Engagement et désengagement dans les littératures et les arts des pays lusophones : l’archive, le manuscrit

Le Vendredi, 18. janvier 2019 - 0:00
Salle 165 à l’Université Paul Valéry - Site Saint-Charles

L’engagement en littérature et dans les arts est une notion qu’il est commun d’appliquer à une période historique précise, celle du XXe siècle, lorsque l’on utilise en particulier l’expression de « littérature engagée » (Benoît Denis, 2000). Cependant, de tout temps, l’acte de création artistique a été, et reste, au sens large, un acte politique, un acte d’engagement personnel et/ou social.

Cette notion d’engagement a souvent été théorisée et analysée à la lumière d’exemples d’œuvres qui ont vu le jour par l’édition (livres), l’exposition (peinture), le visionnage (cinéma), pour n’évoquer que quelques domaines d’expression artistique. De même, la posture de l’artiste « désengagé » est aussi, d’une certaine manière, une façon de s’engager à rebours, de prendre une position, de se situer en creux dans la polis.

Si le thème de l’engagement en littérature et dans les arts a occupé bien des chercheurs, il est cependant possible de renouveler l’étude, ici dans la sphère lusophone, en prenant pour objet, non pas les œuvres rendues publiques mais, au contraire, les documents qui, pour des raisons diverses, sont restés à l’état d’archives, de manuscrits, de pièces confinées dans les cartons, les tiroirs, les casiers ou les disques durs de toute sorte de lieux de conservation.

Que les motifs de cette conservation soient liés à la censure, à l’absence de reconnaissance artistique, à la volonté expresse de l’artiste, le questionnement sur ces documents qui demeurent à l’abri du regard du grand public peut révéler bien des pratiques. L’archive manuscrite peut, par exemple, n’être qu’une étape sur le chemin interrompu de la création. Si le manuscrit est un « produit en cours d’élaboration », c’est-à-dire le premier jet d’un ouvrage jamais imprimé, il peut alors faire l’objet d’une étude génétique, politique, voire psychologique. S’il est la prise de notes d’un procès inquisitorial, il subira un traitement bien différent de la part du chercheur. Mais les raisons qui conduisent un manuscrit à demeurer à l'état d’archive sont innombrables. L’archive et son archivage peuvent renvoyer aux heures sombres de la censure, qu’elle soit religieuse ou étatique, qu’elle concerne le souci de la mémoire ou celui de l’oubli. L’archive est à mettre en parallèle avec le mécanisme du pouvoir. Elle sera alors plutôt envisagée sous l’angle historique. Bref, loin d’être un document subalterne, elle constitue un pan entier de l’histoire de l’engagement.

Le séminaire qui est présenté ici se propose donc d’interroger le thème à double entrée qu’est l’engagement/désengagement et l’archive manuscrite dans les littératures et les arts lusophones, afin de mettre au jour à la fois les raisons personnelles mais surtout les raisons politiques qui font de l’objet "archive" un document indispensable à la compréhension des sociétés qui l’ont produit.

PROGRAMME

14h- Marc Gruas (Univ. Toulouse Jean-Jaurès)
« L'hebdomadaire O Independente et la question de l'intégration européenne du Portugal »

14h30- Emmanuelle Guerreiro (Univ. Toulouse Jean-Jaurès)
« Les Métaphores de l'engagement et du désengagement dans les romans de José Saramago »

15h- Sandra Teixeira (univ. Poitiers)
« Mémoire intime et archives historiques dans deux romans de Ana Margarida de Carvalho - ou comment faire parler ceux qu'on n'écoute pas »

16h- Karina Marques (univ. Poitiers)
« La correspondance d’Ilse Losa avec ses pairs lusophones (1948-1999) : engagement et construction d’un ethos auctorial »

16h30- Vanessa Meireles (UPV-Montpellier 3)
« Réflexions sur un corpus de chansons brésiliennes soumises à la censure du régime militaire : une analyse des procédés linguistiques »

17h- Marie-Noëlle Ciccia (UPV-Montpellier 3)
« Auctorialité et anonymat dans les archives du théâtre portugais : le site HTP Online (documentos para a Historia do Teatro Português em Portugal) »