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ENTRETIEN avec Pascal DJEMAA journaliste pigiste au peuple libre

lundi 25 novembre 2019

Cet entretien s’est déroulé chez Pascal Djemaa à Romans-sur-Isère. On a commencé vers 16h après avoir fini de manger avec lui. Il a duré environ 45 minutes. Nous avons tous mis nos téléphones à différents endroits de la table pour ne pas rater un mot de l’interview. Tristan était chargé de faire l’introduction, Amandine était chargée de la première relance et Neg de la conclusion mais elle était stressée du coup Tristan s’en est occupé.

Ci joint vous trouverez un lien pour télécharger une forme plus lisible de cet entretien sous format PDF :https://www.univ-montp3.fr/infocom/wp-content/ENTRETIEN-PDF-avec-Pascal-DJEMAA-journaliste-pigiste-au-peuple-libre-7.pdf

Glossaire :

  • Pigiste : Ici on parle du journaliste payé selon son article.
  • Médiapart : Journal collaboratif notamment connu pour ses enquêtes tel que celle sur Rachida Dati en 2008.
  • D’après Wikipédia : L’écrivain public se définit comme « une personne qui rédige des lettres, des actes, pour ceux qui ne savent pas écrire ou qui maîtrisent mal l’écrit »

Entretien :

TRISTAN : On s’excuse pour nos deux camarades qui n’ont pas pu être présente aujourd’hui Est-ce que le temps d’environ 45 minutes vous convient toujours ? Le fait que cette conversation soit enregistrée puis retranscrite sur le blog de notre licence

PASCAL : Pas de soucis c’est comme on avait convenu. Come on !

TRISTAN : Bonjour Pascal Djemaa, vous êtes journaliste pigiste (1) au Peuple Libre. Vous écrivez des articles à propos des événements culturels de votre région. Vous avez aussi écrit des livres ; le dernier est Serge Gainsbourg – le génie multiforme aux éditions Maïa. Mais, quand avez-vous commencé à faire du journalisme et qu’est-ce qui vous a attiré ?

PASCAL : J’ai commencé à faire du journalisme à l’âge de… 30 ans à peu près, c’est-à-dire que j’avais exercé divers métiers, euh… mais ces métiers n’avaient rien à voir avec le journalisme. J’étais, euh, auxiliaire de vie pour des personnes âgées, j’ai été jardiner, réceptionniste dans un camping. Et après comme j’avais des connaissances (soupir), je n’étais pas un grand littéraire mais j’aimais beaucoup lire, j’aimais beaucoup écrire, et surtout je m’intéressais à l’histoire et à pas mal de choses encore. Je m’intéressais aux autres, donc, euh, il s’est trouvé que à l’âge de 30 ans, il y avait une opportunité qui s’est présentée, c’était un journal, euh, qui cherchait effectivement à… Il s’appelait Le Local, fin 99, j’ai commencé à la fin de l’année 1999. Donc euh dans un petit journal Le local, qui était dans la Drôme là. Et en 2000 j’ai commencé ma collaboration avec Peuple Libre, qui est un journal départemental Drômois qui a été fondé en 1947.

TRISTAN : D’accord.

PASCAL : Vous voulez que je développe plus ?

TRISTAN : Non c’est bon on verra peut-être après pour le journal.

PASCAL : C’est vrai.

AMANDINE : Et donc, euh, qu’est-ce qui vous attiré particulièrement, à part cette opportunité, qu’est-ce qui vous a attiré dans le journalisme, enfin pourquoi vous avez sauté sur… ?

PASCAL : Parce que je savais que… J’avais un plan bien précis. Mon plan était le suivant : je faisais, euh…, j’étais pigiste, j’étais correspondant de presse, comment je…. J’apprenais sur le tas mon métier puisque je ne sors pas d’une école, je précise, je ne sors pas d’une école de journalisme et je suis quelqu’un qui… je me suis formé tout seul… Enfin tout seul et avec l’aide de la rédaction du Grand Journal. Des personnes m’ont fait confiance et puis finalement le plan était le suivant : je faisais le correspondant et en parallèle j’écrivais des livres, je… pour une maison d’édition, et j’ai trouvé une collaboration toute suite en 2001 avec les éditions « Autres temps » avec lesquelles j’ai sorti 9 titres, c’était des biographies d’artistes de cinéma. Alors je publiais 1 livre tous les deux ans ou tous les ans en moyenne et j’écrivais mes articles en parallèle, je faisais mon petit boulot, donc ça faisait… On arrivait à faire un boulot à peu près complet si je puis dire pour euh…. Pour euh… voilà.

Mais avec le journalisme et l’écriture d’ouvrage, et en plus j’avais la chance d’avoir un éditeur à Marseille, « Entre temps », qui me faisait confiance pour pouvoir écrire sur des biographies d’artistes, de cinéma.

NEG : Vous avez parlez de pigiste. Du coup… Est-ce que, enfin ça consiste en quoi réellement ? Et est-ce que c’est plus dur ?

PASCAL : Bah… Au niveau du statut social c’est ça ? (Oui, voilà) Le pigiste c’est… Comment dirais-je… Je crois qu’il y a plusieurs statuts dans le journalisme… Mais moi ce que je retiens dans la presse papier, pour moi, c’est le correspondant en local, c’est-à-dire, c’est celui qui est effectivement dans un village, dans une ville et qui est embauché par le journal sans contrat, il n’y a pas de contrat. Euh… le pigiste, il y a le correspondant presse voilà, local, il y a le pigiste aussi. Le pigiste c’est pareil, c’est un correspondant presse local à la différence, c’est que moi je l’ai été mais j’avais plusieurs secteurs, plusieurs coins à faire. Donc je…c’est pareil mais on n’a pas de statut, on n’a pas de statut. Donc c’est vrai que c’est dur. Il n’y a pas de statut social, on peut être embauché, on est rémunéré avec des notes qui sont des notes de frais, des notes… des frais de prestations… Faut se justifier auprès de la sécurité sociale (pour exister ce qui est assez compliqué ouais). Ça a été, fini maintenant, c’est bon, je suis dans une machine bien huilée, donc ça fonctionne. Donc voilà ! C’est… Après il y a le journaliste et le journaliste il a un statut, bien protégé, il est salarié. Ce qui n’est pas mon cas.

TRISTAN : Euh…Euh… Vous avez du coup parlé de l’entreprise, est-ce que vous travaillez en équipe et y’a il y a des bonnes relations ?

PASCAL : Dans le journal Peuple Libre, ex Drôme Hebdo, parce que on s’est appelé Drôme Hebdo pendant un moment aussi, j’ai un très bon tandem, principalement un tandem mais il y a une équipe. Il y a 3 ou 4 journalistes à Valence, je crois, je ne voudrais pas me tromper parce qu’en fait on a fusionné avec l’hebdo de l’Ardèche, qui est notre frère jumeau. Donc les deux journaux sont basés au même endroit à Valence, au même siège. Et il s’est trouvé que là-bas mon travail consiste à recevoir des consignes toutes les semaines par mon chef, mon responsable, qui est journaliste. Je ne dirais pas mon rédacteur en chef, il ne l’est pas réellement, en tout cas mon responsable de secteur, journaliste donc, Cyril Léandre, il me donne des sujets à faire mais il y a aussi des initiatives et au fil des ans… Au début, quand j’ai commencé ce métier on me disait : « tu vas faire ça… », j’avais très peu d’initiatives, maintenant j’ai appris à prendre des initiatives et à faire des sujets. Alors, tout à l’heure vous disiez culturels, pas que culturels, je fais tout. Je fais même des papiers sportifs, un journaliste sportif… non un correspondant sportif, donc il m’arrive de faire papiers sur le sport aussi. Donc je fais un peu tout mais c’est sûr qu’il faut une bonne cohésion, ça c’est primordial. Si c’est pour travailler avec quelqu’un qui, avec qui ça ne passe pas, où on est tout le temps en train de se reprendre… Non faut vraiment que ça coule tout seul et c’est le cas actuellement.

NEG : Et du coup ce supérieur que vous avez…il vous donne des horaires de travail ou vous travaillez comme vous voulez chez vous ?

PASCAL : C’est très décousu, c’est un travail qui est très décousu la correspondance de presse. C’est pour ça qu’ils nous disent d’ailleurs : « vous n’êtes pas des salariés dans le journal et vous pouvez travailler ailleurs ». Parce que si vous avez un statut de salarié ailleurs, je pourrai être par exemple un employé dans une mairie en travaillant dans la com’ et là, avec un statut à temps partiel par exemple et à ce moment-là je dirai au journal : « excusez-moi, vous me donnez des rendez-vous à 8h, à 20h30 pour une réunion ou une assemblé générale ». Je ne peux pas y aller, enfin le soir si, en général mais s’il me donne un rendez-vous à 14h ou à 10h du matin, je ne peux pas forcément y aller parce que je suis employé, j’ai un travail et mon travail compte puisque en ayant un statut de salarié on ne fait pas ce qu’on veut, donc voilà. Mais j’arrive bien ; moi comme j’ai du temps, de la disponibilité, car je n’ai plus de maison d’édition malheureusement, je travaille ailleurs donc j’essaye de… En ce moment j’ai une mission ; on me demande de vendre des livres mais aussi j’en écris et je me bats en ce moment pour faire sortir… j’ai 4 manuscrits, bientôt 5 qui sont en attente.

TRISTAN : Et vous avez trouvez des éditeurs du coup ?

PASCAL : Non. Actuellement, il y a 4 livres, 4 sujets dont un livre sur Johnny Hallyday, acteur de cinéma. Et je n’arrive pas à le faire éditer celui-là. Alors que les 3 autres c’est Philippe Noiret, Marc Slainder, Michel Simon c’est des grands noms du cinéma mais c’est pour des cinéphiles. Au moins, le Johnny Hallyday, mais…. Même pas. Et le cinquième qui va… je raconte un peu mon parcours personnel, ce que je vous dis là, je le mets dans le bouquin actuellement.

TRISTAN : Ah c’est beau.

AMANDINE : Tout à l’heure vous avez dit que votre supérieur vous donnait des consignes chaque semaine… Il vous donne des sujets en particulier, sur lesquels travailler ou vous les choisissez par vous-même ?

PASCAL : Ah ! Il y a des obligations, en général, c’est-à-dire que c’est un peu comme un patron qui vous des ordres… enfin des consignes. Ça va être par exemple, tout à l’heure enfin, ce matin il m’a téléphoné, en général il y a toujours un point dans la semaine, pendant, il me tient au téléphone pendant 30 minutes et on fait le tour des sujets. En général j’écris 15 à 20 sujets par semaine, ce qui est pas mal pour un hebdo… ça prend du temps ! Car faire le sujet, donc s’y rendre, par exemple, prenez une assemblée générale ; ça fait une heure déjà, pour taper à l’assemblée générale ça fait 20 minutes, cela fait 1h20 au total rien que pour un sujet. Mais il me donne par exemple… c’est sûr… là, il m’a téléphoné et il me dit : « on va faire un sujet sur « les bourses aux jouets » et il me dit qu’il faut faire un sujet très décortiqué sur justement ces bourses aux jouets qui attirent du monde, parce qu’il y a un monde fou, faut voir ça ! Avec des files d’attente, le public, tout ça… et en général il n’y a presque plus rien le soir. Donc on va essayer de prendre… D’accord, notre boulot bon… ça après c’est la ligne du journal, parce qu’aujourd’hui je ne sais pas si vous allez l’aborder, le journal papier hein. Faut se battre pour le journal papier. Vous allez en parler certainement. Donc nous on essaye de faire le maximum pour faire des sujets percutants mais ça ne suffit pas. Il faut qu’on concerne les gens au maximum, enfin ça c’est autre chose.

TRISTAN : Et du coup vous êtes payé à l’article ?

PASCAL : Alors je suis… Oui on est payé à l’article. Je crois que le statut est pareil pour tout le monde il me semble. Alors à un certain moment il y avait un forfait, j’ai connu cette période durant laquelle 4 semaines c’était tant, 5 semaines c’était tant… Mais ça c’est valable pour, d’après les renseignements que j’ai pris, c’est valable pour presque tous les jours il me semble. C’est-à-dire qu’une demi-page c’est bien rémunéré, une page n’en parlons pas ! Mais bien sûr, si je fais un-huitième c’est autre chose, un quart de page c’est autre chose. Ça a son importance mais si on en a une c’est bon.

NEG : Et vous voyez des inconvénients à cela ou au contraire du positif ? Dans cette organisation ?

PASCAL : Ah non non non ! Moi je fais un boulot, je…, sincèrement je fais un boulot qui me plaît beaucoup et sincèrement je suis très bien dans ce que je fais parce que justement, ça m’enrichit en permanence. Donc en permanence vous avez l’esprit qui n’est pas, comment dirais-je, on en apprend tous les jours. Et même si des fois ça peut être, alors bien sûr, quand je refais les fêtes du mois de janvier ; ici on a des cérémonies de vœux, au mois de janvier, vous avez des fêtes, des fêtes qui reviennent, qui sont des fêtes locales. Bon les fêtes locales c’est toujours la même chose, c’est pas ce qui compte le plus mais il faut y aller parce qu’il y a des gens, il y a du monde… Et on relate ça. Mais c’est sûr que ce qu’on va me demander, c’est des sujets plus pointus. Mais il n’y a pas d’inconvénients, non non non. Non, franchement je, il n’y a pas un moment où je m’ennuie ! Voilà pour être clair.

NEG : On a vu que vous êtes très polyvalent, vous avez créé un journal j’ai vu sur la pétanque, sur euh… Oui, vous avez écrit un article sur la pétanque !

PASCAL : Ah ! Vous avez lu le…

NEG : Oui, oui ! Et aussi l’armée, j’ai vu aussi un article.

PASCAL : Ah bah, tout ce qui peut oui… Vous avez lu le dernier dernier ou quoi ?! (rires)

AMANDINE : On a regardé un peu les articles que vous avez fait, sur internet…

PASCAL : Ah mais tout ! Là, j’ai fait un médaillé au cimetière le 11 novembre, on a eu un médaillé. Euh… donc, un adjudant-chef, j’ai fait son portrait.

NEG : Voilà c’était ça.

PASCAL : Là je fais faire un portrait, euh… des portraits d’entreprise mais toujours concerné les gens. Toujours concerné les gens. Parce qu’aujourd’hui c’est vrai qu’on est face à des… Je suis sûr que vous allez m’en parlez.

AMANDINE : Fin’ sûrement (rires). Mais moi j’avais une question, euh par rapport au fait que vous fassiez, fin’ que vous touchez à autant de domaines et à autant de personnes… Est-ce que vous gardez de bons contacts… ?

PASCAL : C’est parce que justement, j’ai de bons contacts. C’est-à-dire à partir du moment où j’avais un mental… C’est pour ça d’ailleurs que j’ai fait ce boulot ; comme j’avais… il y a avait une opportunité à l’époque de faire correspondant presse en 1999/2000, c’est-à-dire que, moi j’ai ce… je pense vous avez dû vous apercevoir, j’ai quand même une certaine âme, un certain sens de… pour communiquer on va dire (Tristan : Vous allez vers les gens), je communique avec les gens. J’essaye de pas les… J’essaye de m’adapter surtout, ce qui est pas facile. Bien sûr que des fois c’est prise de tête, je veux dire c’est pas toujours évident ; vous avez des gens des fois qui ne vous respectent pas toujours mais il faut savoir… Je n ‘oublie pas que je représente un journal, c’est pour ça que je… faut pas faire de bêtises. Et faut éviter, voilà faut être présentable, si possible, il faut voilà et faut rendre service, parce qu’il y a des quantités de gens qui me connaissent à la longue, ça y fait hein. Mais attention, si on fait… si on boite, après ça pourrait se savoir donc il faut pas faire d’impairs…

TRISTAN : Et du coup ça vous aide les… d’avoir ces contacts euh… dans ce métier pour euh… ?

PASCAL : Oui, oui ! La preuve en est que, là ça a pas sonné mais des fois ça sonne, on m’envoie des messages pour me dire : « là il faut… ».

TRISTAN : Il faut écrire un article ou des choses comme ça ?

PASCAL : Bien sûr, là on me donne des initiatives. Bah la preuve vous m’avez contacté par exemple mais il y en a d’autres des fois qui me contactent… écoute, hier, c’est hier soir, c’était quelqu’un qui m’a contacté pour une troupe de théâtre, locale, qui a besoin de publicité encore en annonçant sa tournée. On le fait bien sûr. Il y a ça, et il y a puis d’autres choses, quelqu’un m’a appelé, il va faire… un monsieur qui fait un rallye humanitaire avec sa femme, avec leur véhicule tout terrain au Maroc, bah bien sûr qu’on le fait, c’est des choses, ça passe immédiatement ça.

NEG : Et du coup vous avez parlé du papier, journal papier. Donc vu qu’on sait qu’il y a une forte concurrence maintenant avec la télévision, la radio tout ça, vous, fin ça vous dirait pas de vous lancez, de… ?

PASCAL : Si c’est autre chose, c’est autre chose. Et puis c’est pas ça, c’est qu’il faut trouver ! Parce que moi je l’aime bien ce journal pour lequel je bosse là, moi je l’aime bien ce petit journal, je m’y suis fait. Bien sûr qu’on le sait on a été racheté, ont été racheté il y a 3 ans et pour dire la vérité on était en difficulté. Bon, j’espère que maintenant c’est derrière nous mais c’est très dur, je ne vous apprends rien. Aujourd’hui votre info, vous l’avez où votre info ? Elle est là, votre info, elle est euh… elle est dans la télé, je veux dire…. Le journal, acheter un journal de papier aujourd’hui c’est un acte citoyen. Je pense que c’est devenu ça, parce qu’on le voit bien, je veux dire, vos infos vous les avez là. Si vous dites avant, autrefois le journal papier à une époque c’était fabuleux ! Ça se vendait par pile et par pile ; le problème c’est qu’internet est passé par là… La télévision passe avant, c’est surtout internet parce qu’il y avait déjà la télévision à une certaine époque, il y avait la télévision (Tristan : Ouais, on vendait encore des journaux). Mais dans les années 80, les journaux, enfin, ça commençait déjà à prendre des coups. Mais maintenant c’est pire ! Parce qu’aujourd’hui, excusez-moi, votre info vous l’avez en 2 secondes (Clap !), en 2 secondes vous l’avez. En 2 secondes vous avez une info : SOS Disparition ou attentat ou vous avez ça en deux secondes. Alors nous on passe derrière, c’est pour ça qu’on… c’est pour ça que ça s’est corsé mais on essaye de réagir par rapport à ça et alors nous ce qu’on fait, moi j’ai suggéré au journal de contacter tous les gens qui sont dans le … qui paraissent dans le journal. Et quand le journal sort, alors moi je le fais pour mon secteur j’essaye de le faire aussi pour d’autres ; le problème c’est que c’est un journal qui fait 40 à 50 pages, alors c’est pas toujours facile mais je contacte les gens, j’envoie des messages sur Facebook. Les gens ils ont des Facebook en général ou j’ai des numéros, j’ai des mails et je leur dis, parfois sous une forme humoristique : « qu’est-ce que vous êtes beau… » et bien souvent ils réalisent : « ah mais oui et c’est où ?». Et c’est là qu’on voit que les gens ont plus l’habitude d’acheter des journaux, parce qu’ils me disent « comment je fais ?», alors des fois je leur explique comme à des bébés hein (ricanements) « vous allez euh là-bas… », comme un gosse « vous demandez au buraliste le journal et vous payez le buraliste ». Un jour c’était comme ça : « ah ouais ?», parce qu’ils avaient pas l’habitude (Tristan : ouais) … Mais ils y vont, et ils achètent les journaux et après on me le dit au bureau de tabac « tiens on a eu 2/3 personnes », bien sûr ! Il faut le faire ça, c’est une euh… Et je le fais, là je dois appeler encore 2 personnes aujourd’hui, parce que demain le numéro change et euh… Mais c’est des gens ou ils se lèvent et en général… Il y a très peu de gens qui vous disent « j’en ai rien à foutre » mais euh, en général ils sont concernés et ils y vont. Mais c’est un combat très décisif parce que la presse papier, aujourd’hui, c’est un… c’est dur hein. C’est très dur. La suivante ?

NEG : Et vous avez dit que…. vous aimez euh… beaucoup ce journal, tout ça… Et le titre

de ce journal il signifie quoi pour vous ? C’est quoi que vous reflétez ?

PASCAL : Bah c’est à dire que c’est un journal qui est proche des gens, et puis surtout c’est le dernier journal dans la Drôme je pense qui est assez… qui a une ambiance familiale à mon avis, enfin je pense ouais, il y a peut-être…. Ici dans le secteur Drôme-nord, il y a euh…. Le Do…, alors Le Dauphiné Libéré, c’est le grand quotidien, il y en a pas d’autres euh… quand les gens disent je l’ai lu dans le journal, il reste au moins celui-là. Bon, même celui-là il a pris aussi des coups, moins que nous mais il a pris des coups. Après il y a L’impartial ici, il y a un journal qui s’appelle L’impartial, qui est un journal familial, qui a été fondé en 1883 et qui tient le coup encore. Et puis il y a nous, en hebdo. Dans le sud, à Montélimar il y a La Tribune aussi qui est un journal… mais bon, il se développe… alors on essaye de faire les abonnements numériques aussi, puisque … on est pas sourd, on sait très bien qu’il faut basculer sur internet mais c’est toujours pareil ! Et je veux dire… même euh… le problème c’est la gratuité, si vous voulez… Vous avez de l’info gratuite… vous avez des journaux gratuits aussi, vous savez bien ce que sait ; vous avez à Paris par exemple, les journaux gratuits euh… Donc c’est toujours faire un acte citoyen que d’acheter un journal, même ceux… quelqu’un qui me dit il y a pas longtemps « ah oui, j’me suis abonné à la version numérique de ton journal », c’est bien, c’est formidable. Parce qu’il faut le faire, c’est l’acte, faut faut payer hein ! Voilà…

TRISTAN : Ouais oui c’est… C’est pas gratuit l’information, enfin c’est compliqué si on veut être journaliste.

PASCAL : Baaaaah… ça ça devrait, oui c’est beau… c’est bien dit mais le problème c’est que si malheureusement c’est gratuit puisque qu’on a tout sur le… Fin’ on a tous, si on veut lire de l’info… parce qu’il y a aussi un autre point qui faut soulever, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui lisent beaucoup moins qu’avant. Il y a ça aussi tout simplement, je le vois ; moi j’ai des collègues qui me disent qu’ils m’ont acheté des… mes livres et qui les ont toujours sur leur euh… dans leur euh… sur leur étagère hein (ricanements). Si vous l’avez pas lu « ah non, on te l’a acheté mais on parle toujours pas ». Bah ouais, parce que c’est… c’est le fait de lire. Je crois que la vie, c’est mon explication hein ; la vie défile tellement vite bah y’a des gens qui prennent pas le temps de lire. Alors que c’est bien de s’astreindre (?). Moi j’essaye de m’astreindre à lire une demi-heure à une heure par jour. En plus de mon boulot. C’est pas facile hein mais je le fais. Parce que c’est sûr devant un écran c’est mieux, puis on s’endort.

AMANDINE : Vous qui êtes tant attaché bah à la presse papier, euh… comment vous écrivez vos articles ? Vous l’écrivez à la main, sur un ordinateur… ?

PASCAL : A l’ordi, l’ordi, l’ordi, de toute façon à la main ce serait plus possible. (ricanements) J’ai connu, j’ai connu, quand j’ai commencé, les derniers articles à la machine. J’ai tapé des articles à la machine à écrire. (sourire) C’étaient les derniers, c’était… ça a duré quoi, un an ou deux j’crois. Déjà en début 2000 on était à… l’informatique mais on avait encore la possibilité de le faire nous les correspondants, pas les journalistes et alors moi je tape, c’était compliqué parce que moi je tapais mes articles, je développais… Ah oui ! Les photos étaient en argentique, il y avait pas de numérique… pour nous. Les premiers appareils numériques étaient vraiment pour les journalistes. Alors donc la pellicule. On faisait développer la pellicule au journal, ça nous coûtait rien. On coupait les euh négatifs, on les joignait avec l’article (rires) avec… Ouais fin’ on agrafait la photo au papier qui était tapé à la machine.

AMANDINE : Et ça vous manque cette façon de faire ?

PASCAL : Non, non, non faut accepter, faut vivre avec son temps (Neg : *rires*). Parce que là maintenant je tape sur un logiciel, c’est bon, je, j’ai un logiciel. Je veux bien, c’est joli l’argentique, pour faire de la photo, mais pas pour nous, il faut aller plus pratique hein. (AMANDINE : ah oui c’est sûr) Là, je pourrais faire des photos, je peux vous envoyer immédiatement hein (TRISTAN : hm) imaginez en argentique : sur la photo on ne sait pas ce qu’il y a, on va au bar / tabac, faut pas qu’il y ait trop de flou, il faut en faire un paquet pour pas qu’il y en ait… Non non, mais c’est un métier tellement passionnant.

TRISTAN : Mais du coup vous écrivez vos articles ici ou vous allez plus tôt au bureau pour travailler ?

PASCAL : Alors je le faisais au début, au tout début je le faisais au bureau et puis maintenant je le fais directement ici, maintenant j’ai ce qu’il faut, j’ai un logiciel, on est venu me l’installer donc je travaille ici, directement j’envoie, j’envoie… En vrai je travaille à distance, mais je vais de temps en temps au journal, il faut quand même avoir ce contact avec les gens (TRISTAN : ouais) c’est bien beau par téléphone mais de temps en temps ça fait du bien de montrer sa figure et d’aller voir celle des autres. 

NEG : ‘Fin vous avez l’air hyper passionné par le métier et tout ça, mais aujourd’hui on entend souvent dire que c’est très compliqué, rentrer dans ce milieu tout ça, du coup vous nous avez aussi dit tout à l’heure que vous nous avez parlez sur votre parcours professionnel, que c’est grâce à des contacts…

PASCAL : Hm, c’est toujours comme ça en général, c’est grâce à des contacts hein. Oh excuse-moi, je-

NEG : Mais c’est pas grave ! Et donc du coup, enfin vous, quels conseils vous pouvez donner-

PASCAL : A des jeunes ?

NEG : Oui à des jeunes, par exemple qui peuvent être démotivés par ce qu’ils entendent sur le journalisme et tout ça ?

PASCAL : Moi j’ai des réserves, je peux pas dire, j’ai pas le droit de vous dire à des jeunes, j’ai pas le droit de dire à des jeunes, surtout à vous “Oh, allez-y, foncez dans le journal papier” parce que je ne sais pas quel avenir va être réservé dans les années… Parce qu’excusez-moi mais la génération qui arrive là, c’est des jeunes comme vous, excusez-moi mais ce ne sont pas des adeptes du journal papier, au bout d’un moment ‘fin il va en y avoir… Mais si c’est pour avoir une personne sur dix mille, ça va être un peu difficile… Mais euuuuh il reste la presse parlée, la presse radiophonique, il reste… voilà, il reste ça, c’est à dire aujourd’hui il y a une quantité de chaînes de voilà, je veux dire voilà c’est ça, des chaînes télévisées il y a des bouquets, il y a tout ce qu’on veut, donc je crois que ça s’orientera plus là-dessus. Attention je ne dis pas qu’elle est morte hein, la presse papier, mais ça va être réservé à une élite, ou alors il faut être comme Médiapart (2), il faut être très fort, sortir des dossiers bétons, et avoir un site et avoir décroché des abonnements numériques à la pelle parce qu’ils sont…

TRISTAN : Mais ouais, quand on regarde le Médiapart par exemple, vous pensez pas il y a un avenir dans le journal numérique justement ?

PASCAL : Mais bien sûr, bien sûr, je ne dis pas mieux, je ne dis pas mieux Tristan, c’est à dire qu’effectivement il n’y a plus que ça, euh enfin il n’y a plus que ça, ce sera difficile, on va lutter, mais moi je le vois. Récemment j’ai vu une personne qui n’a pas renouvelé son abonnement, que je connaissais, alors moi j’ai fait des abonnements de temps en temps mais c’est très dur. Pourtant ce n’est pas énorme, on n’est pas un quotidien nous, on est un hebdo’, on va demander 50 euros, 60 pour l’année ! Ce n’est pas énorme, c’est pas le Dauphiné, le Dauphiné numérique il s’en tire à 1€10 par jour, c’est du 300 et quelques euros par an, même s’ils font des prix hein. (TRISTAN : hm) Mais bon… Un quotidien se vendra toujours, j’espère un peu… En tout cas, une chose est sûre, c’est qu’on essaye de se battre, moi je, j’ai pas le droit de – d’être pessimiste, de vous dire “Oh là c’est mort”, j’ai pas le droit de vous dire ça, mais c’est vrai que c’est sûr. Voilà, pour le papier, c’est tragique, voilà, mais je devrais pas vous dire ces mots. 

AMANDINE : Et vous, vous être entré dans le journalisme, justement, sans venir d’une école, vous pensez que maintenant, nous à l’heure d’aujourd’hui, c’est obligé qu’on y passe ?

PASCAL : Non, ah ben à moins que… Pour le papier je pense, par contre pour une radio ou pour une télé il n’y a pas besoin de niveau hein. (Amandine: Oui) Je veux dire si vous êtes quelqu’un de doué, qui a des références, qui écrit, qui est repéré, qui est remarqué, vous pouvez très bien faire quelques premiers pas en balbutiant, sur une chaîne, peut-être pas sur une émission de grande écoute hein (Amandine: hm) mais j’allais dire comme ça, parler, être pas mal repéré, et puis si vous avez des choses intéressantes à dire ou des dossiers à présenter, bah vous pouvez entrer dans l’essai. Il y a des quantités, il y a même des chaînes privées. Vous avez bien vu, il y a des quantités de chaînes de télévision qui se créent (Amandine oui) donc voilà. Mais bon, reste à savoir est-ce que ça fait vivre… Vous savez, les pigistes sont utilisés même dans la presse, même hein… même chez TF1, il y a des pigistes hein. Il y en a qui travaillent de temps en temps et puis après bon, c’est fini. Non, c’est des métiers précaires. Mais si on est passionné, si on est passionné on dépasse le… on ne pense pas à son statut social, c’est sûr que si moi je pensais à mon statut social j’aurais plié ça en 6 mois d’essai, quand ils m’ont mis à l’essai les premiers temps, et puis après on en parlait plus hein. 

NEG : Et si je peux me permettre, on peut avoir du coup une fourchette, de – du salaire ?

PASCAL : Oh je vais vous le dire, moi je touche, moi je suis très transparent entre la moyenne… Ça fait un gros temps partiel pour moi le pigiste, c’est pour ça que j’avais ça qui compte (ndlr : ses livres invendus, entreposés dans son salon), mais bon il n’y a plus de, de l’ouvrage, il n’y a plus d’ouvrage. Je tourne entre 700 et 850 par mois.

AMANDINE : Mais, mais c’est très peu par rapport à tout le travail que vous accomplissez.

PASCAL: Ah, oui si on me donnait une prime c’est sûr que je pourrais acheter une Smart (groupe: *rires*) Euh, oui non mais parce que, oui mais au moins on pourra pas dire que je vole qui que ce soit, déjà d’une part, on pourra pas me dire, si quelqu’un vient me dire “Ouais euh, ça rapporte…”, non ça rapporte pas formidablement bien, sinon je vous aurais peut-être pas reçu là-dedans (*rires*), et euh voilà. Non, c’est, oui c’est… Il y en a d’autres, vous savez je connais des pigistes à Paris, c’est pareil hein, des derniers journaux papiers, là aujourd’hui en France, les mecs, Figaro, ils pigent hein les gars. Mais en même temps ça dépend, parce que… Ecoutez, moi j’ai été, j’ai eu la chance d’avoir un minime, c’est un bon minimum. Bien sûr c’est pas énorme, bien sûr, c’est un bon minimum. Et ça pourrait être pire. 

AMANDINE : Oui c’est sur aussi. Mais après vous êtes, vous avez l’air tellement dévoué à ça que c’est dommage que ce ne soit pas autant connu, que-

PASCAL : C’est pour ça j’achète de temps en temps quelques Black Jack en pensant “et si je gagnais un peu d’argent”, ou j’achète le millionnaire, et puis si je décroche une grosse somme je dirais “Tiens, bah ça correspond à ce que je vais pas toucher au journal.” 

NEG : Mais, on a pu voir que vous avez quand même rencontré des célébrités. Par exemple (PASCAL : ça va me faire plaisir ça), le premier ministre, donc c’est quand même bénéfique.

PASCAL : Oh oui, mais c’est à condition qu’il y ait un échange, parce que là c’est très dur… Pareil, quand j’ai fait quand j’ai commencé ce boulot, c’est vrai que j’avais besoin des célébrités parce que j’écrivais des livres sur le cinéma, le spectacle, donc j’essayais de rencontrer du monde. Euh, oui, je vais vous dire, je vais parler du premier ministre. Moi j’ai rencontré Emmanuel Macron en 2015, quand il était ministre d’état, des finances, de la France. Mais c’était pendant une visite ministérielle, mon chef ne pouvait pas y aller, il m’a dit “je te confie cette mission, vas-y”. Normalement c’est pas les correspondants c’est le journaliste, c’est c’est…-

TRISTAN : Ah oui, donc il vous fait confiance quand même.

PASCAL : Oui parce qu’il fallait… Bon Emmanuel Macron, moi j’veux dire, déjà à l’époque hein, il y avait déjà – toute la rue était fermée, de la police, il n’y avait pas des militaires mais il y avait de la police, des CRS. Bon, j’y suis arrivé à ça. C’est ce qu’on appelle – oui effectivement, c’était intéressant. Visite ministérielle, on fait le parcours dans l’usine, on prend des photos, et à la fin on fait un selfie parce qu’effectivement on rencontre monsieur Macron. J’ai bien fait parce que quand il est venu à Bourg-de-Péage pour le débat, j’ai pas pu y aller. J’ai pas pu y aller, alors l’attaché de, comment dirais-je, de… Didier Guillaume, enfin la source, pour eux, enfin son chef de cabinet, m’avait dit “mais si, tu aurais dû demander”. Ouais, j’ai demandé, la police avait des consignes très strictes et j’ai pas pu passer. Ils ont fait un grand débat ici, il y a pas longtemps, à Bourg-de-Péage, malheureusement j’ai pas pu voir Emmanuel Macron. Mais je l’ai vu en 2015, c’est encore plus original.

NEG : En avant-première !

PASCAL : En avant-première, il était ministre d’état à l’époque.

TRISTAN : Et vous avez eu l’occasion de parler avec les célébrités que vous avez rencontrées ?

PASCAL :  Oui, oui, alors pas toutes parce que le problème… Tiens, ce soir il y a Francis Huster qui vient jouer une pièce de théâtre avec Fanny Cottençon, eum, bon on va échanger un petit peu, Francis Huster a lu un de mes livres un jour. Et il m’avait dit, il était venu faire une séance de signatures, il m’a dit “je t’ai écrit tu as pas reçu la lettre ?”. Alors je veux dire, quand il y a un échange c’est bien, mais j’aime dire, moi j’ai rencontré des célébrités en coup de vent. Je veux dire, par exemple, Nolwenn Leroy, ça a été devant un hôtel, je suis comme un admirateur ou un chasseur d’autographe, c’est la même chose. Je suis devant, “bonjour”, on fait une photo. Par contre, j’ai fait un article bien sûr, mais sur son spectacle. Mais je veux dire, faire une photo c’est pour garder un souvenir. Alors ça, c’est ce que j’appelle l’avantage en nature. Mais par contre, je vous dis une chose, c’est plus un laisser passer journaliste. A une époque, c’était “je suis journaliste…” on y allait, “oh bah vous allez recevoir…” je m’en rappelle, Pascal Obispo, on l’avait eu au début que je commençais. On a eu un point presse, c’est à dire qu’on m’a appelé de Paris, on m’a dit “vous êtes attendu à 17h dans la loge de Pascal Obispo”. C’est très rare, ça s’est très peu renouvelé dans ma… Je veux dire, il y a eu très peu d’occasions comme ça, il faut se battre, c’est… Faut pas croire, mais là il y avait un mec qui était super sympa, qui faisait son boulot, et voilà.  

NEG : Vous parlez beaucoup de Paris. Et du coup est ce que vous pensez que la réussite, enfin pour réussir il faut habiter à Paris, ou on peut réussir au sud par exemple aussi ?

PASCAL : Pour réussir la presse, et que parlée, il faut être à Paris à mon avis

NEG : Ah.

PASCAL : Ah oui moi je pense que oui. Sincèrement, si on veut réussir c’est, oui oui, tout à fait.

AMANDINE : Moi j’aurais aimé savoir, est-ce que vous parlez d’autres langues dans cadre de votre métier ?

PASCAL :  Oh, je parle un peu l’anglais, un peu l’allemand.

AMANDINE : D’accord.

PASCAL : Continue, continue, je vous écoute.

TRISTAN :  Euh, aussi, du coup on a regardé votre blog. Vous l’avez créé pour partager avec les gens ?

Pascal : Il est mort actuellement

Tristan : Oui, on a vu qu’il n’y avait plus trop de publications

Pascal : Oui à l’époque c’était, maintenant j’utilise Facebook

Tristan : Oui, ça revient au même Facebook, c’est votre blog

Pascal : Oui mais c’est surtout comment dirais-je, Facebook, pour moi c’est quand même vachement important, oui, oui c’est mon blog. Et ça me permet d’échanger des choses, alors il faut bien sûr que j’invite au débat des fois, je dis : regardez un peu ce que je fais, des fois j’invite au débat ça peut être de la prise de position mais j’évite, j’en ai fait quelques-unes récemment mais j’évite de prendre position, y en a qui le font mais après on est militant, vous comprenez ce que je veux dire. Si moi je prends position contre Éric Zemmour eh bien je suis un militant voyez ?  Si je dis non au réchauffement climatique même si bon c’est du politiquement correct évidement mais moi je ne préfère pas je préfère que les gens comment dirais-je, je préfère être neutre, je suis un peu à l’ancienne. Mais je crois que c’est ce qu’il y a de mieux c’est d’être neutre et ça c’est vachement bien.

Tristan : Vous n’êtes pas pour le journalisme militant ?

Pascal : C’est autre chose ça, faudrait écrire à « l’humanité « par exemple, « l’humanité » qui est le journal communiste ou à « Libé » à Libé on a des journalistes qui sont plutôt à gauche. Ou alors au Figaro qui sont à droite aussi. Mais non ce ne serait pas trop mon truc parce que y’a un côté un peu trop militant.

Amandine : Vous pensez que votre vie professionnelle rythme votre vie personnelle ?

Pascal : Je pense oui par la force des choses, oui par la force des choses.

Tristan : Par exemple vous pouvez être appelé à n’importe quel moment et du coup vous êtes obligé

Pascal : J’y vais, j’y vais quand il faut, des fois c’est le soir, on n’a pas de vie privée.

Amandine : Et c’est quelque chose que vous avez fini par accepter ?

Pascal : Oh j’ai fini par accepter oui, avec le temps non mais c’est justement c’est passionnant comme boulot, comme c’est passionnant, ça ne me dérange pas.

Tristan : Vous dites que c’est passionnant et ça se voit vous êtes passionné par le métier, qu’est-ce que ça vous apporté ? Est-ce que par exemple, vous aimez rencontrer les gens, ça vous apporte quoi ?

Pascal : Ça vous, c’est un peu comme la lecture de rencontrer de gens c’est-à-dire quand vous rencontrez des gens ça vous affine le goût et ça vous développe le sens critique. C’est ce que je dis souvent moi, c’est-à-dire que rencontrer du monde, rencontrer des personnalités et même des gens de tous les jours hein. Et puis vous en apprenez tout le temps, tout le temps, tout le temps. Vous allez faire un papier sur un apiculteur, l’apiculture c’est la culture des ruches, enfin les abeilles, les ruches, bon c’est quelque chose qui est tout à fait intéressant et puis après le lendemain je vais être au collège de l’Europe et on va me parler de nourriture bio, je vais avoir un producteur qui va me parler de ses cultures on en apprend tout le temps

Amandine : donc pour vous le journalisme c’est quelque chose de bénéfique ?

Pascal : Bien sûr bien sûr. A bah c’est …Je ne sais pas combien de temps ça va durer encore mais en tout cas c’est sûr que c’est très bénéfique, et c’est vrai que même l’écriture c’est bénéfique, c’est une thérapie l’écriture pour moi et même pour les ouvrages ? je me vois mal ne pas écrire un ouvrage, même si je dois écrire lentement maintenant. Je veux dire l’écriture c’est vital.

Tristan : Pourquoi vous écrivez plus lentement maintenant ?

Pascal : Ba c’est-à-dire, je veux dire si je ne trouve pas d’éditeur ? entasser les manuscrits c’est bien beau mais faut pouvoir être édité. C’est comme vendre des livres c’est bien beau mais faut pas garder non plus des ouvrages en pagaille voilà. Et c’est vrai qu’aujourd’hui c’est plus dur le monde de l’édition ça s’est corsé. Moi j’ai eu de la chance d’être édité à Marseille par un Monsieur qui était formidable Gérard Blua, les éditions «Autres temps » on a fait 9 titres, on était parti pour en faire 10, 11 et puis malheureusement  la maison d’édition s’est cassé la gueule, dépôt de bilan 2016c’était fini, je rachète le stock , 5000 exemplaires que j’ai racheté et là il y en a plus que 3700, 5000 exemplaires et puis là y’a le dernier Gainsbourg , il en reste quelque exemplaires là-haut alors c’est les éditions Maïa à Paris m’ont repris celui-là mais ils ne m’ont pas repris le Philippe Noiret, le Johnny Halliday, ils se font un peu tirer l’oreille, mais par contre ça m’a rapporté une émission télé chez Delahousse, le Gainsbourg j’ai fait « un jour un destin » je suis intervenu quoi une minute mais bon c’est sympa, ça m’a peu rapporté. Le Luron m’a permis un passage chez Drucker, le livre sur Thierry Le Luron mais les médias, c’est ouais de temps en temps.

Amandine : Votre domaine de prédilection ce serait plutôt l’écriture de livre que le journal.

Pascal : Oui et surtout rendre hommage aux gens. Je pourrais un jour s’il n’y avait plus le journal je pense que je pourrais faire écrivain public (3) mais biographe c’est-à-dire faire des livres, raconter, je suis à même de pouvoir enregistrer ce que me dit une personne et de faire sa vie. Je pense que je serais quelqu’un qui n’oublierait pas. D’ailleurs ça a été le cas en 2001 je n’ai pas fait le livre hein quand je commençais à écrire à Drôme Hebdo parce que j’écrivais déjà depuis un an, j’ai fait les mémoires de Jean mais je n’ai pas fait le bouquin. Jean Cherlian c’était un acteur romanais qui avait décroché, qui avait juste 70 ans qui avait fait un parcours déjà dans le cinéma et beh tu vois j’ai 15 à 20 cassettes qui sont là, oh dit à l’époque on tournait encore avec des cassettes et il m’a raconté toute sa vie, faut dire qu’il avait fait ça comme il faut, il avait tout mis comme il faut année par année voilà. Mais bon, c’est vrai, un particulier qui n’a pas fait de spectacle il faudrait qu’il se souvienne de tout et qu’il me raconte tout mais bon ça peut se faire. Mais bon, il faut être édité moi je voudrais quand même que mes livres sortent maintenant les prochains et puis que ceux-là partent aussi.

Amandine : Mais vous n’avez jamais pensé à faire une autobiographie ?

Pascal : Beh c’est ce que je suis en train de faire. Le 20-ème livre c’est mon autobiographie. J’ai fait 20 ans de journalisme et j’ai fait 20 bouquins si ça passe, si dieu le veut, on aura un 20-ème l’année prochaine. Et c’est là où je raconte mon autobiographie, alors là vous en saurez des choses sur moi, parcours…

Tristan : Oui, parce que vous avez un parcours atypique quand même.

Pascal : Oh oui pour le moins mon cher ami, pour le moins. Localement je suis un phénomène local, je suis un produit local. C’est pour ça que je fais une autobiographie parce que j’aurais pu faire, j’avais un projet de faire un bouquin sur Eddy Mitchell, je voulais sur Jamel Debbouze tout ça, je me suis dit : fais plutôt quelque chose de local, tu es local. D’ailleurs les livres qui ont marché pour moi, c’est les livres qui ne sont pas forcément ici, mais y’en a plus là, c’est les trois romans historiques puisque j’ai fait 15 ouvrages publiés donc y’en a dix sur les vedettes, y’en a même onze sur les vedettes du cinéma et y’a trois romans historiques et un essai que j’avais fait sur la cigarette donc les trois romans historiques, ils se passent pendant la seconde guerre mondiale et après sur Romans et la région et ça marchait du feu du dieu.

Amandine : Et ça touche mieux les gens

Pascal : Bien sûr et j’en ai vendu plus qu’un de Funès qui était sorti sur tout le territoire voilà pour faire clair j’ai dû vendre 2000 exemplaires de ces 3 livres tout tranquillement ici, tout tranquillement.

Tristan : Ah ouais !

Pascal : A bah localement faut le faire, alors que de Funès on l’avait sorti à 3000 exemplaires j’en ai encore 500 ou 600 on a en vendu à peine 2000 sur le territoire plus internet hein d’ailleurs et sans internet ici tout tranquillement je les vends alors une autobiographie ça partira.

Neg : Et vous avez pu faire de la pub à vos livres dans le journal pour lequel vous travaillez ?

Pascal : Oh oui je fais surtout, la meilleure pub c’est les gens que je rencontre les yeux dans les yeux. C’est-à-dire je rencontre des gens je leur dis : est-ce que ça vous intéresse voilà. C’est vrai oui que c’est un peu dur là le challenge était, là y’en avait 5000 y’en a plus que 3700, 1300 vendu en 2 ans. C’est vrai que l’on devrait vendre ça plus vite sinon dans cinq ans vous pouvez revenir manger y’en aura encore.

Amandine : Sur tous les articles que vous avez fait durant votre carrière de journaliste est ce que y’en a un en particulier qui vous a le plus marquer, qui vous a le plus intéressé

Pascal : Dans les articles ?

Amandine : Ouais

Pascal : Oh les articles non, dans les livres oui. Mais dans les articles non, dans les livres oui. Mais le livre qui m’intéresse le plus justement c’est celui que je fais là parce que c’est une autobiographie. Mais non dans les articles y’a … vous voulez dire prendre le plus de plaisir ?

Neg :et Amandine : Oui

Pascal : Avec les comptes rendus de spectacle, parce que c’est mon truc ! Mais je n’en fais pas trop, on annonce les spectacles souvent ça c’est actuel annoncer les spectacles, les gens veulent l’info avant. Y’en a qui le font encore puisque ça se fait dans les grands journaux parisiens, ça se fait encore, on a vu une pièce, on a vu un film. Moi les critiques de film, j’ai fait un petit peu, ah oui parce que j’ai pigé un peu pour « l’impartial » avant d’être définitivement à Drôme Hebdo enfin j’étais déjà à Drôme Hebdo, j’avais pigé à « l’impartial » et je faisais des critiques de films.

Neg : Bien du coup on vous remercie encore une fois c’était vraiment un plaisir, on a pu découvrir les métiers du journalisme sous un autre aspect, avec la presse écrite

Pascal : Est-ce que tout est en ordre, est ce qu’il vous faut autre chose ou pas ?

Neg : Donc maintenant une petite photo si possible et ce seras parfait

Pascal : A eu on va se prendre en photo, alors attendez.

Tristan : Donc du coup, juste pour récapituler ce que l’on a dit : Vous avez commencé le journalisme à 30 ans avec notamment Drôme Hebdo.

Pascal : 30, 31 ouais

Tristan : 31

Pascal : Ah parce que vous êtes obligé de faire une synthèse c’est ça ?

Tristan : Oui une synthèse.

Neg : Oui je l’ai oublié.

Tristan : Vous avez dit qu’il n’y a pas vraiment d’inconvénients, vous aimez vraiment votre métier, rencontrer les gens et c’est pour ça que vous faites votre métier.

Pascal : Mais sinon il faut faire autre chose comme métier. Celui qui y va à reculons ce n’est pas la peine.

Tristan : Pour vous il faut vraiment la passion

Pascal : On en a vu des gars qui faisait ça comme ça, qui cherchaient de l’argent, je veux dire non, si on y va pour chercher du fric ce n’est pas la peine.

Tristan : Et voilà je pense que l’on a fini merci à vous.

Cet entretien a été préparé et réalisé par :

Sarah Soudani

Defne Topuzoglu

Neg Andoni

Amandine Fontaine

Tristan Olive

Merci à Pascal Djemaa de nous avoir reçu chez lui d’avoir pris du temps pour répondre à nos questions et de nous avoir cuisiné des pâtes à la bolognaise.


				

Entretien avec Julien Seignalet – Webmaster (par Mina AKDILEK et Aurore CANDASSAMY)

samedi 14 novembre 2015

Dans le cadre d’un entretien professionnel, nous avons rencontré monsieur Julien Seignalet, webmaster depuis quinze ans, afin qu’il puisse nous faire part de son expérience. Cet entretien a eu lieu au centre-ville de Montpellier le lundi 26 Octobre 2015 et a duré trente-huit minutes.

Nous nous sommes présentés et nous avons décrit les objectifs de cette interview puis après avoir passé le contrat déontologique, nous avons pu commencer.

Bonjour, Monsieur Seignalet, tout d’abord racontez-nous en quoi consiste votre métier de webmaster ?

Concrètement mon métier de webmaster c’est avant tout l’aspect créatif de la conception de sites web et la maintenance des sites existants c’est-à-dire une fois qu’ils sont créés, les faire vivre et les animer. Ce sont vraiment les deux points clés de mon métier. En plus de cela, il y a aussi l’aspect gestion de projet d’une équipe informatique puisqu’il faut développer le site, le maintenir et développer les actions de communication dessus.

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Le critère principal, c’est la créativité. La liberté de se dire qu’on va pouvoir créer simplement avec un ordinateur à la maison, un outil utilisé par des milliers voire des millions de personnes. C’est hyper motivant je trouve comme challenge. Après pour être tout à fait franc, ce n’est pas le seul métier créatif mais le webmastering en particulier m’est venu un peu par hasard. J’étais plus orienté vers les maths à la base puis j’ai dévié vers l’informatique pour son côté plus pratique, avec plus de débouchés en terme de créativité. En maths on utilise des outils, on ne créé pas, et c’est ce qu’il me manquait alors que dans le coté web, j’ai pu allier la créativité avec le coté logique. Du coup, l’ informatique m’est apparu comme quelque chose de naturel à ce moment là.

D’accord, quel parcours avez-vous donc effectué pour devenir webmaster ?

À la base, un DEUG de mathématiques.  Ensuite, je suis allé en école d’ingénieur en informatique où j’ai obtenu le diplôme d’ingénieur spécialisé réseaux qui couvrait le webmastering ; mais comme cela correspondait à l’explosion du web au début des années deux mille, le webmastering n’ était pas encore très répandu. C’était plus quelque chose qu’on faisait à côté en plus du reste. On avait des cours de programmation certes, mais pas de programmation web. Je n’ai eu aucun cours sur le web de toute ma scolarité ! Et après, ça a été un apprentissage personnel, d’appliquer la programmation au domaine du web. J’ai appris les outils en école d’ingénieur et je les ai introduits pour le web.

Faut-il avoir un bon niveau d’anglais ?

Oui, c’est indispensable.  Au-delà des compétences techniques, c’est ce qui permet de comprendre ce qu’il se passe ailleurs et ce qui a été codé chez les autres. Le code est une langue à part, il suffit de le connaître pour comprendre ce que quelqu’un a voulu dire. Pour tout ce qui est documentation, analyse des actions de communication, c’est quand même un gros plus de pouvoir étendre ça à l’international plutôt que de rester dans un contexte français où en plus, on n’est pas très bon pour décrire ce qu’on fait en général. Du coup, on ne transmet pas grand chose de ce que font les entreprises françaises alors qu’à l’étranger, il y en a beaucoup qui communiquent en anglais sur ce qu’elles font et cela permet d’avoir de suite plus de contact, d’informations sur le métier. Donc oui c’est impératif. De toute façon, tous les plus gros sites de programmation, de marketing web sont en anglais, tout ce qui fait mon métier est en anglais et puis les normes techniques sont en anglais aussi.

Et est-ce selon vous un métier difficile d’accès ?

C’est difficile de répondre, je dirais oui et non, c’est un peu bateau. Oui, dans le sens où c’est difficile parce que les études sont relativement longues. Il y a quand même eu une grosse formation en France depuis quelques années pour les développeurs, les ingénieurs et tous les métiers qui tournent autour du webmastering en général. Donc il y a une concurrence certaine qui pousse à aller obtenir des diplômes pour pouvoir entrer dans le marché du travail. Mais en réalité, ce qu’on apprend des études, comme dans beaucoup de métiers d’ailleurs, n’auront pas tant de poids dans la pratique. C’est beaucoup de curiosité individuelle. Le diplôme est un passeport, il le faut pour rentrer mais j’allais dire que quelqu’un qui a une brillante idée chez lui et qui est motivé, peut très bien développer son propre outil sans l’aide de personne et cela ne l’empêchera pas de réussir.

Avec votre expérience, quelle serait la formation ou le diplôme le plus approprié pour ce métier ?

Je pense que la formation idéale est un système en trois années avec deux années théoriques et une année en stage. C’est le meilleur compromis. De toute façon, il faut introduire de l’entreprise dans le cycle d’études parce qu’il n’y a pas tellement d’écart entre un webmaster qui a cinq ou dix ans d’expérience avec un webmaster qui en a un ou deux. Ça s’apprend vite, du coup il faut l’introduire tôt.

Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour faire un bon webmaster ?

La curiosité. Parce que c’est de la créativité et dans tout ce qui est créatif il faut être curieux de ce qui se fait partout pour apprendre des choses. Pour le reste, même le coté mathématique n’est pas vraiment important, à part quelques projets très particuliers mais dans la plupart des sites internet ou dans les actions de communication marketing qu’on peut avoir, le coté maths ou logique ne rentre quasiment jamais en compte.

Parlez nous un peu plus précisément de votre métier, comment se déroule une journée type ?

J’ai un parcours un peu particulier dans le sens où je travaille à distance. J’ai eu plusieurs expériences. Quand j’étais tout seul en tant qu’indépendant avec ma propre société, c’était lever tôt coucher tôt, le réveil vers huit heures car les coups de fil du client sont souvent très tôt le matin. La relation client dure toute la matinée et l’après-midi est dédiée à de la production, c’est-à-dire à du développement de sites et le soir au bilan de la journée. Après en étant salarié, c’est très différent puisqu’il n’y a plus du tout l’aspect client, donc cela a été remplacé par des brainstormings les matinées pour savoir ce qu’on veut développer et quelles solutions on va apporter au problème qu’on a par rapport à ce que le client nous amène. La journée c’est de la production et le soir ce dont je n’avais pas avant, c’est la gestion d’équipe puisque maintenant j’ai quand même deux personnes à gérer. Même si c’est une petite équipe, il faut que je fasse attention à ce que les délais soient respectés, qu’on se soit bien compris sur les choses à faire, les tâches à accomplir etc. En informatique, on appelle ça la méthodologie Scrum, une méthodologie journalière de gestion de projets. Tous les matins on note les tâches à accomplir de la semaine, on se les répartit, on avance dessus et le lendemain, on fait un bilan de ce qu’on a fait la veille.

Et est-ce qu’on peut être amené à travailler le week-end ?

Oui, à 100% oui, parce que tous les clients sont exigeants et plus vous prenez de gros clients plus les week-end deviennent quelque chose de rare. Qui dit grosse entreprise, dit grosse exigence, gros suivi et aussi en face, des gens qui n’ont pas de week-end, qui ont une grosse pression et du coup cela se répercute obligatoirement sur vous.

Justement, comment se déroule le contact avec les clients ?

Dans le média, ma façon de faire c’est un mélange de mail et de téléphone.  Tout ce qui est de la stratégie se fait en consultation téléphonique c’est-à-dire que l’on décide des grandes lignes ensemble, des projets qui ont été validés et de comment on va les faire. Tout ce qui est du détail et de comment c’est fait on le règle par mail.

Et qu’est ce qu’ils vous demandent concrètement ?

En terme de demande dans la partie orale, on me demande de faire part de mon expérience, pour savoir dans ce genre de problématique quelles solutions j’ai déjà pu apporter et voir si cela peut intéresser le client. Et après dans le détail de la réalisation, ce sont plutôt des demandes correctives de ce qui a été fait et souvent des nouvelles pistes qui sont lancées. Du coup à la fin d’un mail ce n’est pas rare de voir un message qui indique déjà le nouveau projet qu’on va faire ensemble. Donc cela fait une bonne transition en général et je m’appuie souvent la dessus pour discuter de nouveaux projets avec mon client. Généralement c’est très long, si je dois compter tous mes échanges de mails et téléphoniques cela me prend vraiment énormément de temps alors que paradoxalement, on est dans une ère rapide où c’est du numérique ça devrait aller vite. Mais le téléphone reste encore quelque chose de très ancré, de très formalisé, qui rassure etc.

Qui sont les principaux clients d’un webmaster ?

Pour un indépendant, c’est-à-dire un webmaster tout seul, qui est déjà formé et qui a déjà un petit porte-feuille à lui, qui a réalisé quelques sites, je dirais qu’il n’y a pas de limite, il n’y a pas d’entreprise inatteignable. Ce sont celles qui ont leur propre service de développement informatique et leur propre stratégie en interne. Dans ce cas, ils seront à la recherche d’un aspect consulting et vous pourrez faire valoir votre expérience de webmaster. Après avec une expérience de cinq à dix ans, ce sont plus des relations avec des PME en général, des réalisations très souvent ponctuelles c’est-à-dire un travail qui dure environ un ou deux mois, pas beaucoup de récurrence mais dans l’année vous allez avoir une quinzaine de nouveaux clients c’est bien. Le client récurrent quand on débute, c’est assez rare et assez piège en même temps. Plus il y a de l’expérience, plus on peut viser de grosses sociétés. Je travaille par exemple pour l’Oréal et pourtant elle a son propre service de développement mais j’ai apporté des compétences qu’eux ne pouvaient pas apporter d’où l’intérêt de la curiosité, de toujours s’intéresser par exemple à l’aspect marketing qui est rentré très tard dans le webmastering. Le webmaster est longtemps resté quelqu’un de très technique alors que maintenant on lui demande d’avoir du recul, d’avoir un aspect gestion de projet sur  ce qu’il est en train de faire, de comprendre l’entreprise avec laquelle il travaille et de se projeter. Il y a aussi le coté graphique, c’est tellement multi-compétences qu’il y a toujours quelque chose qu’on peut piocher pour nous différencier de notre concurrent.

Et vous, pour qui avez vous travaillé ?

J’ai travaillé à mon propre compte pour l’Oréal et beaucoup d’entreprises du bâtiment. J’ai aussi été salarié d’une agence webmarketing à Lyon où j’ai découvert le Moniteur, la plus grande revue française du bâtiment, et avant ça, aux États-Unis chez Ubisoft, une société de jeux vidéos. Tous les quatre cinq ans je change de clients, c’est globalement mon rythme.

Pouvez-vous nous décrire quelques unes de vos réalisations ?

Je vais en prendre deux, celles que je dis souvent à mes clients. La première qui est totalement visuelle, c’est 1001 Dégustations, un site de dégustation de vins. C’est un projet parti d’une idée de clients que j’avais déjà en dehors du milieu du vin mais qui étaient passionnés. Ils m’ont contacté pour me dire qu’ils aimeraient bien faire un site et qu’ils étaient prêts à financer cela. Donc on a développé un site de dégustation qui est devenu parmi les trois meilleurs sites français de dégustation de vins aujourd’hui. Le principe est de se faire envoyer des vins, de les goûter, de les noter et de mettre le résultat sur internet mais en aucun cas d’intervenir en tant que négociants c’est-à-dire qu’on ne vend pas de vins pour garder une neutralité claire quelque soit la provenance du vin. C’est un site à la fois tourné vers les professionnels qui envoient les bouteilles et qui financent l’activité mais aussi vers le public qui vient consulter les avis.

Le deuxième projet, plus administratif, Dastri qui s’occupe de récupérer toutes les seringues usagées en France dans les pharmacies et les hôpitaux qui sont considérées comme des objets coupants et dangereux puisque toxiques au niveau des maladies et des bactéries etc. C’est un site gouvernemental donc c’est très spécialisé, très précis très professionnel, il n’a aucune notion de grand public. C’est un tout autre objectif, toute une autre démarche, il y a de gros volumes à gérer et une logistique à assurer. On travaille dans un contexte multi-fournisseurs, multi-partenaires donc on est à la fois concurrents et collègues pour le même client, ce n’est pas évident. Ce sont les deux projets qui symbolisent assez ce qui se passe dans le web, il y a le projet passion et de l’autre côté le projet professionnel pur avec un besoin très précis  du client en logistique, informatique, marketing et de fournir une réponse à ça.

Pensez-vous qu’un coté créatif est nécessaire pour réussir dans la profession ?

Pour moi il est indispensable. Vous pouvez avoir de très bons jeunes développeurs très très forts en terme de programmation mais qui n’ont pas de créativité, du coup ils plafonnent très vite. On est constamment obligé de les surveiller car en webmastering notamment, on est obligé de prendre des décisions à la place du client. En terme de graphisme par exemple, le client va nous donner ses principales idées mais après c’est à nous de décider avec notre regard de créateur et si on n’a pas cela on ne va jamais répondre au besoin du client. De toute manière, en programmation, dans le graphisme, ou même dans le marketing où on fait une pub pour avoir de l’argent schématiquement parlant, si vous n’êtes pas créatif dans la manière dont vous allez imaginer votre campagne publicitaire, ça ne va pas marcher. Ceux qui vont se différencier sont ceux qui ont la créativité et je préférerais quelqu’un qui est moins bon techniquement mais qui est plus créatif, que l’inverse.

Et vous, où puisez-vous l’inspiration ? Quelles sont vos références ?

J’ai la chance de venir d’un milieu assez artistique : mon père est écrivain et ma mère, peintre. Une fois qu’ils ont arrêté leurs carrières médicales, ils ont vécu de leurs activités artistiques du coup j’ai baigné là-dedans. J’adore les musées, j’adore Bosch, Dalì, Courbet etc. Dans chaque ville que je visite, je vais voir un musée, l’architecture de la ville et des trucs qui m’intéressent. Pour moi l’art et la créativité sont très liés. Tout ce qui est issu de la création est de l’art, après que ça ait une valeur ou pas c’est notre problème, que ce soit partagé ou pas, c’est un autre problème. À partir du moment qu’on imagine quelque chose et qu’on parvient à le concrétiser, c’est de l’art.

Sinon il y a aussi la concurrence : regarder les autres sites internet apporte toujours un nouveau souffle surtout que dans le webmastering, la technologie influe sur le potentiel créatif c’est-à-dire que parfois on a envie de faire des choses de manière créative mais techniquement parlant on ne peut pas parce que les outils ne le permettent pas. À l’époque on ne pouvait pas faire bouger les choses sur internet par exemple. Maintenant on peut, cela ouvre de nouvelles possibilités d’où la notion de curiosité pour avoir une vue sur tout ce qui se passe dans notre domaine.

Lors d’un projet, vous arrive t-il de collaborer avec d’autres personnes ?

Généralement en externe, on a très souvent des clients qui ont des fournisseurs sur le plan informatique et web en particulier. Par exemple, on peut soit avoir tout le package création de site web : le marketing, le référencement, l’hébergement du site mais dans pas mal de cas, plus les entreprises sont grosses, plus c’est divisé c’est-à-dire que vous allez avoir un fournisseur spécialisé dans le référencement, un dans le développement, un spécialisé dans l’hébergement mais pourtant tout le monde sait faire un peu de tout. Le client nous partage les compétences donc c’est un peu la concurrence dans le sens où chacun essaie de prendre un peu du gâteau de l’autre. Généralement dans l’informatique pur, cela ne se passe pas très bien car c’est très marqué concurrence et le client l’entretien évidemment afin que certains se désistent ou ne suivent plus le niveau et à la fin c’est un seul fournisseur qui se retrouve avec le contrat.

Maintenant que nous avons parlé de l’aspect relationnel, abordons une partie plus technique, quelles sont les étapes pour concevoir un bon site web ?

Il n’y a pas de règles pour faire un site magnifique mais il y a des règles pour ne pas faire un site pourri (rires). Par exemple, ayant des lacunes graphiques, je sais que je prend des règles simples : trois couleurs complémentaires, un site bien délimité, des blocs bien clairs etc. Je suis sûr d’atteindre mon objectif d’être lisible quoiqu’il arrive. Après en deuxième partie c’est la charte graphique, l’aspect image de l’entreprise, il n’y a pas de création sans avoir cette étude auparavant, ensuite il y a le côté compréhension du métier de votre client, il est très important de comprendre ce qu’il veut et dans quel contexte parce qu’évidemment chaque client a un besoin différent, des jargons différents. Pour les comprendre, il faut faire l’effort de se mettre à leur place puis une fois qu’on a développé ces deux bases, on peut commencer l’étude du besoin, le développer, le produire, la mise en recette c’est-à-dire que le client valide la production. Elle a toujours un effet pervers car après avoir pris les informations client, on se coupe un peu de lui pour développer la réponse à son besoin et parfois il faut être sûr d’avoir bien saisi au début pour ne pas faire fausse route. On peut facilement mettre un mois de travail à la poubelle si on ne s’est pas bien assuré des bases.

Une fois que la production est réalisée, il y a le suivi, le client fait des tests, on fait de la maintenance corrective et à la fin on attaque ce qu’on appelle le référencement qui est du marketing web. Tous les sites n’en ont pas besoin mais lorsqu’ils sont destinés au public, il y a toujours une étape où on doit faire la promotion du nouveau site pour qu’il attire le maximum de visiteurs et déclencher un cercle vertueux de visites de qualité.

Nous avons vu sur votre site web que vous proposiez également vos compétences en référencement, vous en avez d’ailleurs parlé à plusieurs reprises, pouvez-vous nous en dire plus sur ce que c’est ?

De manière très simple, c’est prendre certains mots-clés qui génèrent du trafic, c’est-à-dire des mots que les gens tapent sur Google le plus souvent et faire en sorte que notre site réponde bien à ces mots-clés pour qu’il apparaisse le plus haut possible dans la liste.

En quoi est-ce important ?

Ce n’est pas important pour tout le monde puisqu’il y a des sites qui n’ont pas besoin de communiquer comme les sites d’entreprises et les intranet. Il y a tous un tas d’existants dans le web qui nécessitent toutes les autres compétences mais pas de marketing. Dans beaucoup de cas, il y a quand même du marketing et donc oui effectivement, il faut trouver une cible, avoir fait son étude de marché, réaliser des actions de communication par le biais du site web ou d’autres biais. Cela passe par du mailing, par des opérations sur les sites internet, ou par des pages dédiées sur d’autres sites pour cibler certains profils d’utilisateurs et faire en sorte qu’il y en ait le plus possible, que le site plaise, que les gens restent longtemps dessus, et qu’ils se transmettent le site. Donc après joue l’importance des réseaux sociaux, le bouche à oreille numérique. C’est le vecteur le plus porteur de trafic dans le web aujourd’hui, beaucoup plus que les moteurs de recherche.

Nous savons maintenant qu’un webmaster est polyvalent et multitâche, y a t’il priorités pour ne pas se perdre ?

Le défaut comme tout métier créatif, c’est que la créativité entraîne la curiosité et la curiosité entraîne l’éparpillement. À un moment donné, il faut se fixer des limites et rester dans un contexte client quoiqu’il arrive, même quand on a une idée, on fait d’abord une table de veille. L’erreur numéro une, c’est de croire qu’on a une idée de génie alors qu’en réalité ça a déjà été fait sous de multiples formes avant. Il faut la comparer à ce qui existe et aussi ne pas aller inventer quelque chose dont personne n’a besoin.

Un webmaster a t-il des possibilités d’évolution ?

Oui. Déjà dans le webmastering, je fais toujours le distinguo entre indépendant et être en entreprise parce qu’en entreprise le concept de webmaster n’existe quasiment pas. Je parle des sociétés de services en ingénierie informatique, les SS2I. Tout le monde est webmaster mais vous êtes catalogué spécialiste wordpress, spécialiste réseaux sociaux mais vous êtes tellement spécialisés que finalement l’entreprise entière est un webmaster. C’est pour cela que l’indépendant est plus intéressant et a effectivement énormément d’évolutions possibles à ce niveau parce qu’il appréhende plusieurs sujets, dans certains il excelle, dans d’autres il débute et son but est d’arriver à maîtriser tout cela. Par exemple, j’ai commencé à voir de la 3D sur internet, je pense que ça a du potentiel, je n’ai pas la compétence mais je vais l’acquérir et me positionner sur la 3D même si je n’ai pas aujourd’hui une demande de clients explicite.

Une fois que vous dominerez tous ces domaines , vous pourrez vendre ces services à d’autres sociétés qui seront très intéressées par votre vision générale du web, votre compréhension de ce qu’il y a au niveau graphique, marketing, concept de site web, stratégies etc.

Pouvez-vous nous dire quels sont les avantages et les inconvénients d’être indépendant ou salarié ?

L’indépendant est plus fort s’il vit de son métier. Techniquement et marketingment parlant, il est plus curieux, plus ouvert parce qu’il est dans la loi du marché donc il est sous pression constante, alors que le salarié même s’il fait le même métier tous les jours, il ne se pose pas la question de savoir demain « quelle stratégie je vais apporter à ma façon de faire, est-ce que je dois faire évoluer mon travail ? ». C’est son chef qui va lui dire qu’il faut faire une formation parce qu’il en a besoin, mais ce n’est pas sa décision. Elle est rarement de son fait. Il y a un coté moins risqué d’être salarié.

Être indépendant est beaucoup plus contraignant mais beaucoup plus riche, plus valorisant vu qu’on a un contact direct avec le client comme il peut être aussi plus destructeur pour la même raison. Mais dans un contexte salarial, on est plus protégé, et les compétences ne sont pas les mêmes : il faut des compétences relationnelles, d’équipe, exprimer sa personnalité alors que quand vous êtes indépendant, vous êtes votre propre équipe et c’est vous qui décidez de tout. Je viens plus d’un milieu indépendant, je valorise donc ce coté là, mais l’avantage d’être dans un contexte salarial, c’est l’accès aux grosses entreprises qu’on peut difficilement atteindre tout seul.

À votre avis, quel est l’avenir du métier de webmaster ?

L’avenir à court terme, c’est de suivre la technologie. Je pense à la 3D, tout l’aspect jeux vidéos. Je connais un peu certains marchés qui explosent aujourd’hui en Europe, mais dans les pays asiatiques où cela fait des années que c’est développé, il y a un marché très riche avec plein d’opportunités et avec le moyen d’exister en tant que webmaster.

À long terme, c’est très difficile à dire, parce que qui peut prédire ce que sera le web de demain ? Aujourd’hui, on voit que cela se déplace de plus en plus vers les appareils mobiles par exemple, ce ne sont pas du tout les mêmes interfaces ou la même ergonomie. C’est une autre façon de voir le métier de webmaster, on est dans une stratégie multi-formats, c’est-à-dire que si on fait un site, il faut avoir un affichage pour les grands écrans, et qu’il y ait d’autres affichages et d’autres fonctionnalités pour les téléphones portables. Il y a des stratégies pour chaque support.

Dans 10 ans, je serai incapable de vous dire et là je ne suis pas assez curieux. Si j’étais plus créatif, je serai capable d’avoir une idée et d’avoir une opinion sur ce qui va arriver mais le travail au quotidien bloque un peu cette vision de long terme. Je pense vraiment que la 3D va avoir de l’importance et aussi l’abstraction de la plateforme et du matériel : que vous ayez un portable, un ordinateur ou une télévision cela n’aura plus d’importance !

Avec votre expérience, comment vous sentez-vous maintenant par rapport à vos débuts ?

Vieux ! (rires) Et pourtant j’ai 35ans ! Ça va très vite, il y a des révolutions ne serait-ce que techniques tous les trois ans dans la partie programmation. Moi, j’ai débuté avec des langages comme .asp maintenant c’est du .php qui est un langage gratuit. Aujourd’hui .asp n’existe quasiment plus, .php a pris le dessus et ceux qui ont pris l’option à l’époque de se spécialiser dans l’option .asp sont un peu bloqués aujourd’hui parce qu’il y a moins d’opportunités. Donc, c’est un métier qui évolue tellement vite qu’on se sent vieux plus vite. On prend de l’expérience naturellement comme dans tous les métiers. Au bout de dix ans, on a une vision différente de celle qu’on avait en commençant, mais je veux dire que ça va un peu plus vite qu’ailleurs.

Souhaiteriez-vous transmettre un conseil à un étudiant désirant se lancer dans le métier de webmaster ?

De toujours cultiver l’esprit créatif quoiqu’il arrive. C’est vraiment le point numéro un. Si on n’a pas ce côté de créateur, ce n’est peut-être pas le bon métier. On peut réussir à être bon sans forcément aimer ce qu’on fait mais comme pour tout, quand on a cette fibre d’aimer créer quelque chose, d’inventer, de prendre des risques c’est toujours plus facile. C’est un peu comme le Far West, avoir un continent énorme qui est internet où il y a plein d’opportunités, de niches à explorer et de projets qui se développent. On le voit d’ailleurs que beaucoup de grosses entreprises conçoivent de grands plans marketing mais que cela reste très en retard, mal fait ou déjà vu. Pour ces entreprises avec des moyens et beaucoup de gens qui travaillent l’aspect créatif je me dis que pour ces raisons, il y a forcément moyen pour quelqu’un qui a beaucoup d’idées de ne pas se décourager et d’essayer de les pousser à fond. Ce n’est pas une garantie de réussite mais c’est toujours une satisfaction de transformer une idée en une réalité même si ce n’est pas financièrement rentable, c’est génial.

Merci Monsieur Seignalet de nous avoir accordé cette interview.

De rien, ce fut un plaisir.

Aurore CANDASSAMY

Mina AKDILEK

Entretien avec Thierry Cor, concepteur-rédacteur

mercredi 23 novembre 2011

Publicis CaribeAD

Nous avons interviewé Thierry Cor, concepteur-rédacteur au sein de l’entreprise Publicis Caribead. Cet entretien a eu lieu le 17 novembre par vidéoconférence, l’entreprise étant basée en Guadeloupe. Après lui avoir fait part du contrat déontologique, qui consistait à lui demander son accord pour l’enregistrement et la diffusion de l’entretien sur le blog Infocom, nous avons débuté l’entretien, qui a duré une cinquantaine de minutes.

 

Nous : Bonjour, nous sommes étudiants en Information-Communication à l’université Paul Valery. Nous devons faire cet entretien dans le but d’avoir plus d’informations sur le métier de concepteur-rédacteur, et pour apprendre à pratiquer des interviews. Pour les présentations, nous sommes Sylvanie, Kenny et Stanley.

 

Tout d’abord, pourquoi as-tu choisi ce métier ?

 

Thierry : … Ah ! Ben d’abord parce que j’ai toujours voulu faire ça, et que c’est le plus beau métier du monde ! (rires) Non, en fait, ce n’est pas forcément le métier le plus facile à faire, ce n’est pas non plus le métier qui embauchait le plus à l’époque, ce n’était pas facile de rentrer en agence. C’est un métier qui est drôle, qui est dur, même très dur, mais qui est vachement drôle ! Et comme le dit Uderzo, je l’ai repris pour mon travail, « tu fais le même boulot que quand tu es en maternelle » c’est-à-dire qu’en maternelle tu dessines, tu inventes, tu fais des petits trucs comme ça ; maintenant, tu fais la même chose, mais tu es payé ! Pas forcément bien payé, mais tu es payé. Et ça c’est top !

Dans la com’, il y a la com’ pour l’annonceur… Qui est naze, on peut le dire ; et tu as la com’ dans les agences, et là ça dépend de ce que tu fais. Si c’est du marketing direct, ce n’est pas forcément drôle, si c’est de l’évènementiel, tu sors, tu bouges, ça peut être drôle, et les agences de pub’ pures comme celle dans laquelle je suis en tant que créatif, c’est bien parce que tu touches à plein de budgets différents [budgets = clients, ndlr], tu fais des films, de la radio, de l’affichage, des prints etc. Donc pourquoi ce métier, j’en sais rien, quand j’étais môme je dessinais, je faisais de la musique, j’écrivais, puis ça c’est fait comme ça.

 

Nous : Tu es entré dans le bain directement en fait…

 

Thierry : Pas du tout ! J’ai fait une école de marketing-communication mais plutôt commerciale, pour normalement devenir chef de publicité. J’ai fait un stage en tant que chef de pub’ qui aurait dû durer six mois, mais qui n’a finalement duré que deux semaines … C’était sympa ! (rires) Pendant ce stage, ils m’ont demandé de gérer un budget de six millions de francs. Déjà quand tu sors de l’école, six millions de francs ça fout la trouille. Je me suis dit « qu’est ce que c’est que ce truc, je vais jamais pouvoir le faire ». Honnêtement, j’ai eu peur, je n’ai pas su gérer ça. En fait eux quand ils m’ont demandé de gérer, c’était surtout pour faire du secrétariat, ce n’était pas forcément intéressant. Et après ils m’ont demandé de les aider à faire une plaquette commerciale pour un hôtel à Ushuaia en Argentine. J’ai commencé à faire ce truc là et j’ai pris un pied fabuleux, mais vraiment quoi. Du coup, je me suis dit que je voulais travailler en agence mais pas du coté commercial, c’est vraiment du coté créatif que je voulais être. Maintenant, comme je n’ai pas fait d’école de graphisme, je ne pouvais pas devenir directeur artistique, je ne pouvais « que » devenir concepteur-rédacteur. J’ai travaillé en agence pendant six mois sans être payé, si c’est pas du sacrifice ça ! Je leur ai dit que j’avais envie de faire ça, que j’avais envie d’apprendre, et ils ont accepté que je vienne travailler chez eux. Suite à ces six mois, ils m’ont engagé en CDD. Après ça, j’ai bossé chez Canal + pour faire les bandes annonces, puis j’ai appelé M6 en leur disant « Je bosse chez Canal ! » donc ils m’ont engagé ! (rires) Ensuite, je suis parti chez TF1 pour des bandes annonces, toujours. Entre temps, j’ai fait des questions pour le jeu Les Z’amours. Ca c’était une belle expérience ! « Si tu étais un animal et que ta copine partait en soirée avec son ex… » (rires) Ensuite j’ai fait du journalisme, j’étais rédacteur pour écrire les voix off à la télévision. Tout ça, c’est de la communication, pas de la pub’, mais ça reste dans le même univers de l’écriture. Puis j’ai fait du marketing direct à Paris, j’en ai eu marre et je suis parti à Tahiti en agence de pub’, ensuite à Nouméa en Nouvelle Calédonie, et finalement ici en Guadeloupe, en publicité pure.

 

Nous : Apparemment, vous êtes amené à beaucoup voyager avec ce métier ?

 

Thierry : Alors toi déjà, tu vas me tutoyer ! (rires) Mais non, en soi ce métier ne fait pas voyager, sauf si tu es dans les grandes agences, que tu es un bon créatif, que tu es bien placé et que tu travailles sur des gros budgets ! Là tu peux être amené à voyager. Ce qui s’est passé pour moi, c’est que j’en ai eu marre de Paris et j’ai eu cette opportunité à Tahiti. Puis j’ai dû partir de Tahiti, et quand tu connais les îles tu n’as pas forcément envie de retourner à Paris ! Le problème c’est que quand tu travailles dans les îles, tu es mal vu à Paris, si tu veux rentrer en métropole, les mecs se marrent : « Tu as travaillé en tong sous les cocotiers à boire du ‘ti punch ». Même si j’ai vingt ans d’expérience, ils me diront que je suis junior et me proposeront un stage. C’est un boulot qui n’est pas simple du tout.

 

Nous : Pourrais-tu nous parler de ton entreprise, Publicis CaribeAD ?

 

Thierry : À Publicis CaribeAD, quand je suis arrivé, on était quatre et ça s’appelait juste CaribeAD. Puis on a grandi peu à peu, on avait comme budgets le comité du tourisme, la région, KFC et d’autres clients locaux. Puis une agence concurrente a arrêté son activité pour partir en République Dominicaine, et on a récupéré cinq personnes de chez eux ainsi que leurs budgets, dont Air Caraïbes et Craf par exemple. On est donc passé à douze ou treize employés. Et quand on a gagné Orange, on a du embaucher du monde, on était une vingtaine ; c’est parce qu’on a gagné Orange qu’on est devenu Publicis. En fait, on ne fait pas vraiment partie du réseau Publicis, mais on a la franchise, la caution du groupe : on obtient une carte qui nous permet d’être affilié à leur groupe.

 

Nous : Et est ce que ça vous ouvert des portes de porter le nom de Publicis ?

 

Thierry : Pas du tout ! En fait Publicis n’est pas connu en Guadeloupe, ils n’ont pas ce réseau international, comme d’autres grosses agences qui ont un fort réseau interne. On a quand même accès a leurs conseils lorsqu’on travaille pour Orange, par exemple.

 

Nous : Est-ce que ça a quand même eu une quelconque influence sur votre popularité ?

 

Thierry : Peut être qu’au niveau des annonceurs ça nous apporte une certaine notoriété, nous qui à la base étions locaux. En fait, pour certains c’est un atout parce que c’est un grand réseau, mais pour d’autre c’est effrayant, si tu as un nom d’agence reconnu, cela signifie que tes services sont coûteux. D’ailleurs ce n’est pas faux, nous sommes vingt et nous payons des charges en conséquent, donc nos services sont plus chers que ceux d’une agence de trois personnes.

 

Nous : Comment trouvez-vous le milieu de la publicité ?

 

Thierry : La coke, les putes… (rires) C’était vrai à l’époque de l’âge d’or de la pub, dans les années 80… Après est-ce que c’est toujours comme ça dans les grandes agences ? Peut-être… Bon, ce qui est sûr, c’est qu’on est tous des névrosés en puissance ! Je dis ça en rigolant, mais quand t’es concepteur-rédacteur, tu aspires souvent à écrire un roman, un film, des scénarios pour de grandes productions, sauf que soit par peur, soit par manque de temps, soit par manque de talent, ou pour pleins d’autres raisons, tu ne le fais pas, donc tu bosses en agence de pub’. Les directeurs artistiques sont tous des peintres en puissance, qui pourraient devenir peintre ou photographe, et pour ces mêmes raisons, ils bossent en agence de pub. Tu veux faire mieux, mais tu te contentes d’être en agence. Tu fais de la création, mais « bas de gamme » par rapport à ce à quoi tu aspires. L’autre point, c’est qu’on fait le même métier que Spielberg, sauf que lui fera un film de deux heures et son nom sera écrit en grand, toi, tu feras un film de trente secondes et ton nom n’apparaitra pas ! Tu veux que les autres sachent que tu as fait ça, sauf que personne ne le saura. Il faut savoir prendre du recul par rapport à ça, ça m’est arrivé une fois, je travaillais à Pier Import à Paris. J’avais une chemise avec toutes mes créations et j’ai vu un bus avec l’affiche que j’ai créée, il y avait beaucoup de monde à l’arrêt de bus, j’avais envie de leur dire : « Hey ! Regardez, c’est moi qui l’ai fait ! » Mais ça, les gens s’en fichent. Tu as un énorme besoin de reconnaissance. Bon, à mon âge, je m’en fiche. Mais quand tu commences, t’as quand même ça en tête. Ensuite, dans les agences à Paris, il y a énormément de pression parce que tu brasses énormément d’argent sur des films qui font des millions d’euros, donc tu as intérêt à être bon, et si tu l’es pas, tu ne resteras pas. Il y a aussi beaucoup de compétition entre les équipes, et comme on a tous des égos surdimensionnés, on à tendance à s’engueuler, à prendre les autres pour des cons et à penser qu’on est meilleur que les autres, c’est comme ça, du moins au début. C’est un univers difficile.

 

Nous : La concurrence entre les entreprises est-elle rude ?

 

Thierry : Non, enfin ça dépend. Dans les îles oui, parce que tu as beaucoup moins de budgets donc ça se tape dessus et ça bosse salement, très salement. Par exemple, en Guadeloupe, il y a une agence qui fait des créations gratuites, alors que nous on les fait payer. Ce n’est pas une manière très propre de récupérer un budget. Ils appellent les gens en disant : « Ce que fait cette agence c’est nul, nous on peut faire mieux. » Par contre à Paris, c’est une autre mentalité. Les créatifs forment une communauté, donc ils ne vont pas se taper dessus. Vous savez, on n’est pas nombreux à faire ce métier, en France on est moins de trente mille créatifs, et environ trois milles concepteurs-rédacteurs donc il vaut mieux que ça se passe bien. Il y a des concours ou tous les créatifs se voient, à Cannes par exemple, donc il n’y a trop de compétition. Mais dans les îles, c’est un enfer.

 

Nous : Tu dis qu’il y a environ trois milles concepteur-rédacteurs en France, et il me semble que tu as déjà dit que c’était un métier en voie de disparition, peux-tu nous en dire plus ?

 

Thierry : Oui, je l’ai dit, mais je parle de la publicité telle que moi je la pratique, c’est en voie de disparition. Aujourd’hui, un bon concepteur rédacteur doit savoir faire du web. Pas au niveau technique, mais il faut qu’il intègre dans sa réflexion de travail des messages qui s’adaptent au numérique, à internet, aux sms etc. Parce qu’il y aura de moins en moins de prints parce que ce n’est pas écolo, la télé coûte de plus en plus cher, la publicité coûte cher en général, à Paris notamment. Donc on s’intéresse à des médias un peu annexe, et notamment au numérique, donc le concepteur-rédacteur aujourd’hui sera quelqu’un qui fait du numérique. Moi je fais un métier en voie d’extinction. Quand j’ai dit ça, ce que je voulais dire, c’est que tout le monde sait écrire et à partir du moment où tu sais écrire, tu peux te considérer comme rédacteur, alors tout le monde ne sait pas forcément bien écrire. Donc de petites agences se disent qu’ils n’ont pas besoin d’un concepteur-rédacteur. Il y aura peut être beaucoup de fautes d’orthographe ou ça sera moche mais ils le feront. Dans les îles, comme les clients sont moins regardants sur la qualité, ils peuvent l’accepter. Sauf que les agences qui fonctionnent bien, que ce soit en Guadeloupe, à Paris, à Nouméa ou à Tahiti, sont des agences qui ont des concepteurs-rédacteurs, parce qu’on se focalise chacun sur notre priorité, sur notre travail, et c’est ce qui fait la force des grandes agences. Donc oui, on est en fin de vie parce que la pub’ c’est fini et que c’est du numérique maintenant. Mais vous qui êtes jeunes et fringants, allez dans le numérique ! Je regardais les annonces de boulot et je suis tombé sur un article qui disait que le concepteur-rédacteur est une espèce rare, et qu’il y a énormément de demande dans le numérique.

Nous : Pourrais-tu nous parler d’un projet passé ou à venir ?

Thierry : Aujourd’hui par exemple, on tourne un film dans l’après-midi. C’est pour les jeunes de seize ou dix-sept ans, le brief c’est de vendre le forfait jeune d’Orange, l’idée étant de mettre en avant un artiste connu en Guadeloupe, Ridla, qui va vendre la marque. La première phase du boulot consistait à récupérer le brief par les commerciaux, ensuite on voit ce qu’on peut en faire au niveau créatif, et j’ai écrit un film, on l’a proposé au client qui l’a accepté. Ensuite il y a toute la mise en place de la production avec le casting, et tout à l’heure je vais au tournage. À Paris, quand tu es dans de très grosses agences, tu bouges parce que tu fais de la télé, du cinéma, de la presse, mais quand tu es une petite agence, tu ne peux pas faire ça, tu bosses pour le garage du coin, pour le supermarché local, etc. Ca peut être intéressant, mais quand t’es dans les îles, t’as pas besoin d’être dans une grande agence pour faire un film. Sinon, j’en reviens à ta question, avec l’agence on bosse sur la communication Orange, donc on est sur tous les produits Orange de Guadeloupe, sur tous les supports : radio, presse, affichage, télé, web de temps en temps, marketing direct, distribution de flyers. On travaille sur tout ce qu’on peut faire en communication média ou hors média.

 

Nous : Tu as dit que tu avais fait une école de marketing … Quel autre parcours nous conseilles-tu pour devenir concepteur-rédacteur ?

 

Thierry : Il y a des écoles de création, enfin, quand tu veux être directeur artistique, tu as des écoles pour ça, tu as les beaux-arts, des écoles de création pure. Mais pour la conception-rédaction, c’est plus difficile, à l’époque, il n’y avait rien, quand les entreprises demandaient des diplômes, ils demandaient ceux du CELSA notamment, ou encore de l’école supérieure de journalisme à Lilles, par exemple. Ils pouvaient aussi demander des personnes ayant suivi un cursus littéraire, des DEUG, des DESS. Après, il y a eu des écoles spécialisées qui se sont créées, il y a aussi Sup de Com’, Créapole à Paris… Est ce que c’est bien ? Je n’en sais rien… Le seul avantage, c’est que tu apprends à bosser en équipe sur des briefs, et que tu as un certain nombre d’agence qui peuvent t’embaucher à la sortie. Moi ce que j’ai fait, et ça marche encore comme ça pour rentrer en agence, soit t’es pistonné, soit ce que j’ai fait moi, tu crées de la fausse pub et un faux book.

 

Nous : Tu aurais quelques conseils pour obtenir un travail en tant que concepteur rédacteur en sortant de l’université ?

 

Thierry : Moi au début, j’ai envoyé mon CV et des créas comme ça, mais j’ai surtout envoyé deux jeux à gratter, et ma lettre de motivation disait juste : « Je vous envoie deux jeux à gratter et mon CV, dans le premier cas vous gagnerez peut être de l’argent, dans le second cas, vous gagnerez peut être quelqu’un de compétent. ». Le mec m’a rappelé, il m’a dit : « j’étais mort de rire, j’ai gagné dix francs ! Venez à l’agence, je vous paye un café. ». Bon, il n’embauchait pas, mais c’est le genre de chose que tu peux faire pour rentrer en agence. Il faut y aller au culot et le meilleur moyen, c’est de faire un faux book, tu prends n’importe quel budget, tu n’essayes pas de te soucier de l’image de la marque, tu fais ce dont tu as envie. Il y a que comme ça que tu peux y arriver.

 

Nous : Donc on a pas forcément besoin de formation pour pouvoir rentrer en agence ?

 

Thierry : En fait, tu peux sortir d’une école reconnue et tu peux avoir une place, mais il ne faut pas se leurrer, le meilleur CV pour un créatif, c’est son book, si tu as un beau book avec de belles idées dedans, tu y vas au culot, tu appelles. Ce n’est pas forcément l’école qui va te faire arriver là, il faut surtout avoir une ouverture d’esprit énorme, être très curieux et bien manier les mots, c’est vraiment très important. Tu peux très bien trouver des accroches faciles, du style « Le beau téléphone de Sony », mais ce qu’ils attendent aussi c’est que tu puisses trouver le petit jeu de mot qui frappe bien. Pour l’exemple, j’ai fait une signature pour la marina du Gosier en Guadeloupe, la signature c’était : « Y accoster, c’est déjà s’y attacher. » Pour faire ce genre de signature là, il faut vraiment pouvoir manier les mots, voir le petit jeu de mot à faire. Le bon concepteur-rédacteur, c’est celui qui sera capable de trouver le petit détail dans les mots. Ça tu peux l’acquérir soit parce que tu sais le faire, soit parce que tu as beaucoup lu. Il faut aussi pouvoir s’autocritiquer, se dire « ce que j’ai fait, c’est mauvais, ce qu’a fait le concurrent c’est très bien et que c’est dommage que ça soit pas moi qui l’ai fait. »

 

Nous : On ne peut pas te reprocher d’avoir fait une création sans avoir été embauché auparavant ?

 

Thierry : Ils ne peuvent pas te reprocher ça, puisque si tu débutes, techniquement tu ne peux pas avoir déjà bossé pour eux ou pour une entreprise. Tu y vas au culot et tu prends ce que tu veux comme produit. Ce qu’il faut savoir, c’est que si tu prends un produit au hasard, prenons Chanel, il ne faut pas le prendre comme étant un truc traditionnel, il faut que tu te lâches ! Pour l’exemple, j’ai fait une fausse pub, pas pour trouver du boulot mais parce que ça me fait faisait rire, pour le fromage « Rouy », j’ai fait une fille avec une cagoule sado-maso, l’accroche était : « Rouy, le fromage qui fouette ». La seule chose à faire, c’est se lâcher.

 

Nous : Donc pour résumer, tu es devenu concepteur-rédacteur parce que tu aimes la création, tu as eu de nombreuses expériences avant de faire ce métier, et tu as beaucoup été amené à voyager parce que tu ne voulais plus travailler à Paris. Ton agence est aujourd’hui affiliée au groupe Publicis mais ça n’a pas toujours été le cas, elle a beaucoup évoluée depuis ton arrivée, notamment grâce au contrat avec Orange. Ensuite tu nous as dit que le milieu de la publicité n’était pas comme on à tendance à la croire, la communauté des concepteur-rédacteur est finalement assez soudée, exceptée dans les îles. Enfin, tu nous a parlé des différents possibilités pour devenir concepteur-rédacteur, que le diplôme n’est pas le seul critère exigé, il faut savoir mettre son talent en avant, avoir du culot.

 

Nous te remercions vraiment d’avoir accepté de faire cet entretien ! Nous t’enverrons la retranscription pour avoir ton accord.

 

Thierry : C’est moi qui vous remercie ! J’ai eu mon heure de gloire ! (rires) N’hésitez pas si vous avez des questions !

Interview réalisé par Sylvanie Merat, Stanley Reimonenq et Kenny Pierre.

Publication de l’entretien du 15 novembre 2011 avec le commercial d’Orange

mardi 22 novembre 2011


Nom de l’interviewé : Laetitia Lopez

Profession : Commercial

Entreprise : Orange

Localisation : Polygone (Montpellier)


Contexte de l’entretien :


Circonstances de l’entretien : L’entretien s’est déroulé à l’entrée du magasin, nous étions debout.

Lieu : Dans le magasin

Moment : 15 novembre 2011 à 18h30

Durée : 30 minutes

Matériel utilisé : Appareil photo / Caméra / Bloc-notes

Rôle de chaque membres :

Linda → Chargée de la rédaction d’informations

Zahra → Chargée de prendre des photos et de filmer l’entretien

Lurline → Chargée de poser les questions à l’interviewé

Tristan → Chargé de poser les questions à l’interviewé


Discours introductif :

Bonjour, tout d’abord merci de nous accueillir au sein de votre entreprise. Nous allons dans un premier temps nous présenter. Nous sommes étudiants en première année de licence information communication à l’université Paul Valéry. Dans le cadre d’un projet pour la validation de notre semestre, nous souhaiterions nous entretenir avec vous pour découvrir de manière plus approfondi votre métier de commercial. Comme convenu, disposons-nous toujours des trente minutes d’entretien ?


Contrat déontologique :


ATTESTATION D’AUTORISATION

DE DIFFUSION D’INFORMATIONS


Je, soussigné(e) M. Mme______________________________,

Commercial de l’établissement___________________________,

autorise Mlle Achbab Zahra, Mlle Chung Lurline, Mlle Benaied Linda, et M. Mouz Tristan ; étudiants en L1 Infocom à l’Université Paul Valéry Montpellier III, à filmer, diffuser, retranscrire et publier sur un Blog Pédagogique l’entretien réalisé en date du_______________

A Montpellier,

Le________


Le Commercial,

M.__________


Retranscription de l’échange :


– Quelles sont vos missions au sein de l’organisation d’Orange ?

« Le commercial chez Orange est chargé de développer les ventes de son entreprise en respectant la politique commerciale mise en place. Il dispose généralement d’un portefeuille de clients situés sur une zone géographique plus ou moins étendue. Il établit un plan de prospection (déplacements physiques, échanges téléphoniques, mailing…) qui doit lui permettre d’atteindre les objectifs qui sont fixés par son supérieur hiérarchique. Il utilise des techniques de vente. Il commence par poser des questions pour déterminer les besoins du client et comprendre quel sera le produit le plus adapté à lui proposer. Il lui explique ensuite pourquoi tel produit ou service répond à ses besoins en développant un argumentaire précis. Le commercial est souvent en déplacement car dans la plupart des cas il doit augmenter son portefeuille avec de nouveaux clients, réaliser des ventes mais aussi assurer le suivi commercial et administratif de son secteur. »


– Comment sont-établies les primes lors des ventes réalisées ?

« Concernant les primes, notre entreprise n’a pas de plafond précis à atteindre au niveau du chiffres d’affaires. Par ailleurs il faut avoir un certain quotas de points en fonction des ventes réalisées pour en bénéficier. »


– Quelle genre de segmentation avez-vous mis en place ?

« Orange ne possède pas de segmentation spécifique puisque nous accueillons tout types de clients. Cependant nous connaissons nos clients et leurs attentes, pour pouvoir répondre au mieux à leurs besoins. »


– Quelles sont les attentes de vos clients ?

« Beaucoup de personnes sont intéressées par les mobiles et les offres internet, et d’autres chercherons juste à s’informer sur les différents forfaits existants. Nous sommes là pour les aider à trouver le forfait, le mobile ou l’offre internet qui s’adapte le plus à leurs attentes. »


– Quel est votre statut de commercial ?

« Je suis une commercial sédentaire. Notre rôle est de trouver de nouveaux clients, de les fidéliser, de préparer le terrain pour nos collègues itinérants. La différence majeure qu’il y a, c’est que nous restons au sein de l’entreprise. »


– Quelles sont les qualités requises pour devenir un commercial ?

« Autonomie et combativité sont les deux principales qualités d’un commercial pour pouvoir faire face à la concurrence des autres entreprises. Être à l’écoute de son client est aussi très important, ainsi qu’être technicien; c’est à dire bien connaître son produit, son offre et se tenir informer chaque jour de l’actualité pour réaliser de meilleures ventes. »


– Quels sont vos arguments pour assurer de bonnes ventes ?

« Orange a la meilleure couverture réseau de France, d’après le rapport d’ARCEP de novembre 2011. On retrouve également nos boutiques un peu partout a travers l’hexagone, et ont également un très bon service après-vente (par exemple: lorsqu’un mobile ne fonctionne plus, il est remplacé au bout de 48h et livré directement au domicile du client). »


– Quelles sont vos horaires quotidiennes ?

« Nous travaillons 35h par semaine en moyenne. Nous faisons de temps à autre des heures supplémentaires, suivant le flux de la clientèle, présente dans notre magasin. Il faut également savoir que nous devons nous adapter aux horaires du centre commercial. »


– Avez vous des remarques ou des anecdotes supplémentaires ?

« Pour exercer ce métier il faut être patient, ne pas avoir de préjugés sur le client et être à l’écoute. Notre objectif primaire, est la satisfaction du client. »


Synthèse de l’entretien :

Merci de nous avoir reçu et d’avoir pu vous libérer pour répondre à nos questions concernant votre métier de commercial, dans le but de notre entretien scolaire que nous devions réalisé. Après la saisie du compte rendu de cet entretien nous vous ferons parvenir par mail la retranscription. Veuillez vérifier que nous avons bien la bonne adresse de votre courriel afin de pouvoir vous recontactez si nous avons d’éventuelles questions que nous aurions omis.


Encore merci.


Achbab Zahra

Chung Lurline

Benaied Linda

Mouz Tristan