2018.2019 | Une antiquité sportive

Mercredis de l'Antiquité - 2018.2019

Une antiquité sportive

Spectacles de l'effort dans la Méditerranée ancienne

Depuis la première session des jeux olympiques de l’ère moderne, en 1896 à Athènes, nous sommes conscients des liens qui paraissent unir nos propres pratiques sportives avec celles des Grecs et, dans une moindre mesure, des romains.

Pour les Grecs en effet, la fondation des concours olympiques, en 776 av. J.-C., a même parfois été considérée comme le point de départ d’un calendrier commun à toutes les cités grecques. L’Iliade incorpore aussi une longue description d’épreuves hippiques et sportives. Au VIes. av. J.-C., une sorte d’esprit sportif émerge, empruntant bien des valeurs au milieu aristocratique. En Grèce, aux époques classique et hellénistique, le sport se pratique dans le cadre du gymnase, et souvent en lien avec la préparation à la guerre. Les spectacles sportifs et hippiques publics servent à honorer les dieux. Dans le monde romain, les pratiques sportives ont une origine en partie différente. Elles sont aussi liées aux funérailles. Par la suite, elles se déroulent largement dans des amphithéâtres et finissent par être associées au culte impérial.

Toute cette culture des spectacles de l’effort dure jusqu’à la fin de l’Antiquité et disparaît en même temps que le polythéisme gréco-romain.

Christophe Chandezon, professeur d’Histoire ancienne, université paul-Valéry montpellier 3, eA4424-Crises et Labex ArCHimede

Rosa Plana, professeur d’archéologie, université paul-Valéry montpellier 3, umr5140-Asm et Labex ArCHimede

 

► Accès libre et gratuit, Auditorium du musée Fabre

 

Cycle de conférences proposé par le Musée des Moulages (Université Paul-Valéry – Montpellier 3), le Musée Fabre, le site archéologique Lattara – Musée Henri-Prades,la COMUE Languedoc-Roussillon Universités, et le LabEx ARCHIMEDE.

 

#1 : Le bras du boxeur de Narbonne. Expérimentation du pugilat antique.

Mercredi 17 octobre 2018  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Brice LOPEZ (ACTA combats historiques)
Corinne SANCHEZ (Chargée de recherche au CNRS, ASM - UMR 5140, Montpellier)

La boxe, que l’on peut considérer comme le sport favori du monde étrusco-romain, provient d’anciennes disciplines dont on retrouve des traces en Égypte et en Mésopotamie. Elle devient discipline olympique en 688 av. J.-C. Onomastos de Smyrne en fut, d’après Philostrate, le premier vainqueur. Les Romains se l’approprient en 366 av. J.-C. Des évolutions s’opèrent sans cesse.

Nous allons ici nous intéresser plus précisément au pugilat. Il est bien identifié et a fait maintes fois l’objet d’expérimentations. Si cette discipline se retrouve dans toutes ces civilisations anciennes, il semble probable qu’elle n’a pas partout la même fonction et la même origine. Cette question historique n’a pas de véritable influence sur l’expérimentation et les techniques du pugilat antique. Les données expérimentales sont univoques : la gestuelle est relativement identique pendant des siècles. Nous verrons comment les découvertes narbonnaises s’inscrivent dans cette continuité et ferons la comparaison avec le bras de pugiliste d’Autun. Nous verrons aussi comment les découvertes de Vindolanda ont confirmé les expérimentations et éclairent les éléments iconographiques. Pour finir nous présenterons différents types d’himantes reconstituées et la gestuelle et comment tout cela donne une vision plus précise de certaines données archéologiques ou de certains textes.

Conférence en partenariat avec le site archéologique Lattara – musée Henri Prades.

 

#2 : L'Olympe au bord de l'Alphée : Des concours et des dieux à Olympie.

Mercredi 21 novembre 2018  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Vinciane PIRENNE-DELFORGE (Professeure au Collège de France et à l'Université de Liège)
 

Le site d’Olympie est indéfectiblement attaché à l’image des concours athlétiques qui s’y déroulaient tous les quatre ans depuis la haute période archaïque. Cette association est encore assumée aujourd’hui par l’allumage de la flamme sur le site de l’ancien sanctuaire quand revient le temps de ce que nous appelons désormais les « jeux olympiques ».

Après un bref rappel de l’historique du sanctuaire et des concours, on se propose de les inscrire dans le cadre proprement cultuel auquel ils appartenaient en tant que célébration en l’honneur du Zeus local. On envisagera également la tenue d’épreuves de course en l’honneur de la déesse Héra, reine et épouse du dieu olympien, afin de comprendre jusqu’à quel point ces concours constituaient le pendant féminin des épreuves masculines.

Conférence en partenariat avec l'association Guillaume-Budé.

 

#3 : "Comme Hercule". Des sports dangereux : chasseurs et acrobates dans l'arène à l'époque romaine.

Mercredi 12 décembre 2018  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Hélène MENARD (Maître de Conférences en histoire romaine à l'Université Paul-Valéry/Montpellier 3, EA 4424-CRISES et LabEx ARCHIMEDE)

À partir du IIe siècle av. J.-C., l’activité ludique de la chasse se développe à Rome. La passion pour cette activité culmine aux trois premiers siècles de l’Empire et sa transposition dans les spectacles de l’amphithéâtre en sont l’expression la plus aboutie. Les chasses amphithéâtrales (venationes) sont ainsi parfois plus populaires que les combats de gladiateurs, comme en Afrique. Les chasses mettent en scène des affrontements entre animaux, entre chasseurs (venatores) et animaux de tout type, mais aussi des acrobates et des dresseurs, ou encore des condamnés à mort. Spectacles qui mettent en jeu l’adresse et le courage des hommes face au monde sauvage, les chasses demandent un entraînement et des performances physiques tout aussi remarquables que celles des gladiateurs. Elles participent de la démonstration de la virtus, du courage physique et de l’habileté du chasseur, dont le modèle est Hercule – exploité par l’empereur Commode, gladiateur certes, mais aussi chasseur.
 

#4 : L'invention du sport en Grèce ancienne : à la recherche du premier athlète.

Mercredi 16 janvier 2019  -  Centre Rabelais, Esplanade  -  20h
Jean-Manuel ROUBINEAU (Maître de Conférences en histoire ancienne à l'Université Rennes 2, chargé de cours à l'Université libre de Bruxelles)

Le sport naît en Grèce dans le courant du VIe siècle av. J.-C. Apparaissent alors les premiers stades et les premiers gymnases, se constitue le premier calendrier de compétitions sportives, se systématise la pratique de la nudité athlétique. Mais le VIe s. voit, d’abord et avant tout, surgir une figure nouvelle dans le paysage social des cités grecques : l’athlète, individu qui consacre l’essentiel de son temps à l’entraînement et à la compétition.

A travers le portrait du plus célèbre des athlètes de l’antiquité, le lutteur multiple champion olympique Milon de Crotone, on découvrira les conditions de naissance de la première culture sportive de l’histoire, mais aussi le quotidien des anciens sportifs, entre exercice, règles diététiques et voyages vers les sites des grands concours ? Comment se construisent les palmarès ? Quelle valeur accorde-t-on à la victoire sportive ? Comment honore-t-on les athlètes ? Quels exploits prête-t-on aux champions et quelles légendes entourent leur existence ? Dans quelle mesure cette première forme du sport peut-elle être pensée comme un avatar de la guerre ?

Conférence en partenariat avec l'Agora des Savoirs.

 

#5 : Les représentations du sport dans la sculpture et la céramique grecques.

Mercredi 20 février 2019  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Ludovic LAUGIER (Conservateur du Patrimoine, Antiquités grecques, étrusques et romaines, Musée du Louvre)
 

La pratique sportive constitue un élément central de la civilisation grecque. Dans le cadre de la cité, le sport fait en effet partie intégrante d’un système éducatif prenant en compte le corps autant que l’esprit. C’est aussi l’un des terrains privilégiés du principe de compétition si cher aux Grecs : l’agôn. Dans le cadre de concours organisés au premier chef en l’honneur des dieux, les épreuves sportives permettent ainsi à chacun de se dépasser dans le cadre de confrontations dont les règles sont toujours précisément codifiées.

Très tôt, dès le VIe s. av. J.-C., les artistes, sculpteurs, bronziers et peintres sur vase, s’emparent de ce sujet pour figurer des athlètes en pleine action ou au repos. Si ces productions artistiques, soumises à des codes de représentation qui leur sont propres, ne sont pas toujours le reflet exact de la manière dont les athlètes pratiquaient leur discipline, elles permettent bien d’appréhender la grande variété des sports en Grèce. Elles forment aussi un terrain d’étude privilégié pour transcrire dans le marbre, le bronze ou l’argile l’anatomie des athlètes et les corps en mouvement. Le discobole de Myron aujourd’hui encore est l’un des exemples parmi les plus emblématiques.

 

#6 : Les mystères du puits antique de l'Auribelle (Pézenas, Hérault).

Mercredi 27 mars 2019  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Stéphane MAUNE (Directeur de recherche au CNRS, UMR 5140-ASM et LabEx ARCHIMEDE)

Depuis le XIXe s., la fouille de puits d’époque romaine, dans le territoire de l’ancienne Gaule, a livré une documentation matérielle exceptionnelle et révèle de précieuses informations sur la vie quotidienne ou des pratiques magico-religieuses insoupçonnées. Les puits, en effet, constituent souvent les réceptacles privilégiés de rejets domestiques et occupaient aussi, dans l’imaginaire collectif, un rôle central, permettant d’entrer en contact avec les divinités du sous-sol. Scellés par de la terre et soumis à une humidité constante, ils constituent des milieux particulièrement propices à la conservation des matières organiques ce qui explique leur grand intérêt scientifique.

En 2015, la fouille programmée réalisée à Pézenas (Hérault), sur le site de l’Auribelle, d’un puits de 21m comblé progressivement entre les années 150 et 250 apr. J.-C. a permis de mettre au jour une documentation matérielle exceptionnelle : les restes de plus de 450 vases et amphores, trois chaudrons en bronze, plus de 150 objets en bois dont des tablettes à écrire et plusieurs tablettes de malédiction en plomb portant des textes latins en cursive. L’analyse, par une dizaine de spécialistes, des différents ensembles livrés par ce puits éclaire à la fois l’histoire de cet établissement spécifique et permet aussi de s’interroger sur la nature organisée de ce comblement. Celui-ci a en effet livré un dépôt organisé qui suscite beaucoup d’interrogations…

La conférence présentera cette documentation totalement inédite et lèvera (un peu) le voile sur ce mystérieux dépôt.

 

#7 : Le sport aux thermes, pourquoi ?

Mercredi 10 avril 2019  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Michel BLONSKI (Agrégé d'histoire - chercheur associé au laboratoire Anhima, UMR 8210)

Les thermes, au-delà d’une installation consacrée au nettoyage des corps, sont une institution essentielle à la vie quotidienne et civique des communautés du monde romain. Leur caractère public suppose qu’on y suit un certain nombre de comportements que nous aurions tendance à restreindre à la sphère privée. De plus, les soins du corps doivent y être pris dans un sens plus large et nombre d’auteurs insistent sur leur encadrement au sein d’une réflexion globale. Les activités sportives sont incluses dans ces raisonnements, à la fois moraux, médicaux et civiques. Nous allons donc les examiner, autant dans leurs modalités que dans les attentes auxquelles elles sont censées répondre.

 

#8 : Le sport au féminin en Grèce ancienne. Du spectacle au spectaculaire, des pratiques à l'imaginaire.

Mercredi 22 mai 2019  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Florence GHERCHANOC (Professeure d'histoire grecque, Université Paris Diderot, USPC-ANHIMA, UMR 8210)

Dans les sociétés grecques de l’Antiquité, les femmes, filles et épouses de citoyens, ont pour destin le mariage et la maternité, ce à quoi les préparent leur éducation et les activités auxquelles elles s’adonnent dans la famille et la cité. Aussi, en raison de leur statut et de leur genre, sont-elles généralement exclues de pratiques où seuls des corps virils s’exhibent : entre autres, les exercices sportifs et les compétitions athlétiques. Pour autant, textes et images font référence à des exercices féminins au gymnase et à la participation de femmes, le plus souvent des jeunes filles, à des compétitions sportives (lutte et surtout courses rituelles), aussi bien dans le domaine du mythe (Atalante) que de façon effective dans quelques cités (Sparte et Olympie). Dans quels contextes et pour qui se déploient ces spectacles "sportifs" féminins exceptionnels et spectaculaires ? Comment les Anciens les ont-ils appréciés et jugés ? Quel imaginaire construisent-ils ?

 

#9 : La foi dans l'arène : les martyrs chrétiens dans la peinture du XIXe siècle.

Mercredi 12 juin 2019  -  Auditorium du Musée Fabre  -  18h30
Pierre STEPANOFF (Conservateur du Patrimoine, Peintures et sculptures de la Renaissance à 1850, Musée Fabre)

Bien que les représentations des martyrs des premiers chrétiens sous l’Empire romain soient des sujets constants dans la peinture européenne dès la Renaissance, il faut attendre le XIXe s. pour voir éclore le spectacle des persécutions dans l’arène. Nous essaierons donc de montrer la singularité de ce goût pour la figuration de ces massacres collectifs et d’en proposer quelques explications, dans le contexte de la société bourgeoise du XIXe s., à l’heure du développement des connaissances archéologiques et du renouveau de la peinture religieuse.