Articles avec le tag ‘métier’

Interview de Marie-Loup Faggioli qui travaille comme manager en régie publicitaire chez Eleni Gatsou Bureau, dans le troisième arrondissement de Paris

lundi 25 novembre 2019

Nous avons rencontré la sœur d’Alice Faggioli à la Panacée l’après-midi du dimanche 10 novembre. L’entretien a duré environ 25 minutes, nous l’avons enregistré à l’aide du dictaphone de notre téléphone et nous nous sommes servies d’une feuille de questions écrites au préalable. Notre équipe était composée d’Alice Faggioli qui s’est occupée du discours introductif, de Marie Guillermin qui surveillait la durée de l’entretien, de Cléo Bougleux qui a fait la synthèse et de Camille Dalessandro qui a enregistré l’interview. Marie-Loup travaille chez Eleni Gatsou Bureau, qui est une agence internationale qui s’occupe de faire la publicité de marques de haute-couture dans des magazines de haut standing.

Au fil de l’interview, Marie-Loup nous a donné quelques termes techniques ou liés au domaine de la haute couture. Elle a mentionné plusieurs fois le « print », qui est un terme anglais pour désigner la presse écrite telle que les journaux ou les magazines. Elle a aussi parlé du groupe « LVMH » (Moët Hennessy Louis Vuitton), qui est un groupe français d’entreprises aujourd’hui chef de file mondial de l’industrie du luxe en termes de chiffre d’affaire. Enfin, Marie-Loup a mentionné les soft skills, qui peut être traduit par les « compétences douces ». Il s’agit de l’intelligence relationnelle, des capacités de communication, du caractère, des aptitudes interpersonnelles… Tout ce qui s’oppose aux hard skills (les capacités qui s’apprennent et se mesurent telles que les diplômes ou les langues parlées).

  • « Alice : Bonjour Marie-Loup, nous sommes élèves à la fac de Paul Valéry. Voici Camille, Marie et Cléo. Nous allons t’interviewer aujourd’hui dans le cadre de notre cours de Projet professionnel personnalisé afin d’en apprendre plus sur les métiers de la communication. Nous aimerions connaître ton parcours et découvrir ton métier. Pour commencer combien de temps aurais-tu à nous accorder ?

Marie-Loup (ML) : Salut les filles. J’ai une demi-heure devant moi, vous pourrez me poser les questions que vous voulez.

  • Alice : Super merci. Avant tout, est-ce que ça te pose problème si l’entretien est enregistré et publié sur le blog pédagogique de la licence Info-com ?

ML : Non pas de soucis ! »

  • Marie : Bon alors, tu pourrais nous présenter ta boîte et le poste que tu y occupes ?

ML : Je travaille chez Eleni Gatsou Bureau, c’est une petite entreprise puisqu’on est quatre. La créatrice qui est Eleni Gatsou donc, et qui supervise un peu tout, a surtout les contacts et la connaissance. Ça a été créé il y a neuf ans. On a donc dans l’organigramme Eleni Gatsu qui est en haut, la créatrice ; ensuite il y a Marine ma collègue qui est cadre et qui supervise un peu, et on a Camille et moi. Donc globalement il n’y a pas d’organigramme précis à part notre n+1 donc c’est Eleni, mais on n’a pas de dynamisme de hiérarchie parce qu’on n’est vraiment pas beaucoup ; on travaille toutes ensembles, on est toutes les quatre dans le même bureau. On se répartit en fait le travail par magazine donc en fait nous notre travail expliqué simplement, enfin la mission de ce bureau, c’est de placer des pubs dans des magazines.

  • Alice : Ah super, tu pourrais nous expliquer comment ça marche ?

ML : Donc en fait on commence parce qu’on a des magazines partenaires, donc qui sont là tout le temps ; et nous par saison, on sait qu’on a des pages de pub et on s’occupe d’un marché donc par exemple la France. La plupart du temps c’est des magazines étrangers qui sont aussi sur le marché français, qui nous sollicitent que pour une partie de la publicité ; on fait pas toute la publicité. Il peut y en avoir par des agences mais globalement ça marche par territoire parce que les entreprises qui font de la pub dans les magazines elles, elles allouent le budget par territoire la plupart du temps. Voilà donc nous ce qu’on fait c’est qu’on se répartit les publications et du coup par saison on bosse chacune sur un magazine.

  • Marie : Et du coup c’est quel genre d’entreprise qui vous contacte ? Comment ça se passe avec vos partenaires et vos collaborateurs ?

ML : Alors en fait nous on travaille, nos partenaires c’est exclusivement, enfin pas exclusivement, la plupart de nos partenaires ce sont des magazines bi-annuels donc qui travaillent sur deux saisons, sur les mêmes saisons que la haute-couture.

  • Cléo : Tu as dit que tu travaillais avec des magazines bi-annuels, du coup tu as affaire à quel type de clients ?

ML : En fait c’est pas des clients difficiles, c’est des clients qui ont des magazines qui ont un certain standing. Un magazine qui marche bien pour nous il y a 80 000 copies, pas plus. C’est pas de gros magazines qui sont distribués à grande échelle. C’est des beaux magazines, le prix en général c’est entre 15 et 20 euros. On est presque au niveau du livre, la plupart de nos magazines font plus de mille pages.

  • Camille : Tu peux nous donner des exemples de magazines ?

ML : Ouais alors on fait des magazines et on a quelques plateformes digitales donc on fait aussi du placement de pub sur Internet sur des sites. Le plus connu qu’on a sur le marché français c’est Self-Service, c’est un magazine féminin de mode très connu parce que dirigé par Ezra Petronio qui est un gros photographe. C’est des magazines qui ont vraiment un haut standing. Les gens qui achètent les magazines en général ont assez les moyens, c’est une cible assez qualifiée pour la haute-couture. Donc nous on fait pas mal de pubs de grandes marques sur le segment du luxe ; nos clients c’est plutôt ça.

  • Alice : Et du coup vous visez quel genre de public ?

ML : Le lectorat de ces magazines il est assez âgé, ça dépend desquels mais en général c’est plus autour des 30 ans que des 20 et c’est des gens qui ont un bon pouvoir d’achat. Donc nous voilà on tourne vers des marques comme Cartier, Hermès, Vuitton, Gucci, Valentino… ceux qui font de la pub à ce moment-là.

  • Camille : C’est quoi les missions que te confie ton entreprise ?

ML : Bah alors moi je gère les magazines Marfamily et la plateforme digitale Nowness, c’est une plateforme qui a été fondée par LVMH il y a quelques années. Donc en fait on travaille par saison donc on doit se raccorder au rythme de nos partenaires c’est-à dire qu’ils ont un calendrier éditorial qu’ils vont devoir respecter plus ou moins en disant « voilà notre magazine sort de 10 février » du coup il faut qu’un mois avant ils aient tous les visuels. Donc tu vends une pub aboutie, il faut que tu récupères le visuel avant le 10 janvier sinon ils ne vont pas pouvoir les mettre. Donc t’as une deadline pour les magazines et t’as une deadline pour les clients donc tu dois être capable de dire trois mois avant la sortie du magazine « voilà on a tant de clients là, là et là ». Nous on leur fourni un plan de page parce que c’est pas les magazines qui vont choisir où va être placée la publicité ; c’est nous qui choisissons.

  • Marie : Et donc du coup comment vous choisissez la manière de placer la publicité dans le magazine ?

ML : Bah en fait c’est très politique. Nous notre année elle est divisée en deux saisons ; donc la saison commence par une prise de rendez-vous pour leur montrer les magazines, même ceux avec lesquels on travaille déjà souvent on va les voir, on leur file les magazines on leur dit « voilà, votre pub elle est là, est-ce que vous voulez recommencer ? » et on démarche de nouveaux clients pour voir s’ils ont le budget, s’ils ont envie de mettre une pub… On vend le truc, c’est vraiment le côté commercial. Donc notre rôle aussi c’est de voir les bons profils, c’est-à-dire est-ce que le magazine va bien matcher avec la marque. Parce que souvent il y a des magazines où tu peux intégrer la mode dans le truc ; si la marque plaît au magazine, ça va être très naturelle la collaboration. Et nous notre boulot c’est ça aussi, c’est de dire « ah mais vous vous iriez trop bien dans le truc… » pour que tout soit le plus naturel possible parce que c’est le plus arrangeant pour les marques et le magazine. Ensuite une fois qu’on a ça on peut leur faire des propositions, on peut leur proposer une double page à 10 000 par exemple.

  • Cléo : Ah mais de quoi va dépendre le prix de la page ?

ML : Bah ça dépend beaucoup de la marque, de la taille de la pub et d’où elle est placée dans le magazine.

  • Alice : Et plus particulièrement en ce moment qu’est-ce que tu fais au travail ?

ML : En ce moment on est dans la phase de rendez-vous donc on envoie des mails. Moi je les contacte et j’essaie d’avoir des rendez-vous pour leur présenter mes médias. Donc je vais en rendez-vous, je leur présente mes trucs et ça c’est une bonne partie de l’année parce que c’est le démarchage client en fait. Mais après des fois les marques elles savent avec quels médias tu travailles donc elles viennent directement te voir. Une fois que t’as fait ton rendez-vous, selon la réaction du client tu lui envoies une proposition ; et lui il va te dire s’il signe ou pas, et après tu peux le rentrer dans ton plan de page et t’as ta pub.

  • Alice : Donc on peut s’imaginer que t’as des périodes plus chargées que d’autres ?

ML : Oui en fait c’est périodique, là c’est la période du démarchage donc c’est un peu la pire, après on est plus tranquille, on récolte des visuels. Et il y a aussi le fait qu’on essaie de boucler les pubs le plus tôt possible parce qu’en fait si t’as une pub dans le magazine les stylistes ils vont faire des efforts pour shooter ta collection. Parce qu’en fait ce que les marques veulent dans les magazines c’est avoir des crédits.

  • Marie : C’est-à-dire ? Tu peux nous donner un exemple ?

ML : Tu vois quand tu regardes un magazine sur les photos il y a marqué par exemple « manteau Prada ». Donc Prada par exemple, enfin pas que Prada, ils veulent que leur nom soit cité dans le magazine ; eux c’est ça qu’ils cherchent. Sauf que tu peux pas payer et dire « ouais je veux du crédit », ça se fait pas. Mais en gros s’ils ont payé pour avoir six pages de pub dans le magazine tu vas dire au styliste « fait un petit effort ». Parce qu’après il y a des marques qui se vexent et qui veulent plus travailler avec toi parce que « je prends des pubs tout le temps mais il shoot jamais mes fringues ».

  • Marie : Donc tu dois acquérir pas mal de compétences techniques pour gérer ces situations ?

ML :  C’est beaucoup de compétences naturelles et de soft skills, et aussi beaucoup dans le relationnel. Et en fait c’est aussi la manière d’être, c’est réussir à être conciliant, diplomate tout ça parce que pour toi le but c’est que ça se passe bien entre le client et le partenaire, c’est-à-dire le client, et la marque.

  • Alice : Donc en plus des compétences vous devez sûrement mobiliser beaucoup de moyens ?

ML : Ouais, et après au niveau des compétences globalement faut que tu aies une petite base en maths et tout ça parce que tu fais les devis. Faut aussi savoir parler anglais vu qu’on travaille qu’avec des clients internationaux.

  • Alice : Et du coup, est-ce qu’il y a des connaissances techniques et spécifique à ton métier que tu aimerais nous faire partager ?

ML : Ça tombe bien que tu poses cette question parce que la pub c’est hyper codifié ; surtout dans le monde du print, dans le digital c’est un peu plus simple parce que c’est flexible tu vois, tu vas dire « on va mettre une pub avant la vidéo, on va faire ça on va faire ça », tu vois. Le print c’est très codifié c’est-à-dire que quand tu ouvres un magazine tu vas voir la première double page, c’est une des positions les plus convoitées donc c’est la plus chère. Nous on classe les positions mais c’est plutôt des termes anglais.

  • Marie : Oui donc vous avez une stratégie visuelle super importante ?

ML : En fait c’est même pas visuel c’est par rapport au positionnement, c’est vraiment politique tu vois. Par exemple il y a des marques qui ne mettront jamais une pub au début, Hermès par exemple, ils préfèrent être isolés. Nous notre but c’est de concilier toutes les stratégies de marques pour optimiser le placement des pubs de manière à ce qu’il y en ait le plus possible. Il y a aussi des stratégies de groupe comme LVMH, Louis Vuitton qui ont une hiérarchie ; donc c’est Louis Vitton qui est le plus important. Donc nous on propose à Louis Vitton d’être en premier dans le magazine. Il faut faire un travail interne dans le groupe et un travail entre les groupes ; donc ça c’est le plus dur vu que tu l’apprends par l’expérience.

  • Marie : Ah ok donc c’est des trucs que tu apprends sur le tas, tu connais pas forcément les stratégies de groupe au début.

ML : Bah ouais parce que sinon après tu peux pas savoir les stratégies de groupe. Le prix d’une page dépend de l’audience du magazine, souvent du nombre de copies et puis aussi la qualité du magazine, de sa renommée. Donc une page sur Self-Service coûte plus chère qu’une page dans Pop par exemple.

  • Camille : Du coup on pourrait s’imaginer que le salaire n’est pas fixe puisque c’est un travail périodique ?

ML : Si le salaire est fixe après on est commissionné sur les nouveaux clients qu’on rapporte donc les nouvelles marques qui vont travailler avec nous.

  • Marie : Et comment tu repère de nouveaux clients ?

ML : Bah c’est un travail de chacal, tu te dis « bah tiens cette marque elle irait bien dans le magazine », ça match bien, donc tu en parles à tes collègues et vous parlez de budget, donc après tu vas sur LinkedIn, tu cherches les gens importants dans la boîte (donc souvent c’est la responsable communication marketing de la marque). Tu dois essayer de chopper ce contact et de trouver l’adresse mail pour le contacter. Après on rencontre aussi des gens dans les événements qu’on organise ou auxquels on est invité.

  • Alice : Du coup voilà vous essayez de séduire les marques qui vous intéressent ?

ML : Ouais c’est ça, c’est vraiment le côté travail du commercial. Bon et du coup vous voulez qu’on passe à mon parcours scolaire ?

  • Cléo : Oui avec plaisir !

ML : Moi à la base sans trop d’idée précise je suis arrivée en prépa ECS (j’avais fait un bac S) et je me suis retrouvée en école de commerce parce que c’était la suite logique et c’est là que je me suis spécialisée un peu plus dans le marketing et la communication. Donc moi j’ai fait un majeur dans le marketing ; ensuite du coup j’ai fait des stages dans la com qui ont un peu confirmé mon envie de travailler là-dedans. Avec les stages et tout ça j’ai pu affiner mon orientation, donc après un majeur en marketing on a une spécialisation qui est l’option professionnel en master et là j’ai choisi de travailler dans le luxe donc c’était marketing du luxe. Donc voilà c’est un parcours en anglais, une fois que j’ai confirmé l’envie du domaine dans lequel j’allais travailler, donc la communication et le marketing, il fallait choisir un secteur et moi l’objectif c’était plutôt le domaine du luxe. Ça diffère un peu de la communication classique parce que les marques de luxe ne communiquent pas de la même façon, enfin vous avez remarqué, que les marques bas-de-gamme ou milieu de gamme.

  • Alice : Et du coup comment tu t’es retrouvée à travailler chez Eleni Gatsou ?

ML : En fait Eleni Gatsou m’a repéré parce que j’ai travaillé pour le festival de la mode et de la photo à la Villa Noaille à Hyères. Je communiquais beaucoup avec des marques qui étaient des partenaires et via ces marques Eleni Gatsou a entendu parler de moi et m’a contacté pour que je vienne travailler avec elle.

  • Marie : Et aujourd’hui ça fait combien de temps que tu travailles avec elle ?

ML : C’est tout frais puisque j’ai commencé il y a un mois et demi. J’ai embauché un CDD pour le moment et en fait c’est mon premier emploi après diplôme. Je suis payée environ 2 000 euros brut. C’est assez classique d’avoir un CDD d’un an pour commencer. Mes collègues sont un peu mieux payés mais c’est pas là que tu gagnes le plus, parce que la presse on va dire que c’est pas le secteur de l’avenir… Le print c’est un peu mort.

  • Alice : Du coup t’as énormément de possibilités d’évolution ?

ML : C’est ça. Alors il va falloir voir aussi ce qu’on me propose à la fin de mon CDD. Moi je pense pas faire carrière là-dedans parce que justement c’est un métier qui est trop commercial pour moi et pas assez dans la com, justement j’aimerai bien revenir justement sur l’image de la marque. Après ça fait pas longtemps que j’ai commencé donc je peux pas vraiment savoir pour le moment mais voilà, la com me manque un peu.

  • Marie : Donc ton but là ça serait plutôt de changer, de retourner vers la communication et le marketing ?

ML : Oui c’est ça mais là en fait c’est un bon exercice parce que en fait quand tu vois la com et les visuels de toutes les marques, que tu travailles avec eux, que tu travailles avec les magazines, en fait tu vois vraiment les deux côtés de l’histoire, t’apprends des deux côtés et après c’’est des connaissances qui te servent beaucoup quand tu te remets dans un côté tu vois. Et donc c’est enrichissant d’avoir les deux côtés parce qu’après tu peux t’adapter et faire en sorte que ça se passe bien tu vois.

  • Alice : Ouais donc ça te permettra vraiment d’évoluer vers le métier que tu veux faire et de prendre de l’expérience dans ce milieu-là.

ML : Oui exactement.

  • Marie : Et juste, par rapport à tes horaires, c’est plutôt flexible ?

ML : Ouais bah nous on a un bureau franchement c’est sympa. Je fais 10h-18h avec une pause entre midi et deux. On est dans un appartement dans le troisième ; on travaille dans un appartement donc parce qu’on est une petite boîte et c’est un espace qu’on partage avec deux autres entreprises. Donc voilà on fait 10h-18h parce que la créatrice de la boîte a des enfants et qu’elle trouve que c’est bien de respecter des horaires un petit peu donc voilà. Après pour les vacances c’est pas euh… comme je t’ai dit on travaille avec la périodicité des magazines donc on prend des vacances quand il se passe rien tu vois. Donc en gros on ferme quand les autres ils travaillent plus. Donc j’ai pas le choix dans la date.

  • Cléo : D’accord donc pour synthétiser un peu on peut dire que ton travail est très complet. Il te permet d’évoluer vers de nouvelles possibilités professionnelles, en plus de te donner de la visibilité dans ton milieu, vu que tu rencontres beaucoup de monde. On a aussi vu que c’est un métier qui dépend des marques et de leurs disponibilités, ce qui le rend un peu aléatoire.

ML : Oui tout à fait.

  • Alice : Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions et de nous avoir donné de ton temps. C’était super intéressant d’en apprendre plus sur un métier assez sélectif dans le milieu de la mode et de la photo. Bonne continuation et bonne soirée !

Propos recueillis par :

Alice FAGGIOLI, Marie GUILLERMIN, Camille DALESSANDRO, Cléo BOUGLEUX

Quelques exemples de magazines avec lesquels travaille Eleni Gatsou Bureau :

Entretien retranscription de M.Operti, infographiste.

lundi 19 novembre 2018

Contextualisation : Cet entretien a eu lieu dans l’entreprise Illimited Edition à Saint-Jean-De-Védas. Pendant l’entretien, un étudiant s’occupait de veiller au bon fonctionnement du matériel (utilisation de l’application dictaphone sur un smartphone) et de la prise de note (retranscription sous forme écrite de certains points clés de l’entretien) ; puis un autre étudiant était chargé de poser les questions au professionnel.

Entretien retranscription :

Étudiant : Bonsoir monsieur, nous sommes deux étudiants de la fac de lettre de Paul Valéry, à Montpellier. Nous avons un devoir qui consiste à avoir un entretien avec un professionnel de l’information et de la communication. Étant intéressés par votre métier, nous nous sommes naturellement tournés vers vous. Je vais d’abord vous demandez de vous présenter : votre nom, et quel est votre métier ?

Professionnel : Alors, je m’appelle Laurent Operti et je suis infographiste.

Étudiant : D’accord, et en quoi consiste votre métier ? Quel est votre rôle au sein de votre entreprise ?

Professionnel : Alors, mon métier est assez vaste. Nous créons, fabriquons et installons tout ce qui peut être de la communication en passant de l’enseigne à la signalétique, au marquage de véhicule. Tout ce que vous pouvez voir en marquage de signalétique en extérieur. On le crée, on le fabrique et ici je suis gérant de mon entreprise…

Étudiant : (hochement de tête.)

Professionnel : Donc, c’est à dire que je suis graphiste aussi, je fais de la création mais nous faisons aussi de la production, de la fabrication.

Étudiant : D’accord c’est intéressant et qu’est ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?

Professionnel : Quand j’étais petit, mon rêve c’était de faire comme les anciens faisaient. C’est à dire peindre sur les murs les vieilles publicités, c’était un vrai métier d’art où on avait un maître, on apprenait les techniques et je rêvais de faire ça parce que tout le monde le voyait. C’était vraiment le métier que je voulais faire.

Étudiant : J’en conclus que vous avez réalisé votre rêve d’enfant en quelques sortes, mais pour accéder à ce métier, quelle formation faut-il suivre ?

Professionnel : De nos jours, je pense qu’il y a quelques formations mais de mon époque, il n’y avait pas grand chose. C’était juste des bts ou des cap. Initialement, c’était des cap de peintre en lettre et ensuite on avait un bac pro et un bts. Ils appelaient ça publiciste ou de maquettiste.

Étudiant : Très bien, c’est bon à savoir pour nous qui voulons faire ce métier plus tard de voir les formations qui se proposent à nous. Mais vous, est-ce que c’est ce parcours que vous avez suivi ?

Professionnel: J’ai fait un bac commerce, après je me suis inscrit dans une école privée pour faire un bts de communication avec option visuelle. Je crois que c’était comme ça que ça s’appelait… Mais la première année, vu que je m’embêtais , j’ai passé le cap et après j’ai eu mon bts.

Étudiant : D’accord et par où avez-vous commencé dans votre carrière d’infographiste/graphiste ?

Professionnel : A la base je suis dessinateur. Je faisais les dessins pour la bande dessinée Sonic où un épisode représente 400 dessins, soit 24 dessins par seconde. C’était pas très connu à l’époque et je vivais chez mes parents. Je gagnais environ 400 euros par mois. Je dessinais tout le temps, de jour comme de nuit. Je vous avoue que mes débuts étaient difficiles (rires), puis j’ai été employé et j’ai fini par me mettre à mon compte.

Étudiant : C’est respectable. Et qu’est-ce qui vous a motivé à faire votre propre entreprise du coup ?

Professionnel : (rire) C’est une grosse question ça.

Étudiant : (rire).

Professionnel : Qu’est ce qui m’a motivé à faire ma propre entreprise ? J’ai été papa.

Étudiant : Je comprends mieux.

Professionnel : Et, quand j’ai été papa, je me suis dit soit je le fais maintenant quand ma fille est petite, soit je ne le ferai jamais. Là je peux tenter le coup et essayer de voir si ça marche.

Étudiant : On peut dire que c’est courageux. Pourriez-vous me parler un peu plus de votre entreprise ? Vous êtes plutôt une grosse entreprise ou est-ce que vous travaillez en petit comité si je peux me permettre ?

Professionnel : Non, on est une petite société.

Étudiant : Ok très bien. Quelle est votre relation avec vos employés, l’ambiance au sein de l’entreprise ?

Professionnel : Je les déteste (rire). Non, en réalité, j’ai toujours voulu que notre entreprise soit comme une petite tribu. Ma femme travaille avec moi, je travaille avec mes amis tout le temps et on connaît les conjoints et enfants de tout le monde. Moi j’aime bien travailler comme dans une famille.

Étudiant : C’est un bel état d’esprit. Je vais changer un peu de sujet. Avec quels outils travaillez-vous ?

Professionnel : Informatique ?

Étudiant : Oui ou autre !

Professionnel : On a des macs parce que les macs ont été créé par nos pères, pour notre métier au départ et les logiciels qu’on utilise sont « Photoshop », « Illustrator » essentiellement et « In design » aussi pour tout ce qui est création.

Étudiant : Pourquoi utiliser ces produits et pas d’autres ?

Professionnel: Si on utilise ces produits, c’est parce que ce sont des dessinateurs au départ qui les ont créé parce qu’au départ, nous sommes dessinateurs. Donc, c’est pour ça que c’est assez fluide de passer du crayon à l’informatique.

Étudiant : Intéressant. Votre travail se fait-il plutôt collectivement ou individuellement ?

Professionnel: Ça dépend de la facette du travail.

Étudiant: C’est à dire ?

Professionnel: C’est à dire que pour ce qui est création pure, c’est assez individuel.

Étudiant : D’accord.

Professionnel : Après, ça nous empêche pas de demander un petit peu à tout le monde ce qu’ils en pensent, demander des avis ect, mais la création se fait tout seul normalement.

Étudiant : D’accord. Bien que vous aimiez votre métier, du moins c’est ce que vous dégagez, est-ce que vous avez pu relever des points négatifs, si oui lesquels ?

Professionnel: Oui, le plus gros inconvénient que l’on a dans notre métier c’est qu’on est pas reconnu en tant que réel métier. Alors ça c’est pour l’enseigne entre autre. Pour le graphiste, si ça existe. Mais nous, on est une tranche du graphisme qui est plus sur de la signalétique. Donc les graphistes d’aujourd’hui sont tous sur des sites web et des réseaux sociaux en création. Quand nous on l’a fait, c’était plus du papier initialement ou du physique pas du virtuel. (rire) Je parle comme un vieux mais le virtuel n’existait pas, il n’y avait pas de site web quand on faisait nos études donc on a appris à travailler sur des supports physiques. Ce métier là n’existe pas…

Étudiant: Excusez-moi si je vous coupe, mais quand vous dites qu’il n’existe pas, c’est à dire ? Je ne comprend pas très bien…

Professionnel: Et bien c’est dire qu’il n’est pas référencé à la chambre de commerce ni à la chambre de métier. Donc, ça veut dire que n’importe qui, qui veut s’installer, faire notre métier, peut le faire.

Étudiant : Donc si je comprends bien, ça veut dire qu’il n’y a pas besoin de faire de formations spécifiques au final ?

Professionnel : A l’inverse d’un coiffeur qui a besoin d’un cap coiffure , une personne qui veut faire notre métier sans passer par un cursus scolaire, on va dire, non du tout. Un graphiste aujourd’hui peut se dire graphiste s’il fait un stage de deux mois à Pôle emploi.

Étudiant: Ça doit être « révoltant » pour vous, non ?

Professionnel: Oui, carrément et le pire c’est qu’il y en a de plus en plus qui font ça !

Étudiant : Et du coup pour vous, quelles sont les compétences requises qu’un vrai graphiste/ infographiste doit avoir ?

Professionnel : (rire) Pour moi, il faut savoir plus regarder qu’appliquer parce qu’on invente rien, on s’inspire tout le temps , on lit beaucoup , on regarde des images. Ce qui nous plaît on essaye de le refaire, et quand on essaie de refaire une image qui nous plaît, on y met notre petite pâte puis on réessaye une deuxième fois, puis une troisième fois et on fait sa propre création. On peut pas inventer, ça n’existe pas d’inventer. Faut toujours s’abreuver d’images, de visuel et en fonction de tout ce qu’on voit, on se nourrit et on arrive à ressortir quelque chose.

Étudiant : Du coup ça demande d’avoir une certaine culture générale, on doit être curieux ?

Professionnel : Énormément, énormément, énormément parce que si un graphiste ne se tient pas au goût du jour, il va encore faire des lettres comme on faisait il y a deux ans, donc du coup ça ne va pas plaire. Par exemple un boulanger à l’époque, c’était une écriture jaune sur un fond beige avec des écritures à l’ancienne, puis aujourd’hui vous avez PAUL qui a un fond noir avec des écritures blanches, ce qui était inconcevable à l’époque. Avant on avait des moulures en bois, maintenant on veut des choses très lisses, modernes et si on ne regarde pas, on continue à faire ce qui se faisait il y a 20 ans et on ne vend plus rien.

Étudiant : Je ne pensais pas que ce métier demandait autant d’implication personnelle… Juste avant, je vous demandais ce qu’étaient les compétences requises pour ce métier, à l’inverse quelles sont les défauts à ne surtout pas avoir pour ce métier ?

Professionnel : Il y a énormément de graphistes qui sont orgueilleux.

Étudiant: C’est à dire ?

Professionnel: Disons qu’ils savent juste se servir d’un ordinateur, ils arrivent à faire une jolie image et ils se prennent pour « des stars ».

Étudiant et professionnel: rires

Professionnel : Non mais c’est vrai, ils se prennent pour des lumières… Je dirai que c’est le gros défaut du graphiste. S’ils font une publicité pour de la télé, rapidement ils deviennent orgueilleux.

Étudiant : D’après ce que vous me dites, j’en conclu qu’il faut garder les pieds sur terre.

Professionnel: oui, en effet oui.

Étudiant: Et pour vous, quelle est « la recette », si je peux me permettre, pour se faire connaître et être reconnu dans le milieu ? Comment avez-vous fait pour pouvoir être reconnu en tant que tel ?

Professionnel: Il est très difficile de nos jours de se faire connaître dans ce milieu, il est donc nécessaire, et moi j’ai du passer par là, de se faire un réseau social qui n’est pas virtuel. Il faut par exemple aller dans des soirées mondaines. Il faut sortir du lot, avoir sa touche personnelle et son style. Je travaille 12 à 15h par jour, c’est un travail qui demande beaucoup de temps et c’est difficile de vivre exclusivement du graphisme. Disons que ce n’est pas un long fleuve tranquille et que pour sortir du lot, il faut être vraiment fort et pouvoir se déplacer énormément. Ils sont vraiment très peut à être reconnu dans le métier d’infographiste et graphiste, pour ma part, je n’en connais qu’un qui a vraiment réussi. Il vit sur Marseille, il a confectionné plusieurs pochettes d’albums notamment de Iam et Massilla Sound System.

Étudiant: Le parcours d’un infographiste n’a pas l’air d’être un long fleuve tranquille en effet, est-il vraiment possible de vivre de ce métier au final ?

Professionnel : c’est un métier où il est dur de se faire reconnaître, moi en tant qu’infographiste, je ne suis pas reconnu. Si j’arrive à nourrir ma famille et celles de mes employés, c’est parce qu’on vend du physique.

Étudiant : Qu’entendez-vous par du physique ?

Professionnel: C’est à dire des panneaux, enseignes, véhicules ou encore déco. Mais on vit difficilement du graphisme, infographisme.

Étudiant :On a vu que dans votre métier, grâce à vous et sur des sites internet, qu’ il fallait vraiment suivre « les dernières tendances ». Qu’est-ce qui est « à la mode » actuellement (rire) ?

Professionnel: (Rire) On va dire que notre métier est en train de régresser positivement, on revient aux fondamentaux : on va peindre un logo en faisant de jolies lettres à la main, c’était la mode il y a 20 ans. C’est aussi valable pour la communication où avant il y avait beaucoup d’images, maintenant c’est plus épuré, et c’est beaucoup plus difficile à faire : le plus dur est de faire simple. Je vais vous donner un exemple pour que vous compreniez mieux : les marques de luxe n’ont pas de logo extravagants et le plus souvent ils sont très simplistes, et pourtant, ce sont celles qui attirent le plus le regard, par exemple Chanel.

Étudiant : Je comprends que dans la communication et dans l’infographie ce sont les fondamentaux, comme vous dites qui reviennent à la mode, mais en général, est-ce que vous avez pu remarquer une évolution dans le domaine de l’infocom ?

Professionnel : Je remarque qu’il y a de plus en plus de demandes concernant les métiers de l’infocom. La concurrence est très importante dans ce milieu, ce qui nous pousse à nous surpasser.

Étudiant: Auriez-vous un conseil à nous donner ?

Professionnel : Il faut produire des logos à bas prix. Avant d’être reconnu, il faut passer par différents obstacles au cours de sa carrière, comme quand je vous expliquais mon histoire : qu’avant je vivais chez mes parents et je travaillais pour la bande dessinée Sonic et cette histoire là est valable pour de la communication. C’est un métier qui est dur, où la concurrence est dure. Il est préférable d’aller dans des grandes villes si vous voulez percer dans ce métier, domaine.

Étudiant: Je finirai l’entretien par cette question, comme envisagez-vous votre futur professionnellement parlant ?

Professionnel : On va gagné au loto bientôt

Étudiant et professionnel : rires.

Professionnel : Non je pense que notre entreprise va plus s’orienter vers des travaux plus manuels, juste, voir haut de gamme ou du très bas de gamme

Étudiant : C’est à dire bas de gamme/ haut de gamme?

Professionnel : Bas de gamme pour nous, dans notre métier c’est un panneau collé contre un mur et haut de gamme c’est une enseigne lumineuse avec un certain système pour qu’on ne voit pas la façon dont on l’a fabriqué. Pour l’infographie maintenant, ça va être un peu pareil. C’est à dire qu’on peut acheter des logos bas de gamme à petit prix , environ 3 euros directement tout fait, et après si on veut un travail haut de gamme ça sera un prix conséquent qui est fait par un artiste . Il n’y aura plus d’intermédiaire, c’est ça que je veux dire. Et pour en revenir sur l’infographie, tout va encore plus se digitaliser, et le graphisme quant à lui va disparaître parce que maintenant les gens vont sur le net, ils ne lisent plus les journaux.

Étudiant : D’accord, c’était très intéressant et constructif pour nous. L’entretien est à présent terminé, nous vous remercions de nous avoir accordé de votre temps. Merci beaucoup !

Professionnel : Mais c’était avec plaisir !

 

Une copie de cet entretien a été envoyée à M.Operti qui a validé la publication de l’entretien.

Lou WOJCIK & Quentin BOUHIER.

L1 infocom, groupe 2.

 

 

Interview professionnel de la communication : le graphiste

samedi 12 novembre 2016
header_mpb-980px
 
Deux étudiantes en 1ère année de Licence Information et Communication, ont effectuées le mercredi 2 novembre à 14 heure, un entretien avec un graphiste qui a duré 39 minutes et 30 secondes.
 
Interviewée : Marie-Pierre BAUDUIN (Graphiste indépendante)
Interviewer : Mélissande FELS (étudiante)

M. Fels : « Bonjour à tous, bienvenue à l’entretien d’un professionnel de la communication réalisé par Veselina TONKOVA et moi-même, Mélissande FELS. Nous allons nous intéresser au métier de graphiste avec madame Marie-Pierre BAUDUIN, graphiste indépendante à Montpellier, c’est bien cela ?

M.P. Bauduin : Oui c’est une entreprise indépendante.

M. Fels : D’accord. Nous vous remercions d’avoir accepté notre invitation et d’être présente à cet entretien. Notre objectif est d’approfondir nos connaissances sur le métier de graphiste. Je rappelle que cet entretien sera enregistré, retranscrit et publié sur notre blog d’Information-communication, et que, par conséquent, vous auriez le droit de modifier cette retranscription avant sa publication. Normalement, cet entretien ne devrait pas excéder 40 minutes.

M.P. Bauduin : Alors, je ne sais pas si j’ai 40 minutes de choses à dire. Il risque d’y avoir des blancs. Il risque d’y avoir des questions auxquelles je vais demander de réfléchir un peu plus parce que je n’ai pas de réponse, là, tout de suite, éventuellement.

M. Fels : Oui..

M.P. Bauduin : Peut-être cela aurait été intéressant d’avoir les questions avant.

M. Fels : Nous allons aborder 3 thèmes aujourd’hui. Le premier sur votre point de vue sur le domaine du graphisme, ensuite, on va parler de votre métier, et, sur les formations et les compétences à acquérir pour devenir graphiste. Je vais commencer à aborder les questions. Ma première question elle est – enfin, ce sont toutes des questions personnelles – mais celle-là est, on va dire, une question large d’ouverture où c’est votre avis qui nous intéresse : qu’est-ce-que vous pensez du graphisme ?

M.P. Bauduin : (réflexion)… large question. Cela aurait été bien de l’avoir avant. J’aurais pu réfléchir à ma réponse. La raison d’être du graphisme, c’est d’être au service du message. Donc, déjà, c’est une position assez professionnelle et humble, qui peut-être à contre-courant d’un mouvement de « graphistes semi-artistes» – qui va plus vers l’art – et qui « communique pour des graphistes ». Je répète : la raison d’être initiale c’est servir le message, servir les objectifs de communication.

M. Fels : Donc ce serait les objectifs du graphiste ?

M.P. Bauduin : Oui, il n’a pas d’autres raisons d’être là.

M. Fels : D’accord. Concernant le premier thème : ici, nous allons parler de votre point de vue. La question large d’ouverture fait partie du premier thème aussi. Donc, comment êtes-vous devenu graphiste ?

M.P. Bauduin : Alors, c’est d’abord une fascination depuis l’enfance. Pour ce qui est imprimé, pour les images, les illustrations, la typographie, je pouvais rester bloquée devant un autocollant.

M. Fels : Donc, c’est quelque chose qui vous vient depuis l’enfance ? Quelque chose que vous aviez envie de faire ?

M.P. Bauduin : Oui. Ensuite, ma formation est le design industriel. En premier, je suis entrée dans un atelier préparatoire aux concours des écoles d’arts. Ensuite, je suis entrée dans une école de design industriel. Le graphisme étant compris dans le design industriel puisqu’on édite en série et tout ce qui est fabriqué et édité en série est du domaine du design industriel. Et c’est une espèce de « méthodologie commune » qui peut s’appliquer au design d’objet, au design d’espace, au design graphique, etc.

M. Fels : D’accord. Et qu’appelez-vous « design industriel » exactement ?

M.P Bauduin : Ce que je veux dire c’est : tout ce qui doit être produit en série. Vous voyez ? Des objets – de la petite cuillère au mobilier – Dans les boutiques franchisées, il y a quelqu’un : un designer d’espace qui est intervenu pour que ce soit « charté » en quelque sorte sur l’ensemble des boutiques, et dans le design graphique, on édite. L’artiste édite 1, 7 ou 30 exemplaires. Le graphiste va éditer sur le web ou en print, en beaucoup d’exemplaires. C’est destiné à la diffusion donc, cela passe par un processus industriel.

M. Fels : Où il y a des sous-traitants et… ?

M.P Bauduin : A un moment donné, cela passe par des fabricants. Il y a un processus pour que cela puisse être diffusé, et que ce soit du mobilier, du produit ou du graphisme, que ce soit diffusé en série.

M. Fels : Oui. La deuxième question : comment cherchez-vous vos inspirations ?

M.P Bauduin : Principal outil : la curiosité. Il n’y a pas de limites. Cela peut venir en écoutant de la musique ; la musique, les couleurs et les formes, il y a quelque chose qui parle là-dedans. Je regarde beaucoup de choses : des expos, pas mal de photos, de l’illustration, beaucoup de typo ; je dois passer facilement, 10 % de mon temps dans la semaine à observer, à regarder. Je regarde les affiches dans la rue, je regarde les magazines et la mise en page, etc.

M. Fels : Oui. C’est de la curiosité surtout !?

M.P Bauduin : Voilà. Ce n’est pas une « corvée ».

M. Fels : Oui, c’est un plaisir.

M.P Bauduin : Absolument.

M. Fels : D’accord. La troisième question ce serait quelle est votre procédure (ou méthode) de création ?

M.P Bauduin : La procédure idéale ? D’abord, des bonnes relations avec le commanditaire qui seront plutôt que sur le mode « je suis le commanditaire, voici mon cahier des charges, voici mon brief, je vous laisse exécuter » – c’est plutôt sur le mode de la conversation. C’est-à-dire qu’on va discuter du cahier des charges et ensuite, dans le cahier des charges, du « brief créatif » proprement dit. Cela permet d’être tout de suite d’accord sur les objectifs qu’on veut atteindre, sur la façon dont on veut les atteindre et sur quel ton on va communiquer. En fait, la qualité de la collaboration impacte énormément sur la qualité du résultat. Donc, de bonnes relations avec le commanditaire où on travaille, en parallèle, ensemble, avec les mêmes objectifs, c’est très important. Il y a des commanditaires qui ne connaissent pas les tenants et aboutissants de la communication et qui sont capables d’être contre-productifs par rapport à leurs objectifs de communication. Ils peuvent saboter, eux-mêmes, un travail parce qu’ils manquent de cette culture-là, parce qu’ils ne font pas confiance, parce que c’est leurs « bébés », ils ne veulent pas les lâcher…

M. Fels : Et dans ce cas-là, vous devez, tout le temps, développer votre travail, argumenter… ?

M.P Bauduin : Je dois faire énormément de pédagogie. Sauf quand j’ai des Chargés de Communication en face de moi – dans ce cas, ce sont déjà des personnes averties – sinon, quand ce sont des petits clients (trop petits pour se permettre d’avoir un chargé de com’), je dois faire énormément de pédagogie, et c’est un peu peine perdue parce qu’il faut plus qu’une heure de pédagogie évidemment pour préparer quelqu’un à travailler sur un projet de communication. Donc, cela vous verrez sur les forums de graphistes, il y a des kilomètres de plaintes. Dans une procédure idéale donc, c’est que j’ai un Chargé de Communication en face de moi. Alors, là, déjà, ça va mieux. On parle le même langage, on a les mêmes objectifs.

M. Fels : C’est le mieux. D’accord. Et donc…

M.P Bauduin : Après, le processus de création, c’est faire une immersion dans le sujet. C’est cela aussi qui est intéressant dans ce métier, c’est que j’aborde des tas de sujets que je ne connais pas, donc, je dois d’abord me documenter là-dessus, me documenter sur la façon dont communique la concurrence, identifier si le client n’a pas de problématiques de communication et voir comment on va les résoudre. Et j’ai quelques techniques de recherches créatives pour trouver des idées si elles ne viennent pas. Mais à partir du moment où on suit ce processus, en général – qui peut prendre du temps par contre – si on identifie le problème, on trouve la solution.

M. Fels : Vous avez des logiciels en particulier lorsque vous créez des visuels ?

M.P Bauduin : A part dans la phase créative (papier et crayon), oui. J’ai la suite Adobe classique (Illustrator, Photoshop, In design, Acrobat…).

M. Fels : Ce sont ces logiciels qui englobent le travail de graphiste ?

M.P Bauduin : Oui. Dans la suite Adobe, il y a tout. Il y a au moins 15 logiciels. Moi, je fais plus du print que du web. Donc, ce sont les logiciels minimums pour le print ; j’utilise pas mal d’agrégateurs d’images sur le Net aussi. Et pour revenir sur la suite Adobe, c’est imposé parce que ce sont des logiciels très très bien faits (et chers). Alors, comme les agences fonctionnent avec la suite Adobe, les indépendants, du coup, fonctionnent aussi avec, et les imprimeurs aussi. Donc, toute la chaîne graphique fonctionne avec la suite Adobe. A savoir, quand même, qu’il y a l’équivalent de cette suite en logiciel libre. Après, l’éventuelle difficulté c’est d’arriver à produire des fichiers exploitables par votre imprimeur.

M. Fels : D’accord. Donc, la dernière question de ce premier thème est comment définirais-vous votre style ?

M.P Bauduin : Si j’ai un style c’est que je me positionne comme une artiste. Oui, la frontière entre graphisme et art est poreuse mais, je répète, la raison d’être du graphiste, c’est de se mettre au service du message donc, si à un moment donné, j’ai un message qui nécessite un style particulier, je vais l’adopter. Je ne dois pas imposer de style particulier sinon je suis peintre. Alors, une fois que j’ai dit cela, mon style de prédilection c’est le style moderniste, le style « suisse », dit style typographique international parce que j’estime qu’il sert bien le message de manière générale.

M. Fels : D’accord. Et qu’entendez-vous par le « style typographique international » ?

M.P Bauduin : Le style typographique international, c’est un style qui est revenu totalement à la mode. On va partir des constructivistes russes, donc, à peu près au moment de la révolution russe. On arrive ensuite au Bauhaus qui est une école allemande dont la devise est « la fonction crée la forme ». On arrête toute les fioritures, on arrête les choses inutiles. On ne crée que ce qui va servir fonctionnellement. Donc, c’est une belle idée, assez démocratique, de produire de belles choses très fonctionnelles, en série, peu chères, abordables pour tout le monde. Dans cette école, il y avait du produit, de l’architecture, du graphisme, de la peinture, des coloristes, etc. De là, on aboutit au style typographique international, à peu près dans les années 50’-70’ qui est caractérisé par, d’abord, la hiérarchie de l’information, pas de fioritures, pas d’effets de style, un graphisme assez rigide et très minimaliste. On met ce dont on a besoin. Et pourquoi en faire plus ? Il y a toujours cette notion d’humilité au service du message. Et c’est un style très rigoureux qui a une esthétique- quand on est sensible à la rigueur et à la sobriété, moi, je me pâme ! (rires).

M. Fels : (rires) D’accord. Et du coup, vous dites qu’on peut créer quelque chose de simple mais qui soit vraiment – comment dire…

M.P Bauduin : Le maître mot c’est « Less is More ». C’est quelqu’un du Bauhaus (Mies van der Rohe) qui a dit cela et ça a été repris par pas mal de gens. On va partir de l’exemple des logos. Un logo doit être mémorisable rapidement. Plus il est simple et unique, mieux il est mémorisable, plus il est mémorisable. Au début du web dans les années 90’, on a essayé de faire des logos réalistes – alors, vous êtes jeune pour vous rappeler de cela – mais on avait des effets de chrome avec tous les reflets ; c’était l’anti-simplicité, ça ressemblait à nos objets de la vie réelle, ce n’était pas reproductible en petit format, et c’est « l’anti-lessismore ». Donc, plus il y avait de détails, plus cela finissait par être une illustration. Et cela a raté son objectif complètement. De plus, c’était tout à fait démodable alors que quand un logo est simple, il n’est pas démodable. Voilà l’intérêt de la chose.

M. Fels : D’accord. Donc, on a vu votre point de vue dans le domaine du graphisme – enfin, c’était les quatre questions de cette première partie – concernant votre métier maintenant. Qu’aimez-vous dans votre travail ?

M.P Bauduin : Alors, dans l’ordre chronologique, m’immerger dans des domaines que je ne connais pas. Cela dépend lesquels évidemment. C’est toujours intéressant d’aller voir ailleurs. Et la phase de recherche de solutions est vraiment intéressante.

M. Fels : « Solution » cela veut dire ?

M.P Bauduin : De solution graphique. Par exemple, un commanditaire peut arriver et dire « Voilà, j’ai besoin d’un flyer qui va être déposé partout parce que j’ai besoin de visibilité et j’ai besoin de toucher beaucoup de gens pour avoir beaucoup de coups de téléphone, de rendez-vous et de retours. J’ai déjà fait cela par le passé et cela n’a pas très bien marché. Qu’est-ce-qui ne va pas ? ».

Donc, déjà, on analyse pour lever les freins : qu’est-ce-qui a freiné dans ce flyer, visuellement ? Pourquoi les gens n’ont pas appelé, n’ont pas pris contact. Ils n’ont même pas attrapé le flyer pour le lire. Donc, déjà, on identifie la problématique, ensuite, on cherche des solutions pour y répondre. Mais vraiment, on commence par identifier la problématique et les attentes, évidemment, du commanditaire. Donc, cette phase-là est intellectuellement intéressante, et puis après, on passe à la phase « comment je vais représenter cela graphiquement ? ». Là, quels sont les codes graphiques de ce secteur ? quels sont les codes graphiques du public auquel cela est destiné ? Là, c’est du papier et crayon, on cherche.

M. Fels : Et quand vous parlez de « codes graphiques », cela veut dire la police ? Les couleurs ? Ou c’est par rapport au commanditaire ?…

M.P Bauduin : Oui, si je communique pour une banque ou si je communique pour une boîte de nuit, ce n’est pas les mêmes codes graphiques. Le secteur bancaire a des codes graphiques assez définis – qu’est-ce-que j’ai dit ? Boîte de nuit ?

M. Fels : Oui.

M.P Bauduin : C’est très codé aussi. Leurs publics respectifs ont leurs propres codes graphiques.

M. Fels : Il y en aura un qui sera un peu plus sérieux et l’autre un peu moins !?

M.P Bauduin : Oui. Et quelles couleurs j’utilise ? Quels types de formes ? Et les polices de caractères sont des formes puisqu’elles sont dessinées. On a, comme outils, la couleur, les formes – y compris la police de caractères – et l’organisation de l’espace, autrement dit, la mise en page. Ce sont les trois principaux outils avec lesquels on travaille.

M. Fels : D’accord. Donc, vous m’aviez dit, tout à l’heure, que vous êtes dans un marché concurrentiel. Alors, comment vous distinguez-vous par rapport à la concurrence ?

M.P Bauduin : Comment je me vois ou comment je me distingue commercialement ?

M. Fels : Oui. Les deux en fait.

M.P Bauduin : Commercialement, j’essaie de mettre en avant mon expérience parce que je ne suis pas toute jeune – autant que cela serve – et comment je me vois ? Comme une bonne professionnelle. Mais par ailleurs il y a une beaucoup de gens qui ont « décidé » d’être graphistes. C’est un métier de l’image ; cela attire énormément de gens ; c’est assez fun et sexy comme boulot ; « aller, je vais faire cela, Je crack un logiciel et j’achète un ordinateur, je suis graphiste ». Ce sont les gens responsables de toute la laideur qui nous environne, d’une casse des prix dans la profession, qui se ressent à Montpellier.

M. Fels : Oui, parce que on dit que c’est une ville « jeune » et tout !?

M.P Bauduin : Voilà, attirante. Il n’y en a pas mal qui arrivent et qui restent 6 mois, 1 an et qui repartent par ce qu’ils ont vu qu’ici les tarifs sont misérables et qu’il y a vraiment beaucoup de graphistes. Donc, moi, je ne peux pas me battre contre les gens qui ont « décidé » d’être graphistes. Et même, à la limite j’ai rien contre s’ils se documenté. C’est pas grave de ne pas avoir fait d’école mais, au moins, il faut travailler 1 an dans une agence, apprendre le métier. Il faut se documenter sur la théorie de la communication, un minimum ; se faire une culture visuelle, un minimum. Voilà. Dans ces conditions, moi, ça m’est égal qu’on soit graphiste diplômé ou pas. Mais quand on est rien de tout cela et qu’on se met sur le marché, cela donne ces logos, ces enseignes, ces magazines, qui sont mal faits, pas lisibles, qui ne remplissent pas leurs objectifs et qui nous enlaidissent la vie, pour le commanditaire et le public, parce que les images sont vues par tout le monde. Donc, c’est mon cheval de bataille en tant qu’enseignante. C’est former des Chargés de Communication pour qu’ils aient le minimum de culture visuelle et de connaissances de la théorie de la communication visuelle, pour qu’ils nous évitent toutes ces catastrophes visuelles autour de nous.

M. Fels : D’accord. Vous m’aviez parlé des inconvénients dans cette réponse. Et maintenant, quels sont les avantages dans le métier que vous exercez ?

M.P Bauduin : Toucher à pleins de domaines différents. Je ne pense pas que ce soit un métier que l’on puisse faire sans passion et pour moi, la passion, forcément, est quelque chose qui vient de la petite enfance. L’avantage c’est que moi j’adore cela. Je suis toujours aussi passionnée. Je n’ai pas de problème à venir travailler. Et s’il faut travailler, à un moment donné, un week-end, cela m’embête si je dois – comment dire – au lieu de faire mes hobbies, je travaille. C’est embêtant mais, ce n’est pas la même chose que d’être sur un métier non créatif ou pénible.

M. Fels : Vous aimez votre métier ? Il vous touche ?

M.P Bauduin : Et bien là, je n’ai pas l’impression de travailler. Je me régale.

M. Fels : D’accord. Et tout à l’heure, vous m’aviez parlé « d’enseignante ». Dans quel domaine vous donnez vos formations en fait ?

M.P Bauduin : Alors, soit dans des postes de formation ou des services de communication, dans diverses structures. Donc, c’est l’initiation au b.a-ba de la théorie de la communication visuelle et l’application en petite PAO – on va dire petite communication, pour qu’ils aient un minimum d’autonomie. C’est la même chose qu’une formation normale, sur les trois logiciels (In design, Illustrator, Photoshop). Voilà. Un petit kit pour qu’un service de communication puisse se débrouiller sans avoir besoin de faire appel à un graphiste pour une petite lettre d’information par exemple.

M. Fels : Donc, la PAO, c’est ce que l’on appelle la Production Assistée par Ordinateur ?

M.P Bauduin : La Publication Assistée par Ordinateur.

M. Fels : Ah, d’accord.

M.P Bauduin : Et sinon, c’est à la FAC avec des Licences 3 et depuis l’année dernière, avec des Masters 2. Il y a un cours qui s’appelle « Design graphique et mise en page » avec des applications sur In design, et, un autre cours qui s’appelle « Création graphique » avec des applications sur Illustrator. En Master 2, c’est sur l’identité visuelle.

M. Fels : Oui. On va passer, maintenant, au dernier thème parce que vous avez, complètement, répondu à toutes les autres questions précédentes. Alors, concernant les formations et les compétences. Quelles sont, pour vous, les compétences et les qualités nécessaires pour entrer dans ce métier ? Vous aviez dit la curiosité, …

M.P Bauduin : Oui, curiosité – bon, c’est un mot bateau mais je ne sais pas – passion, … On n’est pas tout le temps en production. Vous buvez un verre en terrasse et vous voyez un truc passer, puis, vous réfléchissez « Tiens ! cela me donne une idée pour… ? », et chercher de nouvelles solutions graphiques, aussi, parce que pour lutter contre l’uniformisation, il ne faut pas être paresseux dans ce métier. Il faut être rigoureux et exigeant. Il y a une autre qualité essentielle : c’est avoir un minimum – sauf si on est salarié dans une agence – si on veut être indépendant, il faut avoir un minimum de petits talents commerciaux et du bagout, de tchatche. C’est ce qui fait défaut à beaucoup – y compris moi – du coup, c’est plus compliqué.

M. Fels : Vous voulez dire, au niveau relationnel, c’est important ?

M.P Bauduin : Oui. Je ne me ferais pas de souci pour ceux qui ont un talent, de la rigueur, de la curiosité et l’envie de bosser, s’ils ont ce talent commercial. Là, je ne me fais aucun souci pour eux. S’ils sont, tous, sans talent commercial ; les débuts vont être durs s’ils veulent s’installer en tant qu’indépendants.

M. Fels : D’accord. C’est une question qui nous concerne, particulièrement, mon amie et moi. Quel diplôme (ou formation), pour vous, est exigé pour pratiquer ce métier ?

M.P Bauduin : Je vous ai un peu répondu avant !?

M. Fels : Oui. Sur le fait que ce n’est pas une obligation d’avoir un diplôme et que ce serait plus de la passion ou…

M.P Bauduin : Oui, ce n’est pas un métier réglementé. Il n’y a pas d’obligations. Vous pouvez dire que vous êtes graphiste demain et personne ne viendra vous dire le contraire. Peu importe la formation. Du moment qu’elle comprend du dessin, de la culture graphique et de la théorie de la communication (générale et visuelle). Cela change tout si on a ce bagage de connaissances ou pas.

M. Fels : Donc, il faut savoir dessiner ? Aimer dessiner et tout ? …

M.P Bauduin : Oui et dessiner, cela s’apprend en faisant un dessin par jour. j’ai vu en atelier Prépa des gens qui sont arrivés et qui ne savaient même pas faire un cercle et, à la fin de l’année, ils étaient excellents dessinateurs.

M. Fels : Il y a des formations « exprès » pour le dessin ?

M.P Bauduin : Alors, la filière classique c’est un atelier préparatoire au concours des écoles d’art. Donc, c’est une petite Prépa au bout de laquelle vous passez les concours des grandes écoles d’art. Après, vous faites votre école qui, normalement, doit fournir des savoirs sur les logiciels, la culture visuelle et la théorie.

M. Fels : Et est-ce-que vous pensez qu’une personne qui, par exemple, utilise un logiciel et qui sait créer des visuels mais qui ne sait pas forcément dessiner, peut-être un blocage dans ce métier futur ?

M.P Bauduin : On acquiert une finesse d’observation et d’acuité visuelle. Vous avez besoin d’avoir un œil – mais cela se fait aussi avec de l’expérience – qui détecte les qualités et les défauts d’un visuel, ne serait-ce que quand vous, vous êtes en train de le faire. Et cela s’acquiert, au départ, par le dessin. C’est vraiment un gros gros plus de savoir dessiner. Il y en a des gens qui ont « décidé d’être graphistes » et qui ne savent pas dessiner (rires). Du coup, on voit des défauts de conception. Leur œil n’est pas assez aigu. Donc, ce n’est pas « il faut » mais ma position serait de dire que c’est nécessaire. Cependant, dans la pratique, il y en a qui s’en passent.

M. Fels : Pour la fibre artistique, c’est important ?

M.P Bauduin : Pour l’acuité de l’œil. Oui.

M. Fels : D’accord. Eh bien, vous avez répondu à toutes les questions. C’est la fin de l’interview et pour finir, la toute dernière question est avez-vous des conseils à donner pour les futurs graphistes ? Enfin, si on décide de devenir graphiste.

M.P Bauduin : A votre avis ? Tout ce que j’ai dit (rires)…

M. Fels : Oui (rires).

M.P Bauduin : Curiosité, curiosité, curiosité. C’est tout. Voir, voir, voir. Se faire un bagage visuel solide.

M. Fels : Donc, il y aurait la curiosité, le côté commercial, la fibre artistique – enfin, c’est ce qui est nécessaire en fait ?

M.P Bauduin : Voilà. Après si vous n’avez pas la fibre commerciale, vous pouvez intégrer une agence et ce n’est pas vous qui ferez la partie commerciale. Par contre, le bagage visuel. Vous devez savoir toutes les connotations de chaque forme, de chaque couleur. En fait, c’est de l’histoire de l’art et le graphisme a toujours été parallèle à l’histoire de l’art, il y a toujours une influence – donc, qui est mineur par rapport à l’histoire de l’art, évidemment – mais, cela a toujours déteint. Donc, déjà, vous pouvez évoquer une époque avec juste un détail, un style de forme. Il faut savoir le dire, savoir le décoder. Et puis, l’histoire de l’art continue de se faire encore maintenant, il faut suivre les influences.

M. Fels : D’accord. Eh bien, nous avons fini cet entretien. En tout cas, je vous remercie, madame Bauduin, de nous avoir accordé cet interview. Merci et je vous souhaite un bon après-midi.

M.P Bauduin : Merci. »

Veselina TONKOVA

Mélissande FELS