DÉCOUVERTE D'UNE ÉQUIPE COMPOSÉE DE CHERCHEURS DE L'UNIVERSITÉ PAUL-VALERY MONTPELLIER 3 ET DE L’UNIVERSITÉ DE GENÈVE CONCERNANT LA PSYCHOLOGIE DES 4 / 11 ANS

Une meilleure compréhension des émotions d’autrui favoriserait la capacité des enfants âgés de 4 à 11 ans à mentir pour aider une personne en détresse, même à leurs dépens.

Dès l’âge de 4 ans, les enfants sont capables de mentir pour aider d’autres personnes à obtenir un gain ou à se sentir mieux, et ce, à leurs propres dépens. Ces mensonges, appelés mensonges prosociaux, sont généralement associés au développement de capacités cognitives (mémoire de travail, inhibition, ou flexibilité mentale). Ces facteurs cognitifs sont-ils les seuls à jouer un rôle ? Des chercheurs du laboratoire Epsylon de l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 et de l’Université de Genève répondent par la négative en montrant pour la première fois le rôle significatif d’une nouvelle capacité, celle de comprendre les émotions d’autrui, dans l’émergence et le développement des mensonges prosociaux chez les enfants âgés de 4 à 11 ans.

La relation entre le mensonge prosocial et la compréhension des émotions d’autrui a été examinée auprès de 144 enfants âgés de 4 à 11 ans. Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé le paradigme expérimental appelé "Helping Scenario", dans lequel un enfant est incité à produire un mensonge prosocial pour aider une personne en détresse à obtenir une récompense, même à ses dépens (Paradigme élaboré par Talwar et ses collègues, 2017). La figure présente les 5 phases successives de ce scénario proposées à chaque enfant.

Par la suite, le niveau de compréhension émotionnelle de ces enfants a été évalué avec un test standardisé classiquement utilisé au niveau international pour mesurer le niveau de compréhension émotionnelle des enfants, le "TEC" (Test mis au point par Pons & Harris, 2000, Test of Emotion Comprehension : TEC. Oxford : University of Oxford).

Les résultats de cette recherche, publiés dans la prestigieuse revue Journal of Experimental Child Psychology, ont montré que 35% des enfants ont menti à leurs dépens pour aider une personne en détresse. Ces enfants avaient un score plus élevé en compréhension émotionnelle (M = 6,52/9) que les enfants qui n’ont pas menti (M = 4,97/9).

En d’autres termes, les enfants ayant une meilleure compréhension émotionnelle étaient plus disposés à mentir, à leurs dépens, pour aider une personne en détresse. Par conséquent, les résultats suggèrent que pour décider de raconter un mensonge prosocial visant à aider une personne en détresse, l'enfant doit être capable de reconnaître l'émotion de la personne à qui le mensonge profite et de comprendre la cause de cette émotion. En outre, l'enfant doit être capable de comprendre qu'en décidant de mentir, il peut changer l'état émotionnel de cette personne. Ainsi, les enfants ayant une meilleure compréhension émotionnelle pourraient être plus enclins à mentir, à leurs propres dépens, pour améliorer l'état émotionnel d’une personne.

 

Une équipe de quatre chercheurs-ses

L'équipe à l'origine de cette découverte est composée de quatre chercheurs-ses :

  • Marie-Julie Demedardi est doctorante au laboratoire Epsylon de l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 (ED 60), membre de l’équipe Cognition Emotion Communication Education. Sa thèse, dirigée par Catherine Monnier, porte sur les facteurs impliqués dans le développement du mensonge prosocial.
  • Claire Brechet & Catherine Monnier sont maîtres de conférences en psychologie du développement à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3. Elles sont membres de l’équipe CECE du laboratoire Epsylon.
  • Edouard Gentaz est professeur en psychologie du développement à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation de l’Université de Genève et directeur de recherche au CNRS.

Demedardi, M.-J., Brechet, C., Gentaz, E., & Monnier, C. (in press). Prosocial lying in children between 4 and 11 years of age: The role of emotional understanding and empathy. Journal of Experimental Child Psychology.

 

Marie-Julie Demedardi
Doctorante en Psychologie du Développement
Université Paul-Valéry, Montpellier 3   
mariejulie.demedardi@gmail.com

Catherine Monnier
Maitre de conférences
Université Paul-Valéry, Montpellier 3
catherine.monnier@univ-montp3.fr

Claire Brechet      
Maitre de conférences
Université Paul-Valéry, Montpellier 3
claire.brechet@univ-montp3.fr

Edouard Gentaz
Professeur en Psychologie du Développement
et Directeur de recherche au CNRS
Université de Genève
edouard.gentaz@unige.ch