Soutenance de thèse

Le Samedi, 3. octobre 2020 -
14:00 - 19:00
Salle des Actes à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 - Site Saint Charles

Madame Naïma KARABAGHLI

Soutiendra samedi 3 octobre 2020 à 14 h

Salle des Actes, n° 011, à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, Site Saint-Charles 1

une thèse de DOCTORAT

Discipline : Études grecques et latines

Titre de la thèse : La figure de Cyrus le Grand dans la littérature et la philosophie grecques des 5ème et 4ème s. av. J.C.

Composition du jury :

  • M. Vincent AZOULAY, Directeur d’études, EHESS Paris
  • Mme Flore KIMMEL CLAUZET, Professeure, Université Paul-Valéry Montpellier 3
  • M. Philippe LE MOIGNE, Professeur, Université Paul-Valéry Montpellier 3, directeur de thèse
  • Mme Estelle OUDOT, Professeure, Université de Bourgogne

Résumé de la thèse

Fondateur de l'Empire perse au VIe s. avant J.-C., Cyrus le Grand est essentiellement connu par les sources grecques. Pourtant, les textes dans lesquels il apparaît sont loin d'être satisfaisants pour les historiens de la période Achéménide. Chez Eschyle et surtout chez Hérodote au Ve siècle, puis au IVe siècle chez Ctésias, Isocrate, Platon, Xénophon, et dans de nombreuses œuvres que nous avons perdues, les portraits dressés du souverain sont très différents, voire contradictoires. La critique a longtemps cherché à établir la véracité de telle ou telle version ou a expliqué les divergences entre les auteurs grecs par l'usage de sources diverses. Mais les recherches récentes consacrées à ces auteurs soulignent la dimension fictive de chacun de ces récits, dont les enjeux sont proprement grecs. Mais le portrait de Cyrus qui s'en dégage ainsi que l'évolution du personnage au cours des Ve et IVe siècles n'a encore donné lieu à aucune monographie. Tel est l'objet de notre thèse.
Il s'agit en effet bel et bien d'un personnage, dont le caractère et les actions sont d'abord un moyen pour les auteurs de réfléchir aux rapports entre le monde grec et le monde perse et aux caractères propres d'une identité grecque, mais aussi à la constitution d'un empire et aux éléments caractéristiques de la royauté. Cette réflexion suit aussi les méandres de l'histoire : des guerres médiques au début du Ve siècle, qui voient la victoire des Grecs, et surtout du modèle démocratique athénien, sur les Perses (490-479), à la défaite de la démocratie athénienne et de son empire devant la Ligue du Péloponnèse, aidée par les subsides perses (431-404), puis au IVe siècle, où le modèle des cités grecques est remis en question par l'émergence de la puissance macédonienne et de ses rois, Philippe II, puis son fils Alexandre. Dans un double mouvement d'admiration et de mise à distance critique que permet l'altérité, intellectuels et penseurs grecs des Ve et IVe s. av. J.C. s'efforcent de définir la bonne façon de gouverner, en prenant l'exemple du puissant voisin perse, comme paradigme (modèle ou anti-modèle). C'est ainsi que la figure de Cyrus le Grand devient la référence obligée de ceux qui cherchent à définir une bonne façon d'exercer l'archè – le pouvoir et l'empire – dans le monde grec. Ouvrant sur le temps historique sans être entièrement coupée du temps mythique (et donc porteuse d'enseignement), son image est convoquée pour définir le modèle du souverain possible et résoudre la question du chef dans la cité dans la réflexion politique en littérature et en philosophie pendant deux siècles. À travers notre recherche, nous nous efforcerons de mettre en valeur les processus de fictionnalisation à l'œuvre dans notre corpus, aussi bien que les enjeux littéraires et philosophiques de celle-ci.