Colloque interdisciplinaire de CRISES "l’Imagination du réel"

Du
Mercredi, 12. juin 2019 - 0:00 - Vendredi, 14. juin 2019 - 0:00
Université Paul-Valéry

(12-14 juin 2019, Auditorium Saint-Charles 2)

 

« Il est peu d’hommes qui possèdent l’imagination propre à concevoir les réalités. Au contraire, presque tous aiment à transporter leur pensée dans des régions et des situations bizarres, qui ensuite agissent sur leur imagination et la faussent. Il en est d’autres encore qui se cramponnent à la réalité et qui sont, sous ce rapport, d’une exigence méticuleuse, parce qu’ils sont complètement dénués de poésie » (Entretiens de Goethe avec Eckermann).


La question de l’imagination, d’une imagination productriceet d’une imagination pour le réel, est au cœur de nombreuses recherches, axées tantôt sur la morphologie de l’imagination et son rapport à la perception et à la cognition, tantôt sur le rôle de l’imagination dans la formation des croyances, la création institutionnelle, la formation des imaginaires sociaux. A ce titre, elle apparaît comme une notion transversale, intéressant tant la philosophie que les sciences sociales ou la littérature :
- la philosophie, d’abord, où, depuis Kant, sa puissance productrice, sa capacité à construire le réel et son rôle dans la constitution de la connaissance sont pleinement reconnus, et où, avec Ricoeur ou Castoriadis, ses dimensions sociales et politiques ont été puissamment décrites et ont permis d’interroger le politique à nouveaux frais ; quant à Bachelard, il cherche une imagination qui ne soit pas un résidu de la perception mais une « aurore de parole », une imagination ouverte et suscitée par le langage. On en trouve les suite dans la critique littéraire (Jean Starobinski, Georges Poulet, Jean-Pierre Richard), et dans diverses directions.
- les sciences sociales, ensuite, où i) sa valeur cognitive est interrogée : on pense à certains historiens (par exemple Wilhelm von Humboldt et Droysen) qui, à l’encontre d’une longue tradition historiographique « positiviste » qui attribue à l’historien la tâche de retrouver l’expérience première et l’objectivité du fait, se sont efforcés de sauvegarder la valeur cognitive de l’imagination ; ii) sa dimension instituante est reconnue : la notion d’imagination est au cœur de réflexions novatrices sur les sociétés contemporaines mondialisées, qui font apparaître la puissance collectivement instituante de ses opérations (voir les travaux de l’historien Benedict Anderson, qui a pensé l’effectivité des « communautés imaginées », ou ceux de l’anthropologue de la globalisation Arjun Appadurai, ou ceux de la juriste Mireille Delmas-Marty qui analyse les processus par lesquels un nouveau type de pratique juridique mondiale est en train de se constituer) ;
-les études littéraires, enfin : Thomas Pavel sur les mondes possibles par exemple et tous les travaux qui ont pour objet l’entrecroisement de la fiction et de la vérité, la question de l’autofiction et du témoignage (Catherine Coquio par exemple), tout cela montre le rôle central que l’imagination peut être amenée à jouer dans la critique littéraire. Et à travers le thème de la fictionnalisation du passé – présent chez certains romanciers contemporains qui s’attachent à la forme de l’enquête ou au récit de filiation avec le souci, parfois, de combler les failles de l’histoire  –, la littérature est aujourd’hui invitée à interroger son rapport avec la conscience historique.
L’idée de ce colloque serait de confronter ces enjeux, en ne séparant pas la réflexion sur le fonctionnement de l’imagination de l’enquête sur sa portée et ses produits. Car ces œuvres de l’imagination ont aussi des effets démesurés : leur puissance de configuration doit être critiquée dans son pouvoir de mystification, d’illusion, de fuite hors du réel — ou de surenchère identitaire. Comment distinguer la fonction critique de l’imagination créatrice des égarements d’une imagination falsifiante, décuplée par la technologie numérique qui sature notre perception ? Les sciences humaines ne sauraient faire l’économie ici d’une dimension explicitement critiquedu « jugement » que Kant et Arendt mais aussi bien Gramsci ou Castoriadis, ont toujours associé au fait d’imaginer. Car c’est le même acte imaginant qui émancipe et qui fourvoie. C’est tout cela que nous entendons mettre en œuvre dans ce colloque, en rassemblant les compétences les plus diverses. 


Co-organisateurs :

Olivier Abel, Professeur de Philosophie éthique à l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier

Julien du Bouchet, Maître de conférences en langue et littérature grecques

Rodolphe Calin, Maître de conférences en philosophie

 

PROGRAMME :

Attention, la communication d’Olivier Abel (vendredi 14 juin à 11h) sera remplacée par une communication de Jean-Luc Amalric, « Ce que imaginer veut dire : la dialectique de l'imagination symbolique et de l'imagination fictionnelle ».