, de journaliste de base, mais en parallèle j’ai également fait des sujets sur la société roumaine, les femmes et l’agriculture. Je suis donc revenu avec des sujets sur l’agriculture car mes auditeurs à l’époque étaient des paysans, je me suis donc dit que ça les intéresseraient de savoir comment les paysans roumains vivent.
Si j’ai bien compris, tu es journaliste depuis un moment, cela veut dire que tu as connu l’arrivée d’Internet, comment l’as tu vécu ? Internet, sa rapidité et sa facilité d’accès ont-ils réellement changé ton métier ?
Moi j’ai commencé dans les années 80, donc j’ai connu la révolution numérique au niveau des outils mais aussi du média. Et maintenant, nous vivons avec Twitter, Facebook, etc. Une info donnée sur Twitter elle est balancée aussitôt, elle n’est pas vérifiée. Mais la base du journalisme, c’est de vérifier l’info, et déjà qu’à la radio c’est rapide (car l’information que tu donnes le matin, le midi elle est plus trop à la mode et le soir c’est carrément démodé…), maintenant, avec internet, c’est minute par minute toute la journée. Et il faut fournir, le site d’un concurrent va donner une info et toi tu vas courir pour aller en donner une autre, et du coup il y a une sorte de course qui fait qu’on ne prend plus temps de se poser, réfléchir, enquêter… Car il faut tout de suite sortir l’information. Et je pense que c’est le vrai problème en ce moment, il faut adapter la pratique à l’outil, il faut évoluer, c’est certain. Nous par exemple en radio ils ont ouvert un site internet, je fais déjà ma journée de présentateur radio, mais en plus de cela il faut déjà que je prenne du temps pour rédiger un article en ligne, prendre des photos ou des vidéos pour alimenter le site… Ça demande du boulot en plus, il n’y a pas de moyens pour le faire, donc tu fais moins de radio et plus de web, et c’est ce qu’on me demande, mais moi ma formation est portée sur la radio et non sur le web… Donc il y a un vrai problème qui est également lié à la crise et aux moyens. Si on engage pas des gens pour réaliser ces tâches, je ne vois pas comment ça peut marcher car si je fais moins de radio j’aurai moins de matière pour alimenter le site de la radio…
Groupe : Et c’est de cette façon que la radio arrive à faire face aux nombreux sites d’informations en ligne comme Mediapart, en créant leurs site web ?
JPB : Oui, c’est pour s’adapter, mais nous ne consommons plus la radio de la même façon. Soit tu l’écoutes en mettant ta radio, la il y a le côté fugace des choses, ou alors tu vas sur le site, tu vas réécouter l’information, l’émission. Il faut s’adapter à ce nouveau mode de fonctionnement, personnellement je ne suis pas fan car j’aime bien le côté authentique.
Mais il faut se donner les moyens de s’adapter : des sous, des formations, des jeunes journalistes qui rentreraient dans les rédactions, des postes destinés à mettre à jour le site, le modérer etc…  Car pour le moment nous nous occupons de tout, en plus de la partie radio.
Groupe : La radio utilise donc internet comme un outil, mais penses-tu que dans quelques années, internet fera partie intégrante de la radio, c’est à dire que nous ne pourrions plus imaginer la radio sans internet ?
JPB : Déjà maintenant ce n’est presque plus possible pour certains, mais il y a des web radios qui se créent, qui commencent à tenir la route. Il n’y a pas d’émetteurs radios, c’est très intéressant, cela prouve que nous pouvons travailler de manière différente. Donc effectivement je pense que nous pouvons encore évoluer.
Groupe : De toute façon, à la vitesse ou vont les choses actuellement, il faut s’adapter aux dépens de certaines conceptions que l’on peut se faire de la radio.
JPB : Oui, je pense que l’adaptation va se faire avec douleur, parfois avec des trucs géniaux. C’est une période de transition qui est très intéressante. Je n’ai rien vu pour le moment de fondamentalement nouveau, mais dans les prochaines années, avec les nouvelles générations comme la votre, il y a des choses très sympas qui vont pouvoir se faire. Mais la question que je me pose toujours avec ces nouvelles technologies, c’est le coût en énergie, en pollution… Car pour faire marcher toutes ces machines, tous ces ordinateurs, ces réseaux… Il faut beaucoup de courant. Dans ce domaine, il y a également une évolution à apporter.
Groupe : Oui c’est évident. Pour changer de sujet, à propos de l’international, car c’est aussi cela qui nous intéresse, on a question « technique » : est-ce que lorsque vous allez à l’étranger, vous écrivez les faits sur le moment à chaud ou tu vois ce qui se passe et c’est le soir en rentrant que vous vous mettez à écrire ?
JPB : Cela dépend, lorsque je suis parti en Roumanie, je téléphonais tous les jours pour rendre compte de la situation « au jour j », et en parallèle je faisais des interviews et des reportages que j’ai rapportés et que j’ai pris le temps de monter derrière. C’est plus un travail ou tu prends le temps de travailler le fond, la forme, d’aller voir les gens… Après que ce soit en local ou en international, c’est la même chose. Tu vas sur une actualité chaude, tu écris tout de suite un papier et tu le balances aussitôt.
Groupe : Donc pour toi le « balancer » c’est le dire à la radio ?
JPB : Oui, j’appelle ma radio, on me passe à la radio et je lis les bribes que je viens d’écrire, avec une partie improvisée. Petite remarque, faire de l’international ne signifie pas forcément partir à l’étranger… Petit exemple, j’étais à Nice, il y avait une colonie de vacances de petits Libanais, j’ai fait un reportage sur eux, c’était lors de la guerre du Liban, c’est passé sur Radio France International, c’est donc devenu un reportage international et des gens du Liban m’ont téléphoné pour dire que c’était super car ils avaient entendu leurs enfants.
Groupe : Ah d’accord, donc l’international peut aussi se faire de l’intérieur.
JPB : Exactement, tu peux faire une pige pour la BBC car il y a un événement qui va les intéresser ici. Après pour parler de l’international, il y a les envoyés spéciaux permanents, leur rédaction leurs paient un appartement ou ils ont un petit studio d’enregistrement, tous les matins ils ont une réunion avec leurs collègues et leur chef mais par téléphone et ils vont couvrir toutes sortes d’évènement, que le chef va bien sur décider de diffuser ou non et va dire ce qui est le mieux ou pas. Donc il se peut qu’il y ait des jours ou il ne fait rien car rien ne se passe d’assez important pour le diffuser en France.
Et il y a les envoyés spéciaux pas permanents, par exemple en ce moment aux Philippines il n’y a que des envoyés spéciaux, beaucoup de rédactions en ont envoyés. Celui ci d’envoyé spécial, il vit chez lui, dans son pays. Le matin il va tranquillement être chez lui, mais au lieu d’aller prendre l’apéro, on lui dit à la dernière minute qu’il doit partir d’urgence aux Philippines. Il a tout ce qu’il faut dans son tiroir, on lui file du cash et il part. Et le soir il est aux Philippines au lieu de rentrer chez lui comme c’était prévu le matin même.
Il faut aimer toujours être sur le départ, mais l’autre chose importante à souligner, c’est que ce sont des gens qui sont pratiquement tout le temps sur les points chauds, c’est à dire les mauvaises nouvelles : les morts, les drames, les catastrophes naturelles…
Comme type de journaliste il y a aussi les indépendants, ils s’installent dans un pays et  appellent des rédactions pour dire qu’ils sont présents si les rédactions ont besoin de lui lors d’évènement particulier. Donc il est payé à la pige.
Groupe : D’accord, pour finir, nous aimerions revenir sur un sujet que nous avons déjà traité : que penses tu des journaux télévisés qui utilisent en gros titres « le beau temps » par exemple, en montrant que tout le monde est content… Et le pire, c’est que tous les journaux télévisés vont titrer la même chose. Donc penses tu que c’est de la vraie information ?
JPB : Ça m’agace prodigieusement, je pense surtout que c’est un processus de décérébralisation. Pourquoi pas traiter ce sujet, mais dire que tout le monde est heureux de la chaleur lorsque il fait 43° et que les terres sont sèches, je ne trouve pas ça malin. On peut en parler, dans la météo, mais de la à ouvrir le journal dessus… S’interroger dessus en se demandant les conséquences que cela pourrait avoir sur les vendanges, si va ça décaler les orages cévenols, dire que l’on est dans un décalage climatique par rapport aux 15 dernières années, etc. c’est une bonne idée. Mais le reste du pipot… Si le journal dure 25 minutes et que tu consacres 7 minutes à ce thème, tu ne peux pas te consacrer à des informations plus importantes ou des enquêtes… Mais c’est ce que ma rédaction me demande de faire. Mais moi si j’ai signé dans une radio locale du service public c’est essentiellement car je pouvais être loin de la maison maire à Paris. Il n’y avait que le téléphone et le minitel pour communiquer. Donc si tu restais tranquille et qu’on ne t’entendait pas à Paris, tu pouvais faire ton petit truc en toute conscience et honnêteté. Aujourd’hui les liens sont plus serrés avec internet et intranet, à Paris ils ont la main sur mon ordinateur, donc ils peuvent m’envoyer de plus en plus d’informations. Il y a des étapes intermédiaires qui ont été crées avec des directions régionales et des maillages plus forts. On me demande de mettre du « gras » ou de la « gourmandise » pour que ce soit sympathique… Donc c’est ça : parler de la météo, dire que c’est formidable… Mais avec ça, j’ai du mal, car pour moi ce n’est pas un vrai boulot de journaliste.
Groupe : D’ou la question du vrai journaliste…
JPB : Un journaliste doit donner des éléments de réflexion, le truc c’est que maintenant on nous en donne de moins en moins…
Groupe : Ce qui est choquant, c’est la différence qu’il y a entre le journal télévisé d’Arte par exemple, et celui de TF1. Celui d’Arte est très riche, rempli d’informations importantes, mondiales mais surtout chaque soir. En comparaison à celui de TF1 qui est… vide !
JPB : Absolument, ils donnent de l’information internationale mais pas vu que du point de vu français comme TF1 le fait, car les journaux télévisés de ces chaînes ne s’intéressent qu’à une partie du monde.
Groupe : c’est vrai que lorsque l’on regarde le journal on a l’impression d’assister à une discussion entre deux mamies sur un banc.
JPB : C’est exactement ce qu’on nous demande de faire. On nous demande de vider le sois disant répondeur de l’information où les gens téléphonent pour dire tout et n’importe quoi. Il faut qu’on l’écoute, qu’on en fasse des montages et de le présenter à l’antenne. Donc ils s’écoutent eux mêmes, ils sont très contents, mais à part ça je trouve que c’est du populisme… Que les gens donnent leur avis, c’est très bien, mais notre boulot c’est de leur donner des éléments de réflexion pour qu’ils donnent leur avis après avoir été éclairé. La, ça n’est pas ça.
Groupe : Leur avis fait l’information…
JPB : Voilà, mais moi je me fous de ce que pense Paulette du quartier X, qu’elle soit choquée car une Mamie s’est faite agressée, je suis tout à fait d’accord avec elle. Mais ça n’a rien à faire dans le journal. D’autant plus, parfois ils se basent sur des rumeurs. Et maintenant notre boulot c’est ça, des notes de services passent pour nous l’ordonner.
C’est pas mon boulot…
Groupe : C’est évident… Merci beaucoup de nous avoir accordé tout ce temps. Nous t’enverrons par mail la retranscription comme prévu !
JPB : Avec plaisir !

Interview de JPB, journaliste dans une radio locale de service public. Interview réalisé le 9 novembre 2013 à 17h30. Celle-ci s’est déroulée à son chaleureux domicile, sur son canapé, dans une ambiance très détendue car un des membres des groupes connaissait JPB. Ce dernier n’a pas souhaité dévoiler son nom, par simple pudeur pour ne pas que ses convictions personnelles soient diffusées sur internet, mais aussi afin d’éviter que ces propos envers sa direction ne lui cause des ennuis, ce que nous avons parfaitement compris. Après le rappel du contrat déontologique, JPB donne son accord pour que nous enregistrions l’entretien à l’aide d’ un dictaphone et que nous publions et présentons devant un jury cet entretien.

L’entretien débute.

Groupe : Tout d’abord nous tenons à rappeler pourquoi nous sommes ici,  nous avons un projet scolaire qui nous a été attribué à notre faculté, qui est d’avoir un entretien avec un professionnel qui exerce le métier que l’on aimerait faire, journaliste en l’occurence !

Pour commencer, quelles ont été tes études afin de devenir journaliste à la radio ?

JPB : J’ai passé un bac littéraire, un bac « A » à l’époque, avant de faire l’IUT de journalisme de Bordeaux, ce qui remonte à quelques années car je suis sorti diplômé en 1983. Il se trouve que j’ai redoublé et donc j’ai fait trois années au lieu de deux. Déjà à l’époque le concours était compliqué, je me rappelle de mon sujet qui était : « les successeurs de Tito à la tête de la Yougoslavie », mais maintenant le concours est encore plus compliqué à obtenir car il y a énormément de candidat et il y a de moins en moins de gens qui arrivent directement du bac, la plupart des personnes passent par des prépas. J’en suis donc sorti à 21 ans et j’ai commencé à travailler car l’IUT permet de faire des stages. J’ai fait un peu de stages en presse écrite à Midi Libre, même si c’était déjà la radio qui m’intéressait, donc j’ai fait un stage à Radio France Toulouse, ça c’est bien passé, l’équipe et le rédacteur en chef m’ont trouvé sympa et efficace. Donc j’ai commencé à bosser tout de suite à la sortie de l’IUT : premier contrat à durée déterminée, première période de chômage, deuxième contrat, deuxième période de chômage… et j’ai tourné comme ça pendant à peu près 8 ans.

Groupe : D’accord, et pendant tes stages tu faisais quoi la plupart du temps ?

JPB : Durant les premiers stages, j’étais en observation, j’avais déjà une petite idée avec l’IUT mais j’ai appris à me servir du magnéto, faire du montage car à l’époque on faisait ça avec des bandes magnétiques et une paire de ciseaux, c’était plus manuel que maintenant où tout se fait par ordinateur. Plus précis également, car le coup de ciseau au mauvais endroit, il était donné… Par la suite premier reportage, avec le dernier stage de l’IUT, tu es comme un journaliste débutant : on t’envoie sur les reportages, tu vas interviewé les gens, tu fais le montage, le texte qui va avec… J’ai fait mes premières présentations de journaux pour la radio dépêche du Midi de Toulouse, c’était terrifiant, je donne le tiercé en donnant l’impression que le glas était en train de sonner… (rires). Puis je me suis rapidement à gagner ma vie, 8 ans de CDD, j’ai bossé à Bordeaux, Toulouse, Marseille, Montpellier, Périgueux, Laval, Paris, Nice…

Groupe : Ah tu as bien bougé pendant les premières années ! Et durant ces 8 années, tu réalisais le même type de travail à chaque fois ?

JPB : Non, car soit j’étais en contrat à durée déterminée, soit en piges, ou pour un contrat à durée déterminée où j’ai du remplacer une fille qui a eu une grossesse difficile par exemple.

Groupe : Si je ne me trompe être pigiste signifie que l’on est appelés quand la rédaction a besoin d’un journaliste en plus ?

JPB : exactement, c’est à la journée, quand la rédaction à besoin. Un pigiste est payé à la pige, et il est soit payé à la tâche, soit à la journée de travail. Si j’étais pigiste et que la rédaction me dit « demain tu ne travailles pas » mais que le lendemain ils se rendent compte à 8h du matin qu’ils ont besoin de moi ils m’appellent et il faut que je sois la. Un pigiste est vraiment un journaliste indépendant. Lors de mes premières années j’ai été pigiste permanent à Montpellier pendant 1 an. Mais désormais ce n’est plus possible car les budgets sont beaucoup plus restreints, donc il n’y a plus de pigistes permanents, ce qui fait qu’ils sont obligés de jongler entre plusieurs rédactions.

Groupe : Oui je vois. Aujourd’hui tu n’es donc plus pigiste mais au fil des années as tu gardé plus ou moins le même poste ou il y a eu une évolution possible ?

JPB : Oui car en gros il y a deux filières chez nous : la filière reportage et la filière présentation. À un moment de ta carrière tu choisis soit d’être reporter soit d’être présentateur. Mais dans les radios locales on fait un peu de tout, et le pigiste sera appelé pour faire ce que les journalistes ne veulent pas faire, c’est à dire présenter les matinales, les week-ends, faire des reportages tard… Donc pour revenir à une évolution possible, globalement le métier reste le même du début à la fin de ta carrière car tu as une réunion le matin,  tu pars en reportage, tu interview les gens, tu reviens pour faire le montage, le texte et tu donnes tout ça à la personne qui fait la présentation. Ou alors tu es de présentation et tu recueilles ce que te donnes les reporters, tu le réécris à ta sauce et tu vas le présenter.

Groupe : D’accord, donc l’évolution ne se jauge pas réellement sur une échelle sociale avec des grades, mais plus dans l’autonomie que tu vas acquérir au fil des années ?

JPB : Effectivement, l’évolution se fait dans le changement des sujets que l’on va te donner, on va te faire de plus en plus confiance si tu fournis du bon travail. Après il y a aussi des évolutions possibles au niveau des grades comme tu le dis, avec des augmentations de salaires au fur et à mesure de ta carrière, lorsque tu passes en CDI et donc que tu deviens titulaire du poste. Mais après c’est plus au niveau de la responsabilité qu’il y a une réelle évolution, on ne va pas tout de suite te faire faire les matinales de semaine qui sont le plus écoutées ou t’envoyer sur une interview politique compliquée. Il  faut que tu connaisses assez bien le sujet, que tu aies assez d’expérience pour être à l’aise, puis surtout qu’on te fasse assez confiance pour savoir que tu vas bien le faire. Donc l’évolution se voit plus dans la maîtrise de l’outil effectivement.

Groupe : Si l’on résume, tout se jauge sur la confiance, donc selon toi quelles sont les qualités requises pour être un « bon journaliste », en qui une rédaction aurait pleinement confiance ?

JPB : Tout d’abord il faut être éveillé, curieux, toujours être prêt à « sauter dans tes bottes ». Il y a une qualité très importante mais que tout le monde n’a pas c’est l’humilité, car on ne fait pas l’actualité, on est des témoins.

Groupe : Oui vous donnez à voir aux gens…

JPB : Oui, nous allons voir ce qui se passe et nous en rendons compte car tout le monde ne peut pas y aller. Donc nous ne faisons pas l’actualité contrairement à ce que certains pensent. Pour revenir aux qualités requises, il faut de la rigueur, répondre aux cinq questions de bases : qui, quoi, ou, comment et pourquoi ? Et cette rigueur t’oblige aussi à vérifier tes infos.

Groupe : Exact, ce qui est de moins en moins fait de nos jours… Tu dis qu’il faut être humble car vous ne faites pas l’information, mais est-ce qu’il n’y en a pas qui justement, eux, font l’information ?

JPB : Comme je l’ai dit on ne fait pas l’actualité, elle se fait toute seule. Nous, nous allons chercher dans l’actualité ce qui nous intéresse et ce que nous choisissons de traiter. Donc à partir de ce choix, nous faisons l’information en quelques sortes.

Groupe : Effectivement ! Mais ceux que je voulais viser c’est plus précisément les présentateurs des journaux télévisés…

JPB : Oui, c’est évident que des personnes qui se trouvent tout en haut de la pyramide, comme Pujadas par exemple, font l’information. Quelque part Pujadas fait l’actualité tellement qu’il est influent  sur la façon de pensée des gens, dans le choix des sujets, par le nombre de personnes qui l’écoutent… C’est pour cela qu’il est manipulateur mais également manipulé, et nous les journalistes nous sommes tous un peu manipulés. Mais pour Pujadas par exemple, c’est à une plus grande échelle. Si un présentateur de journal télévisé est de droite, il va choisir une information de droite, en piochant une information arrangeante parmi d’autres ou en créant un écran de fumée pour cacher une information qui pourrait gêner les opinions défendues et les gens pour qui ils travaillent. Pujadas par exemple va manger avec des gens très puissants, et ensemble ils vont décider de l’actualité qu’il va faire.

Groupe : Alors peut-on qualifier les présentateurs de journaux télévisés de « vrais journalistes » si l’on connaît toute la manipulation qui se cache derrière ?

JPB : Je ne sais pas, mis à part le fait qu’il a sa carte de presse. Mais sinon, même moi parfois je suis mené à donner des informations avec les quelles je ne suis pas forcément d’accord. Si l’on fait une interview du patron d’Areva qui dit que les centrales nucléaires sont sans aucun danger, le boulot c’est d’aller chercher l’association qui dit le contraire, même si nous avons pas tout le temps l’opportunité de le faire car par exemple nous n’avons pas le « droit de suite » sur une affaire, il n’y a pas assez de reporters disponibles, etc.

Groupe : Ton avis passe en quelques sortes par les différentes interviews que vous allez réaliser ?

JPB : Voilà, on va essayer de contrebalancer une information avec certaines choses mais comme je l’ai dit ce n’est pas toujours possible.

Groupe : Et donc peut-on être un « bon journaliste » en restant soi même, en faisant plus ou moins les sujets qui nous intéressent ou faut il se cantonner à des sujets plus banal qui conviennent à tout le monde ?

JPB : Tout d’abord, je ne travaille pas seul mais en équipe, sous la direction d’un rédacteur en chef, qui lui même est placé sous une direction de l’information. Donc le matin on décide en équipe, il y a un débat, on est pas forcément d’accord, on donne nos opinions et en fin de compte nous prenons une décision. Je ne suis pas toujours d’accord avec la décision mais à partir du moment qu’elle a été prise en commun ou que le chef à dit que c’était comme ça et non autrement, tu le fais ou tu t’en vas. Dans la mesure ou tu l’acceptes, tu essaies de traiter le sujet en essayant de mettre le contrepoint qui va permettre d’avoir un avis différent de l’avis qu’on donne. Après, par exemple, la dernière fois j’ai couvert l’expulsion d’une sorte groupe d’alter-mondialiste qui squatter dans une maison qui appartient à l’état pour protester contre un projet régional. Ils étaient 5 à l’intérieur et le préfet à envoyer 100 policiers pour les déloger…. Donc dans le traitement de mon article, j’ai essayé d’ironiser sur certaines choses dans le ton, le choix des mots… de faire comprendre au gens que 100 policiers pour 5 personnes, c’était peut-être un peu disproportionné. Donc j’arrive à donner mon opinion de cette manière. Dans ma façon de traiter le boulot, je m’oblige à rester honnête vis-à-vis de moi même.

Groupe : Mais au niveau du choix des sujets il y a une pression exercée par la direction ?

JPB : Oui, de plus en plus. Tu vas proposer un sujet, le chef n’en veut pas et va m’envoyer sur un sujet plus important à son goût. On va débattre un peu mais il y a de fortes chances que sa proposition soit retenue et la mienne mise de côté.

Groupe : Mais du coup, est ce que les journaux radios l’occurrence, ne sont pas amenés à couvrir exactement les mêmes titres ?

JPB : Alors ça c’est la difficulté. Nous, les radios locales, nous sommes censées faire de l’information locale. À une certaine époque, on faisait que de l’information locale, puis à 13h et 19h on reprenait les deux gros journaux de notre radio nationale que l’on diffusait. De ce fait, on avait la possibilité de faire une information qui correspond à notre auditoire local, car nous savions que la grosse information serait lâchée après. Donc  par exemple lorsque j’étais dans un milieu rural, je parlais beaucoup d’agriculture, je ne choisissais donc pas l’information nationale qui dans tous les cas serait parue dans l’édition nationale. Ors, maintenant, avec l’internet et l’intranet, on est obligés de choisir des informations qui sont présélectionnées par le média dominant, à Paris. On ne peut plus s’en écarter. Lorsque j’étais en Roumanie lorsque il y a eu la révolution roumaine en 1989, j’ai fait mon boulot de reporter, de journaliste de base, mais en parallèle j’ai également fait des sujets sur la société roumaine, les femmes et l’agriculture. Je suis donc revenu avec des sujets sur l’agriculture car mes auditeurs à l’époque étaient des paysans, je me suis donc dit que ça les intéresseraient de savoir comment les paysans roumains vivent.

Groupe : Si j’ai bien compris, tu es journaliste depuis un moment, cela veut dire que tu as connu l’arrivée d’Internet, comment l’as tu vécu ? Internet, sa rapidité et sa facilité d’accès ont-ils réellement changé ton métier ?

JPB : Moi j’ai commencé dans les années 80, donc j’ai connu la révolution numérique au niveau des outils mais aussi du média. Et maintenant, nous vivons avec Twitter, Facebook, etc. Une info donnée sur Twitter elle est balancée aussitôt, elle n’est pas vérifiée. Mais la base du journalisme, c’est de vérifier l’info, et déjà qu’à la radio c’est rapide (car l’information que tu donnes le matin, le midi elle est plus trop à la mode et le soir c’est carrément démodé…), maintenant, avec internet, c’est minute par minute toute la journée. Et il faut fournir, le site d’un concurrent va donner une info et toi tu vas courir pour aller en donner une autre, et du coup il y a une sorte de course qui fait qu’on ne prend plus temps de se poser, réfléchir, enquêter… Car il faut tout de suite sortir l’information. Et je pense que c’est le vrai problème en ce moment, il faut adapter la pratique à l’outil, il faut évoluer, c’est certain. Nous par exemple en radio ils ont ouvert un site internet, je fais déjà ma journée de présentateur radio, mais en plus de cela il faut déjà que je prenne du temps pour rédiger un article en ligne, prendre des photos ou des vidéos pour alimenter le site… Ça demande du boulot en plus, il n’y a pas de moyens pour le faire, donc tu fais moins de radio et plus de web, et c’est ce qu’on me demande, mais moi ma formation est portée sur la radio et non sur le web… Donc il y a un vrai problème qui est également lié à la crise et aux moyens. Si on engage pas des gens pour réaliser ces tâches, je ne vois pas comment ça peut marcher car si je fais moins de radio j’aurai moins de matière pour alimenter le site de la radio…

Groupe : Et c’est de cette façon que la radio arrive à faire face aux nombreux sites d’informations en ligne comme Mediapart, en créant leurs site web ?

JPB : Oui, c’est pour s’adapter, mais nous ne consommons plus la radio de la même façon. Soit tu l’écoutes en mettant ta radio, la il y a le côté fugace des choses, ou alors tu vas sur le site, tu vas réécouter l’information, l’émission. Il faut s’adapter à ce nouveau mode de fonctionnement, personnellement je ne suis pas fan car j’aime bien le côté authentique.

Mais il faut se donner les moyens de s’adapter : des sous, des formations, des jeunes journalistes qui rentreraient dans les rédactions, des postes destinés à mettre à jour le site, le modérer etc…  Car pour le moment nous nous occupons de tout, en plus de la partie radio.

Groupe : La radio utilise donc internet comme un outil, mais penses-tu que dans quelques années, internet fera partie intégrante de la radio, c’est à dire que nous ne pourrions plus imaginer la radio sans internet ?

JPB : Déjà maintenant ce n’est presque plus possible pour certains, mais il y a des web radios qui se créent, qui commencent à tenir la route. Il n’y a pas d’émetteurs radios, c’est très intéressant, cela prouve que nous pouvons travailler de manière différente. Donc effectivement je pense que nous pouvons encore évoluer.

Groupe : De toute façon, à la vitesse ou vont les choses actuellement, il faut s’adapter aux dépens de certaines conceptions que l’on peut se faire de la radio.

JPB : Oui, je pense que l’adaptation va se faire avec douleur, parfois avec des trucs géniaux. C’est une période de transition qui est très intéressante. Je n’ai rien vu pour le moment de fondamentalement nouveau, mais dans les prochaines années, avec les nouvelles générations comme la votre, il y a des choses très sympas qui vont pouvoir se faire. Mais la question que je me pose toujours avec ces nouvelles technologies, c’est le coût en énergie, en pollution… Car pour faire marcher toutes ces machines, tous ces ordinateurs, ces réseaux… Il faut beaucoup de courant. Dans ce domaine, il y a également une évolution à apporter.

Groupe : Oui c’est évident. Pour changer de sujet, à propos de l’international, car c’est aussi cela qui nous intéresse, on a question « technique » : est-ce que lorsque vous allez à l’étranger, vous écrivez les faits sur le moment à chaud ou tu vois ce qui se passe et c’est le soir en rentrant que vous vous mettez à écrire ?

JPB : Cela dépend, lorsque je suis parti en Roumanie, je téléphonais tous les jours pour rendre compte de la situation « au jour j », et en parallèle je faisais des interviews et des reportages que j’ai rapportés et que j’ai pris le temps de monter derrière. C’est plus un travail ou tu prends le temps de travailler le fond, la forme, d’aller voir les gens… Après que ce soit en local ou en international, c’est la même chose. Tu vas sur une actualité chaude, tu écris tout de suite un papier et tu le balances aussitôt.

Groupe : Donc pour toi le « balancer » c’est le dire à la radio ?

JPB : Oui, j’appelle ma radio, on me passe à la radio et je lis les bribes que je viens d’écrire, avec une partie improvisée. Petite remarque, faire de l’international ne signifie pas forcément partir à l’étranger… Petit exemple, j’étais à Nice, il y avait une colonie de vacances de petits Libanais, j’ai fait un reportage sur eux, c’était lors de la guerre du Liban, c’est passé sur Radio France International, c’est donc devenu un reportage international et des gens du Liban m’ont téléphoné pour dire que c’était super car ils avaient entendu leurs enfants.

Groupe : Ah d’accord, donc l’international peut aussi se faire de l’intérieur.

JPB : Exactement, tu peux faire une pige pour la BBC car il y a un événement qui va les intéresser ici. Après pour parler de l’international, il y a les envoyés spéciaux permanents, leur rédaction leurs paient un appartement ou ils ont un petit studio d’enregistrement, tous les matins ils ont une réunion avec leurs collègues et leur chef mais par téléphone et ils vont couvrir toutes sortes d’évènement, que le chef va bien sur décider de diffuser ou non et va dire ce qui est le mieux ou pas. Donc il se peut qu’il y ait des jours ou il ne fait rien car rien ne se passe d’assez important pour le diffuser en France.

Et il y a les envoyés spéciaux pas permanents, par exemple en ce moment aux Philippines il n’y a que des envoyés spéciaux, beaucoup de rédactions en ont envoyés. Celui ci d’envoyé spécial, il vit chez lui, dans son pays. Le matin il va tranquillement être chez lui, mais au lieu d’aller prendre l’apéro, on lui dit à la dernière minute qu’il doit partir d’urgence aux Philippines. Il a tout ce qu’il faut dans son tiroir, on lui file du cash et il part. Et le soir il est aux Philippines au lieu de rentrer chez lui comme c’était prévu le matin même.

Il faut aimer toujours être sur le départ, mais l’autre chose importante à souligner, c’est que ce sont des gens qui sont pratiquement tout le temps sur les points chauds, c’est à dire les mauvaises nouvelles : les morts, les drames, les catastrophes naturelles…

Comme type de journaliste il y a aussi les indépendants, ils s’installent dans un pays et  appellent des rédactions pour dire qu’ils sont présents si les rédactions ont besoin de lui lors d’évènement particulier. Donc il est payé à la pige.

Groupe : D’accord, pour finir, nous aimerions revenir sur un sujet que nous avons déjà traité : que penses tu des journaux télévisés qui utilisent en gros titres « le beau temps » par exemple, en montrant que tout le monde est content… Et le pire, c’est que tous les journaux télévisés vont titrer la même chose. Donc penses tu que c’est de la vraie information ?

JPB : Ça m’agace prodigieusement, je pense surtout que c’est un processus de décérébralisation. Pourquoi pas traiter ce sujet, mais dire que tout le monde est heureux de la chaleur lorsque il fait 43° et que les terres sont sèches, je ne trouve pas ça malin. On peut en parler, dans la météo, mais de la à ouvrir le journal dessus… S’interroger dessus en se demandant les conséquences que cela pourrait avoir sur les vendanges, si va ça décaler les orages cévenols, dire que l’on est dans un décalage climatique par rapport aux 15 dernières années, etc. c’est une bonne idée. Mais le reste du pipot… Si le journal dure 25 minutes et que tu consacres 7 minutes à ce thème, tu ne peux pas te consacrer à des informations plus importantes ou des enquêtes… Mais c’est ce que ma rédaction me demande de faire. Mais moi si j’ai signé dans une radio locale du service public c’est essentiellement car je pouvais être loin de la maison maire à Paris. Il n’y avait que le téléphone et le minitel pour communiquer. Donc si tu restais tranquille et qu’on ne t’entendait pas à Paris, tu pouvais faire ton petit truc en toute conscience et honnêteté. Aujourd’hui les liens sont plus serrés avec internet et intranet, à Paris ils ont la main sur mon ordinateur, donc ils peuvent m’envoyer de plus en plus d’informations. Il y a des étapes intermédiaires qui ont été crées avec des directions régionales et des maillages plus forts. On me demande de mettre du « gras » ou de la « gourmandise » pour que ce soit sympathique… Donc c’est ça : parler de la météo, dire que c’est formidable… Mais avec ça, j’ai du mal, car pour moi ce n’est pas un vrai boulot de journaliste.

Groupe : D’ou la question du vrai journaliste…

JPB : Un journaliste doit donner des éléments de réflexion, le truc c’est que maintenant on nous en donne de moins en moins…

Groupe : Ce qui est choquant, c’est la différence qu’il y a entre le journal télévisé d’Arte par exemple, et celui de TF1. Celui d’Arte est très riche, rempli d’informations importantes, mondiales mais surtout chaque soir. En comparaison à celui de TF1 qui est… vide !

JPB : Absolument, ils donnent de l’information internationale mais pas vu que du point de vu français comme TF1 le fait, car les journaux télévisés de ces chaînes ne s’intéressent qu’à une partie du monde.

Groupe : c’est vrai que lorsque l’on regarde le journal on a l’impression d’assister à une discussion entre deux mamies sur un banc.

JPB : C’est exactement ce qu’on nous demande de faire. On nous demande de vider le sois disant répondeur de l’information où les gens téléphonent pour dire tout et n’importe quoi. Il faut qu’on l’écoute, qu’on en fasse des montages et de le présenter à l’antenne. Donc ils s’écoutent eux mêmes, ils sont très contents, mais à part ça je trouve que c’est du populisme… Que les gens donnent leur avis, c’est très bien, mais notre boulot c’est de leur donner des éléments de réflexion pour qu’ils donnent leur avis après avoir été éclairé. La, ça n’est pas ça.

Groupe : Leur avis fait l’information…

JPB : Voilà, mais moi je me fous de ce que pense Paulette du quartier X, qu’elle soit choquée car une Mamie s’est faite agressée, je suis tout à fait d’accord avec elle. Mais ça n’a rien à faire dans le journal. D’autant plus, parfois ils se basent sur des rumeurs. Et maintenant notre boulot c’est ça, des notes de services passent pour nous l’ordonner.

C’est pas mon boulot…

Groupe : C’est évident… Si  nous avons bien compris, le journalisme qui est donc parfois mal en point comme nous l’avons vu,  doit  évoluer mais doit surtout s’en donner les moyens.

JPB : Voilà, c’est cela pour faire court.

Groupe : Merci beaucoup de nous avoir accordé tout ce temps. Nous t’enverrons par mail la retranscription comme prévu !

JPB : Ce fut avec plaisir !

L’interview se termine alors, dans une ambiance détendue. La discussion continue quelques minutes autour des sujets évoqués, il fait nuit dehors, il est 18h30, nous remercions JPB encore une fois en partant, réjouis par cet entretien qui s’est bien déroulé.

Interview réalisée par Antoine Kopp, Morgan Levesque et Pierre-Luc Maron. (groupe 4 de MDT)

ENTRETIEN AVEC LA JOURNALISTE CLAIRISABELLE VAUCONSANT

mercredi 23 novembre 2011

Gazette nimes

Interviewée : ClairIsabelle Vauconsant

Profession : Journaliste

Entreprise : La Gazette de Nîmes, localisée à Nîmes

L’entretien se déroule le vendredi 11 novembre, jour férié. Par conséquent ce dernier a lieu au domicile de la journaliste, dans le centre-ville de Nîmes. Il est 15h lorsque nous nous rendons sur les lieux de l’entretien qui a duré près d’une heure. Nous poserons tour à tour des questions, sans, bien sûr, avoir défini d’ordre au préalable. Chacun pose la question qui lui vient à l’esprit, et afin d’enregistrer la conversation, nous utilisons un téléphone portable. De plus Coline note les réponses de l’interviewée.

Bonjour Mme. Vauconsant, nous venons afin d’effectuer un entretien dans le cadre de nos études ; nous sommes en première année d’information-communication et aimerions obtenir les réponses à nos questions quant au métier de journaliste, qui nous attire tous les trois énormément. Par ailleurs nous aimerions vous filmer, êtes-vous d’accord ?

Euh.. Oui oui je suis d’accord mais c’est quelque chose qui ne se fait pas dans la presse papier, à part les interviews qui traitent du domaine médical. En effet ce n’est pas rare que ma collègue s’occupant du médical filme ses entretiens.

Merci de cette précision, dans ce cas on ne fera que vous enregistrer. Pour commencer, pouvez-vous nous présenter l’entreprise dans laquelle vous travaillez ?

Donc je suis journaliste à la Gazette de Nîmes, un hebdomadaire régional présent depuis 1999. C’est-à-dire que nous traitons exclusivement de l’information de la région et de ses alentours. Par exemple si quelque chose se passe à Marseille, nous consacrerons une rubrique à l’évènement. Après, concernant la structure interne, notre équipe se compose de treize membres permanents, et d’autres. Elle comprend donc un rédacteur en chef, une rédactrice en chef adjointe, cinq journalistes, ainsi que deux photographes et une secrétaire. Ensuite nous travaillons avec trois chargés de communication en publicité.

Et dans cet organigramme quelle est votre place ? De quoi vous occupez-vous ?

Je m’occupe du domaine culturel, qui comprend les rubriques « sorties », « spectacle régional », « que faire ce weekend ? », « l’agenda », « bientôt sur scène », « cinéma », « les conviviales gratuites », et enfin « les balades ».

D’accord. Vous nous avez précédemment parlé d’actualités régionales, mais comment la Gazette de Nîmes aborde-t-elle les évènements nationaux et internationaux ?

Bien que la Gazette s’intéresse aux évènements régionaux, elle ne peut pas faire abstraction de certains évènements internationaux comme les attentats du 11 septembre 2001 par exemple, qui se sont quand même déroulés loin de la région. On a donc tenté de le rapprocher de nous en imaginant ce qu’il se passerait si un avion s’écrasait sur Marcoul, la centrale nucléaire la plus proche. Il faut toujours raccrocher l’actualité à la région. Dans le journalisme, c’est ce que l’on appelle un angle, c’est la manière dont le journaliste aborde l’information.

Selon vous en quoi est-il différent de travailler pour un journal dans lequel il faut constamment rattacher l’actualité à la région plutôt que pour un autre ?

Pour moi cet exercice est plus facile car les informations à traiter sont tellement nombreuses et vastes qu’il est pour nous plus simple de les trier et de les adapter à l’angle choisi par le journal, ainsi qu’au lectorat.

D’ailleurs à quel public vous adressez-vous ?

Selon les études qui ont été menées, notre lectorat se constitue des « 30-60 ans », plutôt des professions libérales c’est-à-dire des avocats, médecins, ingénieurs etc..

Maintenant que nous connaissons un peu mieux l’entreprise dans laquelle vous travaillez, pourriez-vous nous décrire votre métier de journaliste au quotidien ?

Il n’y a pas de journée type, chaque jour est différent. Je vais plutôt vous expliquer une semaine à la Gazette. Le journal paraît le jeudi, donc notre semaine commence le jeudi matin par une réunion qui dure entre deux et trois heures. Chaque journaliste présente alors les sujets préparés la veille concernant l’actualité de la semaine à venir et le rédacteur en chef donne son accord ou non. Ensuite jusqu’au lundi on récolte l’information et on prépare nos articles. Le lundi, le mardi et le mercredi matin sont consacrés au bouclage, le rythme de travail est alors beaucoup plus soutenu. Mais il faut savoir qu’on n’est pas journaliste de 8h à 18h30, c’est une manière d’être. La curiosité ça ne s’apprend pas.

En parlant de curiosité, pensez-vous que c’est une qualité indispensable chez un journaliste ?

Oui bien sûr. Tout comme l’ouverture d’esprit. Je vais vous donner un exemple ; j’ai croisé il y a quelques semaines un clown dans la rue et je me suis intéressée à son numéro. Nous avons ensuite discuté, et j’ai appris qu’elle travaillait dans une association qui intervient dans le but de divertir les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Cependant je n’ai toujours pas réussi à obtenir l’accord de mon rédacteur en chef pour publier un article à son sujet. Mais j’ai ma petite idée pour y arriver ! (rires)

Et comment comptez-vous faire ?!

J’ai pensé à passer par la rédactrice en chef adjointe… ! (rires)

Mais nous imaginons que vous utilisez quand même d’autres outils afin de recueillir l’information…

Oui bien sûr. Nous faisons des interviews, nous nous servons d’Internet et utilisons aussi la bibliothèque. Je me sers aussi beaucoup d’autres journaux culturels. Et puis j’échange énormément avec mon rédacteur en chef et avec des connaissances de la région travaillant dans le milieu culturel.

D’après vous, le capital social fait-il le bon journaliste ?

Evidemment. Cela permet d’obtenir des interviews beaucoup plus facilement, ainsi que des informations, par exemple je collabore avec des personnes travaillant dans le milieu culturel  qui me transmettent l’information quand elles en ont. Il m’arrive également de donner des places de spectacle à des collaborateurs qui en échange me transmettent un retour sur l’évènement. Mais il est vrai que quand je suis revenue à Nîmes en 1999, c’était beaucoup plus compliqué. J’ai dû reconstruire un réseau professionnel.

En effet nous savons que vous avez habité et travaillé à l’étranger, pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel ?

A la base, j’ai une formation de musicienne classique, spécialisée dans la musique de Bartok, un compositeur et pianiste hongrois. Lorsque j’habitais à Budapest, on m’a proposé de faire des articles pour un mensuel de musique hongrois. C’est en parlant de ma passion que j’ai débuté dans le journalisme. Ensuite je suis partie habiter au Canada, où j’ai fait mes premiers pas à la radio, « radio latina », puisque c’était la grande époque des radios libres. Puis je suis revenue vivre en France, au même moment que la création de la Gazette de Nîmes, qui recrutait. J’ai alors postulé et c’est comme ça que je suis devenue la journaliste culturelle de la Gazette de Nîmes.

On remarque que vous n’avez pas fait d’études de journalisme, diriez-vous que cela a plutôt été un atout ou un handicap ?

A l’époque, je ne pensais pas du tout devenir journaliste, cela s’est fait de fil en aiguille. Ce qui est important pour moi est d’écrire sur des sujets qui m’intéressent. Cependant si vous comptez devenir journaliste polyvalent, je vous conseille une école de journalisme.

Justement en parlant de votre carrière, envisagez-vous une ascension professionnelle ou préférez-vous le poste que vous occupez actuellement ?

Non je ne ressens pas ce besoin. J’aime ma région, je m’y épanouis dans ma vie comme dans mon travail.

Pour quelle(s) raison(s) le fait de travailler dans un grand journal, donc une grande ville, ne vous attire-t-il pas ?

Travailler dans une petite équipe est quelque chose de beaucoup plus convivial, chaque membre a son importance et tout le monde se connaît. Et puis la façon de travailler n’est pas la même, tout comme les mentalités. Par exemple je n’aimerais pas travailler à la Gazette de Montpelier, qui est une structure beaucoup plus importante.

Maintenant que nous en savons plus sur votre métier, nous aimerions connaître les aspects de votre profession que vous appréciez le moins.

Tout d’abord je n’ai pas pu bénéficier de formation pour l’écriture culturelle car cela n’existe pas. De plus le domaine de la culture nécessite de belles photos, ce qui est difficile à la Gazette de Nîmes car nous ne disposons que de deux photographes et que le temps nous manque. Et puis il ne faut pas faire ce métier pour l’argent. Pour tout vous dire, en plus de ma profession, je donne des cours de piano. Ce qui fait que finalement, un journaliste n’a pas beaucoup de temps pour lui.

Merci pour vos réponses Mme. Vauconsant. Pour synthétiser et revenir une dernière fois sur ce que vous nous avez dit : Vous nous avez présenté l’entreprise dans laquelle vous travaillez et décrit votre métier, le poste que vous occupez, puis vous nous avez expliqué vos différentes méthodes de travail. Dans un second temps nous avons vu ensemble votre parcours professionnel et les différentes activités que vous avez pu exercer. Enfin vous nous avez fait part des points négatifs du métier de journaliste, puis vous nous avez donné quelques conseils pour réussir dans cette voie.

Oui tout à fait.

De toute façon nous avons pour consigne de vous envoyer la retranscription de l’interview avant de la publier sur le blog de l’université, donc ce sera fait.

Ca non plus, c’est quelque chose qui ne se fait pas en journalisme. Quand une personne accepte d’être interviewée, elle doit assumer ses paroles. Mais envoyez-moi l’entretien si vous le souhaitez.

D’accord, ce sera fait. Merci de nous avoir accordé de votre temps et de nous avoir appris tant de choses en si peu de temps.

Ce fut avec plaisir. Si vous avez besoin de plus de précisions, n’hésitez pas à me contacter.

[Prise de congé]

Coline REPOLT – Maïlys PAILLARD – Ghislain CORREA

Interview de Luc CRESPON LHERISSON, journaliste au MIDI LIBRE à Mende.

mardi 22 novembre 2011

Entretien avec un professionnel de la communication

Entretien effectué par Sarah Alméras, Benjamin Caux, et Manon Zampiello

Le 05/11/2011 à Mende

Objet : Interview de Luc CRESPON LHERISSON, journaliste au MIDI LIBRE à Mende.

Durée : 50 minutes

Etudiant : « Alors bonjour, je me présente je suis Benjamin Caux. »

Etudiant : « Sarah Almeras »

Etudiant : « Manon Zampiello »

Etudiants : « Nous sommes des étudiants en info-com à Paul Valéry et nous avons comme objectif, ce matin d’interviewer un professionnel de la communication. Donc euh, on va vous poser quelques questions concernant votre profession. Par contre, pour commencer, on a besoin de quelques permissions. A savoir, votre accord pour pouvoir retranscrire l’interview sur un blog, et si on peut notamment y faire figurer une photo de vous, votre nom, votre prénom… »

L.C.L: « Oui, pas de problème ». (Hochement de tête en signe d’approbation)

Etudiants : (gestes qui accompagnent la parole) « Et je vais vous demander si vous disposez bien de 45 minutes pour pouvoir effectuer cet entretien ? »

L.C.L: « Moi il n’y a pas de souci. » (Sourire)

Etudiants : « Je tiens à vous préciser aussi que nous vous remettrons cet entretien en main propre, sur papier écrit, avant qu’il soit publié sur le blog et avant qu’il soit rendu en classe. »

L.C.L : « D’accord ! »

Etudiants : « Et que vos demandes de modifications seront prises en compte. »

L.C.L : « D’accord. »

Etudiants : « Très bien, bon alors je vais commencer par vous poser quelques questions sur votre parcours, et vos études. Tout d’abord, nous aimerions savoir si le journalisme a toujours été votre objectif ? »

L.C.L : « Oui depuis que je suis petit, enfin depuis il y a une dizaine d’année je pense, c’est vraiment ce que je voulais faire. Enfin à la base, c’était plus le journalisme sportif mais finalement c’est bien de pouvoir tout faire aussi… »

Etudiants : « Mais la presse écrite est toujours restée votre choix ? »

L.C.L : « Euh, plutôt oui. Plutôt un choix euh, en fait c’était d’abord une opportunité parce que moi je connaissais des gens qui travaillaient au Midi Libre et ça a était plus facile au départ pour trouver des premiers euh stages ou pour commencer à mettre le pied dans le métier mais c’est aussi le média dans lequel je suis le plus à l’aise. »

Etudiant : « Et quelles autres expériences avez vous eu avant d’entrer au Midi Libre ? »

L.C .L : « J’ai fais de suite mon premier stage non rémunéré au Midi Libre et après j’ai commencé à travailler avec des petits boulots au Midi Libre, des petites tâches et euh après j’ai continué comme ça. »

Etudiants : « Je crois qu’au cours du métier on a des formations. Quelles ont été les vôtres ? »

L.C .L : « Euh oui, ouais enfin oui j’ai suivi quelques formations on a fait euh des stages, des formations concernant le droit de la presse, la photo, et après comme j’ai commencé comme rédacteur, j’ai suivi des formations en interne, qui étaient des formations secrétariat de rédaction des choses comme ça … »

Etudiants : « Laquelle avez vous préféré ? »

L.C.L : « J’ai bien aimé celle qu’on avait fait sur le droit de la presse notamment sur euh par rapport à

la justice, par rapport à ce qu’on a le droit d’écrire, pas le droit d’écrire … tout ce qui est présomption d’innocence, c’est toujours un peu compliqué de, euh (gestes d’auto contact ) notamment quand on fait des faits divers des choses comme ça, et c’est toujours bien de savoir à peu près ce qu’on a le droit de faire et ce qu’on a pas le droit de faire, finalement. »

Etudiants : « Justement alors qu’est ce qu’on n’a pas le droit de faire ? »

L.C.L : « Beaucoup de choses ! Euh notamment euh (moment d’hésitation) notamment par rapport à la présomption d’innocence, toujours quand même préciser que, quoi qu’on fasse quand on écrit sur des faits divers, des choses comme ça, il faut, il faut toujours avoir ça à l’esprit et faire très attention toujours à ce qu’on écrit même si, même si la presse écrite est plutôt bien protégée en matière de diffamation, des choses comme ça. Il y a quand même beaucoup de systèmes qui font que la presse écrite est bien protégée à ce niveau la, mais ça n’empêche pas qu’il faut faire très attention quand même bien sûr. »

Etudiants : « C’est un métier qui a l’air vraiment intéressant mais alors comment y accéder ? Quelles études avez vous suivi vous par exemple ? »

L.C.L : « Euh, moi j’ai un bac littéraire et euh ensuite, ensuite, ensuite j’ai fais un BTS communication euh et après euh j’ai essayé de faire des écoles de journalisme mais ça ne m’a pas vraiment réussi. J’ai essayé d’aller à la fac mais j’ai pas trop réussi non plus, j’ai étudié précisément à Paul Valéry et voilà. Et après j’ai commencé à travailler euh 2, 3 ans après mon BTS en fait. »

Etudiants : « Ah d’accord. Donc au vu de votre parcours, peut-on penser que le diplôme qu’on obtient en sortant d’une école de journalisme n’est pas nécessairement indispensable pour accéder au métier ? »

L.C.L : « Alors euh, aujourd’hui si. Euh aujourd’hui oui parce que euh ça n’a pas toujours été le cas, moi quand j’ai commencé c’était pas nécessairement un blocage. Beaucoup de gens avec qui j’ai travaillé n’ont pas fait d’école de journalisme ou avait fait euh autre chose avant de, avant de travailler dans le journalisme. Mais aujourd’hui c’est indispensable oui. »

Etudiants : « Ah oui d’accord. Donc vous dites qu’aujourd’hui le diplôme est indispensable mais est ce qu’une fois qu’on sort de cette école on peut être sûr de trouver quelque chose ? »

L.C.L : « Euh… (Appui son dos, croise ses bras) non, sûr non. Enfin quand on sort d’une école on a déjà des atouts par rapport à quelqu’un qui n’as pas fait d’écoles de journalisme, mais euh aujourd’hui il y a beaucoup de euh, beaucoup de jeunes qui sortent d’école qui beh qui ne trouvent pas nécessairement directement un poste en CDI, beaucoup passent par euh par des… »

Etudiants : « Par des CDD ? »

L.C.L : (signe d’approbation) « Oui voila, des CDD plus ou moins long et, après beaucoup aussi font des piges. »

Etudiants : « Donc aujourd’hui les piges seraient un bon tremplin pour accéder au métier ? »

L.C.L : « C’est à dire que, en fonction de… beh ils vendent des articles à plusieurs canards, à plusieurs journaux et aujourd’hui ça se passe comme ça parce que il y a… Enfin notamment en presse écrite, parce que c’est le milieu que je connais le plus quoi. »

Etudiants: « Avant, un BTS communication suffisait pour faire du journalisme? »

L.C.L : « Non en fait euh ce qu’il faut savoir c’est que beaucoup d’écoles demandaient un bac +2 pour rentrer donc moi je me suis dis que la fac ca pouvait être compliqué parce que moi je me connais un peu et voilà, donc c’était un peu plus compliqué. Le BTS communication c’était un peu une façon de commencer à rentrer dans le métier, enfin pas dans le métier directement mais dans le secteur de la com’. Donc il fallait un bac +2 pour pouvoir passer la plupart des écoles donc moi j’ai fait ça et après j’ai un peu raté le concours des écoles ».

Etudiants : « Donc de nos jours le BTS communication ne suffit pas ? »

L.C.L : « Alors de nos jours c’est un peu plus compliqué, parce que je crois que les journaux, les médias en fait font beaucoup plus attention aux diplômes quand ils engagent quelqu’un . C’est, euh, enfin je crois que avant, moi je connais beaucoup de gens qui venaient de domaines différents qui avaient fait d’autres métiers avant qui avait fait instit’ euh, je connais plein de gens avec des parcours très différents alors qu’aujourd’hui la plupart du temps, on rencontre beaucoup de gens qui dans les nouvelles générations, sortent d’écoles de journalisme en fait et qui ont fait que ça quoi. Donc ce qui fait que je pense aujourd’hui qu’il y a quand même beaucoup de … il y a aussi beaucoup de monde et il y a probablement de moins en moins de places enfin je parle dans les médias traditionnel hein la presse écrite, la télé, la radio, euh  et je crois qu’aujourd’hui euh les médias font, enfin les gens qui embauchent font beaucoup plus attention justement au fait que les gens aient fait des écoles. »

Etudiants : « Mais pour entrer dans une école de journalisme il ne faut pas un bac +3 ? »

L.C.L: « Euh ouais mais moi c’était il y a 15 ans (sourire ) Donc, euh non il y en a qui, il y a des écoles où on peut entrer avec bac +2 mais c’est vrai qu’aujourd’hui la plupart c’est bac +3 c’est, euh voilà bac +2 ou bac +3 mais euh, généralement il faut bac +3. Après moi, la reforme de l’université n’était pas encore passé par là, donc nous, on pouvait sortir de l’université avec bac +2, avec juste un DEUG alors qu’aujourd’hui, vous devez sortir avec bac +3 en fait, c’est obligatoirement la licence, master, doctorat tout ça… »

Etudiants : « Oui c’est ça ! » (Gestes d’approbation)

L.C.L : « Nous il y avait l’état bac +2 il y avait ça aussi… »

Etudiants : « Ah oui d’accord, y’a t-il des écoles beaucoup plus reconnues que d’autres qui pourraient nous permettre d’entrer plus facilement dans le métier ? »

L.C.L: « Alors, euh, oui il y a euh, d’abord il y a deux types d’écoles : il y a les écoles qui sont, euh reconnues et des écoles qui ne sont pas reconnues. Alors parmi les écoles reconnues, il y en a qui sont plus « cotées » que d’autres quoi, comme partout hein. Par exemple, l’ESJ à Lille, qui est considérée comme la plus grande école de France, le CUEJ qui est à Strasbourg, euh il y a aussi le CFJ à Paris qui étaient les trois plus « cotées » en fait. Après, toutes les écoles reconnues se valent à quelque chose près mais après, aujourd’hui, les écoles non reconnues, c’est pas le coté déterminant d’une sélection quoi, enfin c’est pas parce que l’école est reconnue ou pas reconnue qui va faire la différence, je pense que après, c’est aussi des questions de feeling et d’opportunité. »

Etudiants : « Et en ce qui concerne les DUT, par exemple, j’avais été intéressé par celui de Lannion qui avait une option journalisme ? »

L.C.L : « Oui celui de Lannion est reconnu et est plutôt bien reconnu. Je connais pas mal de gens qui sont sortis du DUT de Lannion … »

Etudiants : « Et quand on sort de ces DUT, faut-il suivre une licence pro après ou y-a t-il possibilité d’entrer directement dans le métier ? »

L.C.L: « Non. Il y a possibilité de rentrer direct dans le métier oui. »

Etudiants : « Donc au bout de 2 ans, si tout se passe bien, on peut espérer trouver un emploi ? »

L.C.L : « Oui… Mais euh, moi je connais beaucoup de gens qui, avant de faire ça, ont fait autre chose aussi. »

Etudiants : « Ah, donc vous voulez dire qu’on a toujours possibilité d’y entrer plus tard ? »

L.C.L : (signe d’approbation) « Voilà exactement. Parce qu’il y a aussi, je crois que c’est à Lannion, possibilité de le faire en un an quand on arrive avec un bac +3, il y a possibilité de rentrer directement, de faire qu’une année spéciale et de la faire en un an au lieu de deux. »

Etudiants : «D’accord, et il me semble que ce sont des DUT également sur concours. Savez vous s’ils sont  plus difficiles ou moins que pour les écoles de journalisme ? »

L.C.L : « C’est à peu près pareil, mais après, chaque écoles de journalisme à ses propres concours, donc euh moi j’en ai fais pas mal, et euh c’est assez varié ; Il y a vraiment beaucoup de différence, bon il y a toujours une base, il y a toujours deux questions d’actualités euh, il y a toujours ces bases la, mais après il y a, y’a pas mal de variance selon les concours. Je crois qu’après ca peut dépendre aussi du nombre de candidats (gestes d’auto contacts, tripote un stylo) Moi je me rappelle, à Lille, quand j’ai passé le concours, on devait être euh on devait être, 1000-1200 je crois en tout à passer le concours, pour 30-40 places, voila donc il y a un écrit et après un oral. »

Etudiants : « Et, c’est des concours centrés plutôt sur de la culture générale ou c’est des matières comme l’anglais, l’histoire etc… ?»

L.C.L : (gestes d’auto contact, mains soutenant le menton) « Il y a de tout, il y a de la culture G, il y a euh de la connaissance de l’actualité, beaucoup (gestes qui accompagnent la parole). Alors, des fois, c’est des questions toutes bêtes, comme « qui a remporté les élections régionales en Allemagne ? », euh, où des choses comme ça, ça peut être très varié. Après il y a de l’anglais souvent, ou de l’espagnol, et après des bases journalistiques aussi, qui sont soit de euh… Moi je me souviens en fait, d’épreuves qui demandaient de, de construire un sujet sans l’écrire, on nous donné un sujet et euh, il fallait choisir un plan en fait, comment on allait bâtir son article ? Quelles personnes contacter ? Des choses comme ça, et euh, ou faire des résumés de textes, qui sont en fait des condenses de textes, par exemple un grand papier de deux pages, on devait faire des dépêches de 100 mots ou des choses comme ça quoi.

Etudiants : « On a parlé d’anglais, de nos jours, dans ce métier être bilingue c’est nécessaire ou non ? »

L.C.L : « Euh… C’est un plus, mais je ne pense pas que ce soit vraiment nécessaire. »

Etudiants : « D’accord, donc euh, maintenant, on va un peu s’orienter sur votre métier en général. Pour commencer, quel est l’organisation de travail au midi libre ? »

L.C.L : (gestes d’auto contact) « Alors euh…, c’est-à-dire ? »

Etudiants (gestes qui accompagnent la parole) «  Par exemple, est ce que les sujets d’articles, on vous les impose, est-ce vous qui les proposés ? Est-ce que c’est un peu des deux ? »

L.C.L : (gestes qui accompagnent la parole) « Alors, imposer ? Non … En fait donc on a tous les jours des conférences de rédactions. Enfin euh, on fonctionne avec deux choses, donc bon on a le programme, l’agenda du jour avec tout ce qui est au programme dessus, ce peut-être des conférences de presse euh, des… des cérémonies comme hier celle du 11 Novembre, des choses comme ça, des rendez vous, des conférences de presse du préfet euh… toutes ces choses la. Après on a les sujets qu’on peut avoir par nous même. C’est-à-dire que nous, si on est au courant qu’il y a un problème comme récemment au centre équestre euh, ils ne font pas une conférence de presse mais euh, mais voila, donc y’a aussi ce type la de sujets. Donc nous on en débat tous les matins en conférence de rédaction, savoir un peu quels sujets on va traiter, euh, qui fait quoi ? Qu’est ce qu’on met dans le journal. Donc on a un grand tableau dans lequel on a euh, dessiné des pages du journal du lendemain, (gestes qui accompagnent la parole) on met les emplacements des pubs en fait, et après faut remplir, donc, donc, c’est la qu’on décide un peu tous les sujets à traiter par rapport à l’agenda, par rapport aux sujets sur lesquels on travaille. Il peut arriver qu’on est un sujet qu’il ne soit pas prêt, donc on change, donc voila ça se passe comme ça. Après il n’y a pas vraiment de sujet imposés euh… Généralement on voit ça en concertation, après il y a forcément des trucs qu’on ne va pas pouvoir passer a coté, comme la conférence du préfet, un bilan de la délinquance dans le département c’est compliqué de passer à coté, donc on va y aller, mais rien n’est réellement imposés. »

Etudiants : (gestes d’auto contact avec les mains) « Et c’est donc au cours de cette première conférence, que vous vous départagez le travail de la journée ? »

L.C.L : « Exactement, c’est comme ça que l’on va dire qui fait quoi, qui va à tels ou tels rendez vous. (Gestes qui accompagnent la parole) Sachant que c’est toujours pareil, ça peut très bien varier. C’est-à-dire qu’on peut toujours partir sur euh une conférence de presse , un rendez vous qui à l’air super intéressant, puis finalement ce retrouver avec un sujet peu, ou pas intéressant du tout, donc faut pouvoir aussi dans la journée changer son fusil d’épaule et changer de sujet. Des fois, il y a des euh, des fois il y a des sujets qui tombent à l’eau aussi parce qu’on a un rendez-vous qui s’est annulé  donc en fait c’est une perpétuelle euh, une perpétuelle évolution en fait le journal que l’on va caler le matin ce n’est pas nécessairement celui que l’on va retrouver le soir. »

Etudiants : « Donc tout peut changer au cours de la journée »

L.C.L : « Voila tout peut changer au cours de la journée, il suffit qu’il y ait un gros fait divers on change tout euh, on refait tout. Voila si, et ça peut arriver, d’ailleurs c’est arrivé que l’on change tout à 19h. Il arrive qu’au journal on éteigne l’ordinateur et euh, le téléphone sonne et c’est un incendie un accident de la route ou autre. »

Etudiants : « Et justement, comment vous repérez et vous vérifiez la fiabilité de l’information ? »

L.C.L : «Euh… Alors la vérification, ça, c’est la base. Quand on a une information euh quel que soit le moyen par lequel on l’obtient, soit c’est quelqu’un qui nous en a parlé euh, soit on l’a vu quelque part (gestes qui accompagnent la parole), voila, si on entend parler de quelque chose il faut toujours vérifier au moins au près de 3 ou 4 personnes. Si c’est par exemple un problème euh avec une association, on va directement appeler le responsable de l’association, il y a toujours pas mal de façon de vérifier, donc euh c’est la base, on ne peut pas écrire quelque chose sans l’avoir véritablement vérifié »

Etudiants : « Donc vous appelez toujours une personne qui est concernée par le sujet pour s’assurer que… »

L.C.L : «  Voila, pour avoir une confirmation, ou pas. Voila euh, après ca va dépendre de la source que l’on a aussi, si la source est vraiment fiable et sure de ce qu’elle avance, c’est souvent plus facile. Par exemple si c’est pour un problème euh, si c’est une association, et qu’on nous répond « non, non je ne sais pas de quoi vous parler ». (Gestes qui accompagnent la parole) Si la source vient d’un « y parait que, j’ai entendu dire que », il faut trouver d’autres sources pour avoir de réels arguments. Quand on a vraiment une source sure c’est plus facile après d’avoir des arguments quand on est en face de quelqu’un qui nous dit « non, non j’en ai pas entendu parler » oui d’accord euh mais, monsieur mais enfin bon il y a quand même cinq personnes qui ont la même version, la personne va dire « oui bon d’accord vous êtes au courant ». Plus l’info à la base est sure et, et solide, plus c’est facile après pour la vérifier, pour la faire confier à quelqu’un. »

Etudiants : «Et donc dans le cas ou par exemple quelqu’un a un problème dans une association ou autre, il est en droit de demander à ce que ce ne soit pas divulguer ? »

L.C.L : « Oui bien sur il peut. Moi je peux vous demander de me donner 10 000 euros. »

Etudiants : « Oui, (rire). Et ça arrive souvent que vous ayez des informations, et en vérifiant il s’avère que euh, que ce soit faux ? »

L.C.L : « Ah oui ca arrive aussi. Ca arrive et soit c’est complètement faux, soit euh l’information n’est pas exacte. (Gestes d’auto contact) Ça arrive souvent hein euh, c’est d’ailleurs pour ça qu’il faut prendre le soin de bien vérifier. Par exemple il peut arriver qu’on nous dise « voila  un tel a été licencié euh parce qu’il a fait une faute grave et a piqué dans la caisse » et il s’avère en fait qu’un tel est partis, parce que euh… il a trouvé du travail ailleurs et que ca ne s’est pas forcément bien passé, mais il est partis normalement et voila. C’est toujours le… le… un peu la différence entre l’information à la base, et, et puis, plus il y a de personne entre l’information de base et, le journaliste plus à l’arriver l’information est déformée. Des fois ce n’est rien quoi, on croit que c’est un gros truc et au final c’est rien, ça arrive, c’est pour ça qu’il faut toujours bien euh bien… »

Etudiants : « Vérifier ? »

L.C.L : « Voila ! Vérifier la source à chaque fois. »

Etudiants : « Et par exemple pour avoir des faits divers, ou des choses comme ça, vous appelez certaines personnes parfois de vous-même ? Et si oui quelles personnes contactez-vous ? »

L.C.L(gestes d’accompagnements de la parole) « Tout ce qui est fait divers, tout du moins, notamment pour les faits divers, tous les soirs on a ce que l’on appelle la tournée, c’est-à-dire que tous les soirs on appelle, en gros les trois, les trois sources qui sont les gendarmes, les pompiers, et la police, et on nous dit ce qu’ils ont eux sur leur main courante. Aujourd’hui il y a eu telles ou telles choses, des sorties de routes, des malaises, euh, des trucs basiques. Et après euh, après par contre on a effectivement d’autres sources, ce peut être les pompiers qui eux même nous appelle pour les gros incendies, les gros accidents, euh, c’est eux même qui appelle sur les portables de la rédaction. Après, après tout le monde à ses informations seuls, que ce soit quelqu’un de la police de la gendarmerie, ou des personnes que l’on connaît tout simplement qui vont nous dire, voila je suis passé à tels endroit, il y a eu un accident, ca avait l’air grave… Donc après euh quand ce n’est pas des sources entre guillemets  officielles (gestes qui accompagnent la parole) , quand ce n’est pas les pompiers qui appellent, si c’est un de mes collègues qui ne travaille pas qui va me dire tiens, je viens de passer à hyper U, il y a eu un accident… euh, nous la première chose que l’on va faire c’est appeler les pompiers, savoir si effectivement c’est un accident, si c’est grave et peut être c’est rien, et c’est eux qui nous renseignent. »

Etudiants : « Et après ça, comment pouvez-vous savoir si l’information va être intéressante ou non ? »

L.C.L : « Beh, euh, en fait, on sait pas. C’est un peu…. Euh, Alors il ya l’habitude, de certains sujets, on sait que dans certains domaines on va trouver des informations intéressantes. Et puis des fois on ne sait pas, moi je me souviens d’être allé sur des conseils communautaires ou des conseils municipaux en me disant, ah y’a tels ou tels sujets ça peut-être intéressant, et en fait non pas du tout, du coup on perd une demi heure ou trois quart d’heure, pour rien et pourtant à la base quand je vois ce qu’il va y avoir sur l’ordre du jour ça m’a l’air intéressant. Et inversement il y a des événements qui nous paraissent pas intéressant du tout, et qui s’avèrent en fait, très intéressant à la sortie. Ca c’est toujours un peu… On voit un peu toujours quand on est sur place. »

Etudiants : « Et donc en parlant de ces informations, vous arrive t-il de devoir trier les informations parce que, je ne sais pas, par exemple vous avez un quota de page précis ? »

L.C.L : « Euh, alors en fait, il y a deux choses. La première c’est que euh, nous, faut savoir qu’on fait le journal… On est… C’est-à-dire qu’aujourd’hui nous sommes samedi, mes collègues vont demander la pagination du journal euh, de lundi. Donc pour savoir le nombre de pages que l’on va faire lundi, ils vont le décider samedi à 15h par exemple, ce qui fait que du coup on, on a toujours 24 heures de, de battements, et si il y a un gros truc en cours de route, on est un peu coincé par rapport à ça, c’est-à-dire qu’il va falloir un peu jongler avec. Si par exemple on sait que dimanche il n’y a pas une grosse actu, parce que, c’est dimanche euh, parce que il ne se passe pas grand-chose, ou parce qu’il n’y a rien au programme, nous par exemple on va prendre que trois pages, et si euh dimanche il se passe un gros truc il va falloir faire des choix, donc il y a des trucs qu’on ne va pas passer, des trucs qu’on va décaler (gestes qui accompagnent la parole). Après euh, ca s’est un premier problème, après il y a le nombre de sujets que l’on a en stock ou pas. Quand on a beaucoup de sujets en stock on prévoit, soit d’étaler sur la semaine quand il s’agit de sujets moins urgent, soit on prendra plus de pages, 5-6 pages un jour pour justement pouvoir passer tous les sujets que l’on a prévu. »

Etudiants : «  Et donc est ce que tout ce que vous faites, tout ce que vous écrivez, va passer par le siège de MIDI LIBRE qui se situe je crois à St Jean de Védas ? Ce que je veux demander en fait, c’est est ce que le siège va relire vos articles ? »

L.C.L(signe d’approbation) « A Saint Jean De Védas, exactement ! Alors les relire pour voir si il n’y a pas de fautes, ou pour contrôler ce que l’on écrit ? »

Etudiants : « Les deux. »

L.C.L: « Alors non. En fait euh… ya pas de contrôles en fait, on a un chef d’agence, qui est une chef d’agence en fait, on a un adjoint, tout ce qu’on écrit entre guillemets, c’est eux qui l’ont contrôlé, même si y a pas vraiment un contrôle. On est 6 à rédiger, il y a une relecture comme dans toutes les agences, il y a une relecture. Euh… C’est le secrétaire de rédaction qui relis, pour contrôler, d’une part, qu’il n’y a pas de fautes, pas d’erreurs, de grammaire d’orthographe tout ça. Et qui a un regard aussi sur les non-sens qu’on écrive bien ce qu’on doit dire (gestes d’accompagnement de la parole). C’est quelqu’un qui connaît aussi le contexte, quand on travaille sur un sujet, qui connaît ce qui se passe, qui connaît l’affaire, et qui est capable de dire : « ouais là, t’as écris que machin a dit ça, t’es sur que c’est lui qui l’a dit ? » Voilà pour vérifier ce qui est écrit. Euh… Après à Montpellier ya une deuxième relecture un peu plus grossière. Voir s’il n’y a pas d’énormes fautes dans un titre, dans une légende ou quelque chose comme ça. Sans rentrer dans les détails, s’il n’a pas oublié de mettre un filet autour de l’article (trait fin tracé sur le papier). Des choses comme ça. Euh… après il n’y a pas de contrôles sur quoi que ce soit d’écrit, pas de censure. Il peut y avoir, selon qui est rédacteur en chef, qui supervise l’ensemble de l’édition, qui, selon qui c’est, selon s’il a du temps ou pas, euh, qui regarde tout ce qui se passe un peu dans les éditions et après pour dire : « A en pied de C2 (c’est la deuxième page des actu locales du 1er cahier), est ce que ça vaudrais pas mieux,que tu le monte en tête de page ? (gestes d’accompagnement de la parole) Pour le mettre plus en avant » quelque chose comme ça. Qui pourrait nous dire aussi «  A votre sujet là on va le prendre en page région » Il nous donne une vision qu’il a plus large sur l’ensemble du journal. C’est plus là qu’il y a de la relecture. »

Etudiants: (gestes d’auto contact) « Et donc tout ce que vous faites vous et tous les autres c’est Montpellier qui met tout en commun avant l’impression ? »

L.C.L: « En fait ouais, on a un système de mise en page, et euh… nous les pages on les montes ici, et après au siège ils ont juste l’impression à faire. Ils impriment les plaques. »

Etudiants: « Quels secteurs Midi Libre prend en compte ? Quels départements ? »

L.C.L : « Alors euh… (Comptant sur ses doigts) Gard, Héraut, Lozère, Aveyron, Aude. Et au sein du groupe qui s’appelle « le groupe du Midi» ya aussi l’Indépendant qui s’occupe de l’Aude et des P.O, Pyrénées Orientales, et Centre Presse qui est sur le Nord Aveyron. »

Etudiants: « Ah, donc ils font partis de Midi Libre eux aussi ? »

L.C.L: « Euh, en fait, ils font partis groupe qui s’appelle « Les journaux du midi ». »

Etudiants: « Maintenant on va se focaliser sur les qualités requises pour faire votre métier. Pour commencer, on peut se demander « Est-ce qu’il y a un profil type du journaliste ? » Avec des qualités, des caractéristiques particulières que l’on peut demander à un journaliste lors de l’embauche par exemple. »

L.C.L: « Non, ya pas de « profil type » en fait, il y a juste des qualités à avoir. C’est juste être curieux, être à l’écoute, être un peu observateur. Heu… il y a pas qualité, il y a pas de « type » véritablement. »

Etudiants: « Il y a pas de qualités spécifiques, comme la polyvalence, par exemple ? Le besoin de polyvalence dans une entreprise comme Midi Libre ? »

L.C.L: « Si, si ! Oui, oui ! La polyvalence bien sûr, mais ça je pense que ça fait partie de beaucoup de métiers de la communication, savoir un peu tout faire. Mais oui, la polyvalence, l’adaptabilité, heu… être débrouillard, savoir s’adapter, surtout dans les petites agences. Parce que il n’y a pas que des petites agences, il y a aussi des grosses agences où le travail est beaucoup plus sectorisé. Ici en Lozère on peut faire du sport, du fait divers, de la politique, du social. Dans une grosse agence, si je fais du sport je ne ferais pas nécessairement du fait divers. »

Etudiants: « Qu’en est-il de l’impartialité quand on rédige un article ? »

L.C.L: « Mmm. » (geste d’auto contact, se touche le menton en réfléchissant) « C’est à dire ? »

Etudiants: « Est-ce que quand on rédige un article, on va dire politique ou autres, est ce qu’on peut prendre partis dans ce que l’interviewé dit, dans ce que les faits racontent ? Est ce qu’on peut dire ce qu’on pense ? Quelle vision on adopte ? »

L.C.L: « Alors, normalement, le journaliste il n’est pas là pour donner son avis. Normalement. Il est là pour raconter, raconter ce qu’il se passe. Ce qui fait que normalement il a un devoir d’impartialité. Euh… C’est pour ça que quand on fait les articles, on est tenus de donner la parole aux deux partis. Quand il y a deux partis en présence, on est tenus de donner la parole aux deux. Des fois y’en a qui ne veulent pas parler. »

Etudiants: « Est-ce que c’est difficile de suivre l’actualité en général ? »

L.C.L: « Non, après c’est un réflexe. C’est un réflexe, surtout aujourd’hui avec internet, le téléphone, les ordinateurs. Puis ça fait partit du métier aussi, quand on est journaliste, on doit s’intéresser à ce qui se passe, comment ça se passe, (gestes d’accompagnement de la parole) on va jeter un œil sur le journal, on va s’informer sur plein de trucs. Après ça devient un réflexe, si je vois dix personnes qui s’arrêtent dans la rue, je vais quand même aller voir dehors ce qui se passe ».

Etudiants: « Du coup il y a un lien avec la curiosité qu’il faut avoir. »

L.C.L: « Oui voilà ! Après comme j’ai dit ça devient un réflexe. »

Etudiants: « Est-ce que dans ce domaine-là la concurrence est rude ? Quand on interview quelqu’un, il faut être le premier présent pour avoir la meilleure info possible ? »

L.C.L : « Ici non. Honnêtement, ici heu… ya plusieurs média, la radio, les journaux. Ya pas vraiment de concurrence ici. Bon y’en a toujours une petite entre médias de presse écrite, quand l’autre sort un sujet avant nous ça fait toujours un peu râler mais ici pas trop. Moi j’ai travaillé en zone de concurrence, ouais heu… ça peut rapidement devenir assez compliqué. C’est un peu la course tout le temps sortir les sujets avant l’autre, avoir l’interview. Mais c’est intéressant. » (Gestes d’auto contact)

Etudiants : « Vous avez dit avoir travaillé en zone de concurrence, ou avez-vous travaillé en zone de concurrence ? »

L.C.L: « J’ai travaillé à Nîmes dans un hebdo c’était « La semaine de Nîmes » et j’étais en concurrence avec un autre hebdo qui s’appelait, et euh, qui s’appelle toujours « La gazette de Nîmes ».

Etudiants: « En tant que pigiste ? »

L.C.L: « Non. Et c’était mon premier contrat. Premier CDD, premier CDI derrière. »

Etudiants: « C’est dans les grandes agglomérations en général qu’il y a beaucoup de concurrence ? »

L.C.L: « Non pas obligatoirement. Ça peut être dans les grandes agglomérations, mais je crois par exemple que c’est sur Rodez, à Rodez ya heu… la Dépêche, Midi libre et Centre presse. Ya quand même 3 quotidiens alors que Rodez n’est pas à proprement parler une grande agglomération. Pas nécessairement, à Nîmes là où j’étais, à part les hebdos, on était deux hebdos sur le marché, ya pas une énorme concurrence sur le secteur. Je crois qu’il y a plus, mis à part les grosses agglomérations, et encore pas partout, de vrais grosses concurrences. »

Etudiants: (gestes d’accompagnement de la parole) « On a parlé de faits divers tout à l’heure, est ce qu’il y a un talent particulier pour détecter le potentiel d’une actualité ? Savoir si elle va faire la Une des journaux, si ça va être vendeur ? »

L.C.L : « Je crois pas que ce soit un talent. Après, euh… c’est une connaissance du journal, de ces lecteurs. On sait très bien qu’un fait divers ça fera vendre, quoi qu’il arrive, on sait très bien qu’un match de foot fera plus vendre qu’un match de hockey sur glace. Il suffit de bien connaitre son lectorat aussi. On sait très bien qu’un fait divers, tel qu’il soit on va le mettre en Une et on va gagner des lecteurs. Peut-être +1, +2, +3% pas grand-chose. C’est pas un talent, il suffit juste de bien connaitre son édition, bien connaitre son lecteur, et heu… bien connaitre son métier finalement, parce que c’est à peu près toutes les mêmes choses qui font vendre. »

Etudiants : « On va finir par une question plutôt personnelle. Comment percevez-vous votre travail personnellement ? »

L.C.L : (gestes d’auto contact) « Comment je perçois mon travail ? … C’est un travail passionnant, c’est un travail heu… très prenant, c’est un travail très contraignant, c’est un peu tout ça à la fois. Mais c’est très très enrichissant aussi. Surtout très enrichissant. »

Etudiants : « Contraignant dans le sens où il faut souvent être présent ? »

L.C.L: « Ouais, parce que heu…, on est toujours en train de travailler finalement, sauf quand on est vraiment loin et en vacances, et encore. C’est un peu ce que je disais tout à l’heure, on a toujours le réflexe de s’intéresser toujours à ce qui ce passe. Même quand on est à l’autre bout du monde, il se passe un truc on est obligé d’aller voir, même si on en fera rien mais bon. Heu… Moi j’ai un collègue une fois qui s’est retrouvé un jour dans un aéroport, au Laos, ou en Birmanie, ou je sais plus dans un pays d’Asie, il s’est trouvé dans l’aéroport le jour où il y avait des émeutes dans le pays. Donc du coup il a fait un papier expliquant que, il était là à tel endroit. Et effectivement la plupart des journalistes en presse écrite, on le travail décalé. C’est-à-dire que très souvent on est en repos, nous on n’ a pas de weekends, on travaille pas du lundi au vendredi et en repos le weekend. Nous on travaille 2-3 weekends par mois. Les gens ils ne comprennent pas toujours, moi des fois je ne travaille pas et les gens ils ne comprennent pas. C’est assez compliqué à ce niveau-là, c’est très contraignant là-dessus aussi. C’est vraiment un travail dans lequel on ne pas peut dire : « Bon dans 5 heure j’ai fini » »

Etudiants : « On ne compte pas ses heures. »

L.C.L: « Voilà on compte pas ses heures. »

Etudiants : « Justement en parlant d’horaires, du coup, vous êtes rémunérés à l’article ou vous notez le nombre d’heures que vous faites ? »

L.C.L: « Alors ni l’un ni l’autre. Euh… En fait, payé à l’article ça c’est quand on est pigiste (journaliste payé à la pige, à la ligne), les pigistes sont payés à l’article. Ou à leurs journées de travail quelque chose comme ça. Après quand on est comme nous en CDI, on a un salaire fixe en fait, avec une rémunération fixe. Alors nous ici on a des primes parce que comme on n’a pas de photographes, on est payés à la photo. Le truc c’est que nous on est assimilés comme cadres en fait. Ça veut dire que du coup on n’est pas soumis euh… au cota, aux 35 heures. Si on travaille 45 heures dans la semaine, on ne touchera pas plus d’argent parce qu’on a fait des heures supplémentaires. »

Etudiants : « Donc je crois qu’on a tout ce qu’il nous faut. On va résumer un peu pour voir si on s’est bien compris. Donc vous avez un bac L. »

L.C.L: « Ouais d’accord. »

Etudiants : « Vous avez un BTS communication, vous avez tenté certains concours à l’école de journalisme etc. mais sans véritable succès. Vous avez commencé à travailler 2 ans après votre BTS. Au Midi Libre c’est ça ? »

L.C.L: « Ouais. »

Etudiants : (gestes d’accompagnements de la parole) « La presse écrite c’était pour vous un choix, vous avez eu certaines formations et stages sur les droits de presse et photographie. Et vous nous avez dit qu’il y a certaines choses que vous n’aviez pas le droit de faire. Comme la présomption d’innocence il fallait peser ses mots car l’accusé était présumé innocent jusqu’à son jugement.

Ensuite on a vus que le BTS n’était pas suffisant de nos jours, vous nous avez dit aussi que les écoles c’était un atout pour entrer dans une entreprise, qu’elle soit reconnues ou pas c’est quand même un atout d’avoir fait une école. Vous nous avez dit aussi que le niveau des écoles était sensiblement le même que celui des concours que l’on peut passer pour devenir journaliste. Vous nous avez dit qu’il n’y avait pas beaucoup de places dans certaines entreprises, 1200 demandes pour 30-40 places. »

L.C.L: « C’est pour les concours ça. »

Etudiants : « D’accord pour les concours. Vous nous avez dit aussi que le bilinguisme n’était pas forcément nécessaire, et que en gros les thèmes étudiés dans ces écoles c’était la culture générale, l’actualité, l’anglais, des bases du journalisme, et que certaines activités consistaient à résumer quelques pages d’articles. »

L.C.L : « Oui. »

Etudiants : « Au niveau de l’organisation du travail vous nous avez dit que ça s’organisait en gros en deux points : c’est-à-dire, la programmation de l’agenda, et les sujets que chaque journaliste doit aborder. (Hochements de tête en signe d’approbation de la part du professionnel) Pour vérifier les informations, ça se passe avec 2-3 personnes en général. Vous vérifiez énormément la fiabilité de la source avec des arguments fondés. (Hochements de tête en signe d’approbation de la part du professionnel) Vous avez dit que les fausses informations étaient courantes. »

L.C.L: « Les fausses informations qu’on reçoit, pas qu’on écrit. »

Etudiants : « Oui les informations reçues, excusez-moi j’ai pas précisé. Vous aviez dit aussi qu’il y avait un tri de l’information, pour savoir laquelle on allait publier. (Hochements de tête en signe d’approbation de la part du professionnel)

Ensuite au niveau des qualités, on a vu qu’il n’y avait pas de « profil type » de journaliste, a part s’il fallait avoir certaines qualités comme la curiosité, à l’écoute, être observateur, savoir s’adapter. On avait parlé de l’impartialité, un journaliste raconte il ne prend pas parti. La difficulté à suivre l’actualité n’en est pas une parce que ça devient très vite un réflexe. (Hochements de tête en signe d’approbation de la part du professionnel) Ensuite on a vus que dans certaines zones il n’y avait pas de concurrence dans la presse écrite, mais que dans certaines régions il y a 2-3 entreprises qui se chevauchent c’est plus difficile.  Vous nous avez aussi dit qu’il n’y avait pas de « talent » particulier pour détecter si une information va être fructueuse, mais que c’est une connaissance globale du métier et des lecteurs. (Hochements de tête en signe d’approbation de la part du professionnel) Et pour finir, on a fini avec une touche personnelle, disant que vous trouviez votre travail passionnant, contraignant pour certains points, mais qu’il était enrichissant malgrè tout. (Hochements de tête en signe d’approbation de la part du professionnel)

Bon, ben, merci d’avoir accepté cet entretien.

On vous rappelle que cet entretien a été enregistré, qu’il sera diffusé sur un blog, qu’on va l’imprimer pour le diffuser en cour. On va d’abord avant cela vous le faire parvenir afin que vous donniez votre accord, voir que tout ce qui a été dit dans l’entretien est bien marqué sur le papier, qu’on a pas rajouté des fausses informations. »

L.C.L: « D’accord » (sourire)

Etudiants: « Merci beaucoup de votre temps d’écoute et de votre patience. »

Lors de l’entretien le professionnel semblait être à l’aise et mis en confiance. Quelques gestes d’auto contact et d’accompagnements de paroles ont été remarqués, montrant ainsi l’investissement du professionnel dans cette rencontre.

Après avoir terminé l’entretien nous sommes restés avec le journaliste afin d’échanger, de discuter sur certains thèmes concernant sa profession.